Cybersécurité Utilisateur
Mots de passe robustes et authentification multi-facteurs (MFA)

Module 3 / 5 · Sommaire complet

Module 3 : Mots de passe & MFA 17 min de lecture

Gestionnaire de mots de passe : fonctionnement et critères de choix

Le chapitre précédent aboutit à une exigence impossible à tenir de tête : un mot de passe long, aléatoire et différent pour chaque service. Le gestionnaire de mots de passe est la seule réponse praticable. Encore faut-il comprendre ce qu'il protège, et ce qu'il ne protège pas.

Le principe : un seul secret à retenir
1. Mot de passe maître
Le seul que vous mémorisez
2. Dérivation de clé
Il sert à calculer la clé de chiffrement du coffre
3. Chiffrement local
Les données sont chiffrées avant de quitter l'appareil
4. Synchronisation
L'éditeur ne stocke que des données chiffrées
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Comment ça fonctionne réellement

Un gestionnaire de mots de passe est un coffre-fort chiffré. Quatre mécanismes en assurent la sécurité :

  • Chiffrement côté client. Les données sont chiffrées sur votre appareil avant tout envoi. L'éditeur du service ne détient que des blocs chiffrés qu'il ne peut pas lire — c'est ce qu'on appelle une architecture « à divulgation nulle ».
  • Dérivation de clé. Le mot de passe maître n'est pas stocké : il sert à calculer la clé de chiffrement, via une fonction volontairement lente (PBKDF2, Argon2, scrypt) qui rend chaque tentative de cassage coûteuse.
  • Synchronisation chiffrée entre vos appareils, ou fichier local que vous synchronisez vous-même.
  • Remplissage automatique lié au domaine : le gestionnaire ne propose vos identifiants que sur le site pour lequel ils ont été enregistrés.
Conséquence à comprendre avant de commencer. Si vous oubliez le mot de passe maître, personne ne peut vous le réinitialiser — ce serait contradictoire avec le fait que l'éditeur ne puisse pas lire vos données. C'est pour cela que tous les gestionnaires proposent une clé de récupération à générer et imprimer dès la création du compte. Cette étape se fait au premier jour, pas le jour où l'on en a besoin.
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Un bénéfice souvent ignoré : la protection contre l'hameçonnage

On adopte un gestionnaire pour ne plus retenir ses mots de passe. Mais son apport le plus intéressant est ailleurs : il ne se trompe pas de domaine.

Le remplissage automatique est lié à l'adresse exacte du site enregistré. Sur une page de connexion copiée à l'identique mais hébergée sur un domaine voisin, le gestionnaire ne propose rien. Là où l'œil humain se laisse prendre par une adresse quasi identique, le logiciel compare des chaînes de caractères et ne se laisse pas impressionner.

D'où un réflexe à intégrer : quand le gestionnaire ne propose pas vos identifiants sur un site que vous utilisez habituellement, c'est un signal. Avant de taper le mot de passe à la main, vérifiez l'adresse. C'est une des rares alertes gratuites et fiables dont dispose un utilisateur.

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Le mot de passe maître : tout repose dessus

Le coffre ne vaut que ce que vaut le secret qui l'ouvre. Le mot de passe maître doit être :

  • Long et réellement aléatoire : c'est le cas d'usage type de la phrase de passe de sept mots tirés au hasard vue au chapitre précédent, qui atteint la cible de 80 bits d'entropie de l'ANSSI. C'est un secret exposé à une attaque hors ligne si le coffre chiffré est un jour dérobé : cinq mots ne suffisent pas ici.
  • Unique : jamais utilisé nulle part ailleurs, sous aucune variante.
  • Protégé par un second facteur : activez l'authentification multifacteur sur le gestionnaire lui-même, de préférence par clé de sécurité ou par application, jamais par SMS (chapitre 3.3).
  • Sauvegardé physiquement : le mot de passe maître et la clé de récupération, écrits sur papier, dans un endroit fermé. Pas dans un fichier, pas dans un email, pas dans le cloud.

Une phrase de sept mots se mémorise en construisant une image mentale absurde — c'est justement l'absurdité qui la rend mémorable. Comptez quelques jours de saisies quotidiennes pour qu'elle devienne automatique.

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Coffre en ligne ou fichier local : le vrai arbitrage

Deux familles d'architectures coexistent, et le choix n'est pas une question de qualité mais de modèle de risque.

Coffre synchronisé en ligneFichier local
PrincipeLe coffre chiffré est hébergé par l'éditeur et synchronisé sur vos appareilsUn fichier chiffré que vous stockez et synchronisez vous-même
Point fortSynchronisation transparente, partage d'équipe, récupération administrateurAucune dépendance à un tiers, maîtrise complète de l'emplacement
Risque principalSi l'éditeur est compromis, des coffres chiffrés peuvent être dérobés puis attaqués hors ligne — un mot de passe maître faible devient alors critiquePerte du fichier en l'absence de sauvegarde ; synchronisation manuelle source d'erreurs et de versions divergentes
Convient àLa très grande majorité des usages, personnels comme professionnelsLes usages sensibles où l'on refuse tout hébergement tiers

Le risque du coffre en ligne n'est pas théorique : plusieurs éditeurs ont subi des vols de coffres chiffrés au cours des dernières années. Dans ce scénario, la seule chose qui protège encore l'utilisateur est la robustesse de son mot de passe maître et le nombre d'itérations de la fonction de dérivation. C'est la raison pour laquelle les exigences de la section 3 ne sont pas négociables.

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« Certifié ANSSI » : ce que cela veut dire, et ne veut pas dire

L'ANSSI ne recommande ni ne désigne aucun produit comme obligatoire. Elle délivre en revanche des visas de sécurité, dont la CSPN (certification de sécurité de premier niveau), qui atteste qu'un produit a passé avec succès une évaluation menée par un laboratoire agréé : audit du code, tests de pénétration, vérification des mécanismes cryptographiques.

Concernant les gestionnaires de mots de passe, deux points factuels utiles :

  • KeePassXC 2.7.9 a obtenu la certification ANSSI-CSPN-2025/16, délivrée le 17 novembre 2025 pour une durée de trois ans.
  • L'historique KeePass avait obtenu une CSPN sur sa version 2.10 portable en 2010. KeePassXC en est un développement distinct, porté par une autre équipe.
Trois limites à garder en tête. Une certification porte sur une version précise et sur un périmètre défini dans la cible de sécurité — elle ne s'étend ni automatiquement aux versions suivantes, ni à « la marque » en général. Le catalogue officiel des produits certifiés est publié et consultable sur le site de l'ANSSI : c'est la seule source qui fasse foi, et c'est là qu'il faut vérifier avant de reprendre une affirmation de type « certifié ANSSI » lue dans une plaquette commerciale.
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En entreprise : les critères à écrire au cahier des charges

Déployé à l'échelle d'une organisation, un gestionnaire n'est plus un outil personnel mais une brique d'infrastructure. Les fonctions à exiger, indépendamment de la solution retenue :

  • Authentification unique adossée à l'annuaire de l'entreprise, et provisionnement automatique des comptes à l'arrivée et au départ des collaborateurs.
  • Coffres partagés par équipe avec droits nominatifs — c'est ce qui permet de supprimer les comptes partagés et les mots de passe circulant par email.
  • Mécanisme de récupération administrateur, indispensable en cas de départ ou d'oubli, et qui doit être documenté et encadré.
  • Journalisation des accès, partages et modifications.
  • Tableau de bord des mots de passe faibles, réutilisés ou apparus dans une fuite, pour piloter la remédiation.
  • Second facteur obligatoire sur le gestionnaire lui-même, imposé par politique.
  • Garanties vérifiables : localisation des données, certifications, audits de sécurité publiés, et réversibilité — la capacité d'exporter l'intégralité des coffres pour changer de solution.

L'ordre de déploiement qui fonctionne : d'abord les comptes à privilèges et les comptes de service (là où le risque est le plus élevé), puis les coffres d'équipe qui remplacent les fichiers partagés, et enfin la généralisation aux utilisateurs, accompagnée d'une consigne simple : on ne migre pas tout d'un coup, on commence par la messagerie professionnelle et les accès les plus sensibles.

Mise en route : l'ordre qui évite les mauvaises surprises
Jour 1
  • Créer le coffre avec une phrase de passe de 7 mots
  • Activer le second facteur sur le gestionnaire
  • Imprimer la clé de récupération et la ranger
  • Installer l'extension navigateur et l'application mobile
Semaine 1
  • Importer les mots de passe stockés dans le navigateur
  • Les supprimer ensuite du navigateur
  • Changer en priorité : messagerie principale, banque, comptes professionnels
  • Activer le second facteur sur chacun de ces comptes
Mois 1 et 2
  • Remplacer progressivement les mots de passe réutilisés
  • Traiter les alertes de mots de passe compromis
  • Fermer les comptes inutilisés
  • Vérifier que la clé de récupération est toujours accessible
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À retenir
  • Le coffre est chiffré sur votre appareil : l'éditeur ne peut pas lire vos données — et ne peut donc pas non plus vous réinitialiser votre mot de passe maître.
  • Générer et imprimer la clé de récupération dès la création du compte. C'est l'étape que tout le monde saute.
  • Le mot de passe maître mérite une phrase de 7 mots tirés au hasard, plus un second facteur sur le gestionnaire lui-même.
  • Le remplissage automatique est lié au domaine : s'il ne propose rien, méfiez-vous du site avant de taper à la main.
  • Coffre en ligne ou fichier local : arbitrage entre confort de synchronisation et refus de tout hébergement tiers.
  • « Certifié ANSSI » vaut pour une version et un périmètre précis — vérifier dans le catalogue officiel des visas de sécurité.
Sources
  • ANSSI, rapport de certification ANSSI-CSPN-2025/16 (KeePassXC 2.7.9), délivré le 17 novembre 2025, et catalogue des visas de sécurité — cyber.gouv.fr
  • ANSSI, Recommandations relatives à l'authentification multifacteur et aux mots de passe, ANSSI-PG-078, 2021
  • CNIL, délibération n° 2022-100 du 21 juillet 2022 (mots de passe et facteurs d'authentification) — cnil.fr
Sommaire de la formation
Progression : 48%