Tableau 41 · Régime Agricole · En vigueur

Intoxications professionnelles par l'hexane

Le tableau 41 du régime agricole couvre les polynévrites avec troubles des réactions électriques (EMG) consécutives à l'exposition au n-hexane, notamment lors des travaux de collage sur cuir ou matière plastique. Délai de prise en charge : 30 jours. Liste indicative.

Numéro
41
Régime
Régime Agricole
Agent causal
Hexane (n-hexane)
Type de liste
Indicative
Dernière modif.
22/04/2005

Texte officiel du tableau — source Légifrance

Désignation des maladies

Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste indicative des travaux

Texte officiel — Annexe II du Code rural et de la pêche maritime (régime agricole, article R. 751-25). Tableau créé par décret n° 2005-368 du 19 avril 2005. Source : Légifrance — LEGIARTI000022082535.

Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste indicative des principaux travaux susceptibles de provoquer ces maladies
Polynévrites, avec troubles des réactions électriques. 30 jours Travaux de collage, notamment sur cuir ou matière plastique, avec des produits contenant de l'hexane.
Type de liste : indicative. La présomption d'origine professionnelle joue dès lors que la maladie répond aux critères médicaux et que les travaux figurent dans cette liste. La liste étant indicative, des travaux non listés mais comparablement exposants à l'hexane peuvent être admis. À défaut, le dossier peut être instruit par le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP).
Équivalent en régime général : ce tableau est l'équivalent agricole du tableau n° 59 du régime général (intoxications professionnelles par l'hexane).

Qu'est-ce que c'est concrètement ?

Le tableau n° 41 du régime agricole couvre les polynévrites consécutives à une exposition professionnelle à l'hexane, principalement rencontrées lors de travaux de collage utilisant des colles néoprènes ou des solvants en cuir, plasturgie ou maroquinerie agricole/artisanale. Pour les salariés du régime général, l'équivalent est le tableau 59 RG.

De quoi parle-t-on ?

L'hexane (n-hexane) est un solvant aliphatique volatil utilisé comme diluant ou véhicule dans de nombreuses colles, dégraissants et produits d'extraction (notamment l'extraction d'huiles végétales). Son métabolite, la 2,5-hexanedione, est neurotoxique : il provoque une atteinte progressive des nerfs périphériques (polynévrite sensitivo-motrice) liée à la formation d'adduits avec les protéines de l'axone. La pathologie est bien documentée par l'INRS et figure dans la base FT n° 113 « n-Hexane ».

Manifestations cliniques

  • Polynévrite sensitivo-motrice distale : troubles sensitifs ascendants (paresthésies des pieds puis des mains), suivis d'un déficit moteur (faiblesse, amyotrophie distale), parfois aréflexie.
  • Confirmation électrophysiologique : l'EMG/ENMG met en évidence une neuropathie axonale avec ralentissement des vitesses de conduction et signes de dénervation — c'est cette confirmation qui répond à la mention du tableau « avec troubles des réactions électriques ».
  • Évolution : l'arrêt de l'exposition stabilise généralement la pathologie, mais la récupération neurologique peut être lente et incomplète (séquelles fréquentes en cas d'exposition prolongée).

Qui est concerné ?

Dans le périmètre agricole et para-agricole : salariés d'ateliers de transformation du cuir (sellerie, harnais, équipements équestres), ateliers de plasturgie agricole, opérations de collage en industrie du tabac, du caoutchouc ou de la sellerie automobile rurale, et historiquement opérations d'extraction d'huiles végétales par solvant. La prévention passe avant tout par la substitution de l'hexane par d'autres solvants (heptane, MEK, dispersions aqueuses) et par le confinement/captage à la source.

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Procédure de reconnaissance

La reconnaissance d'une polynévrite à l'hexane au titre du tableau 41 du régime agricole ouvre droit à la présomption d'origine professionnelle (article L. 461-1 du Code de la sécurité sociale, transposé au régime agricole par les articles L. 751-7 et L. 752-2 du Code rural et de la pêche maritime). Trois conditions cumulatives : désignation médicale, délai de prise en charge de 30 jours, exposition à l'hexane.

Étape 1 — Certificat médical initial (CMI)

Le médecin (généraliste, neurologue, médecin du travail de la MSA) rédige un certificat médical initial précisant la pathologie (« polynévrite sensitivo-motrice ») et la référence au tableau 41 du régime agricole. Le CMI doit être accompagné des résultats de l'EMG/ENMG documentant les « troubles des réactions électriques » exigés par le tableau.

Étape 2 — Déclaration à la MSA

La victime adresse à sa caisse de Mutualité sociale agricole (MSA) le formulaire Cerfa S6100k « Déclaration de maladie professionnelle », accompagné des deux premiers volets du CMI et de l'attestation de salaire de l'employeur. Délai de prescription : 2 ans à compter du CMI (article L. 461-5 CSS, applicable au régime agricole).

Étape 3 — Instruction MSA

La MSA dispose de 120 jours à compter du dossier complet pour rendre sa décision (article D. 461-9 CSS), extensible à 240 jours. Enquête contradictoire : interrogation de l'employeur, des collègues, examen des fiches de données de sécurité (FDS) des colles et solvants utilisés, mesurages d'ambiance le cas échéant.

Étape 4 — CRRMP (cas particuliers)

Si le délai de prise en charge de 30 jours est dépassé (cas fréquent quand le diagnostic est posé tardivement) ou si la nature des travaux n'apparaît pas explicitement dans la liste indicative, le dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). La liste étant indicative, le CRRMP retient plus volontiers le lien direct avec le travail habituel dès lors que l'exposition à l'hexane est documentée.

Sources : MSA — Maladie professionnelle · articles L. 461-1 à L. 461-5 et D. 461-9 du Code de la sécurité sociale · articles L. 751-7 et suivants du Code rural et de la pêche maritime.

Indemnisation

La reconnaissance d'une polynévrite à l'hexane au titre du tableau 41 RA ouvre droit aux prestations de la branche AT/MP du régime agricole, gérée par la MSA.

Pendant l'arrêt : indemnités journalières (IJ)

Versées par la MSA dès le 1ᵉʳ jour d'arrêt (pas de délai de carence en MP) selon l'article R. 433-1 du Code de la sécurité sociale :

  • du 1ᵉʳ au 28ᵉ jour : 60 % du salaire journalier de référence ;
  • à partir du 29ᵉ jour : 80 % du salaire journalier de référence.

Plafond : 1/365ᵉ du gain maximal annuel (montants revalorisés chaque année — barèmes MSA officiels).

À la consolidation : taux d'IPP

Lorsque la pathologie est stabilisée (souvent quelques mois après l'arrêt de l'exposition), le médecin conseil MSA évalue le taux d'incapacité permanente partielle (IPP) selon le barème indicatif d'invalidité (annexe I article R. 434-32 CSS). Pour une polynévrite légère stabilisée, le taux est généralement faible (5-15 %) ; pour des séquelles motrices invalidantes, il peut atteindre 25 % ou plus.

  • IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une seule fois.
  • IPP ≥ 10 % : rente viagère trimestrielle (taux ÷ 2 jusqu'à 50 %, puis × 1,5 au-delà).

Reclassement professionnel

L'arrêt définitif de l'exposition est la première mesure thérapeutique. Le médecin du travail peut prononcer une inaptitude au poste exposant à l'hexane, déclenchant l'obligation de reclassement par l'employeur (articles L. 1226-10 et suivants du Code du travail). À défaut, licenciement pour inaptitude avec indemnités spécifiques.

Faute inexcusable de l'employeur

Si l'employeur avait connaissance du caractère neurotoxique de l'hexane (les FDS le mentionnent depuis des décennies, l'INRS également) et n'a pas pris les mesures de prévention requises — substitution, captage, EPI adaptés — la victime peut engager une action en faute inexcusable (article L. 452-1 CSS, applicable au régime agricole). Conséquences : rente majorée et indemnisation des préjudices personnels (souffrances physiques et morales, préjudice d'agrément, perte de chances professionnelles).

Sources : articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 à L. 434-14, L. 452-1 à L. 452-5 du Code de la sécurité sociale ; MSA.

Jurisprudence

Le contentieux du tableau 41 RA est peu abondant (volumes de cas faibles depuis la substitution généralisée de l'hexane), mais il s'inscrit dans des lignes jurisprudentielles bien établies en matière de solvants neurotoxiques et de polynévrites professionnelles.

1. Obligation de sécurité de l'employeur en présence d'agents neurotoxiques

Cass. soc., 28 février 2002, n° 99-17.221 (arrêts « amiante ») — principe transposé aux solvants. La Cour de cassation a posé en 2002 que l'employeur est tenu à l'égard de son salarié d'une obligation de sécurité de résultat, dont le manquement caractérise la faute inexcusable « lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver ». Ce principe a été constamment appliqué aux solvants organiques neurotoxiques, l'hexane étant identifié comme dangereux dès les années 1970 (fiches INRS, classification CLP H361f, H336).

2. Liste indicative et lecture souple par le CRRMP

Cass. 2ᵉ civ., 19 décembre 2013, n° 12-19.995 — La Cour rappelle que pour les tableaux à liste indicative (cas du tableau 41 RA), la présomption d'origine joue dès lors que la maladie correspond à la désignation et que les conditions de délai sont remplies ; la liste des travaux n'est pas un filtre limitatif. À défaut, le CRRMP doit examiner le lien direct au regard de l'exposition réelle, et non au seul libellé du tableau.

3. Caractérisation médicale : place de l'EMG

Cass. 2ᵉ civ., 9 juillet 2020, n° 19-17.626 — En matière de polynévrites professionnelles, la Cour confirme que la mention « avec troubles des réactions électriques » exige une confirmation électrophysiologique objective (EMG/ENMG). À défaut, la condition médicale du tableau n'est pas remplie et la voie de la reconnaissance directe est fermée — restera celle du CRRMP par lien direct et essentiel.

Pour aller plus loin : rechercher sur Judilibre les mots-clés « polynévrite + solvants » ou « n-hexane + maladie professionnelle ».

Prévention

La prévention des polynévrites à l'hexane repose sur le principe général de l'article L. 4121-1 du Code du travail et sur les obligations spécifiques aux agents chimiques dangereux (articles R. 4412-1 à R. 4412-93).

1. Substitution : la mesure prioritaire

L'hexane est classé H361f (susceptible de nuire à la fertilité), H336 (peut provoquer somnolence ou vertiges), H372 (risque avéré d'effets graves pour les organes en cas d'exposition répétée) et H304 selon le règlement CLP. Le Code du travail impose la substitution par un produit moins dangereux dès que techniquement possible (article R. 4412-66). Alternatives courantes : heptane, MEK, colles en dispersion aqueuse, hot-melt.

2. Captage à la source et ventilation

Quand la substitution est impossible, l'opération doit être réalisée en vase clos ou sous captage localisé à la source (cabines aspirantes, tables aspirantes pour le collage, hottes), conformément aux articles R. 4222-1 à R. 4222-26 du Code du travail. La valeur limite d'exposition professionnelle (VLEP) du n-hexane est fixée à 20 ppm (72 mg/m³) sur 8 heures (annexe à l'article R. 4412-149).

3. EPI adaptés

En complément du captage : appareil de protection respiratoire à cartouche A (vapeurs organiques) brun, gants en alcool polyvinylique (PVA) ou multicouches (les gants nitrile ou latex sont rapidement traversés), lunettes en cas de risque de projection. L'hexane étant hautement inflammable (point éclair −22 °C), zones ATEX et matériel électrique adapté.

4. Surveillance médicale renforcée

Les salariés exposés à un agent CMR ou à un seuil d'exposition critique relèvent du suivi individuel renforcé (SIR) par le médecin du travail (article R. 4624-22 et s.). Examen avant affectation, périodicité ≤ 4 ans, attestation d'exposition à la fin du contrat. Biométrologie : dosage urinaire de la 2,5-hexanedione en fin de poste (indicateur biologique d'exposition).

5. Information et formation

FDS du fournisseur affichée et expliquée, notice de poste, formation à la sécurité (article L. 4141-2). Les salariés doivent connaître les symptômes d'alerte (fourmillements, faiblesse distale) pour consulter au plus tôt — la précocité du diagnostic conditionne la réversibilité.

Sources : INRS — Fiche n-hexane ; articles R. 4412-1 à R. 4412-93 du Code du travail ; règlement CLP (CE) 1272/2008.

Cas pratiques

Les cas ci-dessous sont anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques à partir de situations types rencontrées par les caisses MSA et le contentieux social. Ils n'identifient aucune entreprise.

Cas 1 — Polynévrite distale chez un opérateur de collage en sellerie équestre

M. E., 42 ans, opérateur de collage dans un atelier de sellerie équestre en zone rurale depuis 12 ans. Utilise quotidiennement une colle néoprène contenant 25 à 40 % de n-hexane, dans un local mal ventilé sans captage à la source. Apparition progressive de fourmillements des pieds puis faiblesse des extenseurs du gros orteil. L'EMG confirme une polyneuropathie axonale sensitivo-motrice. CMI rédigé au titre du tableau 41 RA. La MSA reconnaît la MP (délai de 30 jours respecté à compter de la cessation effective de l'exposition). IPP fixée à 12 % après stabilisation. Reclassement en atelier sans solvants.

Cas 2 — Polynévrite reconnue via CRRMP : travail non explicitement listé

Mme F., 51 ans, ouvrière en extraction d'huiles végétales par solvant hexanique (procédé industriel en coopérative agricole). Symptomatologie typique, EMG positif. Le tableau 41 RA mentionne explicitement les « travaux de collage » — l'extraction d'huiles n'y figure pas. La liste étant indicative, la MSA saisit le CRRMP, qui retient un lien direct et essentiel entre l'exposition prolongée à l'hexane (documentée par les FDS et les rapports d'exposition) et la polynévrite. Reconnaissance prononcée. IPP : 18 %.

Cas 3 — Action en faute inexcusable après diagnostic tardif

M. G., 47 ans, ouvrier-colleur dans une fabrique de produits en cuir. Exposition non documentée pendant 8 ans (pas de FDS affichée, pas de captage, masques en papier inadaptés). Polynévrite invalidante avec séquelles motrices, IPP de 30 %. M. G. saisit le pôle social du tribunal judiciaire en faute inexcusable. Le tribunal retient que l'employeur, connaissant la composition de la colle (FDS reçue du fournisseur) et la classification réglementaire de l'hexane, n'a mis en place ni captage, ni protection respiratoire adaptée. Rente majorée à 100 % de l'IPP et indemnisation des préjudices personnels (souffrances physiques 4/7, préjudice d'agrément, perte de gains professionnels futurs).

Cas 4 — Récupération neurologique partielle après arrêt précoce de l'exposition

Mme H., 35 ans, employée d'un atelier de plasturgie agricole. Premiers symptômes signalés au médecin du travail dès l'apparition (paresthésies plantaires). Le médecin prononce une inaptitude au poste exposant à l'hexane et l'employeur reclasse Mme H. en zone administrative. L'EMG initial confirme une atteinte débutante, le CMI est rédigé au titre du tableau 41 RA. Reconnaissance MP par la MSA. À 18 mois, l'EMG de contrôle montre une récupération significative. IPP résiduelle : 6 % (indemnité en capital). Illustration de l'importance de la précocité du diagnostic et de l'arrêt de l'exposition.

Questions fréquentes

Le tableau 41 RA couvre les polynévrites avec troubles des réactions électriques (confirmées par EMG/ENMG) consécutives à l'exposition professionnelle à l'hexane, notamment dans les travaux de collage sur cuir ou matière plastique.

Le délai de prise en charge est de 30 jours. Il s'agit du temps maximal entre la fin de l'exposition à l'hexane et la première constatation médicale de la polynévrite.

Elle est indicative. Cela signifie que des travaux non explicitement listés mais exposant comparablement au n-hexane peuvent ouvrir droit à la reconnaissance, le cas échéant après examen par le CRRMP.

Le tableau équivalent dans le régime général (salariés non agricoles) est le tableau n° 59 RG, qui couvre également les intoxications professionnelles par l'hexane avec polynévrite.

Oui. La mention « avec troubles des réactions électriques » exige une confirmation électrophysiologique objective par EMG/ENMG. Sans cette confirmation, la reconnaissance directe au titre du tableau n'est pas possible (la voie CRRMP reste ouverte).

En priorité la substitution de l'hexane par un solvant moins dangereux (heptane, MEK, colles aqueuses), puis le captage à la source (cabines, tables aspirantes), des EPI adaptés (cartouche A, gants PVA), une VLEP à 20 ppm et un suivi médical renforcé incluant le dosage urinaire de 2,5-hexanedione.
Avertissement : cette fiche a une vocation informative. Pour toute démarche concrète de reconnaissance d'une maladie professionnelle, contactez votre médecin du travail, votre CPAM ou un professionnel du droit social. Pour le texte officiel en vigueur, référez-vous à Légifrance.
Page mise à jour le 29/05/2026.