Leptospiroses
Le tableau 5 du régime agricole couvre les leptospiroses professionnelles, zoonoses bactériennes aiguës dues à Leptospira interrogans (forme grippale, maladie de Weil ictéro-hémorragique, formes pulmonaires, méningées, rénales). Délai de prise en charge de 21 jours, liste limitative de 11 catégories de travaux (égouts, pisciculture, abattoirs, soins aux animaux, canne à sucre…). Reconnaissance et indemnisation par la MSA.
Texte officiel du tableau — source Légifrance
Désignation des maladies
Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste limitative des travaux
Texte officiel — Annexe II du Code rural et de la pêche maritime (tableaux des maladies professionnelles en agriculture). Tableau n° 5 (Leptospiroses) dans sa rédaction issue du décret n° 2007-1121 du 19 juillet 2007 (JORF du 22 juillet 2007), en vigueur depuis le 22 juillet 2007. Source : Légifrance — LEGIARTI000019462959.
Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste limitative des travaux susceptibles de provoquer ces maladies Toute manifestation clinique de leptospirose provoquée par Leptospirosa interrogans. La maladie doit être confirmée par identification du germe ou à l'aide d'un sérodiagnostic d'agglutination, à un taux considéré comme significatif. 21 jours Travaux suivants exposant au contact d'animaux susceptibles d'être porteurs de germe et effectués notamment au contact d'eau ou dans des lieux humides susceptibles d'être souillés par leurs déjections :
- a) Travaux effectués dans les tranchées, les tunnels, les galeries, les souterrains ;
- b) Travaux effectués dans les égouts, les caves, les chais ;
- c) Travaux d'entretien des cours d'eau, canaux, marais, étangs et lacs, bassins de réserve et de lagunage ;
- d) Travaux d'entretien et de surveillance des parcs aquatiques ;
- e) Travaux de pisciculture, de garde-pêche, de pêche professionnelle en eau douce ;
- f) Travaux de drainage, de curage des fossés, de pose de canalisation d'eau ou d'égout, d'entretien et vidange des fosses et citernes de récupération de déchets organiques ;
- g) Travaux de culture de la banane, travaux de coupe de cannes à sucre ;
- h) Travaux effectués dans les laiteries, les fromageries, les poissonneries, les cuisines, les fabriques de conserves alimentaires, les brasseries, les fabriques d'aliments du bétail ;
- i) Travaux effectués dans les abattoirs, les chantiers d'équarrissage, travaux de récupération et exploitation du 5e quartier des animaux de boucherie ;
- j) Travaux de dératisation, de piégeage, de garde-chasse ;
- k) Travaux de soins aux animaux vertébrés.
Type de liste : limitative. Seuls les travaux figurant dans la colonne de droite ouvrent droit à la présomption d'origine professionnelle. En cas d'exposition à Leptospira interrogans hors de cette liste ou si le délai de 21 jours est dépassé, le dossier relève du CRRMP (article L. 461-1 al. 4 du Code de la sécurité sociale, applicable au régime agricole par renvoi de l'article L. 752-1 du Code rural et de la pêche maritime).Le délai de prise en charge est court (21 jours) car la leptospirose est une maladie aiguë qui se déclare rapidement après la contamination, généralement entre 4 et 14 jours d'incubation. Ce délai correspond au temps maximal pouvant s'écouler entre la fin de l'exposition au risque et la première constatation médicale de l'affection.Confirmation biologique exigée par le tableau : identification du germe (PCR, hémoculture, culture sur milieu spécifique) ou sérodiagnostic d'agglutination (MAT) à un taux significatif. Le diagnostic clinique seul ne suffit pas à la reconnaissance au titre du tableau ; un résultat biologique conforme doit figurer au dossier.
Qu'est-ce que c'est concrètement ?
Le tableau n° 5 du régime agricole couvre les leptospiroses professionnelles, zoonoses bactériennes aiguës dues à Leptospira interrogans. La maladie est transmise par contact avec l'urine d'animaux porteurs (rongeurs, bovins, porcins, chiens) ou avec des eaux ou des sols souillés par ces déjections.
De quoi parle-t-on ?
Les Leptospira sont des bactéries spiralées (spirochètes) qui survivent plusieurs semaines dans l'eau douce, la boue ou les sols humides à pH neutre. L'humain se contamine principalement par contact cutané (peau lésée ou ramollie par l'eau) ou muqueux avec une eau, un sol ou un animal porteur. La transmission inter-humaine est exceptionnelle. En France, le réservoir principal est le rat brun (Rattus norvegicus), mais de nombreux mammifères sauvages et d'élevage peuvent excréter le germe dans leurs urines de manière prolongée et asymptomatique.
Formes cliniques couvertes par le tableau
Le tableau 5 RA vise « toute manifestation clinique de leptospirose » confirmée biologiquement, ce qui recouvre des formes très variées de gravité :
- Forme grippale (la plus fréquente) : fièvre brutale, frissons, myalgies (en particulier au niveau des mollets), céphalées intenses, parfois conjonctivite. Évolution favorable en 5 à 7 jours.
- Forme ictéro-hémorragique (maladie de Weil) : forme grave classique, associant ictère, insuffisance rénale aiguë, syndrome hémorragique et atteinte hépatique. Mortalité significative (5 à 20 % selon les séries, davantage sans réanimation).
- Formes pulmonaires sévères : hémorragie alvéolaire, syndrome de détresse respiratoire aiguë, parfois sans ictère.
- Formes méningées : méningite lymphocytaire aseptique d'évolution généralement favorable.
- Formes cardiaques, oculaires (uvéites tardives) ou rénales subaiguës.
Qui est concerné en agriculture ?
Le tableau cible les travailleurs en contact avec des animaux porteurs ou avec des milieux humides souillés. En régime agricole, les expositions les plus représentées sont :
- Pisciculteurs, gardes-pêche, pêcheurs professionnels en eau douce (alinéa e).
- Salariés des laiteries, fromageries, abattoirs, équarrissage, fabriques d'aliments du bétail (alinéas h et i).
- Soigneurs et salariés en contact avec des animaux vertébrés — élevage bovin, porcin, ovin, canin, chenils, parcs zoologiques (alinéa k).
- Salariés intervenant sur cours d'eau, marais, étangs, bassins de lagunage, parcs aquatiques (alinéas c, d).
- Salariés du drainage, du curage de fossés, de l'entretien des canalisations, fosses et citernes de déchets organiques (alinéa f).
- Travailleurs de la canne à sucre et de la banane (alinéa g) — exposition documentée notamment outre-mer.
- Dératiseurs, piégeurs, gardes-chasse (alinéa j).
Quelques repères épidémiologiques
La leptospirose est une maladie à déclaration obligatoire en France depuis 2023 (arrêté du 7 août 2023). Le Centre national de référence (CNR Leptospires, Institut Pasteur) estime à environ 600 à 700 le nombre de cas annuels diagnostiqués en France métropolitaine, avec une incidence très supérieure dans les territoires d'outre-mer (Antilles, Réunion, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française). En milieu professionnel agricole, la MSA est l'organisme compétent pour la reconnaissance et l'indemnisation.
Procédure de reconnaissance
La reconnaissance d'une leptospirose au titre du tableau 5 du régime agricole ouvre droit à la présomption d'origine professionnelle : dès lors que les conditions du tableau sont réunies (manifestation clinique confirmée biologiquement + délai de 21 jours + travaux limitativement énumérés), la victime n'a pas à prouver le lien de causalité avec son travail. Le régime agricole est géré par la MSA (Mutualité sociale agricole), qui applique les règles du Code de la sécurité sociale par renvoi de l'article L. 752-1 du Code rural et de la pêche maritime.
Étape 1 — Diagnostic biologique et certificat médical initial (CMI)
Le diagnostic clinique doit être confirmé biologiquement conformément au texte du tableau : identification du germe (PCR sanguine ou urinaire, hémoculture) ou sérodiagnostic d'agglutination (MAT) à un taux significatif. Le médecin établit ensuite un certificat médical initial mentionnant le tableau 5 RA et la forme clinique (ex. : « leptospirose à manifestation ictéro-hémorragique — tableau 5 RA »). La leptospirose est par ailleurs, depuis 2023, une maladie à déclaration obligatoire à l'Agence régionale de santé.
Étape 2 — Déclaration à la MSA
La victime (ou ses ayants droit en cas de décès) adresse à sa caisse de MSA le formulaire Cerfa de déclaration de maladie professionnelle, accompagné des deux premiers volets du CMI et de l'attestation de salaire de l'employeur. Délai de prescription : 2 ans à compter de la date du CMI (article L. 461-5 CSS, applicable en agricole). Pour les non-salariés agricoles (chefs d'exploitation, conjoints collaborateurs), la procédure relève de l'ATEXA (assurance contre les accidents du travail et les maladies professionnelles des exploitants agricoles), avec ses propres règles d'indemnisation.
Étape 3 — Instruction par la MSA
La MSA ouvre une enquête contradictoire. Elle dispose, comme la CPAM, d'un délai de 120 jours à compter de la réception du dossier complet pour statuer (article R. 461-9 CSS), avec extension possible à 240 jours en cas d'investigations complémentaires. L'employeur est informé et peut consulter le dossier.
Étape 4 — Le cas échéant : CRRMP
Si une condition du tableau n'est pas strictement remplie (délai de 21 jours dépassé en raison d'une errance diagnostique, travaux ne figurant pas exactement dans la liste limitative), le dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), qui examine si la maladie est « directement causée par le travail habituel de la victime » (article L. 461-1 al. 4 CSS).
Sources : MSA — Maladie professionnelle · articles L. 461-1 à L. 461-5 et R. 461-9 CSS · article L. 752-1 du Code rural et de la pêche maritime · Santé publique France — Leptospirose.
Indemnisation
Une leptospirose reconnue au titre du tableau 5 du régime agricole ouvre droit à plusieurs prestations cumulatives, à partir de la date du certificat médical initial. Pour les salariés agricoles, ces prestations sont versées par la MSA selon les règles du Code de la sécurité sociale (article L. 752-1 du Code rural et de la pêche maritime).
Pendant l'arrêt de travail : indemnités journalières (IJSS)
Versées par la MSA dès le 1er jour d'arrêt (pas de délai de carence en MP, contrairement à la maladie ordinaire), selon l'article R. 433-1 CSS :
- du 1er au 28e jour : 60 % du salaire journalier de référence ;
- à partir du 29e jour : 80 % du salaire journalier de référence.
Le montant est plafonné ; la convention collective applicable peut prévoir un complément employeur.
À la consolidation : taux d'incapacité permanente (IPP)
La forme grippale guérit le plus souvent sans séquelles. Les formes graves (ictéro-hémorragique, pulmonaire, méningée, rénale) peuvent laisser des séquelles importantes : insuffisance rénale chronique, séquelles hépatiques, troubles oculaires (uvéite tardive), asthénie prolongée. Lorsque l'état est stabilisé, le médecin conseil de la MSA évalue un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) selon le barème indicatif d'invalidité (annexe I de l'article R. 434-32 CSS) :
- IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une fois ;
- IPP ≥ 10 % : rente viagère trimestrielle, calculée sur le salaire annuel × taux d'IPP corrigé.
En cas de décès
Les formes les plus graves (maladie de Weil avec défaillance multiviscérale, hémorragie alvéolaire) peuvent être mortelles. Le décès consécutif à une affection du tableau 5 RA ouvre droit, pour les ayants droit, à une rente survivants (40 % du salaire annuel pour le conjoint, 25 % par enfant à charge, dans la limite de 85 % au total — articles L. 434-7 à L. 434-14 CSS).
Faute inexcusable de l'employeur
Si la victime (ou ses ayants droit) démontre que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger biologique (présence de rongeurs, absence d'EPI, exposition à des eaux ou animaux à risque) et n'a pas pris les mesures nécessaires (article L. 452-1 CSS), la rente est majorée et la victime obtient l'indemnisation de ses préjudices personnels (souffrances physiques et morales, préjudice d'agrément, préjudice esthétique éventuel).
Exploitants agricoles non salariés (ATEXA)
Les chefs d'exploitation, conjoints collaborateurs et aides familiaux relèvent de l'assurance ATEXA (articles L. 752-1 et suivants du Code rural). L'indemnisation est forfaitaire et globalement moins favorable que celle des salariés : indemnité journalière forfaitaire après un délai de carence, rente en cas d'IPP ≥ 30 %. Se renseigner auprès de sa caisse MSA.
Sources : articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 à L. 434-14, L. 452-1 à L. 452-5 et R. 433-1, R. 434-32 du Code de la sécurité sociale ; articles L. 751-1 et suivants, L. 752-1 et suivants du Code rural et de la pêche maritime ; MSA — ATEXA. Montants indicatifs, variables selon le taux d'IPP et le salaire de référence.
Jurisprudence
Le contentieux spécifique au tableau 5 RA est relativement discret, mais les principes généraux du droit des maladies professionnelles et de l'obligation de sécurité de l'employeur s'y appliquent intégralement : ils sont transposables au risque biologique zoonotique en milieu agricole.
1. La présomption d'origine professionnelle s'impose à la MSA
Dès lors que les trois conditions d'un tableau (désignation de la maladie confirmée biologiquement, délai de prise en charge, travaux limitativement énumérés) sont réunies, l'origine professionnelle est présumée et la caisse ne peut renverser cette présomption qu'en rapportant la preuve d'une cause totalement étrangère au travail (principe constant tiré de l'article L. 461-1 al. 2 CSS, applicable en agricole). Pour la leptospirose, un sérodiagnostic MAT à un taux significatif chez un pisciculteur ou un salarié d'égout dans le délai de 21 jours suffit à ouvrir la reconnaissance.
2. L'obligation de sécurité de l'employeur face au risque biologique
La chambre sociale juge de longue date que l'employeur est tenu d'une obligation de sécurité envers ses salariés (Cass. soc., 28 février 2002, arrêts « amiante », n° 99-17.221 et a.) : le manquement à cette obligation a le caractère d'une faute inexcusable lorsque l'employeur « avait ou aurait dû avoir conscience du danger » et « n'a pas pris les mesures nécessaires pour en préserver le salarié ». Ce standard s'applique au risque biologique encadré par les articles R. 4421-1 et suivants du Code du travail : Leptospira interrogans est classée agent biologique pathogène du groupe 2 par l'arrêté du 18 juillet 1994 modifié, ce qui implique évaluation des risques, mesures d'hygiène et d'EPI, formation et information des salariés.
3. Reconnaissance hors tableau via le CRRMP
Lorsque le délai de 21 jours est dépassé (errance diagnostique fréquente, formes initialement prises pour une grippe) ou que les travaux ne figurent pas exactement dans la liste limitative, la victime conserve une voie de reconnaissance par le CRRMP (article L. 461-1 al. 4 CSS), à charge d'établir un lien direct entre l'infection et le travail habituel. Le CRRMP s'appuie notamment sur le sérotype de Leptospira identifié, sur l'exposition documentée (présence de rongeurs sur le site, contact prouvé avec des eaux ou animaux à risque) et sur l'absence d'exposition extra-professionnelle.
4. Articulation avec le régime des maladies non listées
L'article L. 461-1 al. 5 CSS permet la reconnaissance d'une maladie non désignée dans un tableau lorsqu'elle est « essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime » et qu'elle entraîne une IPP d'au moins 25 %. Cette voie est subsidiaire pour les formes atypiques de leptospirose ou les sérovars rares ne figurant pas dans les confirmations sérologiques de routine.
Pour aller plus loin : rechercher sur Judilibre les mots-clés « maladie professionnelle + présomption d'origine + risque biologique + agricole ». Les références citées illustrent des principes généraux, non des arrêts propres à la leptospirose. Voir aussi INRS — Risques biologiques.
Prévention
La prévention de la leptospirose professionnelle combine lutte contre le réservoir animal (notamment les rongeurs), maîtrise du contact avec les eaux et sols souillés, vaccination ciblée et surveillance médicale. En agriculture, elle relève des articles R. 4421-1 à R. 4427-5 du Code du travail (risque biologique). Leptospira interrogans est classée agent biologique pathogène du groupe 2.
Évaluation et organisation
L'employeur intègre le risque biologique leptospirose dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), identifie les postes exposés (pisciculture, abattoirs, équarrissage, intervention en milieu humide, dératisation, soins aux animaux) et met en place des procédures de travail limitant le contact direct avec les urines animales, les eaux stagnantes et les sols boueux. Des mesures spécifiques sont prévues par les articles R. 717-69-1 et suivants du Code rural pour la protection des travailleurs agricoles contre les agents biologiques.
Lutte contre le réservoir animal
- Dératisation régulière des bâtiments d'élevage, silos, stockages d'aliments, abattoirs, fromageries et laiteries.
- Maintien de la propreté des locaux et gestion des déchets organiques pour ne pas attirer les rongeurs.
- Suivi vétérinaire des troupeaux ; antibiothérapie des animaux porteurs si besoin.
Mesures collectives et individuelles
- EPI obligatoires : bottes étanches, gants en caoutchouc, vêtements de protection imperméables pour les travaux en milieu humide ; lunettes de protection pour les jets sous pression (lavage d'étables, abattoirs) ; protection respiratoire FFP2/FFP3 pour les opérations générant des aérosols.
- Hygiène stricte : lavage des mains après chaque manipulation, douche en fin de poste, protection systématique de toute plaie cutanée (pansement étanche). Interdire de manger, boire ou fumer sur les postes exposés.
- Vestiaires séparés (vêtements de ville / vêtements de travail), nettoyage des vêtements de travail par l'employeur.
- Désinfection des locaux (eau de Javel diluée efficace sur les leptospires).
Vaccination
Un vaccin contre la leptospirose (sérovar Icterohaemorrhagiae, responsable des formes les plus graves) existe et peut être proposé par le médecin du travail aux salariés les plus exposés (égoutiers, salariés piscicoles, gardes-pêche, dératiseurs notamment). La vaccination n'est pas obligatoire et ne protège que contre certains sérogroupes : elle ne dispense ni des EPI ni des mesures d'hygiène. Voir les recommandations du Haut Conseil de la santé publique.
Surveillance médicale et conduite à tenir
Les salariés exposés bénéficient d'un suivi individuel renforcé par le médecin du travail (articles R. 4624-22 et suivants). En cas de fièvre brutale, myalgies, céphalées ou ictère dans les 21 jours suivant une exposition, une consultation médicale urgente s'impose en signalant l'exposition professionnelle : l'antibiothérapie (amoxicilline, doxycycline ou ceftriaxone) est d'autant plus efficace qu'elle est instaurée précocement, avant le 5e jour d'évolution.
Droit d'alerte et de retrait
Face à un danger grave et imminent (intervention sans EPI dans un milieu manifestement souillé, contact avec un animal ou une eau identifiés comme à haut risque), le salarié peut exercer son droit de retrait (article L. 4131-1 du Code du travail).
Sources : INRS — Tableau RA 5 ; INRS — Leptospirose ; articles R. 4421-1 et suivants du Code du travail ; articles R. 717-69-1 et suivants du Code rural et de la pêche maritime ; Santé publique France — Leptospirose.
Cas pratiques
Les cas ci-dessous sont anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques à partir de situations types relevant du tableau 5 RA. Ils n'identifient aucune entreprise.
Cas 1 — Forme grippale chez un pisciculteur (alinéa e)
M. A., 38 ans, technicien en pisciculture d'eau douce, consulte pour une fièvre brutale à 39,5 °C, des myalgies intenses au mollets, des céphalées et une conjonctivite apparues huit jours après une intervention prolongée dans des bassins lors d'une opération d'entretien. Le sérodiagnostic MAT confirme une leptospirose à L. interrogans sérogroupe Grippotyphosa. Le CMI mentionne le tableau 5 RA. Le délai de 21 jours est respecté et le poste figure dans la liste limitative : la MSA reconnaît la MP. Guérison sans séquelle ; IPP faible donnant lieu à une indemnité en capital.
Cas 2 — Maladie de Weil chez un salarié d'abattoir (alinéa i)
M. B., 51 ans, opérateur en chaîne d'abattage de porcs, est hospitalisé pour ictère, insuffisance rénale aiguë, syndrome hémorragique et confusion. Le diagnostic de leptospirose ictéro-hémorragique (maladie de Weil) est posé par PCR sanguine en réanimation. Le CMI vise le tableau 5 RA. La reconnaissance MP est acquise (délai et travaux conformes). Compte tenu de la gravité (séquelles rénales chroniques, asthénie persistante), une IPP importante est retenue après consolidation, donnant lieu à une rente viagère. L'enquête révèle une infestation par les rongeurs non maîtrisée dans la zone de stockage : une action en faute inexcusable est engagée.
Cas 3 — Forme méningée chez un égoutier sous régime agricole (alinéa b, délai dépassé, CRRMP saisi)
M. C., 44 ans, salarié d'une régie d'assainissement rurale, présente une méningite lymphocytaire aseptique. Le diagnostic biologique de leptospirose est confirmé tardivement, plus de 21 jours après la dernière exposition documentée, en raison d'une errance diagnostique (première hypothèse virale). Une condition du tableau n'étant pas strictement remplie (délai dépassé), le dossier est transmis au CRRMP, qui retient le lien direct avec le travail habituel au vu du poste et des sérovars en cause, et conclut à la reconnaissance.
Cas 4 — Forme cutanée et fébrile chez une soigneuse en élevage canin (alinéa k)
Mme D., 29 ans, salariée d'un chenil, développe une fièvre à 39 °C avec myalgies et asthénie sévère après une morsure légère d'un chien finalement testé positif à Leptospira. Le sérodiagnostic confirme la leptospirose à un taux significatif. La déclaration au titre du tableau 5 RA (alinéa k — soins aux animaux vertébrés) aboutit à la reconnaissance. La forme étant relativement bénigne, l'IPP est nulle ou très faible. L'employeur met en place après l'événement la vaccination des chiens du chenil et renforce la fourniture d'EPI (gants, blouses).
Questions fréquentes
Page mise à jour le 29/05/2026.