Référent ATEX Expert

Maîtrise des référentiels normatifs (EN 60079-10-1 et 2)

Module 1 / 4

Module 1 : Référentiels normatifs ~25 min de lecture

1.2 Méthodologie de classement EN 60079-10-1

La norme EN 60079-10-1 ne se lit pas : elle se déroule comme un processus d'analyse. Son cœur est l'identification systématique des sources de dégagement et la caractérisation de leur degré. Un degré mal identifié, c'est une zone mal classée — et une responsabilité engagée.

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La logique fondamentale : Source → Degré → Zone

Beaucoup d'évaluateurs font l'erreur inverse : ils partent de la zone qu'ils "sentent" être appropriée, puis cherchent une justification. La norme EN 60079-10-1 impose une démarche strictement ascendante : on part des faits physiques, on remonte vers la classification.

Le processus normatif EN 60079-10-1 en 5 étapes
1. Identifier la substance LIE, masse molaire, pression vapeur
2. Localiser les sources Joints, évents, raccords, pompes…
3. Qualifier le degré Continu / Primaire / Secondaire
4. Évaluer la ventilation Degré + Disponibilité
5. Définir la zone Type + Étendue
Le piège du raisonnement inversé

"Cette zone ressemble à une Zone 1, donc je vais la classer Zone 1." Ce raisonnement est non-conforme à la norme et indéfendable en cas d'accident. La classification doit résulter d'une démonstration, pas d'une intuition. Chaque choix de zone doit être tracé depuis sa source de dégagement identifiée et son degré justifié.

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Les 3 degrés de dégagement : La clé de voûte du classement

Le degré de dégagement est défini par la norme comme la fréquence et la durée pendant laquelle une source est susceptible de libérer une substance inflammable. C'est le paramètre qui dicte directement le type de zone associée.

Degré CONTINU → Zone 0

Présence permanente ou de longue durée de gaz/vapeur inflammable. Le dégagement n'est pas occasionnel, il est constitutif du fonctionnement normal.

Durée annuelle estimée : > 1 000 heures

  • ciel gazeux d'un réservoir à toit fixe non inerté
  • surface d'un liquide inflammable à l'air libre dans une cuve ouverte
  • zone au voisinage d'un évent de réservoir en dépression
Zone résultante : Zone 0 (la plus restrictive)
Degré PRIMAIRE → Zone 1

Dégagement périodique ou occasionnel en fonctionnement normal. Il est prévisible, attendu, mais non permanent.

Durée annuelle estimée : 10 à 1 000 heures

  • ouverture d'un dôme de chargement (opération normale)
  • prise d'échantillon sur un circuit sous pression
  • joint de pompe à garniture simple soumis à fuites contrôlées
Zone résultante : Zone 1 (niveau intermédiaire)
Degré SECONDAIRE → Zone 2

Dégagement en fonctionnement anormal : défaillance d'un composant, fuite accidentelle. Il n'est pas attendu en exploitation normale.

Durée annuelle estimée : < 10 heures

  • défaillance d'un joint torique ou d'un presse-étoupe
  • rupture accidentelle d'un raccord souple
  • fuite à travers le corps d'une vanne défectueuse
Zone résultante : Zone 2 (niveau le plus bas)
Tableau de synthèse Degré → Zone (EN 60079-10-1, Table 1)
Degré de dégagement Fréquence Durée annuelle Zone de base Exemples typiques
Continu Permanente ou très longue durée > 1 000 h/an Zone 0 Ciel gazeux d'un réservoir non inerté, surface d'un bain ouvert
Primaire Périodique en fonctionnement normal 10 à 1 000 h/an Zone 1 Joints de pompe à fuites prévues, opérations de chargement
Secondaire Accidentel ou dysfonctionnement < 10 h/an Zone 2 Défaillance de joint, fuite de raccord en fonctionnement anormal
L'erreur de classification la plus fréquente : confondre primaire et secondaire

Un joint de pompe conçu pour fuir légèrement (garniture mécanique simple, joint labyrinthe) est une source de dégagement primaire — la fuite est prévue par la conception. Un joint torique non censé fuir est une source secondaire — la fuite n'intervient qu'en cas de défaillance. Cette distinction change le type de zone d'un niveau entier.

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Le taux de dégagement : paramètre clé pour l'étendue de zone

Le degré de dégagement détermine le type de zone. Mais c'est le taux de dégagement massique (Wg, exprimé en kg/s) qui détermine son étendue. Un dégagement faible peut conduire à une zone d'étendue "négligeable" (NE), même en Zone 2.

Les paramètres qui influencent Wg
  • Pression absolue de stockage (P)

    Plus la pression est élevée, plus le débit de fuite sera important pour une même section d'orifice. Au-delà d'environ 1,9 bar absolu, l'écoulement devient sonique (bloqué) : la vitesse au col de la fuite atteint celle du son et le débit ne peut plus augmenter.

  • Section de l'orifice de fuite (S)

    Paramètre difficile à estimer. La norme propose des valeurs conventionnelles selon le type de connexion (joint plat, garniture, raccord à compression). En pratique, on utilise souvent un diamètre équivalent de 0,25 mm à 1 mm pour une fuite de joint standard.

  • Masse molaire (M) et rapport γ = Cp/Cv

    Les gaz légers (hydrogène : M = 2 g/mol) ont un débit massique très faible mais une LIE très basse (4% vol). À l'inverse, le propane (M = 44 g/mol) a un débit massique plus élevé. Le rapport γ influe sur le débit en régime sonique.

  • Température de stockage (T)

    La température influe directement sur la pression vapeur des liquides. Un solvant stocké à 50°C génère un débit d'évaporation bien supérieur au même produit à 20°C. Pour les liquides, la tension de vapeur saturante à T est le paramètre d'entrée.

Formule du débit en régime sonique (gaz parfait)

Wg = Cd · S · P · √( M·γ / R·T · (2/(γ+1))(γ+1)/(γ-1) )

  • Cd : coefficient de décharge (0,5 à 0,75)
  • S : section de l'orifice (m²)
  • P : pression absolue (Pa)
  • M : masse molaire (kg/kmol)
  • γ : rapport Cp/Cv
  • R : 8 314 J/kmol·K
Valide uniquement si P/Patm > 1,9 (régime sonique). Sinon, utiliser la formule subsonique.
Cas particulier : L'évaporation de liquide (flaque au sol)

Pour une flaque de liquide inflammable (solvant renversé, fuite sur un bac de rétention), le débit de dégagement est régi par la pression de vapeur saturante à la température de la flaque et la vitesse de l'air qui la lèche. La norme propose un modèle simplifié basé sur la loi de Stefan pour l'évaporation en surface libre :

Bonne nouvelle

Un volume de liquide faible (1 m² d'acétone à 20°C) génère souvent un Vz de quelques litres seulement à proximité de la surface. La zone peut être d'étendue "négligeable" (NE) si la ventilation est correcte.

Attention aux points bas

Les liquides à forte pression vapeur (acétone, éther, hexane) dans un local mal ventilé avec rétention peuvent rapidement former une Zone 1 sur toute la surface du bac, surtout si les vapeurs sont plus lourdes que l'air et s'accumulent.

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Sources multiples, enveloppes et règles de cumul

Dans une installation industrielle réelle, il n'y a jamais une seule source de dégagement. Une ligne de transfert de solvants comporte des dizaines de joints, raccords et robinets. Comment gérer cette multiplicité ?

Règle 1 : La zone dominante s'applique

Lorsque les enveloppes de deux sources de degrés différents se chevauchent, c'est la zone la plus restrictive qui s'applique à la zone de chevauchement.

Exemple :

Une source primaire (Zone 1, rayon 1 m) et une source secondaire (Zone 2, rayon 3 m) situées à 2 m l'une de l'autre. La zone résultante est : Zone 1 sur le disque central (rayon 1 m autour de la source primaire), et Zone 2 au-delà jusqu'à 3 m de la source secondaire.

Règle 2 : L'approche "zone englobante" pour les sources denses

Lorsqu'une installation présente une densité élevée de sources secondaires (ex : rack de tuyauteries avec 50 raccords), dessiner 50 zones individuelles est irréaliste et illisible.

Approche admise :

Dessiner une zone englobante unique autour de l'ensemble des sources, dont le type correspond au degré le plus élevé présent. Cette approche est plus conservatrice mais simplifie le plan de zonage et sa maintenance.

Règle 3 : Communication entre locaux

Une zone définie dans un local peut "s'étendre" dans un local adjacent si une communication ouverte existe (porte, gaine de ventilation, trémie).

La norme exige d'évaluer le risque de migration de gaz entre locaux contigus. Une Zone 1 dans un local de pompes peut imposer un classement Zone 2 dans le couloir de maintenance adjacent si la porte est normalement ouverte.

Règle 4 : Étendue négligeable (NE)

Si le volume hypothétique calculé Vz est inférieur à 0,1 m³, la norme permet de classer la zone comme d'étendue "négligeable". Elle reste classifiée (Zone 2 NE par exemple) mais n'est pas représentée graphiquement.

Attention (version 2020) : La classification NE est désormais interdite si la pression dépasse 20 bar absolu, sauf démonstration spécifique que l'inflammation du volume libéré ne constitue pas un danger significatif.

Auto-contrôle — Questions flash

3 questions issues de cas réels de terrain.

1
Identification du degré

Le joint mécanique d'une pompe à propane est conçu pour avoir une fuite de vapeur légère en fonctionnement normal. De quel degré de dégagement s'agit-il ?

2
Cumul de zones

Une source primaire (Zone 1, rayon 0,5 m) est à 0,3 m d'une source secondaire (Zone 2, rayon 1,5 m). Quelle est la zone applicable au point situé à 0,4 m de la source primaire ?

3
Étendue négligeable

Vous calculez un Vz de 0,05 m³ pour une source secondaire à 15 bar. Pouvez-vous classer cette zone "Zone 2 NE" (étendue négligeable) selon la version 2020 de la norme ?

Ce qu'il faut retenir

1

Le processus est ascendant : on part de la source physique identifiée, on qualifie son degré, puis on définit la zone. Jamais l'inverse.

2

3 degrés = 3 zones de base : Continu → Zone 0 / Primaire → Zone 1 / Secondaire → Zone 2. La ventilation peut ensuite modifier ce classement.

3

Un joint "prévu pour fuir" est primaire, pas secondaire. La distinction entre fuite prévue et fuite accidentelle est cruciale et change le type de zone.

4

Version 2020 : la vitesse de ventilation minimale de 0,05 m/s est supprimée, la Zone 2 NE est interdite au-delà de 20 bar, et les pressions > 10 bar nécessitent une évaluation spécifique.

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