Module 4 / 4 · Sommaire complet
4.F Auditer un zonage existant : station de chargement GPL
Ce chapitre applique l'ensemble des compétences développées dans les 4 modules à un cas réaliste. Vous allez analyser un zonage existant, identifier les erreurs, calculer les corrections nécessaires et proposer les mesures d'amélioration.
Présentation du cas : Station de chargement de camions-citernes GPL
Secteur pétrolier — Site existant en exploitationDescription du site
Une station de chargement de camions-citernes GPL (mélange propane/butane) exploitée depuis 15 ans. L'activité principale est le chargement de camions-citernes par bras articulé. Un DRPCE a été établi en 2012 et n'a pas été mis à jour depuis.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Produit | GPL (propane/butane — mélange 50/50) |
| Densité du mélange | 1,7 fois l'air (gaz lourd) |
| LIE retenue | 1,8 % vol — c'est la LIE du butane, plus basse que celle du propane (≈ 2,1 %) : on retient toujours la valeur la plus défavorable du mélange |
| Groupe de gaz | IIA |
| Classe de température | T2 — la température d'auto-inflammation la plus basse du mélange est celle du butane (≈ 365 °C), celle du propane étant plus élevée (≈ 470 °C). T2 admet une surface à 300 °C ; un matériel T3 ou T4 convient a fortiori |
| Pression de service | 16 bar (stockage) / 8 bar (chargement) |
| Débit de chargement | 150 m³/h |
| Zone géographique | Extérieur, aire bétonnée couverte |
Modifications réalisées depuis 2012
- 2014 : Ajout d'une deuxième poste de chargement (bras n°2) — non repris dans le DRPCE
- 2016 : Installation d'une pompe GPL supplémentaire dans le local de pompes — non repris dans le DRPCE
- 2018 : Création d'un puisard de collecte sous le nouveau bras de chargement — non classé, non repris
- 2021 : Remplacement du compteur de chargement — nouveau compteur installé avec protection IP65 standard (non ATEX)
- 2023 : Ajout d'un groupe électrogène de secours positionné à 8 m du bras n°1
Résumé des problèmes potentiels
Ce cas concentre volontairement plusieurs catégories d'erreurs classiques : DRPCE non mis à jour, équipement non ATEX en zone ATEX, oubli d'un piège à gaz, et source d'inflammation hors zone mais potentiellement trop proche. L'analyse qui suit va traiter chaque point méthodiquement.
Analyse critique — 5 non-conformités majeures identifiées
Gravité réglementaire
Manquement à l'article R4227-52 du Code du travail, qui impose d'établir et mettre à jour le DRPCE. Cinq modifications non intégrées sur plus de dix ans : le document ne décrit plus l'installation, il décrit une installation qui n'existe plus. En cas d'accident, cet écart pèsera lourd dans l'appréciation de la faute de l'employeur.
Action corrective
Révision complète du DRPCE intégrant toutes les modifications depuis 2012. Mettre en place un process de gestion du changement incluant une clause "Impact ATEX" systématique sur tout bon de modification.
Analyse technique
Le GPL est plus lourd que l'air : en cas de fuite au bras de chargement, les vapeurs coulent vers les points bas. Une fosse non ventilée est un espace à dilution faible — et la norme y est explicite : une fosse s'analyse comme un espace fermé, et en dilution faible le classement devient plus sévère que la zone de base, indépendamment de la ventilation générale de l'aire. Selon le débit de dégagement retenu et l'existence ou non d'une extraction au fond, on retient une Zone 1, voire une Zone 0. Ce qui est certain, c'est qu'elle ne peut pas rester non classée.
Action corrective
Classer la fosse au plan de zonage après calcul, vérifier qu'aucun équipement électrique ni source d'inflammation ne s'y trouve, et adapter la catégorie du matériel au classement retenu (1G si Zone 0, 2G si Zone 1). Étudier en parallèle une extraction au point bas : traiter la cause vaut mieux que gérer la conséquence.
Gravité de la non-conformité
L'indice IP qualifie l'étanchéité aux corps solides et à l'eau : il ne dit rien du risque d'inflammation. Un matériel non Ex installé en Zone 1 est une source d'inflammation potentielle, en contradiction avec les prescriptions minimales applicables aux emplacements classés (article R4227-50 et son annexe). Mise hors service immédiate jusqu'au remplacement.
Action corrective urgente
Remplacement par un compteur de catégorie 2G (Zone 1), groupe IIA au minimum, classe de température T2 au minimum — un T3 ou T4 convient a fortiori, puisqu'une classe plus élevée signifie une surface plus froide. Vérifier l'attestation d'examen UE de type et la déclaration de conformité, puis documenter la modification dans le DRPCE.
Analyse de la situation
Un groupe électrogène cumule les sources d'inflammation : échappement chaud, étincelles électriques, arcs de commutation. La question n'est donc pas « est-il ATEX ? » mais « est-il dans la zone ? ». En Zone 2, un matériel de catégorie 3G est exigé, et un groupe électrogène courant n'en relève pas. Il faut déterminer l'étendue réelle de la Zone 2 autour du bras pour savoir si 8 m suffisent.
Démarche de vérification
Reprendre la caractéristique de dégagement de la source la plus défavorable (raccordement et déconnexion du bras) et en déduire l'étendue, en tenant compte du fait qu'un gaz plus lourd que l'air chemine au sol et peut atteindre une distance bien supérieure à celle d'un nuage neutre. Si la Zone 2 dépasse 8 m, le groupe doit être déplacé — solution presque toujours moins coûteuse que de chercher un groupe conforme à la zone.
Analyse
Le bras de chargement n°2 est identique au bras n°1. Ses zones doivent être calculées séparément car sa position relative aux obstacles et bâtiments peut différer. La Zone 1 en service actif (dégagement primaire pendant le raccordement/déconnexion) et la Zone 2 doivent être cartographiées.
Action corrective
Refaire l'analyse des sources de dégagement pour le bras n° 2 et mettre à jour les plans. Vérifier qu'aucun matériel non Ex ne se trouve dans les zones ainsi définies, puis intégrer le tout au DRPCE révisé.
Quiz de synthèse — Ce cas d'étude
Vérifiez que vous avez bien assimilé les leçons de ce cas.
Le puisard
Le puisard se trouve sous le bras n°2 de chargement GPL (densité 1,7). En l'absence totale de ventilation dans ce puisard, quelle zone devez-vous définir ?
Le compteur IP65
Le compteur de chargement a été remplacé en 2021 par un modèle IP65 (non ATEX). Il est installé en Zone 1. L'exploitant argue que "IP65 est étanche et protège contre les gaz". A-t-il raison ?
Leçons tirées de ce cas d'étude
La gestion du changement est critique : chaque modification d'installation doit inclure une analyse d'impact ATEX systématique avec mise à jour du DRPCE.
IP65 ≠ ATEX : confusion extrêmement fréquente et dangereuse. IP décrit la protection mécanique, ATEX décrit l'absence de source d'inflammation.
Les points bas se classent à part : pour un gaz plus lourd que l'air, une fosse non ventilée relève d'une dilution faible, donc d'un classement plus sévère. Les modifications de génie civil — dalles, cuvettes, caniveaux — sont des modifications ATEX.
Un DRPCE non révisé est un signal : sur un site qui évolue, un document dont la dernière révision est ancienne justifie à lui seul un audit complet — d'autant que l'intervalle entre deux inspections périodiques du matériel ne doit pas dépasser trois ans.
Sources de ce chapitre
- CEI 60079-10-1:2020 / EN IEC 60079-10-1:2021 — fosses et puisards analysés comme des espaces fermés ; conséquences d'une dilution faible sur le classement.
- CEI 60079-20-1 — caractéristiques du propane et du butane : limites d'explosivité, densité de vapeur, températures d'auto-inflammation, groupe de gaz IIA.
- CEI 60079-14 — adéquation de la catégorie de matériel à la zone (1G en Zone 0, 2G en Zone 1, 3G en Zone 2) et de la classe de température au produit.
- Code du travail, articles R4227-50 (subdivision en zones et prescriptions minimales) et R4227-52 (établissement et mise à jour du DRPCE). Légifrance
- INERIS — travaux sur les gaz de pétrole liquéfiés et la dispersion des gaz lourds.
Ce cas est une situation construite pour l'exercice : le site, les dates et les valeurs sont fictifs et servent à illustrer la méthode d'audit. Aucun établissement réel n'est visé.