Tableau 31 · Régime Général · En vigueur

Maladies professionnelles engendrées par les aminoglycosides, notamment par la streptomycine, par la néomycine et leurs sels

Le tableau 31 RG couvre les lésions eczématiformes (dermite de contact allergique) provoquées par la manipulation des aminoglycosides, notamment la streptomycine et la néomycine. Affection à délai de prise en charge court (15 jours), confirmée par test épicutané, concernant le personnel pharmaceutique, soignant et vétérinaire.

Numéro
31
Régime
Régime Général
Agent causal
Antibiotiques amino-glycosides
Type de liste
Indicative
Dernière modif.
11/02/2003

Texte officiel du tableau — source Légifrance

Désignation des maladies

Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste indicative des travaux

Texte officiel — Annexe II du Code de la sécurité sociale, article R. 461-3. Tableau créé par le décret du 2 septembre 1950, dernière modification par décret n° 2003-110 du 11 février 2003. Source : Légifrance — LEGIARTI000006746329.

Maladies professionnelles engendrées par les aminoglycosides, notamment par la streptomycine, par la néomycine et leurs sels.

Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste indicative des principaux travaux susceptibles de provoquer ces maladies
Lésions eczématiformes récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmées par un test épicutané. 15 jours Travaux comportant la manipulation ou l'emploi d'aminoglycosides, notamment la streptomycine et la néomycine et leurs sels.
Type de liste : indicative. Contrairement aux listes limitatives, la liste des travaux est ici indicative : la présomption d'origine professionnelle peut jouer pour d'autres travaux exposant à la manipulation d'aminoglycosides, dès lors que les conditions médicales et de délai sont remplies. En cas de doute, le dossier peut être examiné par le CRRMP (article L. 461-1 al. 3 et 4 CSS).

Qu'est-ce que c'est concrètement ?

Le tableau n° 31 du régime général couvre les lésions cutanées allergiques (dermites eczématiformes) provoquées par la manipulation ou l'emploi des aminoglycosides, une famille d'antibiotiques dont les plus connus sont la streptomycine et la néomycine. Il s'agit d'une maladie professionnelle d'origine allergique : c'est le contact répété avec la molécule qui sensibilise la peau, et non une infection.

De quoi parle-t-on ?

Les aminoglycosides (ou amino-glycosides) sont des antibiotiques bactéricides utilisés en médecine humaine et vétérinaire. Lorsqu'un travailleur les manipule de façon répétée (poudres, solutions, aérosols), une partie peut entrer en contact avec la peau et déclencher, chez les personnes sensibilisées, une réaction d'hypersensibilité retardée (allergie de contact de type IV). La streptomycine et la néomycine sont des sensibilisants cutanés bien documentés : la néomycine, en particulier, est l'un des allergènes de contact les plus fréquents dépistés en dermatologie.

Comment se manifeste l'affection ?

  • Dermite (eczéma) de contact : plaques rouges, vésicules, démangeaisons, desquamation, localisées principalement aux mains et aux avant-bras, zones de contact direct.
  • Caractère récidivant : les lésions réapparaissent à chaque nouvelle exposition au produit, signature de l'origine allergique.
  • Confirmation par test épicutané : le diagnostic d'allergie se confirme par des patch-tests (tests épicutanés) appliqués sur le dos, lus à 48 et 72 heures, qui reproduisent la réaction face à l'allergène en cause.

Un délai de prise en charge court

Le délai de prise en charge n'est que de 15 jours : à la différence des pathologies à latence longue (amiante, silice), l'allergie de contact se déclare rapidement après l'exposition. Les lésions doivent apparaître dans les 15 jours suivant la fin de l'exposition au risque pour bénéficier de la présomption d'origine professionnelle.

Qui est concerné ?

Les expositions concernent principalement : le personnel de l'industrie pharmaceutique (fabrication, pesée, conditionnement d'antibiotiques), le personnel soignant (infirmiers, aides-soignants, préparateurs en pharmacie manipulant et administrant les produits), les vétérinaires et auxiliaires vétérinaires, ainsi que, historiquement, certains travailleurs de l'industrie agroalimentaire et de l'élevage lorsque des aminoglycosides étaient ajoutés à l'alimentation animale (usage comme additifs aujourd'hui très encadré, voire interdit dans l'Union européenne).

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Procédure de reconnaissance

La reconnaissance d'une affection inscrite au tableau 31 ouvre droit à la présomption d'origine professionnelle (article L. 461-1 al. 2 du Code de la sécurité sociale) : dès lors que les conditions du tableau sont remplies (désignation médicale + délai de prise en charge de 15 jours + travaux exposant aux aminoglycosides), le caractère professionnel est acquis sans que la victime ait à prouver le lien de causalité.

Étape 1 — Certificat médical initial (CMI)

Le médecin (dermatologue, médecin du travail, généraliste) établit un certificat médical initial mentionnant explicitement le tableau 31 et l'affection visée (lésions eczématiformes). Le diagnostic d'allergie de contact est idéalement étayé par des tests épicutanés (patch-tests) positifs à la streptomycine, à la néomycine ou à un autre aminoglycoside, ou par le caractère récidivant des lésions à chaque nouvelle exposition.

Étape 2 — Déclaration à la CPAM

La victime adresse à sa CPAM le formulaire Cerfa S6100 « Déclaration de maladie professionnelle », accompagné des deux premiers volets du CMI et de l'attestation de salaire de l'employeur. Délai de prescription : 2 ans à compter de la date du CMI (article L. 461-5 CSS).

Étape 3 — Instruction

La CPAM ouvre une enquête contradictoire. Elle dispose de 120 jours à compter de la réception du dossier complet pour rendre sa décision (article R. 461-9 CSS), avec extension possible à 240 jours en cas d'investigations complémentaires. L'employeur reçoit le dossier et peut le consulter.

Étape 4 — Le cas échéant : CRRMP

La liste des travaux du tableau 31 étant indicative, la présomption peut s'appliquer largement. Si toutefois une condition n'est pas remplie (délai de 15 jours dépassé, lien d'exposition contesté) ou si la maladie n'est pas désignée au tableau, le dossier peut être transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), qui examine le lien direct avec le travail habituel (article L. 461-1 al. 3 et 4 CSS).

Sources : Améli — Reconnaissance MP · articles L. 461-1 à L. 461-5 et R. 461-9 du Code de la sécurité sociale.

Indemnisation

Une maladie professionnelle reconnue au titre du tableau 31 ouvre droit à plusieurs prestations, à partir de la date du certificat médical initial. Les dermites de contact étant le plus souvent réversibles à l'arrêt de l'exposition, l'enjeu principal est souvent l'aménagement ou le changement de poste pour éviter la récidive.

Pendant l'arrêt de travail : indemnités journalières (IJSS)

Versées par la CPAM dès le 1ᵉʳ jour d'arrêt (pas de délai de carence en MP, contrairement à la maladie ordinaire), selon les modalités de l'article R. 433-1 CSS :

  • du 1ᵉʳ au 28ᵉ jour : 60 % du salaire journalier de référence ;
  • à partir du 29ᵉ jour : 80 % du salaire journalier de référence.

La convention collective peut prévoir un complément employeur.

À la consolidation : taux d'incapacité permanente (IPP)

Lorsque l'état de santé est stabilisé, le médecin conseil évalue le taux d'incapacité permanente partielle (IPP) selon le barème indicatif d'invalidité (annexe I de l'article R. 434-32 CSS). Pour une dermite de contact, le taux est généralement faible, sauf eczéma chronique sévère et invalidant :

  • IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une seule fois.
  • IPP ≥ 10 % : rente viagère trimestrielle, calculée sur le salaire annuel des 12 derniers mois × taux d'IPP corrigé.

Reclassement et inaptitude

Si l'exposition aux aminoglycosides ne peut être supprimée, le médecin du travail peut prononcer une inaptitude au poste. L'employeur est alors tenu à une obligation de reclassement (articles L. 1226-10 et s. du Code du travail). À défaut, le licenciement pour inaptitude d'origine professionnelle ouvre droit à une indemnité spéciale doublée.

Faute inexcusable de l'employeur

Si la victime démontre que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires (article L. 452-1 CSS), la rente est majorée et la victime obtient l'indemnisation de ses préjudices personnels (souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, d'agrément).

Sources : articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 et s., L. 452-1 et s. du Code de la sécurité sociale ; articles L. 1226-10 et s. du Code du travail ; Améli — Rente MP.

Jurisprudence

Le tableau 31 génère un contentieux peu volumineux. Les principes applicables sont ceux, généraux, des maladies professionnelles d'origine allergique et de l'obligation de sécurité de l'employeur. Trois lignes jurisprudentielles structurent le contentieux.

1. L'obligation de sécurité et la faute inexcusable

La Cour de cassation juge de longue date que l'employeur est tenu, envers son salarié, d'une obligation de sécurité et que « le manquement à cette obligation a le caractère d'une faute inexcusable lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver » (jurisprudence fondatrice : Cass. soc., 28 février 2002, dite « arrêts amiante », transposée à l'ensemble des risques professionnels). Appliqué au tableau 31, ce principe impose à l'employeur d'évaluer le risque chimique lié à la manipulation d'antibiotiques sensibilisants et de fournir des protections adaptées.

2. La présomption d'origine et la liste indicative des travaux

Pour les tableaux à liste indicative comme le tableau 31, la Cour de cassation rappelle que la présomption d'imputabilité s'applique dès lors que la victime établit avoir exécuté des travaux exposant au risque, sans que la liste limite strictement les activités ouvrant droit à reconnaissance (principe constant en matière de tableaux à liste indicative, 2ᵉ chambre civile). La caisse, ou l'employeur, qui conteste le caractère professionnel doit alors rapporter la preuve d'une cause totalement étrangère au travail.

3. Le rôle probant des tests épicutanés

Les juridictions du contentieux de la sécurité sociale (pôle social du tribunal judiciaire, cour d'appel) accordent une valeur déterminante au test épicutané positif à l'allergène en cause, qui objective la sensibilisation et le caractère récidivant des lésions exigés par le tableau : il s'agit de l'élément médical central pour établir le lien avec l'exposition professionnelle.

Pour suivre l'évolution récente, rechercher sur Judilibre les mots-clés « dermite de contact + tableau + maladie professionnelle ».

Prévention

La prévention des allergies aux aminoglycosides relève de la réglementation sur le risque chimique (articles R. 4412-1 et suivants du Code du travail) et, plus spécifiquement, des dispositions sur les agents chimiques dangereux et sensibilisants. L'objectif premier est de supprimer ou de réduire le contact cutané avec les antibiotiques.

Évaluation et substitution

L'employeur doit intégrer les antibiotiques sensibilisants dans son évaluation des risques chimiques (DUERP) et rechercher, lorsque c'est possible, des procédés évitant la manipulation directe (systèmes clos, dosage automatisé, conditionnement pré-dosé) conformément au principe de prévention de l'article R. 4412-15 du Code du travail.

Protection collective

  • Captage à la source des poussières lors de la pesée et du conditionnement (sorbonnes, hottes à flux, enceintes ventilées).
  • Procédures de nettoyage des surfaces et de gestion des déversements.
  • Limitation du nombre de travailleurs exposés et information sur le caractère sensibilisant des produits (fiches de données de sécurité, étiquetage).

EPI et hygiène

Port de gants adaptés (résistant au produit manipulé), de blouses ou combinaisons, et, en cas d'émission de poussières ou d'aérosols, d'une protection respiratoire. Hygiène cutanée rigoureuse : lavage des mains, absence de bijoux, séchage soigneux. En cas de sensibilisation avérée, l'éviction totale de l'allergène est la seule mesure réellement efficace.

Surveillance médicale

Le médecin du travail assure le suivi individuel des salariés exposés aux agents chimiques sensibilisants (articles R. 4624-1 et suivants du Code du travail), avec un examen adapté à la nature du risque. La détection précoce d'une dermite débutante permet d'agir avant la chronicisation.

Droit d'alerte et de retrait

Un salarié confronté à un danger grave et imminent (absence de protection, exposition non maîtrisée) peut exercer son droit de retrait (article L. 4131-1 du Code du travail) sans encourir de sanction.

Sources : INRS — Tableau MP n° 31 (RG) ; articles R. 4412-1 et suivants et R. 4624-1 et suivants du Code du travail.

Cas pratiques

Les cas ci-dessous sont anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques à partir de situations types rencontrées par les CPAM et les services de santé au travail. Ils n'identifient aucune entreprise.

Cas 1 — Eczéma des mains chez une opératrice de conditionnement pharmaceutique

Mme A., 41 ans, travaille au conditionnement d'antibiotiques dans un établissement pharmaceutique. Elle développe un eczéma des mains et des poignets, qui s'aggrave en semaine et régresse pendant les congés. Adressée à un dermatologue, elle réalise des tests épicutanés qui reviennent positifs à la néomycine. Le médecin du travail établit un CMI au titre du tableau 31. La CPAM reconnaît la MP (délai de 15 jours respecté, exposition documentée). Après aménagement du poste (automatisation du dosage, gants adaptés), les lésions disparaissent.

Cas 2 — Dermite récidivante chez un infirmier

M. B., 35 ans, infirmier, prépare et administre régulièrement des traitements antibiotiques. Il présente des poussées d'eczéma sur les mains à chaque période d'activité intense. Les patch-tests confirment une sensibilisation à un aminoglycoside. La reconnaissance MP au titre du tableau 31 est acquise. Le médecin du travail recommande des protections renforcées et une vigilance sur les contacts répétés ; l'IPP est évaluée à un taux faible donnant lieu à une indemnité en capital.

Cas 3 — Auxiliaire vétérinaire et inaptitude

Mme C., 48 ans, auxiliaire vétérinaire, manipule des préparations antibiotiques destinées aux animaux. Elle développe un eczéma chronique des mains résistant aux traitements tant que l'exposition persiste. Les tests confirment une allergie à la streptomycine. La MP est reconnue, mais l'éviction de l'allergène s'avère impossible à son poste. Le médecin du travail prononce une inaptitude ; faute de reclassement possible, le licenciement pour inaptitude d'origine professionnelle ouvre droit à l'indemnité spéciale doublée.

Questions fréquentes

Le tableau 31 couvre les lésions eczématiformes (dermite de contact allergique) récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmées par un test épicutané, provoquées par la manipulation ou l'emploi des aminoglycosides, notamment la streptomycine, la néomycine et leurs sels.

Le délai de prise en charge est de 15 jours. Les lésions doivent apparaître dans les 15 jours suivant la fin de l'exposition au risque pour bénéficier de la présomption d'origine professionnelle.

Non, la liste des travaux est indicative. La présomption d'origine professionnelle peut donc s'appliquer à d'autres travaux exposant à la manipulation d'aminoglycosides que ceux expressément cités, dès lors que les conditions médicales et de délai sont remplies.

Le diagnostic repose sur les tests épicutanés (patch-tests) appliqués sur le dos et lus à 48 et 72 heures, qui reproduisent la réaction allergique face à l'allergène (streptomycine, néomycine), et/ou sur le caractère récidivant des lésions à chaque nouvelle exposition.

Principalement le personnel de l'industrie pharmaceutique (fabrication, conditionnement d'antibiotiques), le personnel soignant (préparation et administration), les vétérinaires et auxiliaires vétérinaires, ainsi qu'historiquement certains travailleurs de l'agroalimentaire et de l'élevage.

Si l'exposition aux aminoglycosides ne peut être supprimée, le médecin du travail peut prononcer une inaptitude. L'employeur est alors tenu à une obligation de reclassement ; à défaut, le licenciement pour inaptitude d'origine professionnelle ouvre droit à une indemnité spéciale doublée.
Avertissement : cette fiche a une vocation informative. Pour toute démarche concrète de reconnaissance d'une maladie professionnelle, contactez votre médecin du travail, votre CPAM ou un professionnel du droit social. Pour le texte officiel en vigueur, référez-vous à Légifrance.
Page mise à jour le 26/05/2026.