Lésions eczématiformes de mécanisme allergique
Le tableau 65 RG couvre l eczéma allergique de contact d origine professionnelle : lésions récidivant à la réexposition ou confirmées par test épicutané positif. Délai de prise en charge de 15 jours. Liste A limitative d agents chimiques (cobalt, persulfates, acrylates, glutaraldéhyde) et liste B indicative de produits végétaux (colophane, baume du Pérou).
Texte officiel du tableau — source Légifrance
Désignation des maladies
Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste des travaux
Texte officiel — Annexe II du Code de la sécurité sociale. Tableau créé par le décret du 2 juin 1977, dernière modification par le décret n° 2003-110 du 11 février 2003. Source : Légifrance — LEGIARTI000006750192.
Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste des travaux susceptibles de provoquer ces maladies Lésions eczématiformes récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmées par un test épicutané positif au produit manipulé. 15 jours A. — Liste limitative des travaux exposant habituellement à la manipulation ou à l'emploi des agents suivants :
- Acide chloroplatinique ;
- Chloroplatinates alcalins ;
- Cobalt et ses dérivés ;
- Persulfates alcalins ;
- Thioglycolate d'ammonium ;
- Épichlorhydrine ;
- Hypochlorites alcalins ;
- Ammoniums quaternaires et leurs sels, notamment dans les agents détergents cationiques ;
- Dodécyl-aminoéthyl glycine ;
- Insecticides organochlorés ;
- Phénothiazines ;
- Pipérazine ;
- Mercapto-benzothiazole ;
- Sulfure de tétraméthyl-thiurame ;
- Acide mercapto-propionique et dérivés ;
- N-isopropyl N'-phénylparaphénylène-diamine et dérivés ;
- Hydroquinone et dérivés ;
- Dithiocarbamates ;
- Sels de diazonium ;
- Benzisothiazoline-3-one ;
- Dérivés de la thiourée ;
- Acrylates et méthacrylates ;
- Résines dérivées du para-tertiobutylphénol et du para-tertiobutylcatéchol ;
- Dicyclohexylcarbodiimide ;
- Glutaraldéhyde.
B. — Liste indicative des travaux exposant habituellement à la manipulation ou à l'emploi des produits végétaux ou produits d'origine végétale suivants :
- Produits d'extraction du pin (essence de térébenthine, colophane et dérivés) ;
- Baume du Pérou ;
- Urushiol (laque de Chine) ;
- Plantes contenant des lactones sesquiterpéniques (notamment artichaut, arnica, chrysanthème, camomille, laurier noble, saussurea, frullania, bois de tulipier, armoise, dahlia) ;
- Primevère ;
- Tulipe ;
- Alliacées (notamment ail et oignon) ;
- Farines de céréales.
Deux listes de travaux distinctes. La partie A est une liste limitative d'agents chimiques : seuls les travaux exposant aux produits qui y figurent ouvrent la présomption d'origine professionnelle. La partie B est une liste indicative de produits végétaux : la présomption joue plus largement, mais l'exposition à un agent végétal non listé peut aussi être reconnue par le CRRMP (article L. 461-1 al. 4 CSS) si le lien direct avec le travail habituel est établi.
Qu'est-ce que c'est concrètement ?
Le tableau n° 65 du régime général couvre l'eczéma allergique de contact d'origine professionnelle : des lésions cutanées (rougeurs, vésicules, suintement, desquamation) qui réapparaissent à chaque nouvelle exposition à un agent sensibilisant du travail, ou qui sont confirmées par un test cutané positif. C'est l'un des tableaux les plus « transversaux » de la liste, car il regroupe une grande variété d'agents chimiques et végétaux rencontrés dans des dizaines de métiers.
De quoi parle-t-on ?
L'eczéma allergique de contact est une réaction immunitaire retardée (hypersensibilité de type IV). Au premier contact, l'organisme se « sensibilise » sans symptôme apparent. Lors des expositions suivantes, le système immunitaire déclenche une réaction inflammatoire de la peau, généralement 24 à 72 heures après le contact. Une fois la sensibilisation acquise, elle est durable : même de très faibles quantités de l'allergène suffisent ensuite à déclencher une poussée.
À distinguer de la dermatite d'irritation (lésion directe, non immunologique, liée aux détergents, solvants ou frottements), qui relève d'autres tableaux. Le tableau 65 vise spécifiquement le mécanisme allergique, d'où l'importance du diagnostic dermatologique.
Pourquoi un délai de prise en charge de seulement 15 jours ?
Contrairement aux pathologies à latence longue (amiante, silice), l'eczéma allergique apparaît très rapidement après l'exposition. Le délai de prise en charge — temps maximal entre la fin de l'exposition et la première constatation médicale — est donc court : 15 jours. Au-delà, la présomption d'origine professionnelle ne joue plus automatiquement et le dossier peut relever du CRRMP.
Comment se confirme le diagnostic ?
Le tableau prévoit deux modes de preuve :
- la récidive des lésions à chaque nouvelle exposition au risque professionnel ;
- ou un test épicutané positif (patch-test) au produit manipulé. Le dermatologue applique sur le dos une batterie d'allergènes — notamment la batterie standard européenne et des batteries spécialisées selon le métier — et lit les réactions à 48 et 72 heures.
Les principaux agents en cause
La liste A (limitative) regroupe des agents chimiques : cobalt, persulfates et thioglycolate (coiffure), acrylates et méthacrylates (colles, vernis, prothésie ongulaire, dentaire), résines de para-tertiobutylphénol (colles néoprène, chaussure), glutaraldéhyde (désinfection, santé), dithiocarbamates et thiurames (caoutchouc), épichlorhydrine, ammoniums quaternaires (détergents), etc. La liste B (indicative) couvre des produits végétaux : colophane et essence de térébenthine, baume du Pérou, plantes à lactones sesquiterpéniques, alliacées, farines de céréales.
Procédure de reconnaissance
La reconnaissance d'une affection inscrite au tableau 65 ouvre droit à la présomption d'origine professionnelle (article L. 461-1 al. 2 du Code de la sécurité sociale) : dès lors que les conditions du tableau sont remplies (désignation médicale + délai de prise en charge de 15 jours + travaux exposant à un agent listé), le caractère professionnel est acquis sans que la victime ait à prouver le lien de causalité.
Étape 1 — Certificat médical initial (CMI)
Le médecin (dermatologue, médecin du travail, généraliste) établit un certificat médical initial mentionnant explicitement le tableau 65 et l'affection (lésions eczématiformes de mécanisme allergique). Idéalement, le CMI s'appuie sur un bilan allergologique avec tests épicutanés identifiant l'allergène professionnel. Ce document marque le point de départ de la procédure.
Étape 2 — Déclaration à la CPAM
La victime adresse à sa CPAM le formulaire Cerfa S6100 « Déclaration de maladie professionnelle », accompagné des deux premiers volets du CMI et de l'attestation de salaire de l'employeur. Délai de prescription : 2 ans à compter de la date du CMI (article L. 461-5 CSS).
Étape 3 — Instruction
La CPAM ouvre une enquête contradictoire pour vérifier l'exposition au risque (étude du poste, fiche de données de sécurité des produits, attestation d'exposition). Elle dispose de 120 jours à compter de la réception du dossier complet pour rendre sa décision (article R. 461-9 CSS), extensible à 240 jours en cas d'investigations complémentaires. L'employeur peut consulter le dossier avant clôture.
Étape 4 — Le cas échéant : CRRMP
Si une condition du tableau n'est pas remplie (délai de 15 jours dépassé, agent végétal hors liste B, exposition difficile à documenter), le dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), qui examine si la maladie est « directement causée par le travail habituel de la victime » (article L. 461-1 al. 4 CSS). Sa décision s'impose à la CPAM.
Le rôle clé du dermatologue allergologue
L'eczéma de contact étant souvent multifactoriel, l'identification de l'allergène professionnel par patch-tests est déterminante. Un test positif au produit manipulé, couplé à la pertinence clinique (concordance entre lésions et exposition), sécurise fortement la reconnaissance et oriente la prévention de la rechute (éviction de l'allergène, reclassement éventuel).
Sources : Améli — Reconnaissance MP · articles L. 461-1 à L. 461-5 et R. 461-9 du Code de la sécurité sociale.
Indemnisation
Une maladie professionnelle reconnue au titre du tableau 65 ouvre droit à plusieurs prestations cumulatives, à partir de la date du certificat médical initial.
Pendant l'arrêt de travail : indemnités journalières (IJSS)
Versées par la CPAM dès le 1ᵉʳ jour d'arrêt (pas de délai de carence en MP, contrairement à la maladie ordinaire), selon les modalités suivantes (article R. 433-1 CSS) :
- du 1ᵉʳ au 28ᵉ jour : 60 % du salaire journalier de référence ;
- à partir du 29ᵉ jour : 80 % du salaire journalier de référence.
La convention collective peut prévoir un complément employeur. Pour l'eczéma allergique, les arrêts sont souvent intermittents (poussées) mais peuvent devenir prolongés en cas de chronicisation.
À la consolidation : taux d'incapacité permanente (IPP)
Lorsque l'état de santé est stabilisé, le médecin conseil de la CPAM évalue le taux d'incapacité permanente partielle (IPP) selon le barème indicatif d'invalidité (annexe I de l'article R. 434-32 CSS). Pour un eczéma allergique, l'IPP reste généralement modérée, mais une dermatose chronique invalidante ou contraignant à un changement de métier peut donner lieu à un taux plus élevé.
- IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une seule fois (montants fixés par décret).
- IPP ≥ 10 % : rente viagère trimestrielle, calculée sur le salaire annuel des 12 derniers mois × taux d'IPP corrigé.
Le préjudice professionnel spécifique
L'eczéma allergique a une particularité : la sensibilisation étant définitive, la seule prévention efficace de la rechute est souvent l'éviction totale de l'allergène. Cela peut imposer un reclassement professionnel, voire une inaptitude au poste prononcée par le médecin du travail (articles L. 4624-3 et s. du Code du travail). En cas d'inaptitude d'origine professionnelle, le salarié bénéficie de règles de licenciement et d'indemnités majorées.
Faute inexcusable de l'employeur
Si le salarié démontre que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger (agent sensibilisant identifié, fiche de données de sécurité, absence d'EPI ou de substitution) et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires (article L. 452-1 CSS), la rente est majorée et la victime obtient l'indemnisation des préjudices personnels : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique (lésions cutanées visibles), préjudice d'agrément, perte de possibilités de promotion.
Sources : articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 et suivants, L. 452-1 à L. 452-5 du Code de la sécurité sociale ; Améli — Rente MP.
Jurisprudence
Le contentieux des dermatoses professionnelles s'articule autour de deux questions récurrentes : la preuve du caractère allergique (et non simplement irritatif) de la dermatose, et le respect du délai de prise en charge de 15 jours. Les principes ci-dessous sont issus de la jurisprudence générale de la Cour de cassation en matière de maladies professionnelles.
1. La présomption d'origine professionnelle est de droit dès que les conditions du tableau sont réunies
La Cour de cassation rappelle de façon constante que, lorsque toutes les conditions du tableau sont remplies, l'origine professionnelle de la maladie est présumée et que la caisse ni l'employeur ne peuvent la remettre en cause au seul motif de l'existence d'un état antérieur ou d'une prédisposition (jurisprudence constante sur l'article L. 461-1 CSS). Pour le tableau 65, un test épicutané positif au produit manipulé conjugué à une exposition documentée suffit donc à ouvrir la présomption.
2. Le rôle décisif de l'identification de l'allergène
En matière de dermatose allergique, les juridictions s'appuient largement sur le bilan allergologique. Lorsque l'allergène professionnel est isolé par patch-tests et concorde avec l'exposition au poste, la reconnaissance est sécurisée. À l'inverse, l'absence de test ou un test positif uniquement à un allergène domestique (cosmétiques personnels, par exemple) fragilise le lien professionnel et peut conduire la caisse à refuser, sauf passage devant le CRRMP.
3. Obligation de sécurité et substitution des agents sensibilisants
Au titre de l'obligation de sécurité (article L. 4121-1 du Code du travail) et des principes généraux de prévention, l'employeur doit privilégier la substitution des agents chimiques dangereux, dont les sensibilisants cutanés (articles R. 4412-66 et s.). Le manquement à cette obligation, lorsque le danger était connu (fiche de données de sécurité mentionnant la phrase H317 « peut provoquer une allergie cutanée »), est un élément central de l'appréciation d'une éventuelle faute inexcusable.
Pour aller plus loin : rechercher sur Judilibre les mots-clés « dermatose professionnelle + tableau 65 » ou « eczéma allergique + maladie professionnelle ». Cette synthèse est informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel du droit social.
Prévention
La prévention de l'eczéma allergique professionnel repose sur l'évaluation des risques chimiques et l'application des principes généraux de prévention (article L. 4121-1 du Code du travail). Une fois la sensibilisation acquise, elle est définitive : l'objectif prioritaire est donc d'éviter la sensibilisation initiale chez les salariés exposés.
Substitution : la mesure prioritaire
Conformément aux articles R. 4412-66 et suivants du Code du travail, l'employeur doit en priorité supprimer ou substituer les agents sensibilisants par des produits moins dangereux. Les fiches de données de sécurité (FDS) signalent les sensibilisants cutanés par la mention de danger H317 « peut provoquer une allergie cutanée ». Exemples : gants sans accélérateurs de vulcanisation (thiurames, dithiocarbamates), résines époxy modifiées, vernis ongulaires sans certains acrylates.
Protection collective et organisation
- Captage des vapeurs et aérosols à la source (résines, glutaraldéhyde, ammoniums quaternaires) ;
- Automatisation ou systèmes clos pour limiter le contact cutané ;
- Procédures de nettoyage évitant les détergents agressifs qui fragilisent la barrière cutanée et facilitent la pénétration des allergènes.
Protection individuelle
Port de gants adaptés à l'agent manipulé (la matière doit résister au produit : nitrile, butyle, etc.), changés régulièrement, et gants sans allergènes de vulcanisation lorsque c'est possible. Crèmes barrière et hydratantes en complément, jamais en remplacement des gants. Hygiène des mains au savon doux plutôt qu'aux solvants.
Surveillance médicale et information
Les salariés exposés à des agents sensibilisants bénéficient d'un suivi individuel adapté par le médecin du travail (articles R. 4624-10 et suivants du Code du travail), avec dépistage précoce des dermatoses. L'information et la formation sur le risque chimique sont obligatoires (article R. 4412-38). Au moindre signe d'eczéma, une consultation rapide permet d'identifier l'allergène par patch-tests et d'organiser l'éviction avant chronicisation.
Droit d'alerte et de retrait
Face à un danger grave et imminent (manipulation d'un sensibilisant sans protection adaptée), le salarié peut exercer son droit de retrait (article L. 4131-1 du Code du travail) sans encourir de sanction.
Sources : INRS — Allergies professionnelles ; INRS — Dermatoses professionnelles ; articles R. 4412-59 à R. 4412-93 du Code du travail.
Cas pratiques
Les cas ci-dessous sont anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques à partir de situations types rencontrées par les CPAM, les services de santé au travail et les juridictions sociales. Ils n'identifient aucune entreprise.
Cas 1 — Eczéma aux persulfates chez une coiffeuse
Mme A., 27 ans, coiffeuse depuis 6 ans, développe un eczéma récidivant des mains et des avant-bras, qui s'améliore pendant ses congés et réapparaît à la reprise. Le dermatologue réalise une batterie de patch-tests : test positif aux persulfates alcalins (présents dans les produits de décoloration). Le CMI mentionne le tableau 65. La CPAM reconnaît la MP : agent figurant en liste A, délai de 15 jours respecté, exposition habituelle documentée. Aménagement du poste (gants nitrile systématiques, produits sans persulfates pour les décolorations).
Cas 2 — Eczéma aux acrylates chez une prothésiste ongulaire
Mme B., 34 ans, manipule quotidiennement des gels et résines pour la pose d'ongles artificiels. Apparition d'un eczéma des pulpes digitales avec fissures. Patch-tests : positifs à plusieurs acrylates et méthacrylates. Reconnaissance au titre du tableau 65 (acrylates en liste A). La sensibilisation étant définitive et l'éviction impossible au poste, le médecin du travail engage une démarche de reclassement ; une procédure d'inaptitude d'origine professionnelle est ouverte.
Cas 3 — Eczéma à la colophane chez un soudeur
M. C., 45 ans, soudeur en électronique, utilise des flux de brasage contenant de la colophane. Eczéma du visage et des mains. Le bilan allergologique confirme une sensibilisation à la colophane (produit d'extraction du pin, liste B). La désignation et le délai sont satisfaits ; la liste B étant indicative, la présomption joue. La CPAM reconnaît la MP. L'entreprise substitue le flux par un produit sans colophane et renforce l'aspiration des fumées.
Cas 4 — Eczéma au glutaraldéhyde, passage en CRRMP
Mme D., 51 ans, agent de stérilisation en milieu de soins, manipule des solutions désinfectantes au glutaraldéhyde. Eczéma des mains constaté lors d'une consultation, mais après 3 semaines d'arrêt : le délai de 15 jours est dépassé. La condition du délai n'étant pas strictement remplie, la CPAM transmet le dossier au CRRMP, qui retient le lien direct avec le travail habituel au vu des patch-tests positifs et de l'exposition au poste, et conclut à la reconnaissance.
Questions fréquentes
Page mise à jour le 27/05/2026.