Tableau 18 · Régime Général · En vigueur

Charbon

Le tableau 18 RG couvre la maladie du charbon (anthrax), zoonose aiguë due à Bacillus anthracis : pustule maligne, œdème malin, charbon gastro-intestinal et charbon pulmonaire. Délai de prise en charge de 30 jours, liste limitative de travaux (contact avec animaux infectés, peaux, laine, marchandises souillées).

Numéro
18
Régime
Régime Général
Agent causal
Bacillus anthracis
Type de liste
Limitative
Dernière modif.
06/05/1988

Texte officiel du tableau — source Légifrance

Désignation des maladies

Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste limitative des travaux

Texte officiel — Annexe II du Code de la sécurité sociale, article R. 461-3. Tableau créé par le décret du 9 décembre 1938, dernière modification par décret du 6 mai 1988 (version en vigueur depuis le 7 mai 1988). Intitulé officiel : « Charbon ». Source : Légifrance — LEGIARTI000006750145.

Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste limitative des travaux susceptibles de provoquer ces maladies
Pustule maligne. 30 jours Travaux susceptibles de mettre les ouvriers en contact avec des animaux atteints d'infection charbonneuse ou avec des cadavres de ces animaux.
Chargement, déchargement ou transport de marchandises susceptibles d'avoir été souillées par des animaux ou des débris d'animaux.
Œdème malin. 30 jours
Charbon gastro-intestinal. 30 jours
Charbon pulmonaire.
(En dehors des cas considérés comme accidents du travail.)
30 jours
Type de liste : limitative. Seuls les travaux figurant dans la colonne de droite ouvrent droit à la présomption d'origine professionnelle. En cas d'exposition à Bacillus anthracis hors de cette liste, le dossier relève du CRRMP (article L. 461-1 al. 4 CSS).
Le délai de prise en charge est court (30 jours) car le charbon est une maladie aiguë qui se déclare rapidement après le contact contaminant. Ce délai correspond au temps maximal pouvant s'écouler entre la fin de l'exposition au risque et la première constatation médicale de l'affection.

Qu'est-ce que c'est concrètement ?

Le tableau n° 18 du régime général couvre la maladie du charbon (aussi appelée anthrax en anglais, à ne pas confondre avec l'anthrax dermatologique courant), une maladie infectieuse zoonotique aiguë due à la bactérie Bacillus anthracis. Il s'agit bien d'une infection bactérienne d'origine animale, et non d'une affection liée au charbon minéral ou à la houille.

De quoi parle-t-on ?

Bacillus anthracis est une bactérie qui produit des spores extrêmement résistantes, capables de survivre des décennies dans le sol, sur les peaux, la laine, les poils, les os ou les cuirs d'animaux contaminés. L'humain se contamine au contact d'animaux infectés (herbivores principalement : bovins, ovins, caprins, chevaux) ou de leurs produits. La maladie n'est pas, en pratique, transmissible d'humain à humain.

Les formes cliniques couvertes par le tableau

  • Pustule maligne (charbon cutané) : de loin la forme la plus fréquente (environ 95 % des cas dans le monde selon l'OMS). Pénétration de la spore par une plaie cutanée. Apparaît une papule prurigineuse puis une vésicule, qui évolue vers une escarre noire indolore entourée d'un œdème. Mortalité faible si traitée.
  • Œdème malin : forme cutanée œdémateuse extensive, sans escarre nette, parfois au visage ou au cou, pouvant compromettre les voies respiratoires.
  • Charbon gastro-intestinal (digestif) : ingestion de spores (viande contaminée mal cuite). Forme rare, signes digestifs sévères, mortalité élevée.
  • Charbon pulmonaire (par inhalation) : inhalation de spores en aérosol (laine, poils : « maladie des trieurs de laine »). Forme la plus grave, débutant comme un syndrome grippal puis évoluant vers une détresse respiratoire et une septicémie. Mortalité très élevée sans traitement précoce.

Toutes ces formes peuvent évoluer, faute de traitement, vers une septicémie charbonneuse souvent fatale.

Qui est concerné ?

Les travailleurs exposés sont ceux en contact avec des animaux malades, leurs cadavres ou leurs produits : éleveurs, vétérinaires, employés d'abattoirs et d'équarrissage, tanneurs et ouvriers du travail des peaux, cuirs, laine, poils, crins et os, manipulateurs de farines d'origine animale, dockers et manutentionnaires chargeant ou déchargeant des marchandises (peaux, laines importées) susceptibles d'avoir été souillées.

Une maladie devenue rare en France

Grâce à la vaccination du bétail, à la surveillance vétérinaire et à l'hygiène industrielle, le charbon humain est aujourd'hui exceptionnel en France. Des cas sporadiques restent possibles, notamment dans des foyers tellúriques connus (zones de pâturage où des animaux sont morts du charbon par le passé) lors d'années chaudes et sèches. Le charbon reste une maladie à déclaration obligatoire (humaine et animale).

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Procédure de reconnaissance

La reconnaissance d'une affection inscrite au tableau 18 ouvre droit à la présomption d'origine professionnelle (article L. 461-1 al. 2 du Code de la sécurité sociale) : dès lors que les trois conditions du tableau sont réunies (désignation médicale + délai de prise en charge de 30 jours + travaux figurant sur la liste limitative), le caractère professionnel est acquis sans que la victime ait à prouver le lien de causalité.

Étape 1 — Diagnostic et certificat médical initial (CMI)

Le charbon étant une maladie aiguë et grave, le diagnostic est posé en urgence (escarre noire caractéristique, signes respiratoires ou digestifs). Le médecin établit un certificat médical initial mentionnant le tableau 18 et la forme clinique (ex. : « pustule maligne — tableau 18 »). Le charbon est par ailleurs une maladie à déclaration obligatoire (article D. 3113-7 du Code de la santé publique) : le médecin la signale à l'Agence régionale de santé.

Étape 2 — Déclaration à la CPAM

La victime (ou ses ayants droit en cas de décès) adresse à sa CPAM le formulaire Cerfa S6100 « Déclaration de maladie professionnelle », accompagné des deux premiers volets du CMI et de l'attestation de salaire de l'employeur. Délai de prescription : 2 ans à compter de la date du CMI (article L. 461-5 CSS).

Étape 3 — Instruction

La CPAM ouvre une enquête contradictoire. Elle dispose de 120 jours à compter de la réception du dossier complet pour statuer (article R. 461-9 CSS), avec extension possible à 240 jours en cas d'investigations complémentaires. L'employeur est informé et peut consulter le dossier.

Étape 4 — Le cas échéant : CRRMP

Si une condition du tableau n'est pas strictement remplie (délai de 30 jours dépassé, travaux hors liste), le dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), qui examine si la maladie est « directement causée par le travail habituel de la victime » (article L. 461-1 al. 4 CSS).

Sources : Améli — Reconnaissance MP · articles L. 461-1 à L. 461-5 et R. 461-9 CSS · article D. 3113-7 du Code de la santé publique.

Indemnisation

Une maladie professionnelle reconnue au titre du tableau 18 ouvre droit à plusieurs prestations cumulatives, à partir de la date du certificat médical initial.

Pendant l'arrêt de travail : indemnités journalières (IJSS)

Versées par la CPAM dès le 1ᵉʳ jour d'arrêt (pas de délai de carence en MP, contrairement à la maladie ordinaire), selon l'article R. 433-1 CSS :

  • du 1ᵉʳ au 28ᵉ jour : 60 % du salaire journalier de référence ;
  • à partir du 29ᵉ jour : 80 % du salaire journalier de référence.

Le montant est plafonné ; la convention collective peut prévoir un complément employeur.

À la consolidation : taux d'incapacité permanente (IPP)

Le charbon cutané (pustule maligne) traité à temps guérit le plus souvent sans séquelles. Les formes graves (pulmonaire, digestive, septicémie) peuvent laisser des séquelles importantes. Lorsque l'état est stabilisé, le médecin conseil de la CPAM évalue un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) selon le barème indicatif d'invalidité (annexe I de l'article R. 434-32 CSS) :

  • IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une fois ;
  • IPP ≥ 10 % : rente viagère trimestrielle, calculée sur le salaire annuel × taux d'IPP corrigé.

En cas de décès

Le charbon pulmonaire et la septicémie charbonneuse peuvent être mortels. Le décès consécutif à une affection du tableau 18 ouvre droit, pour les ayants droit, à une rente survivants (40 % du salaire annuel pour le conjoint, 25 % par enfant à charge, dans la limite de 85 % au total — articles L. 434-7 à L. 434-14 CSS).

Faute inexcusable de l'employeur

Si la victime (ou ses ayants droit) démontre que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger biologique et n'a pas pris les mesures nécessaires (article L. 452-1 CSS), la rente est majorée et la victime obtient l'indemnisation de ses préjudices personnels (souffrances physiques et morales, préjudice esthétique lié à l'escarre, préjudice d'agrément).

Sources : articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 à L. 434-14, L. 452-1 à L. 452-5 et R. 433-1, R. 434-32 du Code de la sécurité sociale ; Améli — Rente MP. Montants indicatifs, variables selon le taux d'IPP et le salaire de référence.

Jurisprudence

Le charbon humain professionnel étant devenu exceptionnel en France, le contentieux spécifique au tableau 18 est rare. Les principes applicables sont ceux, généraux, du droit des maladies professionnelles et de l'obligation de sécurité de l'employeur, parfaitement transposables aux zoonoses professionnelles.

1. La présomption d'origine professionnelle s'impose à la CPAM

Dès lors que les trois conditions d'un tableau (désignation de la maladie, délai de prise en charge, travaux limitativement énumérés) sont réunies, l'origine professionnelle est présumée et la caisse ne peut renverser cette présomption qu'en rapportant la preuve d'une cause totalement étrangère au travail (principe constant tiré de l'article L. 461-1 al. 2 CSS). Pour le charbon, la présence d'une escarre charbonneuse chez un tanneur ou un employé d'abattoir dans le délai de 30 jours suffit à ouvrir la reconnaissance.

2. L'obligation de sécurité de l'employeur face au risque biologique

La chambre sociale juge de longue date que l'employeur est tenu d'une obligation de sécurité envers ses salariés (Cass. soc., 28 février 2002, arrêts « amiante », n° 99-17.221 et a.) : le manquement à cette obligation a le caractère d'une faute inexcusable lorsque l'employeur « avait ou aurait dû avoir conscience du danger » et « n'a pas pris les mesures nécessaires pour en préserver le salarié ». Ce standard s'applique au risque biologique encadré par les articles R. 4421-1 et suivants du Code du travail (évaluation du risque, classement de Bacillus anthracis en agent biologique de groupe 3).

3. Reconnaissance hors tableau via le CRRMP

Lorsque le délai de 30 jours est dépassé ou que les travaux ne figurent pas exactement dans la liste limitative, la victime conserve une voie de reconnaissance par le CRRMP (article L. 461-1 al. 4 CSS), à charge d'établir un lien direct entre l'infection charbonneuse et le travail habituel.

Pour aller plus loin : rechercher sur Judilibre les mots-clés « maladie professionnelle + présomption d'origine + risque biologique ». Les références citées illustrent des principes généraux, non des arrêts propres au charbon.

Prévention

La prévention du charbon professionnel relève à la fois de la santé animale (en amont) et de la prévention du risque biologique en entreprise, encadrée par les articles R. 4421-1 à R. 4427-5 du Code du travail. Bacillus anthracis est classé agent biologique pathogène du groupe 3.

Maîtrise du risque animal en amont

  • Vaccination du bétail dans les zones à risque et surveillance vétérinaire des cheptels.
  • Déclaration obligatoire de la maladie animale et destruction réglementée des cadavres suspects (équarrissage, incinération), sans ouverture ni dépeçage sur place pour éviter la sporulation.
  • Contrôle sanitaire à l'importation des peaux, laines, poils, os et farines animales.

Évaluation et organisation

L'employeur intègre le risque biologique dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), identifie les postes exposés (abattoir, équarrissage, tannerie, manutention de peaux importées) et met en place des procédures de travail limitant la mise en suspension de spores.

Mesures collectives et individuelles

  • Hygiène stricte : lavage des mains, désinfection des plaies, pansement de toute lésion cutanée avant la prise de poste.
  • EPI : gants étanches, vêtements de protection, protection respiratoire (FFP3 minimum) pour les opérations générant des aérosols (cardage, battage de laine).
  • Décontamination des locaux et des matériels : les spores étant très résistantes, les désinfectants usuels sont insuffisants ; des procédés spécifiques (formaldéhyde, oxydants forts, chaleur) sont nécessaires.
  • Vestiaires séparés, nettoyage des vêtements de travail par l'employeur.

Surveillance médicale et conduite à tenir

Les salariés exposés bénéficient d'un suivi individuel renforcé par le médecin du travail (articles R. 4624-22 et suivants). En cas de lésion cutanée suspecte ou de syndrome grippal après exposition, une consultation médicale urgente s'impose : l'antibiothérapie (pénicilline, doxycycline ou ciprofloxacine) est très efficace si elle est instaurée précocement.

Droit d'alerte et de retrait

Face à un danger grave et imminent (manipulation d'un animal suspect sans protection), le salarié peut exercer son droit de retrait (article L. 4131-1 du Code du travail).

Sources : INRS — Tableau RG 18 ; articles R. 4421-1 et suivants du Code du travail (risque biologique) ; ANSES — Fiche charbon / fièvre charbonneuse.

Cas pratiques

Les cas ci-dessous sont anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques à partir de situations types relevant du tableau 18. Ils n'identifient aucune entreprise.

Cas 1 — Pustule maligne chez un employé d'abattoir (charbon cutané)

M. A., 47 ans, travaille à l'abattage de bovins. Dix jours après avoir manipulé une carcasse, une papule prurigineuse apparaît sur l'avant-bras, évoluant vers une vésicule puis une escarre noire indolore entourée d'œdème. Le diagnostic de pustule maligne est confirmé ; une antibiothérapie est instaurée. Le CMI mentionne le tableau 18. Le délai de 30 jours est respecté et le poste figure dans la liste limitative : la CPAM reconnaît la MP. Guérison sans séquelle ; IPP faible, donnant lieu à une indemnité en capital.

Cas 2 — Charbon pulmonaire chez un ouvrier d'une filature de laine importée

M. B., 54 ans, trie et carde de la laine brute importée. Il développe un syndrome grippal qui s'aggrave en quelques jours vers une détresse respiratoire ; le diagnostic de charbon pulmonaire (inhalation de spores) est posé en réanimation. Le CMI vise le tableau 18. La reconnaissance MP est acquise (délai et travaux conformes). Compte tenu de la gravité, une IPP importante est retenue après consolidation. L'enquête révèle l'absence de protection respiratoire adaptée : une action en faute inexcusable est engagée.

Cas 3 — Œdème malin chez un tanneur (délai dépassé, CRRMP saisi)

Mme C., 39 ans, ouvrière dans le travail des peaux, présente un œdème malin du visage. Le diagnostic et la déclaration interviennent toutefois au-delà du délai de 30 jours en raison d'une errance diagnostique initiale. Une condition du tableau n'étant pas strictement remplie, le dossier est transmis au CRRMP, qui retient le lien direct avec le travail habituel au vu du poste exposé et conclut à la reconnaissance.

Cas 4 — Charbon gastro-intestinal après contact avec un foyer tellurique

M. D., 61 ans, éleveur, intervient sur un animal mort subitement dans une parcelle correspondant à un ancien foyer charbonneux connu. Il développe une forme digestive sévère. La déclaration au titre du tableau 18 aboutit à la reconnaissance, le contact avec un animal atteint figurant dans la liste limitative. Le cas fait par ailleurs l'objet d'une déclaration obligatoire à l'ARS et d'une enquête vétérinaire sur le cheptel.

Questions fréquentes

Non. Le tableau 18 vise la maladie du charbon (anthrax), une infection bactérienne due à Bacillus anthracis transmise par les animaux. Il n'a aucun rapport avec le charbon minéral ou la houille.

Le délai est de 30 jours pour les quatre formes (pustule maligne, œdème malin, charbon gastro-intestinal, charbon pulmonaire). Ce délai court correspond au caractère aigu de la maladie, qui se déclare rapidement après le contact contaminant.

Les travaux mettant en contact avec des animaux atteints ou leurs cadavres, et le chargement, déchargement ou transport de marchandises souillées : éleveurs, vétérinaires, employés d'abattoirs et d'équarrissage, tanneurs, ouvriers du travail des peaux, cuirs, laine, poils et os, dockers et manutentionnaires.

La pustule maligne (charbon cutané) est de loin la plus fréquente et la moins grave si elle est traitée. Le charbon pulmonaire, par inhalation de spores, est le plus grave avec une mortalité élevée sans traitement précoce.

Par antibiothérapie : pénicilline, doxycycline ou ciprofloxacine, d'autant plus efficace qu'elle est instaurée précocement. Le charbon est par ailleurs une maladie à déclaration obligatoire (humaine et animale).

Oui. Si l'exposition ne figure pas dans la liste ou si le délai de 30 jours est dépassé, le dossier est transmis au CRRMP, qui examine le lien direct avec le travail habituel de la victime.
Avertissement : cette fiche a une vocation informative. Pour toute démarche concrète de reconnaissance d'une maladie professionnelle, contactez votre médecin du travail, votre CPAM ou un professionnel du droit social. Pour le texte officiel en vigueur, référez-vous à Légifrance.
Page mise à jour le 26/05/2026.