Tableau 56 · Régime Général · En vigueur

Rage professionnelle

Le tableau 56 RG couvre la rage professionnelle : toutes les manifestations de la rage (délai 6 mois) et les affections imputables à la séro ou vaccinothérapie antirabique (délai 2 mois), pour les travaux au contact d'animaux suspects de rage et le diagnostic de la rage en laboratoire.

Numéro
56
Régime
Régime Général
Agent causal
Virus de la rage (Lyssavirus)
Type de liste
Limitative
Dernière modif.
21/12/1985

Texte officiel du tableau — source Légifrance

Désignation des maladies

Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste limitative des travaux

Texte officiel — Annexe II du Code de la sécurité sociale. Tableau créé par le décret du 9 novembre 1972, dernière modification par le décret n° 85-1353 du 17 décembre 1985 (entré en vigueur le 21 décembre 1985). Source : Légifrance — LEGIARTI000006746367.

Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste limitative des travaux susceptibles de provoquer ces maladies
Toutes manifestations de la rage. 6 mois Travaux susceptibles de mettre en contact avec des animaux atteints ou suspects de rage ou avec leurs dépouilles.
Affections imputables à la séro ou vaccinothérapie antirabique. 2 mois Travaux de laboratoire de diagnostic de la rage.
Type de liste : limitative. Seuls les travaux figurant dans la colonne de droite ouvrent droit à la présomption d'origine professionnelle. En cas d'exposition au virus rabique hors de cette liste, le dossier relève du CRRMP (article L. 461-1 al. 4 CSS).

Qu'est-ce que c'est concrètement ?

Le tableau n° 56 du régime général couvre la rage professionnelle : toutes les manifestations de la rage contractée à l'occasion du travail, ainsi que les affections liées à la sérothérapie ou à la vaccinothérapie antirabique. La rage est une encéphalite virale aiguë provoquée par un Lyssavirus, presque toujours mortelle une fois les premiers symptômes déclarés — ce qui en fait l'une des zoonoses les plus redoutées.

De quoi parle-t-on ?

Le virus de la rage appartient au genre Lyssavirus (famille des Rhabdoviridae). Il se transmet à l'humain par la salive d'un animal infecté, le plus souvent par morsure, mais aussi par griffure ou par léchage d'une peau lésée ou d'une muqueuse. Une fois inoculé, le virus migre le long des nerfs jusqu'au système nerveux central, provoquant une encéphalomyélite. La période d'incubation varie de quelques semaines à plusieurs mois.

Une maladie quasi constamment mortelle… mais évitable

Dès l'apparition des signes cliniques (fièvre, troubles neurologiques, hydrophobie, agitation, paralysie), la rage est pratiquement toujours mortelle. C'est pourquoi toute la stratégie repose sur la prophylaxie post-exposition (PPE) : lavage immédiat et prolongé de la plaie, puis vaccination antirabique (et, selon la gravité, administration d'immunoglobulines antirabiques) dans les centres antirabiques. Engagée à temps, avant l'apparition des symptômes, la PPE est efficace à près de 100 %.

Situation en France

La France est officiellement indemne de rage des carnivores terrestres (statut reconnu depuis 2001). Le risque résiduel pour les professionnels provient : de la rage des chauves-souris (rage des chiroptères, due à des Lyssavirus de type EBLV présents sur le territoire), des animaux importés illégalement de zones d'enzootie (Afrique, Asie), et de la manipulation du virus en laboratoire. Les deux affections du tableau correspondent à ces réalités : contact avec des animaux suspects, et travaux de diagnostic en laboratoire.

Qui est concerné ?

Les expositions professionnelles concernent principalement : les vétérinaires et auxiliaires vétérinaires, le personnel de laboratoire manipulant le virus ou réalisant le diagnostic, les équarrisseurs, le personnel des fourrières, refuges et parcs zoologiques, les agents de quarantaine animale et des postes d'inspection frontaliers, les gardes-chasse et agents forestiers, ainsi que les spéléologues et naturalistes au contact des colonies de chauves-souris.

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Procédure de reconnaissance

La reconnaissance d'une affection inscrite au tableau 56 ouvre droit à la présomption d'origine professionnelle (article L. 461-1 al. 2 du Code de la sécurité sociale) : dès lors que les trois conditions du tableau sont remplies (désignation médicale + délai de prise en charge + travaux figurant sur la liste limitative), le caractère professionnel est acquis sans que la victime ait à prouver le lien de causalité.

Étape 1 — Certificat médical initial (CMI)

Le médecin (médecin traitant, infectiologue, médecin du travail) établit un certificat médical initial mentionnant explicitement le tableau 56 et l'affection visée (rage avérée ou affection imputable à la séro/vaccinothérapie antirabique). Ce document marque le point de départ de la procédure.

Étape 2 — Déclaration à la CPAM

La victime (ou ses ayants droit en cas de décès) adresse à sa CPAM le formulaire Cerfa S6100 « Déclaration de maladie professionnelle », accompagné des deux premiers volets du CMI et de l'attestation de salaire de l'employeur. Délai de prescription : 2 ans à compter de la date du CMI (article L. 461-5 CSS).

Étape 3 — Instruction

La CPAM ouvre une enquête contradictoire. Elle dispose de 120 jours à compter de la réception du dossier complet pour rendre sa décision (article R. 461-9 CSS), avec possibilité d'extension à 240 jours si le dossier nécessite des investigations complémentaires. L'employeur reçoit le dossier et peut le consulter pendant 10 jours.

Étape 4 — Le cas échéant : CRRMP

Si une condition du tableau n'est pas remplie (délai de prise en charge dépassé, travaux hors liste limitative), le dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Le CRRMP examine si la maladie est « directement causée par le travail habituel de la victime » (article L. 461-1 al. 4 CSS). Sa décision s'impose à la CPAM.

Note — urgence sanitaire et déclaration obligatoire

La reconnaissance en maladie professionnelle est distincte de la prise en charge médicale en urgence. En cas d'exposition à un animal suspect, la priorité absolue est le recours immédiat à un centre antirabique pour la prophylaxie post-exposition. Par ailleurs, la rage humaine et animale fait l'objet d'une déclaration obligatoire aux autorités sanitaires.

Sources : Améli — Reconnaissance MP · articles L. 461-1 à L. 461-5 et R. 461-9 du Code de la sécurité sociale.

Indemnisation

Une maladie professionnelle reconnue au titre du tableau 56 ouvre droit à plusieurs prestations cumulatives, à partir de la date du certificat médical initial.

Pendant l'arrêt de travail : indemnités journalières (IJSS)

Versées par la CPAM dès le 1ᵉʳ jour d'arrêt (pas de délai de carence en MP, contrairement à la maladie ordinaire) selon les modalités suivantes (article R. 433-1 CSS) :

  • du 1ᵉʳ au 28ᵉ jour : 60 % du salaire journalier de référence ;
  • à partir du 29ᵉ jour : 80 % du salaire journalier de référence.

La convention collective peut prévoir un complément employeur.

À la consolidation : taux d'incapacité permanente (IPP)

Lorsque l'état de santé est stabilisé, le médecin conseil de la CPAM évalue le taux d'incapacité permanente partielle (IPP) selon le barème indicatif d'invalidité (annexe I de l'article R. 434-32 CSS).

  • IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une seule fois.
  • IPP ≥ 10 % : rente viagère calculée sur la base du salaire annuel des 12 derniers mois × taux d'IPP corrigé (taux ÷ 2 jusqu'à 50 %, puis taux × 1,5 au-delà).

En cas de décès

La rage déclarée étant presque toujours fatale, l'enjeu du décès est central. Le décès d'un travailleur d'une affection inscrite au tableau 56 ouvre droit pour les ayants droit (conjoint, enfants) à une rente survivants proportionnelle au salaire annuel du défunt (40 % pour le conjoint, 25 % par enfant à charge dans la limite de 85 % au total), conformément aux articles L. 434-7 à L. 434-14 CSS.

Faute inexcusable de l'employeur

Si le salarié (ou ses ayants droit) démontre que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour préserver sa santé (article L. 452-1 CSS) — par exemple absence de vaccination préventive proposée à un personnel exposé, absence d'EPI ou de procédure de manipulation — la rente est majorée jusqu'au taux maximum et la victime obtient l'indemnisation des préjudices personnels : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, préjudice d'agrément.

Sources : articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 à L. 434-14, L. 452-1 à L. 452-5 du Code de la sécurité sociale ; Améli — Rente MP.

Jurisprudence

La rage professionnelle est une maladie professionnelle extrêmement rare en France, du fait du statut indemne du territoire pour la rage des carnivores terrestres et de l'efficacité de la prophylaxie post-exposition. Il n'existe donc pas de contentieux abondant et spécifique au tableau 56. Les principes applicables sont ceux, transposables, du droit commun des maladies professionnelles et de l'obligation de sécurité de l'employeur.

1. L'obligation de sécurité de l'employeur

Cass. soc., 28 février 2002, n° 99-17.221 (et arrêts du même jour) — La Cour de cassation a posé le principe selon lequel l'employeur est tenu envers son salarié d'une obligation de sécurité et que « le manquement à cette obligation a le caractère d'une faute inexcusable [...] lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver ». Transposé au risque biologique, ce principe impose à l'employeur d'un personnel exposé (laboratoire, vétérinaire, fourrière) d'évaluer le risque et de proposer les mesures de prévention adaptées, dont la vaccination préventive.

2. Présomption d'imputabilité au travail

Cass. 2ᵉ civ., 21 juin 2018, n° 17-18.864 — La Cour rappelle que, dès lors que la maladie figurant à un tableau est constatée dans les conditions qu'il prévoit, elle est présumée d'origine professionnelle sans que la victime ait à en démontrer la cause. C'est à la caisse ou à l'employeur, s'il conteste, qu'il revient d'apporter la preuve contraire d'une cause totalement étrangère au travail.

3. Manipulation du risque biologique de groupe 3

Le virus de la rage est classé agent biologique pathogène du groupe 3 (arrêté pris en application de l'article R. 4421-3 du Code du travail). Les juridictions apprécient la faute de l'employeur au regard du respect des prescriptions renforcées applicables à ce classement (confinement, EPI, vaccination, surveillance médicale).

Pour aller plus loin : rechercher sur Judilibre les mots-clés « maladie professionnelle + risque biologique + faute inexcusable ».

Prévention

La prévention de la rage professionnelle relève du dispositif risque biologique du Code du travail (articles R. 4421-1 et suivants), le virus de la rage étant classé agent biologique pathogène du groupe 3. L'employeur doit procéder à l'évaluation des risques et mettre en œuvre des mesures de prévention proportionnées à l'exposition.

Vaccination préventive

La vaccination antirabique préventive est recommandée pour les professionnels régulièrement exposés (vétérinaires, personnel de laboratoire manipulant le virus, équarrisseurs, personnels des fourrières et de la faune sauvage). Elle ne dispense pas de la prophylaxie post-exposition en cas de contact à risque, mais simplifie et renforce celle-ci. La proposition de vaccination par l'employeur, après avis du médecin du travail, fait partie de ses obligations de prévention.

Réduction du risque à la source et EPI

  • Confinement et procédures de laboratoire : manipulation du virus en niveau de confinement adapté au groupe 3, procédures écrites, limitation des personnels habilités.
  • Contention animale : matériel et techniques de contention pour limiter morsures et griffures lors de la manipulation d'animaux suspects.
  • EPI : gants résistants aux morsures, protection des yeux et du visage, vêtements de protection, lavage immédiat de toute plaie.

Conduite à tenir en cas d'exposition

En cas de morsure, griffure ou léchage par un animal suspect : lavage abondant et prolongé de la plaie à l'eau et au savon, antisepsie, puis orientation en urgence vers un centre antirabique pour évaluation et prophylaxie post-exposition (vaccination, et immunoglobulines antirabiques selon la gravité). Toute déclaration sanitaire requise doit être effectuée.

Surveillance médicale

Les travailleurs exposés au virus relèvent d'un suivi individuel renforcé (SIR) par le médecin du travail (article R. 4624-23 et s. du Code du travail), incluant le contrôle de l'immunité antirabique pour les personnels vaccinés.

Sources : INRS — Tableau RG 56 ; articles R. 4421-1 et suivants du Code du travail (risque biologique).

Cas pratiques

Les cas ci-dessous sont anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques à partir de situations types. Ils n'identifient aucune entreprise.

Cas 1 — Morsure d'un animal importé chez un vétérinaire

M. A., vétérinaire, examine un chiot récemment introduit sur le territoire dans des conditions d'importation non documentées. L'animal le mord à la main. Par précaution, une prophylaxie post-exposition est immédiatement engagée dans un centre antirabique (lavage de plaie, vaccination). L'animal est placé sous surveillance. La PPE étant administrée avant toute symptomatologie, la rage ne se déclare pas. L'exposition relève des « travaux susceptibles de mettre en contact avec des animaux suspects de rage » du tableau 56 ; la prise en charge se fait au titre de l'accident/exposition professionnelle.

Cas 2 — Réaction à la vaccinothérapie antirabique (tableau 56, 2ᵉ ligne)

Mme B., technicienne dans un laboratoire de diagnostic de la rage, reçoit une vaccinothérapie antirabique à la suite d'un incident de manipulation. Elle développe dans les semaines suivantes une affection imputable à cette vaccinothérapie. Le médecin établit un CMI au titre de la 2ᵉ ligne du tableau 56 (« affections imputables à la séro ou vaccinothérapie antirabique », délai de prise en charge de 2 mois). La CPAM reconnaît la maladie professionnelle, l'exposition correspondant aux « travaux de laboratoire de diagnostic de la rage ».

Cas 3 — Spéléologue exposé aux chauves-souris

M. C. effectue des relevés naturalistes en milieu souterrain au contact de colonies de chauves-souris. Griffé lors d'une manipulation, il consulte par précaution un centre antirabique compte tenu du risque de rage des chiroptères. La prophylaxie post-exposition est mise en place sans qu'aucune manifestation de rage ne survienne. Ce cas illustre que le risque résiduel en France métropolitaine persiste via la rage des chauves-souris, et l'importance de la conduite à tenir immédiate.

Cas 4 — Conditions du tableau non réunies : CRRMP

Mme D., agent d'une fourrière, présente une affection dont le rattachement aux travaux exactement listés au tableau 56 est discuté (exposition mixte, hors strict périmètre de la liste limitative). La CPAM transmet le dossier au CRRMP, qui apprécie le lien direct avec le travail habituel au vu des fiches de poste et des conditions d'exposition.

Questions fréquentes

Il s'agit de toutes les manifestations de la rage contractée à l'occasion du travail, ainsi que des affections imputables à la sérothérapie ou à la vaccinothérapie antirabique. La rage est une encéphalite virale aiguë due à un Lyssavirus, transmise par morsure, griffure ou léchage d'un animal infecté.

Le délai est de 6 mois pour toutes les manifestations de la rage, et de 2 mois pour les affections imputables à la séro ou vaccinothérapie antirabique. Ce délai correspond au temps maximal entre la fin de l'exposition et la première constatation médicale.

Principalement les vétérinaires et auxiliaires vétérinaires, le personnel de laboratoire de diagnostic de la rage, les équarrisseurs, le personnel des fourrières, refuges et zoos, les agents de quarantaine animale, les gardes-chasse et forestiers, ainsi que les spéléologues exposés aux chauves-souris.

La France est officiellement indemne de rage des carnivores terrestres. Un risque résiduel subsiste via la rage des chauves-souris (rage des chiroptères) et les animaux importés illégalement de zones d'enzootie. Le risque professionnel concerne aussi la manipulation du virus en laboratoire.

Il faut laver abondamment et longuement la plaie à l'eau et au savon, désinfecter, puis se rendre en urgence dans un centre antirabique pour une évaluation et une prophylaxie post-exposition (vaccination, voire immunoglobulines). Engagée avant l'apparition des symptômes, elle est efficace à près de 100 %.

Oui, la liste est limitative. Si votre exposition au virus rabique ne figure pas explicitement dans la liste des travaux, votre dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), qui examine le lien direct avec votre travail habituel.
Avertissement : cette fiche a une vocation informative. Pour toute démarche concrète de reconnaissance d'une maladie professionnelle, contactez votre médecin du travail, votre CPAM ou un professionnel du droit social. Pour le texte officiel en vigueur, référez-vous à Légifrance.
Page mise à jour le 27/05/2026.