Volume de bouillie : de quoi parle-t-on ?
La bouillie est le mélange d'eau et de produit que l'on pulvérise. Son volume par hectare
(en L/ha, ou en hL/ha : 1 hL = 100 L) ne dit rien de la quantité de produit : celle-ci se règle sur l'étiquette,
indépendamment du volume d'eau. Le volume dépend uniquement du matériel et de la façon de rouler : combien de litres
sortent des buses par minute, à quelle vitesse on avance, et sur quelle largeur on traite.
La formule, pas à pas
Volume (L/ha) = 600 × débit total (L/min) ÷ (vitesse en km/h × largeur de travail en m)
- Débit total : débit d'une buse × nombre de buses ouvertes.
- Constante 600 : à 1 km/h, une largeur de 1 m couvre 1 000 m², soit 0,1 ha par heure. En une heure, le pulvérisateur débite 60 fois le débit par minute : 60 ÷ 0,1 = 600.
- Largeur de travail : sur une rampe, nombre de buses × espacement ; en vigne ou en verger, écartement entre rangs × nombre de rangs traités à chaque passage.
Exemple. Une rampe de 24 buses ISO 02 à 3 bar (0,80 L/min chacune, espacées de 0,50 m, soit 12 m de largeur)
roule à 8 km/h. Le débit total est de 24 × 0,8 = 19,2 L/min, et le volume appliqué de
600 × 19,2 ÷ (8 × 12) = 120 L/ha. Le même calcul à l'envers donne la vitesse ou le débit nécessaires pour un volume
visé : c'est le deuxième onglet de l'outil.
Débit, pression, vitesse : sur quoi jouer ?
Le débit d'une buse varie comme la racine carrée de la pression : pour doubler le débit, il faut quadrupler
la pression, et passer de 3 à 6 bar n'augmente le débit que de 41 %. La pression ne sert donc qu'à l'ajustement fin ; une
pression plus élevée donne en outre des gouttes plus fines, plus exposées à la dérive.
Pour changer nettement le volume, on change de taille de buse ou de vitesse.
Débit d'une buse ISO (L/min) selon la pression — calculé à partir du débit nominal à 3 bar :
| Buse |
1,5 bar | 2,0 bar | 2,5 bar | 3,0 bar | 3,5 bar | 4,0 bar | 5,0 bar | 6,0 bar |
| ISO 01 | 0,28 | 0,33 | 0,37 | 0,40 | 0,43 | 0,46 | 0,52 | 0,57 |
| ISO 015 | 0,42 | 0,49 | 0,55 | 0,60 | 0,65 | 0,69 | 0,77 | 0,85 |
| ISO 02 | 0,57 | 0,65 | 0,73 | 0,80 | 0,86 | 0,92 | 1,03 | 1,13 |
| ISO 025 | 0,71 | 0,82 | 0,91 | 1,00 | 1,08 | 1,15 | 1,29 | 1,41 |
| ISO 03 | 0,85 | 0,98 | 1,10 | 1,20 | 1,30 | 1,39 | 1,55 | 1,70 |
| ISO 04 | 1,13 | 1,31 | 1,46 | 1,60 | 1,73 | 1,85 | 2,07 | 2,26 |
| ISO 05 | 1,41 | 1,63 | 1,83 | 2,00 | 2,16 | 2,31 | 2,58 | 2,83 |
| ISO 06 | 1,70 | 1,96 | 2,19 | 2,40 | 2,59 | 2,77 | 3,10 | 3,39 |
| ISO 08 | 2,26 | 2,61 | 2,92 | 3,20 | 3,46 | 3,70 | 4,13 | 4,53 |
Volume appliqué (L/ha) à 3 bar avec des buses espacées de 0,50 m, selon la vitesse :
| Buse |
6 km/h | 8 km/h | 10 km/h | 12 km/h |
| ISO 01 | 80 | 60 | 48 | 40 |
| ISO 015 | 120 | 90 | 72 | 60 |
| ISO 02 | 160 | 120 | 96 | 80 |
| ISO 025 | 200 | 150 | 120 | 100 |
| ISO 03 | 240 | 180 | 144 | 120 |
| ISO 04 | 320 | 240 | 192 | 160 |
| ISO 05 | 400 | 300 | 240 | 200 |
| ISO 06 | 480 | 360 | 288 | 240 |
| ISO 08 | 640 | 480 | 384 | 320 |
Source des débits nominaux : tableau BCMA 2011 repris par la fiche « Le choix des buses » (DRAAF Auvergne-Rhône-Alpes). La taille ISO
se repère aussi par une couleur normalisée : consultez le catalogue du fabricant, les débits réels pouvant différer légèrement.
Quelle largeur de travail retenir ?
| Matériel | Largeur de travail | À vérifier |
| Rampe (grandes cultures, prairie) | Nombre de buses ouvertes × espacement (0,50 m le plus souvent) | Les buses fermées en bout de rampe réduisent la largeur. |
| Jet porté en vigne ou en verger | Écartement entre rangs × nombre de rangs traités par passage | Passage dans chaque inter-rang : 1 ; un passage tous les deux rangs, avec traitement des deux côtés : 2. |
| Pulvérisateur à dos, à lance | Pas de vitesse ni de largeur régulières | Contrôler le volume sur une surface connue (onglet Étalonnage, partie D). |
Nombre de cuves et dernière cuve
La bouillie totale est la surface multipliée par le volume appliqué. Divisée par la capacité de la cuve, elle donne le nombre de
cuves pleines et le volume de la dernière. Exemple : 5 ha à 120 L/ha demandent 600 L ; avec une cuve de 400 L,
une cuve pleine traite 3,33 ha et la dernière cuve compte 200 L. Répartir en deux cuves égales de 300 L évite de recalculer
la quantité de produit pour un reste. Le volume du fond de cuve non pulvérisable de votre matériel est indiqué par sa notice :
il se dilue au rinçage et n'entre pas dans ce calcul.
Étalonner son pulvérisateur
- Vitesse réelle. Tracteur attelé, au régime de pulvérisation, chronométrez une distance connue : vitesse (km/h) = 3,6 × distance (m) ÷ temps (s). 100 m en 45 s donnent 8 km/h.
- Débit des buses. À l'eau claire et à la pression de travail, recueillez l'eau de chaque buse pendant une durée connue. Comparez au débit théorique : un écart supérieur à 10 % signale une buse usée (guide de réglage du réseau DEPHY).
- Volume réel. Recalculez les litres par hectare avec la vitesse mesurée et le débit mesuré (partie C), puis comparez au volume visé.
- Contrôle sur surface. Pulvérisez à l'eau sur une surface connue et relevez l'eau consommée : volume (L/ha) = eau consommée ÷ surface en hectares (partie D).
Vérifiez aussi le manomètre : il doit être lisible et exact, car toute la pression de réglage s'y lit. Le contrôle périodique
réglementaire des pulvérisateurs ne remplace pas cet étalonnage de terrain.
Avant de traiter : les rappels réglementaires
- Étiquette et autorisation de mise sur le marché : seules références pour la dose, le volume de bouillie, le délai avant récolte, le délai de rentrée et les zones non traitées.
- Vent et pluie : l'arrêté du 4 mai 2017 (article 2) n'autorise la pulvérisation que si le vent ne dépasse pas le degré 3 de l'échelle de Beaufort et si les précipitations ne dépassent pas 8 mm par heure, avec des moyens pour éviter l'entraînement hors de la parcelle.
- Contrôle du pulvérisateur : au moins tous les 3 ans (validité de 3 ans depuis le 1er janvier 2021) ; les appareils portés ou poussés à la main n'y sont pas soumis.
- Remplissage et rinçage : un moyen matériel doit éviter le débordement de la cuve et le retour d'eau vers le réseau. Au rinçage à la parcelle, le fond de cuve est dilué au moins 5 fois.
- Certiphyto : l'usage professionnel de produits phytopharmaceutiques exige le certificat individuel. Pour réviser, le QCM Certiphyto propose 20 questions corrigées.
Ce que l'outil ne fait pas
- Il ne propose aucune dose de produit ni aucun volume de bouillie « recommandé » : ils dépendent du produit, de la culture et du stade, et figurent sur l'étiquette.
- Il ne dit pas si une pulvérisation est autorisée dans votre situation (zones non traitées, distances aux habitations, conditions météo locales).
- Il ne choisit pas un type de buse, ni la qualité de pulvérisation ou la dérive : se reporter à la fiche du fabricant.
- Il ne tient pas compte de l'usure ni de la pression réelle de votre matériel : c'est le rôle de l'étalonnage.