PCA / PRA & Continuité d'Activité
Module 3 : Rédiger & déployer le plan

Module 3 / 4 ·  Sommaire complet de la formation

Module 3 : Rédiger & déployer 24 min de lecture

3.2 Le PRA : sauvegardes 3-2-1 et restauration

Au cœur du PCA, le PRA informatique structure la résilience des SI. Règle 3-2-1 puis 3-2-1-1-0 face aux ransomwares, immutabilité, ordonnancement des restaurations, tests réguliers : voici les fondamentaux que tout RSSI doit maîtriser et pouvoir documenter.

La règle 3-2-1-1-0 des sauvegardes anti-ransomware

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Copies des données

2

Supports différents

1

Hors site géographique

1

Immuable (anti-tamper)

0

Erreur lors des tests

1

La règle 3-2-1 : socle historique des sauvegardes

La règle 3-2-1 a été popularisée par Peter Krogh, photographe et auteur du livre The DAM Book (2005), pour la gestion des archives photographiques. Elle s'est imposée comme standard universel dans l'informatique professionnelle.

Définition :

  • 3 copies des données : 1 copie de production + 2 sauvegardes.
  • 2 supports différents : pour éviter qu'un défaut commun (corruption, défaillance matérielle) impacte toutes les copies. Exemples : disque dur + bande, disque dur + cloud, NAS + bande.
  • 1 hors site géographique : pour résister aux sinistres locaux (incendie, inondation, vol).

Cette règle pose les bases. Mais elle ne suffit plus face aux ransomwares modernes qui chiffrent simultanément la production ET les sauvegardes en ligne. D'où l'évolution récente vers 3-2-1-1-0.

Le « 1 » supplémentaire : une copie immuable. Une sauvegarde qui ne peut pas être modifiée ni supprimée, même par un administrateur légitime, pendant une période définie (rétention immutable). Technologies :

  • Verrouillage d'objet sur un stockage objet : la copie ne peut être ni modifiée ni supprimée avant l'expiration de la rétention, y compris par un administrateur.
  • Bandes magnétiques WORM (écriture unique) : le verrou est physique, donc insensible à une compromission du système.
  • Dépôt de sauvegarde durci : serveur dédié, sans partage réseau standard ni compte d'administration du domaine, dont le système interdit la suppression avant échéance.
Le point à vérifier : une sauvegarde accessible avec les identifiants d'administration du domaine n'est pas protégée contre un rançongiciel, puisque l'attaquant commence précisément par obtenir ces identifiants. L'immutabilité n'a de valeur que si aucun compte du système d'information compromis ne peut lever le verrou.

Le « 0 » final : zéro erreur lors des tests de restauration. Une sauvegarde non testée est une sauvegarde présumée corrompue. Voir Module 4 sur les tests.

Évolution récente : certains experts proposent 4-3-2-1-1-0 avec une copie supplémentaire « air-gap » (totalement déconnectée du réseau). C'est le standard pour les organisations très exposées (Seveso, OIV).
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Types de sauvegardes et politiques de rétention

Plusieurs types de sauvegardes coexistent dans une politique mature :

TypeDescriptionAvantagesInconvénients
Complète (full)Copie intégrale des donnéesRestauration rapide en 1 étapeVolume important, durée longue
IncrémentaleDonnées modifiées depuis dernière sauvegarde (de tout type)Volume réduit, rapideRestauration chaînée (full + incrémentaux successifs)
DifférentielleDonnées modifiées depuis dernière fullRestauration en 2 étapes maxVolume croissant entre 2 full
SnapshotInstantané au niveau du système de fichiers ou de la virtualisationTrès rapide, peu intrusifStockage local — pas vraiment une sauvegarde au sens 3-2-1
RéplicationCopie continue ou périodiqueRPO faible, bascule rapideRéplique aussi les erreurs et compromissions
Log shippingEnvoi continu des journaux de transactions (BDD)RPO < 1 min possibleSpécifique aux bases de données

Stratégie typique en grand groupe :

  • Quotidien : incrémentaux nocturnes (faible volume).
  • Hebdomadaire : différentielle (consolidation).
  • Mensuel : full complète (point de récupération fiable).
  • Snapshot continu : pour rollback rapide (granularité min).
  • Réplication asynchrone vers le site de secours (RPO ≤ 15 min).

Politique de rétention :

  • 7 jours de sauvegardes incrémentales journalières.
  • 4 à 5 semaines de sauvegardes hebdomadaires.
  • 12 mois de sauvegardes mensuelles.
  • 5 à 10 ans de sauvegardes annuelles pour archives légales (comptabilité, RH, médical).
  • Très longue durée pour les données à conservation réglementaire longue : expositions professionnelles, dossiers de suivi individuel, archives sociales.

Les durées légales de conservation varient fortement : 10 ans pour les pièces comptables, 5 ans pour les bulletins de paie sous forme papier — l'employeur devant garantir la disponibilité d'un bulletin dématérialisé pendant 50 ans ou jusqu'aux 75 ans du salarié —, durées spécifiques pour les versions successives du document unique d'évaluation des risques professionnels. La politique de rétention du PRA doit être alignée sur ces obligations. Le RGPD impose l'exigence inverse : on ne conserve pas indéfiniment des données personnelles au motif qu'elles dorment dans une sauvegarde.

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L'ordonnancement des restaurations

En cas de sinistre majeur, il faut restaurer dans le bon ordre les applications. Erreur classique : tout vouloir restaurer en parallèle, créer des conflits de ressources et des dépendances brisées.

Ordre type d'une reprise complète :

  1. Infrastructure réseau : routeurs, switches, firewalls, DNS, DHCP. Sans réseau, rien ne marche.
  2. Annuaires d'identité : annuaire d'entreprise, gestion des identités et des accès. Sans authentification, rien n'est accessible.
  3. Services de base : DNS interne, NTP (synchronisation horaire), PKI.
  4. Stockage et bases de données centrales. Restauration de l'ERP, du CRM, des données métier critiques.
  5. Hyperviseurs et orchestrateurs de la plateforme de virtualisation ou de conteneurs.
  6. Applications de niveau 1 (vitales selon BIA) : production, paiement, suivi clients.
  7. Messagerie et outils collaboratifs : messagerie, visioconférence, partages de fichiers.
  8. Applications de niveau 2 : analytique, reporting, supports.
  9. Postes de travail : provisioning massif si nécessaire.
  10. Tests fonctionnels avant remise en production.
  11. Communication aux utilisateurs : qui peut faire quoi.

Cette séquence est documentée dans le PRA sous forme de « livre de reprise » (runbook), avec pour chaque étape : prérequis, actions, durée estimée, point de validation, escalade si échec.

Des outils d'orchestration de reprise permettent d'automatiser et de rejouer ces séquences, ce qui est surtout utile pour tester la bascule sans mobiliser une équipe entière. Ils existent chez les éditeurs de sauvegarde comme chez les fournisseurs de cloud ; leur intérêt dépend d'abord du nombre d'applications à réordonnancer.

Piège fréquent : un PRA ne peut rien sur une application en mode hébergé dont l'éditeur est lui-même indisponible. Deux réflexes : lire les engagements de service du contrat, et vérifier qu'il est possible d'exporter régulièrement ses propres données dans un format exploitable — c'est ce qui permet de repartir ailleurs si le service disparaît.
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Spécificités du PRA ransomware

Le scénario ransomware est devenu si fréquent qu'il mérite un PRA spécifique. Particularités à anticiper :

  • Compromission durable : l'attaquant peut être présent dans le SI depuis des semaines avant le déclenchement. Les sauvegardes récentes peuvent déjà être compromises.
  • Chiffrement massif : tous les fichiers accessibles deviennent illisibles. Y compris fichiers en cours d'utilisation.
  • Sauvegardes attaquées en premier : les rançongiciels ciblent en priorité les serveurs de sauvegarde, pour supprimer toute possibilité de reprise sans paiement.
  • Vol de données (« double extorsion ») : exfiltration avant chiffrement, puis menace de divulgation.
  • Latéralisation : propagation via Active Directory compromis, exécution sur tous les postes.

Réponse opérationnelle :

  1. Isolement immédiat du SI : déconnexion réseau, mise en veille, arrêt complet si nécessaire.
  2. Notification rapide : CERT-FR, prestataire de réponse à incident retenu à l'avance, assureur, et CNIL si des données personnelles sont concernées.
  3. Forensique : analyser l'étendue de la compromission, identifier la « patient zero », rechercher les backdoors.
  4. Décision de paiement : non recommandé par l'État (financement du crime), mais parfois pratiqué. À discuter en CDS + juridique + assureur cyber.
  5. Reconstruction depuis sauvegardes propres : identifier un point de restauration antérieur à la compromission (parfois plusieurs semaines en arrière).
  6. Reconstruction complète : reformatage des serveurs, réinstallation de l'OS et des applications, restauration des données seulement.
  7. Renforcement : patches, hardening, MFA généralisé, segmentation réseau, monitoring renforcé.
  8. Communication : interne, clients, assurance, autorités.

Position officielle ANSSI/CERT-FR : ne pas payer la rançon. Raisons :

  • Le paiement finance le cybercrime et alimente l'écosystème mafieux.
  • Aucune garantie de récupération : l'outil de déchiffrement fourni est souvent lent, partiel ou défaillant, et les données déjà exfiltrées ne « reviennent » jamais.
  • Marque la victime comme « payeuse », augmentant les attaques futures.
  • Risque juridique si le groupe attaquant fait l'objet de mesures de gel des avoirs ou de sanctions internationales.
  • Le contrat d'assurance encadre strictement le sujet : en France, l'article L12-10-1 du Code des assurances conditionne l'indemnisation du versement d'une rançon au dépôt d'une plainte dans les 72 heures suivant la connaissance de l'infraction.
La décision ne se prend pas dans l'urgence. Elle s'anticipe : position de principe arrêtée par la direction, avant tout incident, et inscrite dans le PCA. Le vrai déterminant n'est pas moral mais opérationnel — une organisation qui dispose d'une sauvegarde immuable, testée, et d'un plan de reconstruction n'a pas à se poser la question.
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Architecture moderne : segmentation, Zero Trust, immutabilité

L'architecture moderne d'un SI résilient repose sur plusieurs principes :

  • Segmentation réseau : isoler les zones critiques (production, paiement, RH) par des firewalls internes. Limite la propagation d'attaques.
  • Microsegmentation : segmenter au niveau des applications, voire des conteneurs. Approche Software-Defined Network (SDN).
  • Zero Trust : ne jamais faire confiance, toujours vérifier. Authentification continue, MFA partout, principe du moindre privilège.
  • Immutabilité : infrastructure as code, déploiements reproductibles, pas de modification manuelle des serveurs en production.
  • Sauvegarde air-gap : copie déconnectée physiquement du réseau, à intervalles réguliers.
  • SIEM/SOC : Security Information and Event Management, Security Operation Center 24/7 pour détecter et alerter.
  • EDR/XDR : Endpoint Detection and Response — détection comportementale sur les postes et serveurs.
  • Sauvegarde externalisée en service : confier la copie hors site à un prestataire spécialisé, en vérifiant la réversibilité et la localisation des données.

Ces briques ne se déploient pas toutes en même temps, et l'ordre compte plus que le budget. La séquence qui apporte le plus de résilience pour le moins d'effort est constante : sauvegarde immuable testée, puis authentification multifacteur sur tous les accès distants, puis segmentation réseau, puis seulement détection et supervision. Une supervision 24/7 sur un système d'information dont les sauvegardes ne sont pas protégées améliore le délai de détection, pas la capacité à redémarrer.

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Choisir une solution de sauvegarde et de reprise

Le marché de la sauvegarde et de la reprise est mature et très concurrentiel. Plutôt qu'un palmarès d'éditeurs — qui vieillit en quelques mois et dépend surtout du contexte —, voici les critères qui déterminent réellement le choix, dans l'ordre où ils se posent.

CritèreQuestion à poser au candidat
Couverture du parcLa solution sauvegarde-t-elle tout ce qui compte : machines virtuelles, serveurs physiques, bases de données, postes, applications en mode hébergé, conteneurs ?
Immutabilité réelleQuel mécanisme empêche la suppression d'une copie avant échéance, et ce mécanisme résiste-t-il à un compte d'administration compromis ?
Vitesse de restaurationCombien de temps pour restaurer le plus gros volume critique ? La réponse se mesure lors d'un test, pas dans une plaquette.
GranularitéPeut-on restaurer un seul fichier ou une seule boîte aux lettres, ou faut-il rejouer tout un serveur ?
RéversibilitéComment récupère-t-on ses données si l'on change de solution ? Dans quel format ?
Localisation et conformitéOù sont stockées les copies ? Les exigences applicables (santé, secteur public, données sensibles) sont-elles couvertes par une qualification reconnue ?
Coût completLicences, stockage, et coût de sortie (frais de restitution des données, souvent oubliés).
Compétence interneL'équipe saura-t-elle l'exploiter un dimanche à 3 heures du matin, sans le prestataire ?
Le critère qui prime sur tous les autres : une solution modeste, maîtrisée et testée chaque mois protège mieux qu'une plateforme sophistiquée que personne ne sait exploiter sous pression. La qualité d'un dispositif de reprise se mesure au dernier test réussi, pas au budget engagé.
Stack technologique d'un PRA moderne
Sauvegarde

Complète, incrémentale, différentielle, snapshot

Réplication

Synchrone ou asynchrone, orchestration de bascule

Immutabilité

Verrou d'objet, dépôt durci, bande WORM, air-gap

Détection / SOC

EDR sur les postes et serveurs, SIEM, supervision 24/7

Sources de ce chapitre
  • Guides de l'ANSSI sur les sauvegardes, l'hygiène informatique et la reconstruction d'un système d'information après compromission — cyber.gouv.fr.
  • Article L12-10-1 du Code des assurances (indemnisation du versement d'une rançon subordonnée au dépôt de plainte sous 72 heures), créé par la loi n° 2023-22 du 24 janvier 2023 — legifrance.gouv.fr.
  • Durées de conservation des documents de l'entreprise — entreprendre.service-public.fr.
  • Règle 3-2-1 : formulée par le photographe Peter Krogh dans The DAM Book (2005), reprise depuis comme référence par les organismes de cybersécurité.
À retenir
  • Règle 3-2-1-1-0 : 3 copies, 2 supports, 1 hors site, 1 immuable, 0 erreur de test. Évolution du 3-2-1 face aux ransomwares.
  • Types de sauvegardes : full / incrémentale / différentielle / snapshot / réplication / log shipping. Combiner selon RPO et volume.
  • Ordonnancement de la restauration : réseau → AD → DNS/NTP → BDD → hyperviseurs → applis niveau 1 → comm → niveau 2 → postes.
  • PRA rançongiciel : isolement → notification (CERT-FR, CNIL si données personnelles, assureur) → investigation pour dater la compromission → reconstruction des systèmes puis restauration des seules données, depuis un point antérieur à l'intrusion. La position de l'État est de ne pas payer ; en France, l'indemnisation d'une rançon par l'assurance suppose une plainte déposée sous 72 h (article L12-10-1 du Code des assurances).
  • Architecture moderne : segmentation réseau, moindre privilège et authentification multifacteur, immutabilité, copie déconnectée, détection. Dans cet ordre : détecter plus vite sans pouvoir restaurer ne fait pas redémarrer l'activité.
  • Le choix d'une solution se fait sur des critères (couverture, immutabilité réelle, vitesse de restauration, granularité, réversibilité, coût de sortie, compétence interne), pas sur un classement d'éditeurs. La preuve, c'est le dernier test de restauration réussi.
Sommaire de la formation