L'affréteur routier achète et vend de la capacité de transport. Concrètement : il reçoit un besoin de transport, trouve le transporteur capable de l'exécuter, négocie le prix d'achat, facture au client un prix de vente supérieur, et suit l'acheminement jusqu'à la livraison. Sa performance se mesure à la marge dégagée par dossier et à la fiabilité des transporteurs qu'il engage.
C'est un métier de négociation et de réseau plus que de logistique physique : l'affréteur ne possède généralement aucun camion.
Affréteur, commissionnaire, transporteur : trois choses différentes
La confusion entre ces termes est la source d'erreurs les plus fréquentes, y compris dans les offres d'emploi.
| Terme | Ce que c'est | Moyens propres |
|---|---|---|
| Affréteur | Une fonction salariée : la personne qui achète et revend du fret au sein d'une entreprise | Aucun — il sous-traite |
| Commissionnaire de transport | Une profession réglementée : l'entreprise qui organise librement un transport pour le compte d'autrui, sous sa propre responsabilité | Aucun nécessaire |
| Transporteur public routier | L'entreprise qui exécute le transport avec ses véhicules et ses conducteurs | Véhicules et conducteurs |
Un affréteur exerce donc, la plupart du temps, au sein d'une entreprise de commission de transport, ou dans le service affrètement d'un transporteur qui sous-traite une partie de ses flux.
L'attestation de capacité de commissionnaire de transport
C'est l'élément réglementaire décisif du secteur, et celui qui distingue une carrière d'affréteur salarié d'un projet d'installation à son compte.
À qui s'applique-t-elle exactement ?
L'attestation est exigée pour l'entreprise qui exerce la commission de transport, à travers la personne qui en assure la direction. Un affréteur salarié n'a donc pas besoin de la détenir personnellement pour exercer son métier. Mais sans elle, aucune inscription au registre des commissionnaires n'est possible : c'est le sésame pour créer sa propre structure — et un atout considérable sur un CV, y compris en salariat.
Les trois voies d'obtention
1. L'examen
Un examen écrit, organisé une fois par an. La voie ouverte à tous, sans condition de diplôme préalable.
2. Le diplôme
Un diplôme national de l'enseignement supérieur sanctionnant une formation juridique, économique, comptable, commerciale ou technique, assorti d'au moins un an d'expérience dans des fonctions relevant de la commission de transport.
3. L'expérience
La justification d'une expérience professionnelle dans la commission de transport, appréciée selon les conditions réglementaires.
Pour la voie de l'équivalence de diplôme, le titre invoqué doit relever de l'enseignement supérieur ou technique, même sans spécialisation transport, sanctionner une formation juridique, économique, comptable, commerciale ou technique, être d'un niveau minimum équivalent à Bac+2 et comporter au moins 200 heures de gestion. La liste des diplômes admis est fixée par arrêté.
Le quotidien : une journée d'affrètement
Le métier se joue sur des cycles courts, souvent à l'heure, avec une pression permanente sur la disponibilité de capacité.
Missions principales
- Réceptionner et qualifier la demande : nature de la marchandise, poids, volume, dimensions, contraintes de température ou de dangerosité, dates et créneaux de chargement et de livraison.
- Coter : établir un prix de vente en anticipant le prix d'achat, en tenant compte du gasoil, des kilomètres à vide, du retour de fret et de la saisonnalité.
- Sourcer le transporteur : réseau de sous-traitants référencés, bourses de fret en ligne, contacts directs.
- Négocier l'achat et sécuriser la marge — le cœur de la performance du poste.
- Vérifier la conformité du sous-traitant : licence de transport, attestations d'assurance, régularité sociale et fiscale, capacité adaptée à la marchandise.
- Suivre l'exécution : confirmation de chargement, traçabilité, gestion des aléas (retard, avarie, refus de livraison), réserves et litiges.
- Assurer l'administratif : ordre de transport, lettre de voiture, documents CMR pour l'international, facturation et relance.
Missions complémentaires
- Développement commercial : prospection de chargeurs, renouvellement des appels d'offres annuels.
- Référencement et évaluation de nouveaux transporteurs partenaires.
- Gestion des litiges et des dossiers d'assurance sur avaries et pertes.
- Reporting de marge, de taux de service et de taux de remplissage.
La responsabilité, souvent sous-estimée
De cette responsabilité découlent plusieurs réflexes professionnels : contrôler la validité de la licence de transport, conserver la trace écrite de chaque ordre, formuler les réserves dans les délais, et ne jamais engager un transporteur sur une marchandise que sa licence ou son matériel ne couvre pas.
Compétences requises
- Cotation et calcul de marge, structure de coût d'un transport
- Géographie des flux, distances, temps de conduite réglementaires
- Typologies de véhicules et compatibilité avec la marchandise
- Documents de transport : ordre, lettre de voiture, CMR à l'international
- Réglementation du transport et de la sous-traitance
- Logiciels de gestion transport (TMS), bourses de fret, tableur avancé
- Notions d'ADR pour les marchandises dangereuses
- Négociation — c'est la compétence centrale du poste
- Résistance au stress et gestion simultanée de nombreux dossiers
- Réactivité : une capacité disponible se perd en quelques minutes
- Sens du réseau et fidélisation des transporteurs partenaires
- Rigueur administrative, au service de la maîtrise du risque
- Anglais opérationnel pour l'affrètement international
Comment devenir affréteur
Il n'existe pas de diplôme unique d'« affréteur ». Le recrutement se fait sur deux profils : les diplômés du transport et de la logistique, et les profils commerciaux ou issus de l'exploitation.
Les diplômes, les écoles et les parcours en alternance qui mènent au métier de affréteur routier sont détaillés sur la page dédiée. Voir la formation affréteur routier.
La promotion interne est une voie majeure : un exploitant transport ou un agent de quai qui connaît les flux, les transporteurs et les contraintes réelles évolue naturellement vers l'affrètement. Détail des cursus et de l'alternance : formation d'affréteur routier.
Rémunération : l'essentiel
Particularité du métier : la rémunération comporte très souvent une part variable indexée sur la marge dégagée. Un affréteur expérimenté sur un portefeuille rentable peut ainsi dépasser sensiblement les fourchettes de base.
La rémunération varie selon l'expérience, le secteur industriel et la région. La grille détaillée (brut, net estimé, primes) est présentée sur la page dédiée. Voir le salaire affréteur routier.
Le secteur relève de la convention collective nationale des transports routiers (IDCC 16), qui couvre également les activités auxiliaires du transport dont la commission. Détail : salaire de l'affréteur routier, grille de rémunération transport et logistique 2026, simulateur de salaire transport et logistique.
Fourchettes indicatives de marché, non opposables. Le plancher contraignant est le minimum conventionnel du coefficient applicable, à défaut le SMIC.
Évolutions de carrière
- Progression : affréteur sénior, responsable d'affrètement, responsable d'agence.
- Spécialisation : affrètement international, transport exceptionnel, ADR et marchandises dangereuses, température dirigée.
- Transversal : responsable logistique, achats transport chez un chargeur, pilotage de supply chain.
- Entrepreneuriat : création d'une société de commission de transport — l'attestation de capacité devient alors obligatoire.
- Métier voisin en amont : chauffeur SPL, dont la connaissance du terrain nourrit utilement la fonction.
Idées fausses sur le métier
Sources
- Arrêté du 25 septembre 1990 fixant la liste des diplômes permettant à leurs titulaires d'obtenir l'attestation de capacité pour l'exercice de la profession de commissionnaire de transport. Légifrance.
- Code des transports et textes d'application — profession de commissionnaire de transport, registre des commissionnaires, conditions d'accès et attestation de capacité professionnelle (voies de l'examen, du diplôme et de l'expérience). Légifrance.
- Ministère chargé des Transports — accès aux professions du transport routier et de la commission de transport, registres tenus par les DREAL. ecologie.gouv.fr.
- Convention collective nationale des transports routiers et activités auxiliaires du transport (IDCC 16) — champ d'application incluant la commission de transport, coefficients et minima. Fiche IDCC 16.
- France Compétences — enregistrement au RNCP du BTS Gestion des transports et logistique associée et des titres du transport. francecompetences.fr.

