Lors de la COP26 à Glasgow en novembre 2021, la Chine a annoncé un projet hydroélectrique sans précédent : la construction du plus haut barrage du monde sur le Brahmapoutre, au Tibet. Plus de 300 mètres de hauteur prévus, 60 GW de puissance installée — soit trois fois les Trois Gorges. Une décision aux implications géopolitiques majeures, qui inquiète l'\\'Inde et le Bangladesh, pays en aval du fleuve.
Cette analyse de France 24 détaille le projet chinois Motuo, ses caractéristiques techniques, ses enjeux climatiques et les tensions diplomatiques qu'\\'il génère. Indispensable pour les ingénieurs énergie, géopoliticiens des ressources, journalistes économiques et étudiants en relations internationales.
Le projet Motuo en chiffres
| Caractéristique | Valeur projetée |
|---|---|
| Localisation | Comté de Motuo, Tibet, près de la frontière indienne |
| Fleuve | Yarlung Tsangpo (devient Brahmapoutre en aval, en Inde) |
| Hauteur prévue | ~ 300 m (plus haut barrage du monde) |
| Puissance installée | ~ 60 000 MW (3x les Trois Gorges) |
| Production annuelle estimée | ~ 300 TWh / an |
| Coût annoncé | ~ 137 milliards USD |
| Annonce officielle | Décembre 2024 (cadre 14ᵉ plan quinquennal chinois) |
| Mise en service prévue | À partir de 2030 par phases |
Les tensions géopolitiques
Le Brahmapoutre est un fleuve transfrontalier majeur qui alimente plus de 200 millions de personnes en Inde et au Bangladesh. La construction d'\\'un barrage géant à sa source pose des questions critiques :
- Modification des débits saisonniers : crues maîtrisées (effet positif) mais étiages aggravés (effet négatif sur l'\\'irrigation et la pêche en aval).
- Sédiments : capture des limons fertiles dans le réservoir, baisse de fertilité des deltas indiens et bangladais.
- Risque sismique : zone tectonique très active à la frontière des plaques indienne et eurasiatique.
- Arme géopolitique potentielle : la Chine pourrait théoriquement contrôler le débit du fleuve en cas de tension avec l'\\'Inde.
- Absence de traité bilatéral : contrairement au Mékong (accord de 1995), aucune convention internationale ne régit le partage du Brahmapoutre.
L'\\'enjeu pour la transition climatique
La Chine défend ce projet au nom de la décarbonation. 60 GW d'\\'hydroélectricité, c'\\'est l'\\'équivalent de :
- ~ 60 réacteurs nucléaires de 1 GW (en termes de capacité installée).
- ~ 300 millions de panneaux solaires de 200 W (en équivalent annuel).
- L'\\'évitement de ~ 200 millions de tonnes de CO₂/an par rapport à du charbon.
- ~ 20 % de la consommation électrique chinoise actuelle.
La Chine est déjà le premier producteur mondial d'\\'hydroélectricité (1 410 TWh en 2023, soit 30 % de la production mondiale). Avec Motuo, elle consoliderait cette position de manière décisive.
Pour aller plus loin
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« Le projet Motuo cristallise les contradictions de notre époque : champion de la transition climatique pour les uns, arme géopolitique pour les autres. La frontière entre énergie verte et hégémonie hydraulique est plus fine qu'\\'on ne le croit. » – France 24
Source vidéo : France 24