Tableau 44 · Régime Agricole · En vigueur

Affections cutanées et muqueuses professionnelles de mécanisme allergique

Le tableau 44 RA couvre les affections cutanées et muqueuses professionnelles de mécanisme allergique : lésions eczématiformes, conjonctivite aiguë bilatérale et urticaire de contact, déclenchées par la manipulation habituelle de produits dans l'activité agricole. Liste indicative, délais de 7 à 15 jours.

Numéro
44
Régime
Régime Agricole
Agent causal
Agents sensibilisants (allergènes professionnels)
Type de liste
Indicative
Durée d'exposition
Non applicable
Dernière modif.
17/06/1998

Texte officiel du tableau — source Légifrance

Désignation des maladies

Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste indicative des travaux

Texte officiel — Annexe II du Code rural et de la pêche maritime (article R. 751-26). Tableau créé par l'arrêté du 16 janvier 1979, dernière modification par décret n° 98-498 du 17 juin 1998, intégré au Code rural par décret n° 2005-368 du 19 avril 2005. Source : Légifrance — LEGIARTI000022082718.

Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste indicative des travaux susceptibles de provoquer ces maladies
Lésions eczématiformes récidivant après nouvelle exposition au risque ou confirmées par un test épicutané positif au produit manipulé. 15 jours Manipulation ou emploi habituels, dans l'activité professionnelle, de tous produits.
Conjonctivite aiguë bilatérale récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmée par un test. 7 jours
Urticaire de contact récidivant en cas de nouvelle exposition au risque et confirmé par un test. 7 jours
Type de liste : indicative. La liste des travaux est indicative (« tous produits »), ce qui signifie que la présomption d'origine professionnelle peut s'appliquer pour toute exposition à un agent allergisant rencontré dans l'activité agricole habituelle, dès lors que les conditions cliniques (récidive ou test positif) et le délai de prise en charge sont respectés.

Qu'est-ce que c'est concrètement ?

Le tableau n° 44 du régime agricole couvre les affections cutanées et muqueuses de mécanisme allergique — eczémas de contact, conjonctivites allergiques et urticaires de contact — déclenchées par la manipulation ou l'emploi habituel, dans l'activité professionnelle agricole, de produits sensibilisants. C'est l'un des tableaux les plus larges du régime agricole, sa liste de travaux étant indicative (« tous produits »).

De quoi parle-t-on ?

Une allergie professionnelle est une réaction du système immunitaire à une substance (allergène) rencontrée sur le lieu de travail. Le mécanisme est soit immédiat (urticaire de contact, conjonctivite : anticorps IgE), soit retardé (eczéma de contact : lymphocytes T sensibilisés). Une fois le terrain allergique installé, la moindre re-exposition peut déclencher des symptômes — parfois pour le reste de la vie professionnelle.

Les trois affections couvertes

  • Lésions eczématiformes : rougeur, vésicules, prurit, suintement puis desquamation, localisés aux zones de contact (mains, avant-bras, visage). Délai de prise en charge : 15 jours après la dernière exposition.
  • Conjonctivite aiguë bilatérale : larmoiement, prurit oculaire, rougeur, œdème palpébral, déclenchés par contact direct (poussières, projections) ou aérien. Délai : 7 jours.
  • Urticaire de contact : apparition rapide (minutes) de plaques rouges, prurigineuses, parfois œdémateuses, sur les zones de contact ; risque de réaction systémique (angio-œdème, anaphylaxie). Délai : 7 jours.

Pourquoi exiger une preuve de récidive ou un test positif ?

Pour distinguer l'allergie professionnelle d'une simple irritation, le tableau impose soit une récidive lors d'une nouvelle exposition au risque, soit un test allergologique positif (tests épicutanés / patch tests pour l'eczéma, prick-tests ou tests d'usage pour l'urticaire). Cette exigence diagnostique est centrale : sans elle, la reconnaissance est refusée.

Qui est concerné dans l'agriculture ?

Tous les métiers agricoles peuvent être touchés. Les expositions les plus fréquentes : produits phytosanitaires (fongicides, herbicides, insecticides), désinfectants (élevage, traite), aliments du bétail (farines, mélanges), poussières végétales (foin, paille, céréales, latex naturel), protéines animales (poils, salive, urine, plumes), résines et colles (paysagisme, ébénisterie agricole), caoutchouc (gants, trayons). Les viticulteurs, maraîchers, éleveurs, salariés des coopératives et personnels d'entreprises de travaux agricoles sont en première ligne.

Sources : INRS — fiche tableau RA 44, Code rural et de la pêche maritime Annexe II.

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Procédure de reconnaissance

Comment faire reconnaître une affection allergique au titre du tableau 44 RA ?

La déclaration relève du régime agricole : c'est la MSA (Mutualité sociale agricole) et non la CPAM qui instruit le dossier. La procédure est encadrée par les articles L. 461-1 et suivants du Code de la sécurité sociale, applicables au régime agricole par renvoi.

Étape 1 — Certificat médical initial (CMI)

Le salarié (ou son ayant droit) consulte un médecin — généraliste, dermatologue, allergologue ou médecin du travail — qui établit un certificat médical initial décrivant la nature de la lésion (eczéma, conjonctivite, urticaire), la date de la première constatation médicale et le lien avec une exposition professionnelle suspectée. Sans CMI, aucune instruction n'est possible.

Étape 2 — Déclaration à la MSA

La victime adresse à la caisse de MSA dont elle dépend :

  • le formulaire Cerfa n° 60-3950 de déclaration de maladie professionnelle (4 volets) ;
  • le certificat médical initial ;
  • une attestation de salaire remplie par l'employeur si arrêt de travail.

La déclaration doit intervenir dans un délai de 2 ans à compter de la cessation du travail exposant au risque ou de la première constatation médicale (article L. 461-5 CSS).

Étape 3 — Instruction par la MSA (120 jours)

La MSA dispose d'un délai d'instruction de 120 jours francs. Elle vérifie : que la maladie figure dans le tableau, que le délai de prise en charge est respecté, et qu'au moins un test (récidive à l'exposition ou test allergologique positif) atteste l'origine allergique. L'employeur est consulté ; la victime et l'employeur ont accès au dossier dans la phase contradictoire (10 jours).

Étape 4 — Voie CRRMP si conditions non remplies

Si les conditions médicales du tableau ne sont pas toutes remplies (par exemple, pas de test positif documenté), la victime peut demander la saisine du Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) sur le fondement du 4ᵉ alinéa de l'article L. 461-1 CSS : il s'agit alors de démontrer un lien direct et essentiel avec le travail habituel.

Sources : MSA — démarche maladie professionnelle ; articles L. 461-1, L. 461-2, L. 461-5 CSS ; INRS RA 44.

Indemnisation

Quelles indemnités en cas de reconnaissance ?

Une maladie reconnue au titre du tableau 44 RA ouvre droit aux prestations de la branche AT/MP du régime agricole, versées par la MSA. Les montants dépendent de l'arrêt de travail, du taux d'incapacité permanente (IPP) et du salaire de référence.

Pendant l'arrêt de travail — IJSS majorées

Les indemnités journalières de Sécurité sociale (IJSS) AT/MP sont plus avantageuses que celles de la maladie ordinaire :

  • 60 % du salaire journalier de référence pendant les 28 premiers jours ;
  • 80 % à compter du 29ᵉ jour, dans la limite du plafond ;
  • pas de jour de carence : indemnisation dès le lendemain de l'arrêt.

Après consolidation — IPP, rente ou capital

À la date de consolidation fixée par le médecin-conseil, la MSA évalue le taux d'incapacité permanente partielle (IPP) :

  • IPP < 10 % : versement d'un capital forfaitaire en une seule fois (barème articles L. 434-1 et R. 434-1-1 CSS).
  • IPP ≥ 10 % : versement d'une rente viagère trimestrielle (ou mensuelle si IPP ≥ 50 %), calculée sur le salaire annuel de référence et le taux d'IPP.

Le taux d'IPP des dermatoses allergiques chroniques se situe le plus souvent entre 5 et 20 %, mais peut être plus élevé en cas de polysensibilisation invalidante ou de retentissement sur l'aptitude professionnelle.

Reclassement professionnel et inaptitude

Lorsque l'exposition à l'allergène ne peut être évitée sur le poste, le médecin du travail peut prononcer une inaptitude médicale au poste (article L. 4624-4 du Code du travail). L'employeur doit alors rechercher un reclassement ; à défaut, le licenciement pour inaptitude d'origine professionnelle ouvre droit à une indemnité spéciale doublée par rapport à l'indemnité légale (article L. 1226-14 du Code du travail).

Faute inexcusable de l'employeur

Si l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger (notamment manipulation de produits classés sensibilisants — pictogramme GHS08, mentions H317 ou H334) et n'a pas pris les mesures nécessaires, la victime peut engager une procédure pour faute inexcusable (article L. 452-1 CSS). En cas de reconnaissance : majoration de la rente au taux maximum, et indemnisation des préjudices personnels (souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, d'agrément, perte de chance professionnelle).

Les montants présentés sont indicatifs et dépendent du salaire de référence et du taux d'IPP arrêté par la MSA. Pour une simulation personnalisée, contactez votre caisse MSA ou un avocat en droit social.

Jurisprudence

Ce que dit la jurisprudence sur les allergies professionnelles agricoles

Les contentieux relatifs au tableau 44 RA portent principalement sur la preuve de l'origine professionnelle, la matérialité de l'exposition et la faute inexcusable de l'employeur en cas de produits chimiques sensibilisants.

1. La récidive à l'exposition ou le test positif sont indispensables

La Cour de cassation rappelle régulièrement que les conditions médicales du tableau doivent être strictement respectées. Pour le tableau 44 RA, cela signifie : soit une récidive démontrée lors d'une nouvelle exposition au risque, soit un test allergologique positif au produit manipulé. À défaut, la voie du tableau est fermée — la victime doit alors solliciter le CRRMP (Cass. soc. — jurisprudence constante depuis Cass. soc. 19 décembre 2002, n° 00-22.482, sur les conditions du tableau).

2. La liste indicative des travaux élargit le champ d'application

Contrairement aux tableaux à liste limitative (ex : tableau 30 amiante), le tableau 44 RA mentionne « tous produits ». La Cour de cassation considère qu'une liste indicative ne limite pas la présomption : dès lors qu'il y a manipulation habituelle d'un produit allergisant dans l'activité professionnelle, la condition d'exposition est remplie (Cass. 2ᵉ civ. 8 novembre 2007, n° 06-19.221, sur la portée d'une liste indicative).

3. Faute inexcusable et produits classés sensibilisants

L'employeur qui fait manipuler à un salarié des produits classés sensibilisants cutanés (mention de danger H317) ou respiratoires (H334) sans EPI adaptés ni information sur les risques engage sa responsabilité au titre de la faute inexcusable. La Cour de cassation juge que la conscience du danger se déduit notamment de la fiche de données de sécurité (FDS), document que l'employeur est tenu de consulter et de transmettre (Cass. 2ᵉ civ. — jurisprudence sur l'obligation de sécurité de résultat, art. L. 4121-1 Code du travail combiné avec L. 452-1 CSS).

Sources : arrêts consultables sur Judilibre. Les références citées illustrent des principes établis ; vérifier l'état du droit applicable à la date des faits.

Prévention

Prévenir les allergies professionnelles en milieu agricole

La prévention des dermatoses et conjonctivites allergiques repose sur l'application des principes généraux de prévention (article L. 4121-2 du Code du travail) appliqués aux risques chimique et biologique propres à l'agriculture.

1. Substitution et choix des produits

Privilégier les produits non classés sensibilisants. Consulter systématiquement les fiches de données de sécurité (FDS) : les mentions H317 (« peut provoquer une allergie cutanée ») et H334 (« peut provoquer des symptômes allergiques ou d'asthme ») signalent les substances à éviter ou à isoler. Substituer dès que possible — par exemple les gants en latex naturel par des gants en nitrile pour les opérateurs sensibilisés.

2. Mesures techniques collectives

  • Capotage et ventilation aspirante des postes de mélange ou de remplissage de pulvérisateurs.
  • Cabines fermées avec filtration sur les tracteurs et engins de traitement phytosanitaire (norme EN 15695-1, niveaux 2 à 4 selon le risque).
  • Réduction des poussières (humidification, aspiration) dans les bâtiments d'élevage et de stockage de céréales.

3. Équipements de protection individuelle (EPI)

  • Gants adaptés au produit (consulter la FDS rubrique 8) : nitrile, néoprène, butyle. Éviter le latex naturel pour les utilisateurs réguliers.
  • Combinaison de type 3 ou 4 pour les traitements phytosanitaires (norme EN 14605).
  • Lunettes-masques ou écran facial en cas de projections.
  • Demi-masques filtrants (FFP2/FFP3) ou masques à cartouche A2P3 selon les produits.
  • Hygiène stricte : lavage immédiat des zones exposées, vêtements de travail lavés séparément, douche en fin de journée.

4. Suivi médical et formation

Les salariés agricoles exposés à des produits sensibilisants relèvent du suivi individuel renforcé (article R. 4624-22 du Code du travail) avec visite médicale d'embauche par le médecin du travail (services SST de la MSA) et examens périodiques au moins tous les 4 ans. La formation à l'utilisation des produits phytopharmaceutiques (Certiphyto) est obligatoire pour tous les utilisateurs professionnels.

Sources : INRS — fiches RA 44 et ED 6253 (allergies professionnelles) ; MSA — Santé Sécurité au Travail ; Code du travail L. 4121-1 et suivants.

Cas pratiques

Trois cas pratiques anonymisés

Les cas suivants sont reconstruits à partir de schémas-types issus de la littérature INRS et des publications statistiques de la branche AT/MP du régime agricole. Toute ressemblance avec une situation réelle serait fortuite : tous les éléments individualisants ont été anonymisés.

Cas n° 1 — Eczéma de contact chez un viticulteur

Un salarié viticole de 38 ans, employé depuis 12 ans dans un domaine du Sud-Ouest, développe progressivement un eczéma des mains et des avant-bras pendant les périodes de traitement de la vigne (avril à août). Les lésions s'estompent en hiver et récidivent à chaque saison. Le médecin du travail oriente vers une consultation de dermato-allergologie : les patch tests révèlent une sensibilisation au mancozèbe (fongicide). Reconnaissance MP au titre du tableau 44 RA après production du test épicutané positif. Aménagement du poste : substitution du produit par un fongicide non sensibilisant et port systématique de gants nitrile. IPP fixée à 8 % — versement d'un capital.

Cas n° 2 — Conjonctivite allergique en élevage laitier

Une salariée de 45 ans travaillant en élevage bovin présente des épisodes répétés de conjonctivite aiguë bilatérale lors des opérations de paillage et de manipulation des aliments concentrés. Les symptômes apparaissent en quelques minutes et régressent en 24 heures hors exposition. Prick-tests positifs aux poussières de foin et aux protéines bovines. Délai de prise en charge respecté (récidive à chaque exposition). Reconnaissance MP. Aménagement : lunettes-masques, ventilation renforcée du bâtiment, rotation des tâches. IPP fixée à 5 %.

Cas n° 3 — Urticaire de contact au latex chez un salarié maraîcher

Un ouvrier maraîcher de 29 ans utilise quotidiennement des gants en latex naturel pour la cueillette et le conditionnement de légumes sous serre. Apparition après deux ans d'activité de plaques urticariennes sur les mains, puis crises plus généralisées avec œdème des paupières. Test d'usage et IgE spécifiques au latex positifs. Reconnaissance MP au titre du tableau 44 RA (urticaire de contact). Substitution immédiate des gants latex par des gants en nitrile pour l'ensemble du personnel. IPP fixée à 10 % en raison du risque persistant de réaction systémique. Indemnisation par rente trimestrielle.

Ces cas sont fictifs et donnés à titre pédagogique. Toute démarche concrète doit être engagée auprès de votre médecin du travail, de la MSA ou d'un professionnel du droit social.

Questions fréquentes

Le tableau 44 RA s'intitule officiellement Affections cutanées et muqueuses professionnelles de mécanisme allergique. Il figure à l'Annexe II du Code rural et de la pêche maritime.

Le tableau couvre trois affections d'origine allergique : les lésions eczématiformes (eczéma de contact), la conjonctivite aiguë bilatérale et l'urticaire de contact, dès lors qu'elles récidivent lors d'une nouvelle exposition ou sont confirmées par un test allergologique positif.

Le délai de prise en charge est de 15 jours pour les lésions eczématiformes et de 7 jours pour la conjonctivite aiguë bilatérale et l'urticaire de contact, à compter de la fin de l'exposition au risque.

Non, la liste est indicative. Le tableau mentionne la manipulation ou l'emploi habituels, dans l'activité professionnelle, de tous produits. Toute exposition régulière à un produit sensibilisant rencontré dans l'activité agricole peut donc ouvrir la présomption d'origine professionnelle.

La déclaration est adressée à la caisse de MSA (Mutualité sociale agricole) dont dépend le salarié, et non à la CPAM. La MSA dispose d'un délai d'instruction de 120 jours francs pour statuer sur l'origine professionnelle.

Pour l'eczéma de contact, le diagnostic repose sur les tests épicutanés (patch tests). Pour l'urticaire de contact, on utilise les prick-tests, le test d'usage ou le dosage d'IgE spécifiques. Pour la conjonctivite, les prick-tests et la mise en évidence d'une récidive à l'exposition sont déterminants.
Avertissement : cette fiche a une vocation informative. Pour toute démarche concrète de reconnaissance d'une maladie professionnelle, contactez votre médecin du travail, votre CPAM ou un professionnel du droit social. Pour le texte officiel en vigueur, référez-vous à Légifrance.
Page mise à jour le 01/06/2026.