Affections dues aux rickettsies
Le tableau 53 RG couvre les affections dues aux rickettsies et la fièvre Q (Coxiella burnetii) : manifestations aiguës (délai 21 jours) et chroniques de la fièvre Q (endocardite, hépatite granulomateuse, délai 10 ans). Métiers exposés : éleveurs, vétérinaires, abattoirs, laboratoires, travailleurs forestiers.
Texte officiel du tableau — source Légifrance
Désignation des maladies
Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste limitative des travaux
Texte officiel — Annexe II du Code de la sécurité sociale, article R. 461-3. Tableau créé par décret du 2 novembre 1972, dernière modification par décret n° 88-575 du 6 mai 1988 (JORF du 7 mai 1988). Source : Légifrance — LEGIARTI000006750183.
Tableau n° 53 — Affections dues aux rickettsies.
Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste limitative des travaux susceptibles de provoquer ces maladies A. Rickettsioses : manifestations cliniques aiguës. 21 jours Travaux effectués dans les laboratoires spécialisés en matière de rickettsies ou de production de vaccins.
Travaux effectués en forêt de manière habituelle.B. Fièvre Q : manifestations cliniques aiguës. 21 jours Travaux exposant au contact avec les bovins, caprins, ovins, leurs viscères ou leurs déjections.
Travaux exécutés dans les laboratoires effectuant le diagnostic de fièvre Q ou des recherches biologiques vétérinaires.Manifestations chroniques : endocardite ; hépatite granulomateuse. 10 ans Condition particulière : le diagnostic doit être confirmé par un examen de laboratoire spécifique.
Type de liste : limitative. Seuls les travaux figurant dans la colonne de droite ouvrent droit à la présomption d'origine professionnelle. En cas d'exposition aux rickettsies hors de cette liste, le dossier relève du CRRMP (article L. 461-1 al. 4 CSS).
Qu'est-ce que c'est concrètement ?
Le tableau n° 53 du régime général couvre les affections dues aux rickettsies, des bactéries intracellulaires transmises à l'humain par des arthropodes (tiques, poux, puces) ou, pour la fièvre Q, par inhalation d'aérosols contaminés. Il vise principalement deux situations professionnelles : les rickettsioses contractées en laboratoire ou en forêt, et la fièvre Q liée au contact avec le bétail.
De quoi parle-t-on ?
Les rickettsies regroupent plusieurs genres bactériens responsables, chez l'humain, d'infections dites « rickettsioses ». Parmi les plus connues figurent le typhus (transmis par les poux ou les puces), la fièvre boutonneuse méditerranéenne (transmise par la tique du chien) et, dans une catégorie voisine traitée par ce tableau, la fièvre Q due à Coxiella burnetii. Cette dernière se transmet surtout par inhalation d'aérosols issus des produits de parturition (placenta, liquides), des déjections ou de la laine d'animaux d'élevage infectés.
Les formes cliniques
- Formes aiguës : syndrome grippal ou fébrile (fièvre, céphalées, myalgies), parfois éruption cutanée pour les rickettsioses, et atteinte pulmonaire (pneumopathie) ou hépatique pour la fièvre Q. Délai de prise en charge : 21 jours.
- Formes chroniques de la fièvre Q : endocardite (atteinte des valves cardiaques, complication la plus redoutée) et hépatite granulomateuse. Elles peuvent survenir des mois ou des années après l'infection initiale, d'où un délai de prise en charge porté à 10 ans.
Le diagnostic
Le tableau exige que le diagnostic soit confirmé par un examen de laboratoire spécifique : principalement la sérologie (recherche d'anticorps, avec cinétique pour distinguer forme aiguë et chronique de la fièvre Q) et la PCR (détection du génome bactérien). L'imagerie (échographie cardiaque) complète le bilan en cas de suspicion d'endocardite.
Qui est concerné ?
Les travailleurs visés par ce tableau sont : les éleveurs de bovins, ovins et caprins, les vétérinaires et auxiliaires vétérinaires, le personnel d'abattoirs et d'équarrissage, les bergers, les techniciens de laboratoires spécialisés en rickettsies ou en diagnostic vétérinaire, ainsi que les travailleurs forestiers exposés de manière habituelle aux morsures de tiques. Le risque biologique encadrant ces activités relève des articles R. 4421-1 et suivants du Code du travail.
Procédure de reconnaissance
La reconnaissance d'une affection inscrite au tableau 53 ouvre droit à la présomption d'origine professionnelle (article L. 461-1 al. 2 du Code de la sécurité sociale) : dès lors que les conditions du tableau sont remplies (désignation médicale confirmée par examen de laboratoire + délai de prise en charge + travaux figurant sur la liste limitative), le caractère professionnel est acquis sans que la victime ait à prouver le lien de causalité.
Étape 1 — Certificat médical initial (CMI)
Le médecin (généraliste, infectiologue, médecin du travail) établit un certificat médical initial mentionnant explicitement le tableau 53 et l'affection visée (ex. : « fièvre Q aiguë — tableau 53 B »), en s'appuyant sur l'examen de laboratoire spécifique exigé par le tableau. Ce document marque le point de départ de la procédure.
Étape 2 — Déclaration à la CPAM
La victime (ou ses ayants droit en cas de décès) adresse à sa CPAM le formulaire Cerfa S6100 « Déclaration de maladie professionnelle », accompagné des deux premiers volets du CMI et de l'attestation de salaire de l'employeur. Délai de prescription : 2 ans à compter de la date du CMI (article L. 461-5 CSS).
Étape 3 — Instruction
La CPAM ouvre une enquête contradictoire. Elle dispose de 120 jours à compter de la réception du dossier complet pour rendre sa décision (article R. 461-9 CSS), avec possibilité d'extension à 240 jours si des investigations complémentaires sont nécessaires. L'employeur reçoit le dossier et peut le consulter.
Étape 4 — Le cas échéant : CRRMP
Si une condition du tableau n'est pas remplie (délai dépassé, travaux hors liste limitative, diagnostic non confirmé par laboratoire), le dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Le CRRMP examine si la maladie est « directement causée par le travail habituel de la victime » (article L. 461-1 al. 4 CSS). Sa décision s'impose à la CPAM.
Sources : Améli — Reconnaissance MP · articles L. 461-1 à L. 461-5 et R. 461-9 du Code de la sécurité sociale.
Indemnisation
Une maladie professionnelle reconnue au titre du tableau 53 ouvre droit à plusieurs prestations cumulatives, à partir de la date du certificat médical initial.
Pendant l'arrêt de travail : indemnités journalières (IJSS)
Versées par la CPAM dès le 1ᵉʳ jour d'arrêt (pas de délai de carence en MP, contrairement à la maladie ordinaire) selon les modalités suivantes (article R. 433-1 CSS) :
- du 1ᵉʳ au 28ᵉ jour : 60 % du salaire journalier de référence ;
- à partir du 29ᵉ jour : 80 % du salaire journalier de référence.
La convention collective peut prévoir un complément employeur. Pour une fièvre Q aiguë, l'arrêt peut être de quelques semaines ; pour une endocardite chronique, il peut être long et lourd.
À la consolidation : taux d'incapacité permanente (IPP)
Lorsque l'état de santé est stabilisé, le médecin conseil de la CPAM évalue le taux d'incapacité permanente partielle (IPP) selon le barème indicatif d'invalidité (annexe I de l'article R. 434-32 CSS). Les formes chroniques de la fièvre Q (endocardite, séquelles cardiaques) peuvent justifier un taux élevé.
- IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une seule fois.
- IPP ≥ 10 % : rente viagère calculée sur la base du salaire annuel × taux d'IPP corrigé (taux ÷ 2 jusqu'à 50 %, puis taux × 1,5 au-delà).
En cas de décès
Le décès consécutif à une affection inscrite au tableau 53 (notamment une endocardite compliquée) ouvre droit pour les ayants droit (conjoint, enfants) à une rente survivants proportionnelle au salaire annuel du défunt (40 % pour le conjoint, 25 % par enfant à charge dans la limite de 85 % au total), conformément aux articles L. 434-7 à L. 434-14 CSS.
Faute inexcusable de l'employeur
Si la victime (ou ses ayants droit) démontre que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger (risque biologique R. 4421-1 et s. du Code du travail) et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires, la rente est majorée et la victime obtient l'indemnisation des préjudices personnels : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, préjudice d'agrément (article L. 452-1 CSS).
Sources : articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 à L. 434-14, L. 452-1 à L. 452-5 du Code de la sécurité sociale ; Améli — Rente MP. Montants indicatifs, dépendant du barème CPAM, du taux d'IPP et du salaire de référence.
Jurisprudence
Le contentieux propre aux rickettsioses et à la fièvre Q est nettement moins abondant que celui de l'amiante ou des TMS, ces affections restant relativement rares. La jurisprudence applicable est celle, générale, des maladies professionnelles inscrites à un tableau : présomption d'origine, conditions du tableau, obligation de sécurité de l'employeur.
1. La présomption d'origine s'applique dès que les conditions du tableau sont réunies
La Cour de cassation rappelle de façon constante que, lorsque la maladie est désignée dans un tableau et contractée dans les conditions qu'il fixe (désignation, délai de prise en charge, travaux de la liste limitative), elle est présumée d'origine professionnelle sans que la victime ait à établir le lien de causalité (article L. 461-1 CSS). C'est à l'employeur ou à la caisse de renverser cette présomption en démontrant une cause totalement étrangère au travail (voir notamment Cass. 2ᵉ civ., 21 octobre 2010, n° 09-67.494, sur la portée de la présomption).
2. L'exigence du diagnostic confirmé par laboratoire
Pour le tableau 53, la condition tenant à ce que « le diagnostic doit être confirmé par un examen de laboratoire spécifique » fait partie intégrante des conditions médicales du tableau. À défaut, la présomption ne joue pas et le dossier doit être examiné par le CRRMP au titre du système complémentaire (article L. 461-1 al. 4 CSS).
3. Obligation de sécurité et risque biologique
En matière de risque biologique, le manquement de l'employeur à son obligation de sécurité (article L. 4121-1 du Code du travail et dispositions des articles R. 4421-1 et suivants) peut caractériser une faute inexcusable lorsque l'employeur, conscient du danger d'exposition à des agents biologiques, n'a pas mis en œuvre les mesures de protection adaptées.
Pour aller plus loin : rechercher sur Judilibre les mots-clés « fièvre Q », « rickettsiose » ou « tableau 53 maladie professionnelle ». La portée exacte de chaque décision dépend des faits de l'espèce.
Prévention
Les affections dues aux rickettsies, et tout particulièrement la fièvre Q, relèvent de la prévention du risque biologique encadrée par les articles R. 4421-1 à R. 4427-5 du Code du travail. Coxiella burnetii, agent de la fièvre Q, est un agent biologique très résistant dans l'environnement et fortement infectant par voie aérienne.
Évaluation du risque biologique
L'employeur doit évaluer le risque d'exposition aux agents biologiques (article R. 4423-1) et le retranscrire dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP). Pour les élevages, abattoirs, laboratoires vétérinaires et exploitations forestières, cette évaluation intègre les rickettsioses et la fièvre Q.
Mesures collectives
- Limitation des aérosols lors des mises bas, manipulation des placentas et produits de parturition (fièvre Q) : gestion et élimination contrôlée des déchets animaux.
- Ventilation et nettoyage des locaux d'élevage et de stabulation, dépoussiérage limitant la mise en suspension.
- Lutte contre les vecteurs (tiques, poux, puces) en milieu forestier et au contact des animaux.
- Mesures de confinement adaptées en laboratoire manipulant des rickettsies ou Coxiella.
EPI et hygiène
Port d'appareils de protection respiratoire (demi-masque FFP3 ou supérieur) lors des opérations exposant aux aérosols infectieux, gants, vêtements de travail dédiés, lavage des mains. En milieu forestier : vêtements couvrants, inspection cutanée et retrait précoce des tiques.
Surveillance médicale
Les travailleurs exposés à un risque biologique bénéficient d'un suivi individuel adapté ou renforcé assuré par le médecin du travail (articles R. 4624-22 et suivants du Code du travail), avec information sur les symptômes à signaler.
Droit d'alerte et de retrait
En présence d'un danger grave et imminent (exposition non maîtrisée à des aérosols infectieux, absence d'EPI adapté), le salarié peut exercer son droit de retrait (article L. 4131-1 du Code du travail) sans encourir de sanction.
Sources : INRS — Tableau MP RG 53 ; articles R. 4421-1 à R. 4427-5 du Code du travail.
Cas pratiques
Les cas ci-dessous sont anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques à partir de situations types rencontrées par les CPAM et les services de santé au travail. Ils n'identifient aucune entreprise.
Cas 1 — Fièvre Q aiguë chez un éleveur ovin (tableau 53 B)
M. A., 47 ans, éleveur de brebis, présente après la période d'agnelage un syndrome grippal prolongé avec fièvre et atteinte hépatique. La sérologie confirme une fièvre Q aiguë à Coxiella burnetii. Le médecin établit un CMI au titre du tableau 53 B (manifestations cliniques aiguës, délai de 21 jours). L'exposition au contact des ovins et de leurs produits de parturition figurant sur la liste limitative, la CPAM reconnaît la maladie professionnelle.
Cas 2 — Endocardite chronique chez un salarié d'abattoir (tableau 53 B chronique)
M. B., 55 ans, employé en abattoir de bovins pendant 20 ans, est hospitalisé pour une endocardite dont l'origine est rapportée, après examens de laboratoire spécifiques, à une fièvre Q chronique. Le délai de prise en charge de 10 ans étant respecté et l'exposition au contact des bovins et de leurs viscères documentée, la MP est reconnue. Une IPP est fixée en raison des séquelles cardiaques.
Cas 3 — Rickettsiose chez un travailleur forestier (tableau 53 A)
Mme C., 38 ans, technicienne forestière travaillant habituellement en forêt, développe une fièvre élevée avec éruption après plusieurs morsures de tiques. Le diagnostic de rickettsiose est confirmé par sérologie. Le CMI vise le tableau 53 A (travaux effectués en forêt de manière habituelle, délai de 21 jours) ; la reconnaissance est acquise.
Cas 4 — Diagnostic non confirmé, dossier transmis au CRRMP
M. D., 60 ans, ancien auxiliaire vétérinaire, présente une hépatite granulomateuse compatible avec une fièvre Q chronique, mais les examens de laboratoire ne permettent pas une confirmation formelle au moment du dépôt. La condition de confirmation biologique du tableau n'étant pas pleinement remplie, la CPAM transmet le dossier au CRRMP, qui apprécie le lien direct avec le travail habituel au vu de l'historique d'exposition.
Questions fréquentes
Page mise à jour le 27/05/2026.