Le 10 juillet 1976, à 12 h 37, un nuage de dioxine s'échappe du réacteur B de l'usine ICMESA, à Meda, en Lombardie. En quelques heures, la commune voisine de Seveso est contaminée par l'un des poisons les plus toxiques jamais synthétisés par l'homme : la 2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-para-dioxine (TCDD).
Cette archive INA, diffusée dans les jours qui ont suivi, donne à voir l'évacuation des habitants, les animaux morts dans les jardins et le périmètre rouge bouclé par les autorités italiennes. C'est de cette catastrophe qu'est née, en 1982, la première directive européenne sur la maîtrise des dangers liés aux accidents majeurs : la directive Seveso.
Le scénario d'une catastrophe oubliée trop vite
L'usine ICMESA, filiale du groupe suisse Givaudan-Hoffmann-La Roche, fabriquait du trichlorophénol, un précurseur de désherbant. Une réaction exothermique non maîtrisée fait grimper la température du réacteur, provoque l'ouverture de la soupape de sécurité et libère un nuage contenant entre 100 g et 30 kg de TCDD — une fourchette qui dit toute l'incertitude de l'époque.
- Zone A (la plus contaminée) : 736 personnes évacuées, sol décapé sur 30 cm, habitations rasées.
- Zone B : 4 700 habitants, restrictions alimentaires sévères pendant des années.
- Faune : plus de 3 300 animaux retrouvés morts dans les jours suivants.
- Effets sanitaires : chloracné chez les enfants, hausse documentée des cancers et lymphomes des décennies plus tard.
Ce que la vidéo apprend aux préventeurs d'aujourd'hui
Une réaction emballée et une sécurité passive insuffisante
Le réacteur n'avait pas de système de quench (refroidissement d'urgence) ni de bac de confinement. Aujourd'hui, les sites Seveso doivent caractériser ces scénarios dans leur étude de dangers, avec arbres de défaillance et barrières de sécurité instrumentées (SIL).
L'absence de plan de communication d'urgence
Les habitants ont été prévenus plusieurs jours après l'événement. La directive Seveso III impose désormais une information préalable des riverains et des plans particuliers d'intervention (PPI) régulièrement testés.
La traçabilité des effets différés
Les conséquences sanitaires ne sont apparues que des années plus tard. Cela a fondé l'obligation de surveillance épidémiologique des populations exposées, aujourd'hui assurée par Santé publique France autour des sites classés.
Pour aller plus loin
- Consulter la convention Industries chimiques (IDCC 0044).
- Notre vidéo et analyse de la catastrophe d'AZF Toulouse.
- L'outil Générateur de DUERP pour intégrer les risques toxiques dans votre évaluation.
« Seveso a obligé l'Europe à inventer un droit du risque industriel. Aujourd'hui, chaque exploitant Seveso seuil haut produit une étude de dangers pluri-volume, mise à jour tous les cinq ans. » — INERIS
Source vidéo : INA