Tableau 19 bis · Régime Agricole · En vigueur

Affections gastro-intestinales et neurologiques provoquées par le benzène, le toluène, les xylènes et tous les produits en renfermant

Le tableau 19 bis du régime agricole reconnaît comme maladies professionnelles les troubles gastro-intestinaux apyrétiques avec vomissements à répétition et, par renvoi au tableau 48 A, les troubles neurologiques provoqués par le benzène, le toluène, les xylènes et tous les produits en renfermant. Délai de prise en charge de 7 jours, liste indicative des travaux.

Numéro
19 bis
Régime
Régime Agricole
Agent causal
Benzène, toluène, xylènes
Type de liste
Indicative
Durée d'exposition
Non précisée par le tableau
Dernière modif.
22/04/2005

Texte officiel du tableau — source Légifrance

Désignation des maladies

Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste indicative des travaux

Texte officiel — Annexe II du Code rural et de la pêche maritime (tableaux des maladies professionnelles en agriculture). Tableau créé par le décret n° 2005-368 du 19 avril 2005, en vigueur depuis le 22 avril 2005. Source : Légifrance — LEGIARTI000022080827.

Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste indicative des travaux susceptibles de provoquer ces maladies
Troubles gastro-intestinaux, apyrétiques accompagnés de vomissements à répétition. 7 jours Emplois du benzène, du toluène, des xylènes et de tous les produits en renfermant comme agents d'extraction, d'élution, d'imprégnation, d'agglomération ou de nettoyage, de décapage, de dissolution ou de dilution.
Opérations de séchage de tous les produits, articles, préparations, substances où le benzène, le toluène, les xylènes ou les produits en renfermant sont intervenus.
Préparation et emploi des vernis, peintures, émaux, mastics, colles, encres, produits d'entretien contenant du benzène, du toluène, des xylènes ou des produits en renfermant.
Troubles neurologiques (cf. tableau 48 A). Voir tableau 48 A
Type de liste : indicative. Pour une liste indicative, la présomption d'origine professionnelle joue dès lors que la maladie est mentionnée et que le délai de prise en charge est respecté : la victime n'a pas à prouver que ses travaux figurent exactement dans la liste, dès lors qu'ils relèvent du même type d'exposition. À défaut, le dossier peut être transmis au CRRMP (article L. 461-1 al. 4 du Code de la sécurité sociale, applicable au régime agricole par renvoi).
Volet neurologique : le tableau 19 bis renvoie expressément au tableau 48 A (régime agricole) pour les troubles neurologiques liés aux solvants organiques (encéphalopathie toxique chronique, syndrome psycho-organique). Pour ces affections, consulter le tableau 48 A et ses propres conditions (délai de prise en charge, durée d'exposition).

Qu'est-ce que c'est concrètement ?

Le tableau n° 19 bis du régime agricole reconnaît comme maladies professionnelles les troubles gastro-intestinaux apyrétiques avec vomissements à répétition ainsi que les troubles neurologiques (par renvoi au tableau 48 A) provoqués par l'exposition au benzène, au toluène, aux xylènes ou à tous les produits en renfermant. Créé par le décret n° 2005-368 du 19 avril 2005, il aligne le régime agricole sur les expositions documentées dans le tableau n° 4 du régime général (benzène) et dans les tableaux 4 bis / 84 (toluène, xylènes).

De quoi parle-t-on ?

Le benzène (C₆H₆), le toluène (C₆H₅CH₃) et les xylènes (C₆H₄(CH₃)₂) sont des hydrocarbures aromatiques mono-cycliques (groupe « BTX ») utilisés comme solvants ou présents en tant qu'impuretés dans de nombreuses préparations agricoles ou de maintenance : dilution de phytosanitaires, nettoyage de matériel, dégraissage, vernis, peintures, encres, colles. Leur absorption se fait par inhalation et par voie cutanée. À court terme, ils provoquent des troubles digestifs (nausées, vomissements, douleurs épigastriques) et une atteinte du système nerveux central (céphalées, vertiges, troubles de l'humeur, fatigue, troubles de la coordination).

Pourquoi un tableau dédié en agriculture ?

Si le benzène est désormais interdit comme solvant pur (limite à 0,1 %), il reste présent comme impureté dans des produits techniques (essences, certains solvants pétroliers). Le toluène et les xylènes sont encore largement utilisés dans les ateliers d'exploitation agricole, les coopératives, les CUMA, les ETARF, les centres techniques et les services de maintenance des grandes structures agricoles. Le décret du 19 avril 2005 a complété l'Annexe II du Code rural pour combler une asymétrie de reconnaissance entre les salariés agricoles et les salariés du régime général.

Mécanisme physiopathologique

Le benzène et ses homologues sont liposolubles : ils traversent rapidement la barrière hémato-encéphalique et la muqueuse digestive. À fortes concentrations, ils induisent une irritation directe de la muqueuse gastrique (responsable des vomissements répétés) et une dépression du système nerveux central. À long terme, l'exposition chronique au toluène et aux xylènes peut entraîner une encéphalopathie toxique chronique, reconnue séparément via le tableau 48 A du régime agricole (volet neurologique du présent tableau).

Classification CIRC et CLP

Le benzène est cancérogène avéré pour l'homme (groupe 1 du CIRC, cancérogène catégorie 1A au sens du règlement CLP) : il provoque des leucémies (reconnues par le tableau 19 du régime agricole, distinct du 19 bis). Le toluène et les xylènes ne sont pas classés cancérogènes, mais sont reprotoxiques (catégorie 2) et neurotoxiques. Cette classification justifie une logique de prévention au plus bas niveau techniquement possible.

Qui est concerné ?

Salariés agricoles, ouvriers de coopératives, agents de CUMA, mécaniciens et magasiniers d'ETARF, salariés des coopératives céréalières et viticoles, ouvriers d'entretien des bâtiments d'élevage, peintres et vernisseurs intervenant en milieu agricole, applicateurs de produits phytosanitaires manipulant des concentrés en solvants. Le tableau couvre également les salariés des paysagistes employeurs de main-d'œuvre, dès lors qu'ils relèvent du régime agricole MSA.

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Procédure de reconnaissance

La reconnaissance d'une affection au titre du tableau 19 bis du régime agricole suit la procédure générale des articles L. 751-1 et suivants du Code rural (renvoyant aux articles L. 461-1 et s. du Code de la sécurité sociale), avec saisine de la MSA (Mutualité sociale agricole) compétente.

Étape 1 — Certificat médical initial (CMI)

Le médecin du travail, le médecin traitant ou un spécialiste (gastro-entérologue, neurologue) établit un certificat médical initial mentionnant explicitement : « Troubles gastro-intestinaux apyrétiques avec vomissements à répétition — tableau 19 bis (RA) — benzène/toluène/xylènes ». Le CMI précise la chronologie, les examens (fibroscopie, bilan biologique) et l'absence de cause infectieuse ou organique surajoutée.

Étape 2 — Déclaration à la MSA

Le salarié — ou ses ayants droit — adresse à la MSA de son département le formulaire Cerfa S6909 (« Déclaration de maladie professionnelle régime agricole »), accompagné de :

  • les deux volets du CMI ;
  • l'attestation d'exposition aux solvants délivrée par l'employeur (fiche d'exposition R. 4412-110 du Code du travail, contrats de travail, fiches de poste) ;
  • les fiches de données de sécurité (FDS) des produits manipulés ;
  • l'attestation de salaire pour le calcul des indemnités journalières.

Délai de prescription : 2 ans à compter du CMI (article L. 461-5 CSS, applicable au régime agricole).

Étape 3 — Respect du délai de prise en charge

Le délai de prise en charge est de 7 jours pour les troubles gastro-intestinaux : la maladie doit apparaître dans les 7 jours suivant la fin de l'exposition. C'est un délai court, propre aux pathologies aiguës par solvants : la déclaration doit être faite rapidement après l'épisode toxique. Pour le volet neurologique, c'est le tableau 48 A du régime agricole (encéphalopathie toxique aux solvants organiques) qui fixe les conditions (délai de prise en charge bien plus long).

Étape 4 — Instruction MSA

La MSA dispose d'un délai de 120 jours, prorogeable à 240, pour instruire le dossier (article R. 461-9 CSS). Elle peut diligenter une enquête sur les lieux de travail, demander la fiche de poste, les FDS, et entendre les témoins. À défaut de décision dans le délai, la reconnaissance est acquise implicitement.

Étape 5 — CRRMP (Comité régional)

Si la durée d'exposition ou la nature des travaux ne correspond pas strictement à la liste indicative — ou si la maladie hors tableau présente un lien direct et essentiel avec le travail — le dossier est transmis au CRRMP (article L. 461-1 al. 3 et 4 CSS). Pour les solvants BTX en milieu agricole, le CRRMP examine le cumul d'expositions (concentrés phytosanitaires, dégraissants, peintures), la concomitance des troubles avec les périodes d'usage intensif et l'absence d'autre étiologie.

Étape 6 — Suivi médical post-exposition

À la cessation d'exposition, le médecin du travail délivre une attestation d'exposition qui ouvre droit au suivi médical post-professionnel pris en charge par la MSA (articles D. 461-23 et s. CSS). Ce suivi est particulièrement important pour le risque hémato-cancérologique lié au benzène (cf. tableau 19 RA — leucémies).

Sources : articles L. 751-1 et s. du Code rural et de la pêche maritime ; articles L. 461-1, L. 461-5, R. 461-9 CSS ; MSA — Reconnaissance d'une maladie professionnelle.

Indemnisation

L'indemnisation d'une maladie reconnue au titre du tableau 19 bis du régime agricole obéit aux règles AT/MP applicables aux salariés MSA, équivalentes à celles du régime général (article L. 751-8 du Code rural).

Indemnités journalières (IJSS) pendant l'arrêt

Versées par la MSA dès le 1ᵉʳ jour, sans délai de carence : 60 % du salaire journalier de référence du 1ᵉʳ au 28ᵉ jour, puis 80 % au-delà (article R. 433-1 CSS). Pour les troubles aigus aux solvants, la durée d'arrêt est généralement courte (quelques jours à quelques semaines) sauf récidive ou évolution vers un volet neurologique chronique (relevant alors du tableau 48 A).

Rente ou indemnité en capital d'incapacité permanente

Une fois la consolidation prononcée, le médecin-conseil MSA évalue le taux d'incapacité permanente (IPP) :

  • IPP < 10 % : versement d'un capital forfaitaire (article L. 434-1 CSS, barème indexé) ;
  • IPP ≥ 10 % : versement d'une rente trimestrielle calculée sur le salaire annuel × taux corrigé.

Pour des troubles gastro-intestinaux apyrétiques isolés, le taux d'IPP est généralement faible (séquelles fonctionnelles légères). Il est en revanche plus élevé en cas de syndrome neurologique associé évalué via le tableau 48 A.

Prise en charge des soins

Tous les soins en rapport avec la maladie professionnelle (consultations, fibroscopies, bilans biologiques et neurologiques, hospitalisations, traitements) sont pris en charge à 100 % du tarif conventionnel par la MSA, sans avance de frais (tiers payant intégral). Le transport médical est également couvert.

Faute inexcusable de l'employeur

La reconnaissance d'une faute inexcusable (article L. 452-1 CSS, applicable au régime agricole) suppose que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver. Sur les solvants BTX, la conscience du danger est documentée depuis les fiches toxicologiques INRS et les FDS obligatoires depuis le règlement REACH (2007). En cas de faute inexcusable :

  • majoration de la rente au maximum prévu par la loi ;
  • indemnisation de l'ensemble des préjudices personnels : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement, perte de chance de promotion (article L. 452-3 CSS).

Reclassement professionnel

Si le médecin du travail prononce une inaptitude au poste exposé, l'employeur doit rechercher un reclassement (articles L. 1226-10 et s. du Code du travail, applicables aux salariés agricoles). À défaut de reclassement possible, le licenciement pour inaptitude ouvre droit à :

  • indemnité spéciale de licenciement (double de l'indemnité légale) ;
  • indemnité compensatrice équivalente au préavis (non exécuté).

Sources : articles L. 751-1 et s. du Code rural ; articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 à L. 434-14, L. 452-1 à L. 452-5 CSS ; MSA.

Jurisprudence

Le tableau 19 bis, créé en 2005, est peu spécifiquement cité dans les arrêts publiés de la Cour de cassation. La jurisprudence applicable se construit autour de principes généraux relatifs aux solvants organiques (BTX) et au régime agricole.

1. Liste indicative — souplesse d'interprétation

Cass. 2ᵉ civ., 4 mai 2017, n° 16-15.349 — La Cour rappelle que pour les tableaux à liste indicative, il n'est pas nécessaire que les travaux exercés figurent littéralement dans la liste : il suffit qu'ils présentent un caractère analogue à ceux énumérés et exposent le salarié au même agent. Cette grille de lecture s'applique au tableau 19 bis du régime agricole (liste indicative), ce qui élargit sensiblement les conditions de reconnaissance pour les salariés agricoles exposés aux solvants BTX dans des contextes variés (nettoyage, dégraissage, préparation phytosanitaire).

2. Présomption d'origine et causes étrangères

Cass. 2ᵉ civ., 14 février 2019, n° 18-10.158 — Pour renverser la présomption d'origine professionnelle, l'employeur ou la caisse doit rapporter la preuve d'une cause totalement étrangère au travail. La simple existence d'antécédents digestifs (ulcère, RGO) ne suffit pas : il faut établir une autre étiologie certaine. Cette exigence stricte protège les salariés exposés aux solvants, dont les troubles digestifs s'expliquent rarement par une cause unique non professionnelle.

3. Obligation de sécurité de l'employeur — solvants

Cass. soc., 25 novembre 2015, n° 14-24.444 — L'employeur qui n'a pas mis en œuvre les mesures de prévention prévues par les articles R. 4412-1 et s. du Code du travail (évaluation du risque chimique, substitution, VLEP, EPI, formation, suivi médical) à l'égard de solvants neurotoxiques manque à son obligation de sécurité, ce qui peut caractériser une faute inexcusable. La Cour valorise particulièrement la traçabilité de l'évaluation du risque chimique (DUERP, fiches d'exposition).

4. CRRMP et lien direct avec le travail habituel

Cass. 2ᵉ civ., 9 mai 2019, n° 18-13.812 — En cas de saisine du CRRMP pour une maladie hors tableau ou ne remplissant pas toutes les conditions, le juge contrôle la motivation circonstanciée de l'avis du Comité. Pour les troubles digestifs et neurologiques aux solvants, le CRRMP examine la concomitance entre l'exposition et l'apparition des symptômes, le cumul avec d'autres facteurs (phytosanitaires, hydrocarbures aromatiques polycycliques), et l'éventuelle réversibilité après éviction.

Pour suivre la jurisprudence en temps réel : Judilibre, mots-clés « solvants », « benzène », « maladie professionnelle agricole », « tableau 19 bis ».

Prévention

La prévention de l'exposition au benzène, au toluène et aux xylènes en milieu agricole repose sur l'application du dispositif CMR/agents chimiques dangereux du Code du travail (articles R. 4412-1 à R. 4412-93 pour les agents chimiques, R. 4412-59 et s. pour les CMR — applicable au benzène). La MSA dispose de relais dédiés en santé-sécurité au travail agricole (SST MSA).

Évaluation des risques chimiques

L'employeur agricole doit inventorier les solvants utilisés (peintures, dégraissants, nettoyants, phytosanitaires) et exiger les fiches de données de sécurité (FDS) à jour pour chaque produit. Le risque doit être évalué et tracé dans le DUERP (articles R. 4121-1 et s.). La fiche d'exposition individuelle (R. 4412-110) est obligatoire pour chaque salarié exposé.

Substitution — principe cardinal

Le benzène, classé CMR 1A, est soumis à obligation de substitution (article R. 4412-66). Il ne doit plus être utilisé comme solvant pur. Sa teneur en impureté est plafonnée à 0,1 % dans les préparations (règlement REACH annexe XVII). Pour le toluène et les xylènes, la substitution doit être recherchée « dans la mesure du possible techniquement » par des solvants moins toxiques (alcools, glycols, esters dans certains usages).

Valeurs limites d'exposition professionnelle (VLEP)

  • Benzène : VLEP 8h = 1 ppm (3,25 mg/m³), contraignante (article R. 4412-149 et arrêté du 30 juin 2004 modifié).
  • Toluène : VLEP 8h = 20 ppm (76,8 mg/m³), VLEP court terme 100 ppm (15 min), contraignante.
  • Xylènes (o-, m-, p-) : VLEP 8h = 50 ppm (221 mg/m³), VLEP court terme 100 ppm, contraignante.

Des mesurages atmosphériques sont obligatoires pour le benzène et fortement recommandés pour les autres BTX. La biométrologie (acide S-phényl-mercapturique urinaire pour le benzène, acide o-crésylique pour le toluène, acide méthyl-hippurique pour les xylènes) permet de mesurer l'imprégnation réelle des salariés.

Protection collective

  • Ventilation localisée aux points d'émission (postes de dégraissage, de mélange, de pulvérisation).
  • Travail en système fermé dans la mesure du possible (préparation de bouillies en local clos avec aspiration).
  • Stockage des solvants dans des locaux ventilés, éloignés des postes de travail.

Équipements de protection individuelle (EPI)

  • Gants chimiques en alcool polyvinylique ou fluoroélastomère (Viton®) — les gants nitrile et néoprène sont rapidement traversés par les BTX.
  • Lunettes de sécurité ou écran facial pour les opérations de transvasement.
  • Appareil de protection respiratoire à cartouche A2 (gaz organiques) au minimum, ABEK pour les expositions multi-solvants ; appareil isolant en milieu confiné.
  • Vêtements de travail dédiés, retirés à la fin du poste, non lavés à domicile.

Surveillance médicale renforcée

Tout salarié agricole exposé à un CMR (benzène) relève du suivi individuel renforcé par la MSA SST (R. 4624-22 et s.) : examen médical d'aptitude avant affectation, visites périodiques au moins tous les 2 ans, examens complémentaires (NFS-plaquettes, fonctions hépatique et rénale). Suivi post-exposition obligatoire à la cessation d'activité exposée.

Formation et information

Tout salarié exposé doit recevoir une formation à la sécurité et à la santé spécifique aux risques chimiques (article R. 4412-87) : identification des produits, voies d'absorption, signes d'intoxication aiguë, conduite à tenir en cas d'incident, port et entretien des EPI.

Sources : INRS — Benzène, INRS — Toluène, INRS — Xylènes ; articles R. 4412-1 à R. 4412-160 du Code du travail ; règlement (CE) n° 1907/2006 REACH ; MSA — Santé Sécurité au Travail Agricole.

Cas pratiques

Cas anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques.

Cas 1 — Mécanicien de coopérative agricole — dégraissage au toluène

M. A., 42 ans, mécanicien dans une coopérative céréalière depuis 12 ans, utilise quotidiennement des dégraissants à base de toluène pour le nettoyage des pièces de moissonneuses-batteuses. L'atelier est mal ventilé. Après une journée d'opérations intensives en hiver (locaux fermés), il développe des nausées et des vomissements répétés pendant 4 jours, sans fièvre. Le médecin du travail MSA établit un CMI mentionnant le tableau 19 bis. La fibroscopie écarte une cause organique. La déclaration est faite à la MSA dans le délai de 2 ans. La fiche de poste et les FDS confirment l'exposition. Reconnaissance MP acquise dans le délai d'instruction. Arrêt de travail de 10 jours, retour au poste avec mesures correctives (ventilation, EPI respiratoires, organisation).

Cas 2 — Salariée d'ETARF — préparation de phytosanitaires avec solvants xyléniques

Mme B., 38 ans, salariée d'une entreprise de travaux agricoles, prépare régulièrement des bouillies phytosanitaires dont certaines contiennent des xylènes comme solvants techniques. Après une saison de traitements particulièrement intense, elle présente des vomissements à répétition et des troubles digestifs apyrétiques pendant une semaine. Le médecin traitant l'oriente vers le médecin du travail qui établit le CMI. Reconnaissance MP au titre du tableau 19 bis. Capital forfaitaire versé (IPP < 10 %). L'entreprise revoit l'organisation des préparations (système clos, EPI adaptés, gants Viton®).

Cas 3 — Peintre en bâtiment agricole — CRRMP

M. C., 51 ans, peintre intervenant sur les bâtiments d'élevage et les silos d'une grande exploitation, utilise depuis 15 ans des peintures riches en xylènes et toluène. Il présente des vomissements répétés et des céphalées, mais le délai entre la fin de l'exposition et l'apparition des symptômes dépasse 7 jours. Le dossier est transmis au CRRMP, qui retient la concomitance des troubles avec les périodes de pulvérisation et l'absence d'autre étiologie. Reconnaissance acquise par avis favorable du CRRMP. Inaptitude médicale prononcée, reclassement sur un poste sans exposition.

Cas 4 — Aggravation neurologique — basculement vers tableau 48 A

M. D., 58 ans, magasinier dans une CUMA, reconnu plusieurs fois au titre du tableau 19 bis pour des épisodes digestifs aigus en lien avec la manipulation de solvants. Au fil des années, il développe des troubles neurologiques chroniques (troubles de la concentration, de l'humeur, ralentissement cognitif). Le bilan neuropsychologique objective une encéphalopathie toxique chronique. Une nouvelle déclaration MP est introduite, cette fois au titre du tableau 48 A du régime agricole (volet neurologique des solvants organiques). Reconnaissance acquise. IPP fixée à 25 %, rente trimestrielle, faute inexcusable engagée contre l'employeur compte tenu de l'absence d'évaluation chimique sérieuse dans le DUERP.

Questions fréquentes

Le tableau 19 bis vise le benzène, le toluène, les xylènes et tous les produits en renfermant. Ces solvants aromatiques sont utilisés en agriculture comme dégraissants, agents de nettoyage, dextraction, dimprégnation ou de dilution, et entrent dans la composition de vernis, peintures, mastics, colles et certains produits dentretien.

Deux affections : les troubles gastro-intestinaux apyrétiques accompagnés de vomissements à répétition (délai de prise en charge de 7 jours) et les troubles neurologiques, par renvoi explicite au tableau 48 A du régime agricole (encéphalopathie toxique chronique aux solvants organiques).

La liste des travaux du tableau 19 bis est indicative. Cela signifie quil nest pas nécessaire que les travaux exercés figurent littéralement dans la liste : il suffit quils présentent un caractère analogue et exposent le salarié au benzène, au toluène ou aux xylènes.

Si la maladie apparaît plus de 7 jours après la fin de lexposition, le dossier peut être transmis au CRRMP (Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles) qui examine le lien direct entre la maladie et le travail habituel. La reconnaissance reste possible si la causalité professionnelle est établie.

Le tableau 19 du régime agricole couvre les hémopathies provoquées par le benzène (anémies, leucémies). Le tableau 19 bis, créé en 2005, couvre spécifiquement les troubles gastro-intestinaux aigus et les troubles neurologiques liés à une exposition au benzène, au toluène et aux xylènes en milieu agricole.

Les salariés agricoles relèvent de la MSA (Mutualité sociale agricole). La déclaration se fait via le formulaire Cerfa S6909 adressé à la MSA du département, accompagné du certificat médical initial, de lattestation dexposition, des fiches de données de sécurité des produits manipulés et de lattestation de salaire.
Avertissement : cette fiche a une vocation informative. Pour toute démarche concrète de reconnaissance d'une maladie professionnelle, contactez votre médecin du travail, votre CPAM ou un professionnel du droit social. Pour le texte officiel en vigueur, référez-vous à Légifrance.
Page mise à jour le 29/05/2026.