Métrologie industrielle

Une cote n'est contrôlée que si l'on sait à quel point on l'a mal mesurée. Les définitions du vocabulaire international, la chaîne qui relie votre pied à coulisse au Système international, et le calcul qui dit si votre moyen de mesure a le droit de déclarer une pièce conforme.

VIM — JCGM 200:2012 ISO 14253-1:2017 GUM — JCGM 100:2008 ISO/IEC 17025:2017
Zone de conformité
IT − 2U
Règle ISO 14253-1
Périodicité imposée
Aucune
Hors instruments réglementés
Règle de décision
À écrire
ISO/IEC 17025 § 7.1.3
Facteur usuel
k = 2
Incertitude élargie

Mon moyen de mesure est-il apte à contrôler cette cote ?

L'ISO 14253-1:2017 pose une règle simple et contre-intuitive : pour prouver la conformité, on ne compare pas la mesure aux limites du dessin, mais à ces limites rentrées de l'incertitude élargie U de chaque côté. La tolérance utile n'est donc pas IT mais IT − 2U. Saisissez votre cote et l'incertitude de votre processus de mesure : le calcul vous dit ce qu'il vous reste, et ce qui part en doute.

Caractéristique et processus de mesure
mm
µm
µm
µm
Lue sur le certificat d'étalonnage, ou issue de votre bilan d'incertitude.
µm
10 µm pour un pied à coulisse au centième, 1 µm pour un micromètre au micron.
mm
Pour appliquer la règle de décision à une pièce précise.
Moyen apte — marge confortable

L'incertitude consomme moins d'un huitième de l'intervalle de tolérance. La zone de conformité reste large : les décisions de conformité sont robustes, y compris près des limites.

Intervalle de tolérance
50,0 µm
Zone de conformité
38,0 µm
Rapport U / IT
1 / 8,3
IT parti en doute
24,0 %
Découpage de l'intervalle de tolérance
Conformité prouvée Zone d'incertitude Non-conformité prouvée

Les bandes ambre ont chacune la largeur de U : une valeur qui y tombe ne permet de démontrer ni la conformité, ni la non-conformité.

Décision sur la pièce mesurée

Zone d'incertitude — aucune décision démontrable

La valeur mesurée tombe dans une bande de largeur U autour d'une limite de tolérance. Ni la conformité ni la non-conformité ne sont prouvées : il faut appliquer la règle de décision convenue avec le client, remesurer avec un moyen plus fidèle, ou traiter la pièce comme litigieuse.

Détail du calcul
Limite inférieure de spécification25,0000 mm
Limite supérieure de spécification25,0500 mm
Intervalle de tolérance IT = ES − EI50,0 µm
Réduction ISO 14253-1 : 2 × U− 12,0 µm
Zone de conformité IT − 2U38,0 µm
Bornes de la zone de conformité25,0060 → 25,0440 mm
Résolution / IT1 / 5,0

Résolution juste : entre cinq et dix échelons seulement dans l'intervalle de tolérance. L'arrondi de lecture pèse sur le résultat.

Ce que dit la norme et ce qui relève de vos règles internes. La réduction de la zone de spécification par l'incertitude est la règle de décision par défaut de l'ISO 14253-1. En revanche, les seuils de classement du rapport U/IT retenus ici — un huitième, un quart, un tiers — sont des repères de pratique industrielle : aucune norme générale ne les impose. Ce qui est normatif, c'est de documenter la règle de décision employée et de la faire accepter par le client (ISO/IEC 17025:2017 § 7.1.3 et § 7.8.6.1).
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Étalonner, vérifier, ajuster, raccorder

Ces quatre mots circulent comme des synonymes dans les procédures d'atelier. Ils désignent quatre opérations différentes, et la confusion la plus coûteuse en audit consiste à écrire « étalonnage » là où l'on a en réalité procédé à un ajustage. Le vocabulaire international de métrologie tranche : voici ses définitions, à la lettre.

Étalonnage

(calibration) VIM 2.39

Opération qui, dans des conditions spécifiées, établit en une première étape une relation entre les valeurs et les incertitudes de mesure associées qui sont fournies par des étalons et les indications correspondantes avec les incertitudes associées, puis utilise en une seconde étape cette information pour établir une relation permettant d'obtenir un résultat de mesure à partir d'une indication.

Vocabulaire international de métrologie, JCGM 200:2012
Ce que l'opération produit

Un certificat d'étalonnage : pour chaque point, la valeur de l'étalon, l'indication de l'instrument, l'erreur et l'incertitude élargie U avec son facteur d'élargissement k.

Le piège

L'étalonnage ne dit pas si l'instrument est bon ou mauvais. Il ne prononce aucun verdict et ne modifie pas l'instrument.

Du Système international à la pièce : la chaîne de raccordement

La traçabilité métrologique n'est pas une propriété de l'instrument mais du résultat de mesure. Chaque maillon de la chaîne ajoute sa part d'incertitude — ce qui explique pourquoi l'incertitude de l'atelier est toujours la plus élevée, et pourquoi une seule rupture documentaire suffit à la faire disparaître.

1
Définition SI Incertitude : la plus faible atteignable
BIPM et conférence générale des poids et mesures

Définition des unités du Système international à partir de constantes physiques. Le mètre est défini à partir de la vitesse de la lumière dans le vide.

2
Étalons nationaux Incertitude : très faible
Laboratoire national de métrologie et d'essais et laboratoires associés

Réalisation pratique des unités pour la France et raccordement des étalons de référence. Un étalon est, au sens du VIM 5.1, la « réalisation de la définition d'une grandeur donnée, avec une valeur déterminée et une incertitude de mesure associée, utilisée comme référence ».

3
Étalons de référence Incertitude : faible
Laboratoires d'étalonnage accrédités selon ISO/IEC 17025

Étalonnage des étalons de travail de l'industrie. En France, le Cofrac est l'organisme unique d'accréditation depuis le décret n° 2008-1401 du 19 décembre 2008 ; sa portée d'accréditation précise les grandeurs, étendues et meilleures incertitudes couvertes.

4
Étalons de travail Incertitude : modérée
Service métrologie de l'entreprise

Cales étalons, bagues, masses et blocs conservés en interne, raccordés par certificat, servant à étalonner ou vérifier les instruments de production.

5
Instruments de production Incertitude : la plus élevée de la chaîne
Atelier, contrôle qualité

Pieds à coulisse, micromètres, comparateurs, machines à mesurer : ce sont eux qui déclarent la pièce conforme. Leur incertitude est celle qui entre dans la règle de décision.

Ce qui vous oblige, ce qui vous engage

Contrairement à une idée tenace, il n'existe pas d'obligation légale générale d'étalonner ses instruments. Les contraintes viennent de trois sources distinctes : la réglementation, pour une liste fermée d'instruments ; le contrat et la certification, pour tout le reste ; l'accréditation, pour les laboratoires.

Référence Objet Ce qu'elle exige Nature
ISO 9001:2015, § 7.1.5.2 Traçabilité de la mesure Quand la traçabilité de la mesure est une exigence, ou que l'organisme la juge essentielle pour donner confiance dans la validité des résultats, l'équipement doit être étalonné ou vérifié à intervalles spécifiés, ou avant utilisation, par rapport à des étalons raccordés à des étalons nationaux ou internationaux. La preuve de validité doit être conservée. Contractuel : s'applique aux organismes certifiés
ISO/IEC 17025:2017, § 7.1.3 et § 7.8.6.1 Règle de décision Lorsqu'une déclaration de conformité à une spécification est fournie, le laboratoire doit documenter la règle de décision employée, tenir compte du niveau de risque associé — faux acceptés, faux rejetés, hypothèses statistiques — et appliquer cette règle. Elle doit être communiquée au client et acceptée par lui. Obligatoire pour les laboratoires accrédités
ISO 14253-1:2017 Décision de conformité Établit les règles de décision pour vérifier la conformité ou la non-conformité à une tolérance de pièce, ou à une erreur maximale tolérée d'un équipement de mesure, y compris quand la valeur mesurée tombe près des limites, en tenant compte de l'incertitude de mesure. Norme d'application volontaire, sauf renvoi contractuel
NF EN ISO 10012 Système de management de la mesure Exigences pour les processus de mesure et la confirmation métrologique des équipements : identification du parc, périodicité, maîtrise des incertitudes et de la traçabilité sur toute la chaîne. Volontaire, souvent appelée par les référentiels sectoriels
Décret n° 2001-387 du 3 mai 2001 Contrôle des instruments de mesure Encadre les instruments soumis au contrôle de l'État — examen de type, vérification primitive, vérification de l'installation, contrôle en service. Un arrêté par catégorie d'instrument fixe la périodicité de la vérification périodique, laquelle peut dépendre des conditions d'utilisation, de la technologie ou de la classe. Réglementaire, sur les instruments listés uniquement
GUM — JCGM 100:2008 Expression de l'incertitude Règles générales d'évaluation et d'expression de l'incertitude de mesure : évaluation de type A par méthodes statistiques, de type B par les autres informations disponibles, composition, puis élargissement par un facteur k. Version française : NF ISO/IEC Guide 98-3, juillet 2014. Guide de référence international

Tous les combien faut-il étalonner ?

C'est la question la plus posée en métrologie, et celle dont la réponse déçoit le plus : aucune norme générale ne fixe de périodicité. L'ISO 9001:2015 demande un étalonnage ou une vérification « à intervalles spécifiés, ou avant utilisation » — à vous de spécifier, et de savoir justifier.

Les critères qui construisent une périodicité défendable en audit

  • Criticité de la mesure : la cote contrôlée conditionne-t-elle la sécurité, la conformité réglementaire ou l'acceptation client ?
  • Rapport U/IT : plus l'incertitude occupe l'intervalle de tolérance, moins on peut se permettre de dérive entre deux étalonnages.
  • Intensité et conditions d'usage : un instrument d'atelier posté n'a pas le régime d'un étalon rangé en salle climatisée.
  • Dérive historique : c'est l'argument le plus solide. Un instrument dont les trois derniers certificats montrent une dérive nulle justifie un allongement ; l'inverse impose un resserrement.
  • Exigences du client ou du référentiel sectoriel : elles priment sur votre analyse interne.
  • Coût du rappel : combien de pièces faudrait-il reprendre si l'instrument était trouvé hors tolérance au prochain étalonnage ?

L'exception réglementaire. Certains instruments sont soumis au contrôle de l'État au titre du décret n° 2001-387 du 3 mai 2001 : pour eux, la périodicité de la vérification périodique est fixée par arrêté et peut varier selon les conditions d'utilisation, la technologie de fabrication ou la classe de l'instrument. Il faut alors se reporter à l'arrêté propre à la catégorie concernée, et non à une règle interne.

D'où sort le U que vous avez saisi

Le calculateur ci-dessus prend l'incertitude élargie comme une donnée d'entrée. Elle se construit selon le guide d'expression de l'incertitude de mesure (GUM, JCGM 100:2008) : on recense les composantes, on les évalue par méthodes statistiques sur des mesures répétées — évaluation de type A — ou à partir des autres informations disponibles, certificat, spécification constructeur, résolution — évaluation de type B. On les compose en une incertitude-type composée, puis on l'élargit par un facteur k. Le VIM définit d'ailleurs l'incertitude élargie comme le « produit d'une incertitude-type composée et d'un facteur supérieur au nombre un » (VIM 2.35) : k = 2 est un usage, pas une constante universelle.

Le calcul d'incertitude selon le GUM, étape par étape

Aller plus loin

Questions fréquentes

La métrologie industrielle est la discipline qui garantit qu'un résultat de mesure obtenu en atelier signifie quelque chose : que l'instrument est raccordé à une référence connue, que son incertitude est chiffrée, et que la décision de conformité prise sur une pièce tient compte de cette incertitude. Elle repose sur un vocabulaire normalisé, le VIM (JCGM 200:2012), sur le guide d'expression de l'incertitude GUM (JCGM 100:2008) et, pour la décision, sur l'ISO 14253-1.

L'étalonnage (VIM 2.39) établit la relation entre les valeurs fournies par des étalons et les indications de l'instrument, avec les incertitudes associées : il produit un certificat, pas un verdict. La vérification (VIM 2.44) est la fourniture de preuves tangibles qu'une entité satisfait à des exigences spécifiées : elle compare les résultats de l'étalonnage à une erreur maximale tolérée et conclut apte ou inapte. On étalonne pour savoir, on vérifie pour décider.

En anglais, « calibration » désigne l'étalonnage. En français, « calibrage » ou « calibration » est souvent employé pour l'ajustage, c'est-à-dire l'ensemble des opérations réalisées sur un système de mesure pour qu'il fournisse des indications prescrites (VIM 3.11) : réglage du zéro, du décalage, de l'étendue. Le VIM précise expressément qu'il ne faut pas confondre l'ajustage avec l'étalonnage. Un ajustage impose un nouvel étalonnage après coup, sinon l'instrument n'est plus raccordé.

Aucune norme générale ne fixe de périodicité universelle. L'ISO 9001:2015 (§ 7.1.5.2) demande un étalonnage ou une vérification à intervalles spécifiés, ou avant utilisation, sans dire lesquels : c'est à l'entreprise de justifier la fréquence retenue à partir de la criticité de la mesure, de l'intensité d'usage, de la dérive constatée dans l'historique et des exigences du client. Seuls les instruments listés au décret n° 2001-387 du 3 mai 2001 relèvent d'une périodicité réglementaire fixée par arrêté.

En comparant l'incertitude élargie U de votre processus de mesure à l'intervalle de tolérance IT de la cote. L'ISO 14253-1:2017 impose de réduire la zone de spécification de U de chaque côté pour prouver la conformité : la zone de conformité vaut donc IT − 2U. Si 2U atteint IT, cette zone est vide et aucune pièce ne peut être déclarée conforme. Les rapports U/IT couramment visés dans l'industrie — un huitième, un quart, au plus un tiers — sont des pratiques et non des obligations : ce qui est normatif, c'est de documenter la règle de décision retenue (ISO/IEC 17025 § 7.1.3).

Elle n'est ni conforme ni non conforme au sens démontrable : la valeur mesurée est trop proche d'une limite de tolérance au regard de l'incertitude. Trois issues : appliquer la règle de décision écrite et acceptée par le client, qui indique d'avance qui porte le risque du doute ; remesurer avec un processus plus fidèle pour réduire U et sortir de la bande ; ou traiter la pièce comme litigieuse. Ce qui est exclu, c'est de déclarer la conformité sans mentionner l'incertitude.

Le raccordement traduit la traçabilité métrologique du VIM 2.41 : la propriété d'un résultat de pouvoir être relié à une référence par une chaîne ininterrompue et documentée d'étalonnages contribuant chacun à l'incertitude. En France, le Cofrac est l'organisme unique d'accréditation depuis le décret n° 2008-1401 du 19 décembre 2008 ; un certificat émis sous accréditation atteste la compétence du laboratoire sur la portée concernée. Faire appel à un laboratoire accrédité n'est pas une obligation légale générale, mais c'est ce qu'attendent les référentiels qualité et les audits clients quand la mesure conditionne la conformité du produit.

La résolution est la plus petite variation de la grandeur mesurée qui produit une variation perceptible de l'indication (VIM 4.14). Une pratique répandue consiste à retenir un instrument dont la résolution ne dépasse pas le dixième de l'intervalle de tolérance, afin de disposer d'au moins dix échelons dans la plage à contrôler. En dessous de cinq échelons, le pas de quantification devient une composante majeure de l'incertitude : un pied à coulisse au centième ne permet pas de statuer sérieusement sur une tolérance de quelques microns.

Les définitions en une ligne

Étalonnage VIM 2.39
calibration
Vérification VIM 2.44
verification
Ajustage VIM 3.11
adjustment
Traçabilité métrologique VIM 2.41
metrological traceability

Textes issus du vocabulaire international de métrologie, JCGM 200:2012.

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Une mesure sans incertitude n'est pas un contrôle

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