Tableau 28 · Régime Général · En vigueur

Ankylostomose professionnelle - Anémie engendrée par l'ankylostome duodénal

Le tableau 28 RG indemnise l'ankylostomose professionnelle, anémie ferriprive engendrée par l'ankylostome duodénal (parasite intestinal). Maladie historique des mineurs de fond et tunneliers exposés aux travaux souterrains chauds et humides (≥ 20 °C). Délai de prise en charge de 3 mois.

Numéro
28
Régime
Régime Général
Agent causal
Ankylostome
Type de liste
Limitative
Durée d'exposition
Non précisée par le tableau
Dernière modif.
17/12/1985

Texte officiel du tableau — source Légifrance

Désignation des maladies

Désignation de la maladie, délai de prise en charge et liste limitative des travaux

Texte officiel — Annexe II du Code de la sécurité sociale. Tableau créé par le décret du 11 février 1949, dernière modification par le décret n° 85-1353 du 17 décembre 1985 (en vigueur depuis le 21 décembre 1985). Source : Légifrance — LEGIARTI000006746321.

Désignation de la maladie Délai de prise en charge Liste limitative des travaux susceptibles de provoquer cette maladie
Anémie, confirmée par la présence de plus de 200 œufs d'ankylostome par centimètre cube de selles, un nombre de globules rouges égal ou inférieur à 3 500 000 par millimètre cube et un taux d'hémoglobine inférieur à 70 %. 3 mois Travaux souterrains effectués à des températures égales ou supérieures à 20 °C.
Type de liste : limitative. Seuls les travaux figurant dans la colonne de droite ouvrent droit à la présomption d'origine professionnelle. En cas d'exposition hors de cette liste, le dossier relève du CRRMP (article L. 461-1 al. 4 CSS).

Qu'est-ce que c'est concrètement ?

Le tableau n° 28 du régime général indemnise l'ankylostomose professionnelle, c'est-à-dire l'anémie engendrée par l'ankylostome duodénal. Il s'agit d'une parasitose intestinale provoquée par un petit ver rond (nématode) qui se fixe à la paroi du duodénum et provoque, par spoliation sanguine chronique, une anémie par carence en fer. C'est l'une des plus anciennes maladies professionnelles reconnues : historiquement appelée « anémie des mineurs » ou « chlorose d'Égypte ».

De quoi parle-t-on ?

L'agent causal est un ver parasite : Ancylostoma duodenale ou Necator americanus. Les larves vivent dans les sols chauds et humides. La contamination se fait par pénétration transcutanée des larves (typiquement à travers la peau des pieds nus en milieu boueux et chaud) ou, plus rarement, par ingestion. Une fois dans l'organisme, les larves migrent jusqu'à l'intestin grêle où les vers adultes se fixent à la muqueuse du duodénum et se nourrissent du sang de l'hôte.

Le mécanisme : une anémie par spoliation sanguine

Chaque ver adulte prélève quotidiennement une petite quantité de sang au niveau de la muqueuse intestinale. Lorsque l'infestation est importante et prolongée, cette ponction répétée entraîne une perte chronique de fer et aboutit à une anémie ferriprive microcytaire hypochrome. Les symptômes sont ceux de l'anémie : fatigue intense, pâleur, essoufflement à l'effort, palpitations, parfois troubles digestifs. Le tableau 28 fixe des seuils biologiques précis (plus de 200 œufs par cm³ de selles, globules rouges ≤ 3 500 000/mm³, hémoglobine < 70 %) pour caractériser la maladie indemnisable.

Comment pose-t-on le diagnostic ?

Le diagnostic repose sur deux examens complémentaires : l'examen parasitologique des selles, qui met en évidence les œufs caractéristiques de l'ankylostome et permet d'en quantifier la densité, et l'hémogramme (numération-formule sanguine), qui objective l'anémie microcytaire hypochrome et la baisse du taux d'hémoglobine. Le dosage de la ferritine confirme la carence en fer.

Qui est concerné aujourd'hui ?

La maladie a marqué l'histoire des mineurs de fond travaillant dans des galeries chaudes et humides où le parasite trouvait des conditions idéales de développement. Elle concerne aussi, dans des conditions analogues de chaleur et d'humidité souterraines : les tunneliers et ouvriers du percement de tunnels, les travailleurs des briqueteries et de certaines mines, et plus largement toute personne exposée à des travaux souterrains à 20 °C ou plus, condition fixée par la liste limitative du tableau. En France, grâce à l'amélioration de l'hygiène et de la ventilation, les cas sont aujourd'hui devenus rares.

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Procédure de reconnaissance

La reconnaissance d'une affection inscrite au tableau 28 ouvre droit à la présomption d'origine professionnelle (article L. 461-1 al. 2 du Code de la sécurité sociale) : dès lors que les trois conditions du tableau sont réunies (désignation médicale avec les seuils biologiques exigés + délai de prise en charge de 3 mois + travaux figurant sur la liste limitative), le caractère professionnel est acquis sans que la victime ait à prouver le lien de causalité.

Étape 1 — Certificat médical initial (CMI)

Le médecin (généraliste, médecin du travail, spécialiste) établit un certificat médical initial mentionnant explicitement le tableau 28 et l'anémie engendrée par l'ankylostome duodénal. Les résultats de l'examen parasitologique des selles et de l'hémogramme y sont joints pour documenter les seuils exigés par le tableau.

Étape 2 — Déclaration à la CPAM

La victime adresse à sa CPAM le formulaire Cerfa S6100 « Déclaration de maladie professionnelle », accompagné des deux premiers volets du CMI et de l'attestation de salaire de l'employeur. Délai de prescription : 2 ans à compter de la date du CMI (article L. 461-5 CSS).

Étape 3 — Instruction

La CPAM ouvre une enquête contradictoire. Elle dispose de 120 jours à compter de la réception du dossier complet pour rendre sa décision (article R. 461-9 CSS), avec possibilité d'extension à 240 jours en cas d'investigations complémentaires. L'employeur reçoit le dossier et peut le consulter.

Étape 4 — Le cas échéant : CRRMP

Si une condition du tableau n'est pas remplie (seuils biologiques non atteints, délai de prise en charge dépassé, travaux ne figurant pas dans la liste limitative), le dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Le CRRMP examine si la maladie est « directement causée par le travail habituel de la victime » (article L. 461-1 al. 4 CSS). Sa décision s'impose à la CPAM.

Sources : Améli — Reconnaissance MP · articles L. 461-1 à L. 461-5 et R. 461-9 du Code de la sécurité sociale.

Indemnisation

Une maladie professionnelle reconnue au titre du tableau 28 ouvre droit à plusieurs prestations cumulatives, à partir de la date du certificat médical initial.

Pendant l'arrêt de travail : indemnités journalières (IJSS)

Versées par la CPAM dès le 1ᵉʳ jour d'arrêt (pas de délai de carence en MP, contrairement à la maladie ordinaire) selon les modalités suivantes (article R. 433-1 CSS) :

  • du 1ᵉʳ au 28ᵉ jour : 60 % du salaire journalier de référence ;
  • à partir du 29ᵉ jour : 80 % du salaire journalier de référence.

Plafond : 1/365ᵉ du gain maximal annuel (revalorisé chaque année). La convention collective peut prévoir un complément employeur.

À la consolidation : taux d'incapacité permanente (IPP)

Lorsque l'état de santé est stabilisé, le médecin conseil de la CPAM évalue le taux d'incapacité permanente partielle (IPP) selon le barème indicatif d'invalidité (annexe I de l'article R. 434-32 CSS).

  • IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une seule fois (montants fixés par décret).
  • IPP ≥ 10 % : rente viagère trimestrielle, calculée sur la base du salaire annuel × taux d'IPP corrigé (taux ÷ 2 jusqu'à 50 %, puis taux × 1,5 au-delà).

Dans le cas de l'ankylostomose, l'anémie est le plus souvent réversible après traitement antiparasitaire et supplémentation en fer ; les séquelles permanentes sont donc rares, mais l'arrêt de travail et la prise en charge des soins relèvent pleinement de la branche AT/MP.

Faute inexcusable de l'employeur

Si le salarié démontre que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger (conditions souterraines chaudes et humides, absence de mesures d'hygiène) et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires (article L. 452-1 CSS), la rente est majorée et la victime obtient l'indemnisation des préjudices personnels : souffrances physiques et morales, préjudice d'agrément.

Sources : articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 à L. 434-14, L. 452-1 à L. 452-5 du Code de la sécurité sociale ; Améli — Rente MP.

Jurisprudence

L'ankylostomose professionnelle génère aujourd'hui très peu de contentieux spécifique, en raison de sa quasi-disparition dans les conditions de travail françaises modernes. À défaut de jurisprudence abondante propre au tableau 28, le contentieux applicable est celui, général, des maladies professionnelles inscrites à un tableau : présomption d'origine, obligation de sécurité de l'employeur et faute inexcusable.

1. La présomption d'origine professionnelle attachée aux conditions du tableau

Selon une jurisprudence constante de la chambre sociale puis de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation, dès lors que les trois conditions d'un tableau de maladie professionnelle sont réunies (désignation de la maladie, délai de prise en charge, travaux figurant sur la liste), la victime bénéficie d'une présomption d'imputabilité et n'a pas à démontrer le lien direct entre sa pathologie et son activité (application de l'article L. 461-1 al. 2 du Code de la sécurité sociale).

2. L'obligation de sécurité et la faute inexcusable

L'employeur est tenu, envers le salarié, d'une obligation de sécurité : le manquement à cette obligation revêt le caractère d'une faute inexcusable lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel le salarié était exposé et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver (principe issu des arrêts « amiante » de la Cour de cassation, Cass. soc., 28 février 2002, transposable à l'ensemble des risques professionnels, dont les risques biologiques et parasitaires liés aux travaux souterrains chauds et humides).

3. La voie du CRRMP en cas de conditions non strictement remplies

Lorsque les seuils biologiques exigés par le tableau 28 ne sont pas tous atteints, ou que les travaux ne figurent pas exactement dans la liste limitative, la reconnaissance reste possible via le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, dont l'avis motivé s'impose à la caisse (article L. 461-1 al. 4 CSS).

Pour aller plus loin : rechercher sur Judilibre les mots-clés « maladie professionnelle + présomption d'origine + faute inexcusable ».

Prévention

L'ankylostomose relève du risque biologique au sens des articles R. 4421-1 et suivants du Code du travail. Le parasite se développant dans les milieux souterrains chauds et humides, la prévention combine maîtrise de l'environnement de travail, hygiène individuelle et surveillance médicale.

Évaluation du risque biologique

L'employeur évalue le risque d'exposition aux agents biologiques (articles R. 4421-1 et suivants du Code du travail) et consigne les résultats dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP). Les travaux souterrains à 20 °C ou plus en milieu humide sont à identifier comme situation à risque parasitaire.

Maîtrise de l'environnement

  • Assainissement et ventilation des galeries pour réduire chaleur et humidité, conditions de survie des larves.
  • Gestion des eaux et des boues : drainage, évacuation des matières fécales, interdiction de la défécation en galerie (rupture du cycle parasitaire).
  • Approvisionnement en eau potable et installations sanitaires adaptées.

Hygiène individuelle et EPI

Port de bottes et chaussures de sécurité étanches pour empêcher la pénétration transcutanée des larves au niveau des pieds, gants, vêtements de travail dédiés. Lavage des mains avant les repas, douches en fin de poste, vestiaires séparés (zone « propre » / zone « sale »).

Surveillance médicale

Suivi par le médecin du travail (article L. 4624-1 du Code du travail), avec dépistage parasitologique des selles et contrôle de l'hémogramme en cas d'exposition. Information et formation des travailleurs sur le mode de contamination et les gestes d'hygiène.

Droit d'alerte et de retrait

En cas de danger grave et imminent (insalubrité, absence d'EPI adapté), le salarié peut exercer son droit de retrait (article L. 4131-1 du Code du travail) sans qu'aucune sanction ne puisse en résulter.

Sources : INRS — Risques biologiques ; articles R. 4421-1 et suivants du Code du travail.

Cas pratiques

Les cas ci-dessous sont anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques à partir de situations types. Ils n'identifient aucune entreprise.

Cas 1 — Anémie chez un tunnelier (tableau 28)

M. A., 45 ans, ouvrier sur un chantier de percement de tunnel en milieu souterrain chaud et humide (température relevée supérieure à 20 °C). Il consulte pour une fatigue croissante, une pâleur et un essoufflement à l'effort. L'hémogramme révèle une anémie microcytaire hypochrome (taux d'hémoglobine effondré) et l'examen parasitologique des selles met en évidence une forte densité d'œufs d'ankylostome. Le médecin établit un CMI au titre du tableau 28. Les seuils biologiques étant atteints et les travaux figurant dans la liste limitative, la CPAM reconnaît la maladie professionnelle. Après traitement antihelminthique et supplémentation en fer, l'anémie régresse : la prise en charge couvre les soins et l'arrêt de travail.

Cas 2 — Mineur de fond, « anémie des mineurs » (contexte historique)

M. B. a exercé comme mineur de fond dans des galeries chaudes et humides. Une anémie chronique inexpliquée conduit à un bilan parasitologique qui confirme l'ankylostomose. Cette pathologie, historiquement désignée « anémie des mineurs », illustre les conditions ayant motivé l'inscription du tableau 28 : chaleur, humidité et insuffisance d'hygiène en milieu souterrain. La reconnaissance ouvre droit aux prestations AT/MP et, le cas échéant, à une action en faute inexcusable si l'absence de mesures d'hygiène est établie.

Cas 3 — Seuils non atteints, CRRMP saisi

M. C., ouvrier en briqueterie travaillant en sous-sol humide, présente une anémie ferriprive et un examen parasitologique positif, mais la densité d'œufs mesurée reste sous le seuil de 200 par cm³ de selles exigé par le tableau. La présomption d'origine ne joue donc pas automatiquement : la CPAM transmet le dossier au CRRMP, qui apprécie le lien direct entre l'anémie et le travail habituel au vu des conditions d'exposition documentées.

Questions fréquentes

C'est une anémie engendrée par l'ankylostome duodénal, un ver parasite qui se fixe à la muqueuse du duodénum et provoque une anémie ferriprive chronique par spoliation sanguine. Elle touche historiquement les travailleurs des galeries souterraines chaudes et humides.

Le délai de prise en charge est de 3 mois. C'est le temps maximal pouvant s'écouler entre la fin de l'exposition et la première constatation médicale de l'anémie pour bénéficier de la présomption d'origine professionnelle.

La liste limitative vise les travaux souterrains effectués à des températures égales ou supérieures à 20 °C, conditions favorables au développement du parasite. Une exposition hors de cette liste relève du CRRMP.

Le diagnostic repose sur l'examen parasitologique des selles, qui met en évidence et quantifie les œufs d'ankylostome, et sur l'hémogramme, qui objective l'anémie microcytaire hypochrome. Le tableau exige plus de 200 œufs par cm³ de selles, des globules rouges ≤ 3 500 000/mm³ et un taux d'hémoglobine inférieur à 70 %.

Les cas sont devenus rares grâce à l'amélioration de l'hygiène, de la ventilation et des conditions de travail en milieu souterrain. Le tableau 28 reste néanmoins en vigueur et applicable aux situations d'exposition résiduelle.

Si une condition du tableau n'est pas remplie, le dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), qui examine le lien direct entre l'anémie et le travail habituel de la victime.
Avertissement : cette fiche a une vocation informative. Pour toute démarche concrète de reconnaissance d'une maladie professionnelle, contactez votre médecin du travail, votre CPAM ou un professionnel du droit social. Pour le texte officiel en vigueur, référez-vous à Légifrance.
Page mise à jour le 26/05/2026.