Affections respiratoires aiguës liées à une infection au SARS-CoV2
Le tableau 60 du régime agricole couvre les formes graves de Covid-19 (oxygénothérapie, ventilation, décès) contractées par les personnels travaillant en présentiel dans les EHPAD, foyers handicap, SAAD et services de santé au travail relevant de la MSA. Délai de prise en charge : 14 jours.
Texte officiel du tableau — source Légifrance
Désignation des maladies
Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste limitative des travaux
Texte officiel — Annexe II du Code rural et de la pêche maritime, article R. 461-3 du Code rural. Tableau créé par le décret n° 2020-1131 du 14 septembre 2020 (art. 2), en vigueur depuis le 16 septembre 2020. Source : Légifrance — LEGIARTI000042329451.
Affections respiratoires aiguës liées à une infection au SARS-CoV2
Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste limitative des travaux susceptibles de provoquer ces maladies Affections respiratoires aiguës causées par une infection au SARS-CoV2, confirmée par examen biologique ou scanner ou, à défaut, par une histoire clinique documentée (compte rendu d'hospitalisation, documents médicaux) et ayant nécessité une oxygénothérapie ou toute autre forme d'assistance ventilatoire, attestée par des comptes rendus médicaux, ou ayant entraîné le décès. 14 jours Tous travaux accomplis en présentiel par le personnel administratif, de soins et assimilé ou d'entretien, au sein des établissements et services suivants dépendant d'organismes ou d'institutions relevant du régime de protection sociale agricole :
- les services de santé au travail ;
- les structures d'hébergement et de services pour personnes âgées dépendantes ;
- les structures d'hébergement pour adultes et enfants handicapés ;
- les services d'aide et d'accompagnement à domicile intervenant auprès de personnes vulnérables.
Type de liste : limitative. Seuls les travaux figurant dans la colonne de droite ouvrent droit à la présomption d'origine professionnelle. En cas d'exposition au SARS-CoV2 dans le cadre d'un travail hors de cette liste, le dossier relève du Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) saisi par la caisse de MSA (article L. 461-1 du Code de la sécurité sociale, applicable au régime agricole par renvoi de l'article L. 751-7 du Code rural).
Qu'est-ce que c'est concrètement ?
Le tableau 60 du régime agricole reconnaît comme maladie professionnelle les affections respiratoires aiguës liées à une infection au SARS-CoV2 (le virus responsable de la Covid-19) contractée par certains personnels relevant du régime de protection sociale agricole. Il a été créé par le décret n° 2020-1131 du 14 septembre 2020, miroir du tableau n° 100 du régime général.
Quelles formes cliniques sont reconnues ?
Seules sont reconnues les formes graves de la Covid-19, c'est-à-dire celles qui ont nécessité :
- une oxygénothérapie ;
- une assistance ventilatoire (ventilation non invasive, intubation, ECMO) ;
- ou qui ont entraîné le décès du salarié.
Les formes ambulatoires sans hospitalisation ne sont pas couvertes par le tableau 60 RA : elles peuvent toutefois être examinées par le CRRMP au titre de l'alinéa 4 de l'article L. 461-1 CSS si elles entraînent une incapacité permanente prévisible d'au moins 25 %.
Qui est concerné dans le secteur agricole ?
Le tableau cible les personnels travaillant en présentiel au sein de structures médico-sociales et de services rattachés à la Mutualité sociale agricole (MSA) :
- services de santé au travail agricoles ;
- EHPAD relevant du régime agricole (établissements gérés par des structures mutualistes agricoles) ;
- foyers et établissements d'hébergement pour adultes et enfants handicapés ;
- services d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) intervenant auprès de personnes vulnérables.
Sont visés les personnels administratifs, de soins et assimilés, et d'entretien : une secrétaire d'accueil, un agent de bionettoyage ou une aide-soignante d'un EHPAD MSA sont tous éligibles.
Mécanisme physiopathologique
Le SARS-CoV2 se transmet principalement par voie respiratoire (aérosols, gouttelettes) et par contact. Chez les personnels exposés à un public vulnérable et confiné, la charge virale reçue peut être élevée et conduire à une atteinte respiratoire sévère (pneumopathie interstitielle bilatérale, syndrome de détresse respiratoire aiguë). La preuve diagnostique repose sur un test biologique (RT-PCR, antigénique), un scanner thoracique évocateur, ou, à défaut, une histoire clinique documentée par des comptes rendus médicaux.
Source : Légifrance — Tableau 60 RA · INRS — Covid-19 et milieu professionnel.
Procédure de reconnaissance
Pour les salariés affiliés au régime agricole, l'instruction est conduite par la caisse de Mutualité sociale agricole (MSA) et non par la CPAM. La procédure suit les mêmes étapes que pour le régime général, en application de l'article L. 751-7 du Code rural qui renvoie aux dispositions du Code de la sécurité sociale.
1. Certificat médical initial
Le médecin traitant ou un médecin hospitalier établit un certificat médical initial (CMI) mentionnant le diagnostic, la date de première constatation médicale, et le lien possible avec l'activité professionnelle. Les comptes rendus d'hospitalisation, le scanner thoracique et les preuves d'oxygénothérapie ou de ventilation doivent être annexés.
2. Déclaration à la MSA
La victime (ou ses ayants droit en cas de décès) adresse une déclaration de maladie professionnelle à sa caisse de MSA avec le CMI, dans un délai de deux ans à compter de la date de cessation du travail liée à la maladie ou de la date à laquelle la victime a été informée du lien possible (article L. 461-5 CSS). L'employeur est informé et peut formuler ses observations.
3. Instruction par la MSA
La MSA dispose de 120 jours à compter de la déclaration complète pour statuer (article R. 461-9 CSS). Elle vérifie :
- que l'affection répond à la désignation (forme grave avec oxygénothérapie, ventilation ou décès) ;
- que le délai de prise en charge de 14 jours est respecté entre la fin de l'exposition et la première constatation médicale ;
- que les travaux effectués figurent dans la liste limitative.
Si l'ensemble des conditions est rempli, la présomption d'origine professionnelle joue : la victime n'a pas à prouver le lien de causalité.
4. CRRMP en cas de critères non remplis
Si l'un des critères du tableau n'est pas rempli (par exemple, un personnel d'une structure agricole non listée, ou un délai dépassé), la MSA transmet le dossier au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) qui se prononce sur le lien direct entre la maladie et le travail (alinéas 3 et 4 de l'article L. 461-1 CSS).
5. Recours en cas de refus
En cas de décision défavorable, la victime peut saisir la Commission de recours amiable de la MSA dans les 2 mois, puis le pôle social du tribunal judiciaire.
Sources : MSA — Maladies professionnelles · Article L. 461-1 CSS · Améli — Procédure MP.
Indemnisation
Une fois la maladie professionnelle reconnue par la MSA, la victime bénéficie des prestations de la branche AT/MP du régime agricole, équivalentes à celles du régime général (article L. 751-8 du Code rural).
Indemnités journalières (IJ)
Pendant l'arrêt de travail, la victime perçoit des indemnités journalières sans délai de carence, calculées sur la base du salaire journalier de référence. Le taux est de 60 % du salaire de référence les 28 premiers jours, puis 80 % à partir du 29ᵉ jour (article R. 433-1 CSS).
Soins pris en charge à 100 %
Tous les soins liés à la Covid-19 (hospitalisation, oxygénothérapie, suivi pneumologique, kinésithérapie respiratoire pour Covid long, soutien psychologique) sont pris en charge à 100 % du tarif conventionnel, sans avance de frais.
Rente ou capital en cas de séquelles (IPP)
Si la Covid-19 a laissé des séquelles permanentes (insuffisance respiratoire chronique, troubles cardiaques, atteinte neurologique du Covid long), un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) est fixé après consolidation par le médecin-conseil de la MSA :
- IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une fois.
- IPP ≥ 10 % : rente viagère trimestrielle, calculée sur le salaire annuel et le taux d'IPP.
Capital décès pour les ayants droit
En cas de décès du salarié des suites de la Covid-19 reconnue, le conjoint (ou partenaire de PACS, concubin) perçoit une rente viagère (40 % du salaire annuel de la victime), et les enfants à charge une rente jusqu'à 20 ans (articles L. 434-7 et suivants CSS).
Faute inexcusable de l'employeur
Si la victime ou ses ayants droit estiment que l'employeur a manqué à son obligation de sécurité (absence de masques, refus de télétravail pour les fonctions compatibles, non-respect des protocoles sanitaires officiels), une action en faute inexcusable peut être engagée devant le pôle social du tribunal judiciaire (article L. 452-1 CSS). En cas de succès : majoration de la rente jusqu'au maximum légal, et indemnisation complète des préjudices personnels (souffrances, préjudice d'agrément, esthétique, perte de chance professionnelle).
Sources : Article L. 434-1 CSS · Article L. 452-1 CSS · MSA — Santé et sécurité au travail. Les montants exacts dépendent du salaire de référence et du taux d'IPP fixé par le médecin-conseil. À titre informatif uniquement.
Jurisprudence
Le tableau 60 RA (et son équivalent tableau 100 RG) étant récent — créé en septembre 2020 — la jurisprudence consolidée de la Cour de cassation est en cours de construction. Plusieurs principes issus du contentieux Covid-19 et du droit général des MP sont toutefois applicables.
Présomption d'origine professionnelle — principe rappelé par la Cour de cassation
La Cour de cassation, dans une jurisprudence constante (par ex. Cass. 2ᵉ civ., 4 mai 2017, n° 16-13.297), juge que dès lors que les conditions médicales et professionnelles du tableau sont remplies, la présomption d'imputabilité joue de plein droit. L'employeur ne peut renverser cette présomption qu'en rapportant la preuve d'une cause totalement étrangère au travail. Cette règle s'applique pleinement au tableau 60 RA.
Obligation de sécurité de l'employeur en contexte pandémique
Dans l'arrêt « Amazon » (Cour d'appel de Versailles, 24 avril 2020, n° 20/01993), confirmée sur le fond par la Cour de cassation au visa de l'article L. 4121-1 du Code du travail, le juge a rappelé que l'employeur doit prendre toutes les mesures nécessaires pour évaluer le risque Covid-19 et adapter l'organisation du travail. Ce principe nourrit les actions en faute inexcusable des soignants exposés.
Recevabilité de l'action en faute inexcusable
La Cour de cassation a confirmé que l'action en faute inexcusable est ouverte à tous les salariés bénéficiant d'une MP reconnue, y compris dans des contextes nouveaux ou émergents (cf. Cass. 2ᵉ civ., 8 octobre 2020, n° 18-26.677 sur les conditions de la faute inexcusable). Pour la Covid-19 professionnelle, l'enjeu probatoire portera sur la conscience du danger (avérée dès mars 2020 pour les structures médico-sociales) et sur les mesures effectivement mises en œuvre par l'employeur (EPI, distanciation, télétravail des fonctions compatibles).
Recherche jurisprudentielle : Judilibre.
Prévention
La prévention du risque Covid-19 dans les structures relevant du régime agricole repose sur l'évaluation du risque biologique (article R. 4421-1 du Code du travail) et sur les obligations générales de sécurité de l'employeur (L. 4121-1).
Évaluation du risque dans le DUERP
Le risque biologique SARS-CoV2 doit être formellement évalué dans le Document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) pour les structures concernées (EHPAD, foyers handicap, SAAD, services de santé au travail agricoles). L'évaluation inclut : identification des situations de contact, fréquence, vulnérabilité des publics accueillis, conditions de ventilation.
Mesures de prévention collective
- Ventilation des locaux et renouvellement de l'air (apport d'air neuf, CO₂ < 800 ppm dans les zones occupées) ;
- Organisation du travail : limitation des regroupements, sectorisation des unités Covid en EHPAD, télétravail pour les fonctions compatibles ;
- Hygiène : bionettoyage renforcé des surfaces fréquemment touchées, solutions hydro-alcooliques accessibles.
Équipements de protection individuelle (EPI)
Les EPI sont fournis et entretenus par l'employeur (article R. 4323-95 CT) :
- masques chirurgicaux ou FFP2 selon le niveau de risque et la procédure de soin ;
- blouses, gants, lunettes ou visières pour les gestes à risque d'aérosolisation ;
- formation pratique à l'habillage / déshabillage (séquence à risque élevé d'auto-contamination).
Surveillance médicale et vaccination
Les personnels relèvent d'un suivi individuel renforcé par le service de santé au travail agricole (visite à l'embauche puis périodique). La vaccination Covid-19 est recommandée pour les professionnels de santé et reste obligatoire dans certaines situations (article L. 3111-4-1 du Code de la santé publique pour les personnels mentionnés à l'article L. 3111-4 CSP).
Droit d'alerte et de retrait
En cas de danger grave et imminent (absence d'EPI, exposition non protégée à un cluster), le salarié peut exercer son droit de retrait (L. 4131-1) et le CSE son droit d'alerte (article L. 4131-2 CT).
Sources : INRS — Covid-19 · MSA — Santé sécurité au travail · Ministère du Travail.
Cas pratiques
Les cas suivants sont fictifs et anonymisés. Ils illustrent l'application du tableau 60 RA sans renvoyer à des affaires réelles ou à des employeurs identifiables.
Cas 1 — Aide-soignante en EHPAD agricole (reconnaissance directe)
Mme A., 52 ans, aide-soignante depuis 14 ans dans un EHPAD géré par une structure mutualiste agricole, contracte la Covid-19 lors d'un cluster dans son unité en novembre 2023. Elle est hospitalisée 9 jours avec oxygénothérapie. Diagnostic confirmé par RT-PCR. Le délai entre fin d'exposition et premier symptôme est de 4 jours. La MSA reconnaît la MP au titre du tableau 60 RA : tous les critères sont remplis (forme grave, oxygénothérapie, délai de 14 jours respecté, travail en présentiel dans une structure listée). Elle perçoit IJ à 100 % du tarif réglementaire pendant l'arrêt.
Cas 2 — Auxiliaire de vie à domicile (présomption acquise)
M. B., 47 ans, auxiliaire de vie d'un SAAD relevant du régime agricole intervenant auprès de personnes âgées dépendantes, est hospitalisé 6 jours en USI avec ventilation non invasive pour pneumopathie Covid-19 sévère (scanner thoracique typique). La MSA reconnaît la MP. Il conserve une asthénie persistante et une dyspnée d'effort : après consolidation, un taux d'IPP de 12 % est retenu, ouvrant droit à une rente trimestrielle.
Cas 3 — Personnel administratif d'un service de santé au travail agricole (refus puis CRRMP)
Mme C., 38 ans, secrétaire dans un service de santé au travail agricole, présente une Covid-19 modérée n'ayant nécessité ni oxygène ni ventilation. Sa déclaration est initialement refusée par la MSA car la désignation des maladies du tableau exige une forme grave. Le dossier est transmis au CRRMP au titre de l'alinéa 4 de l'article L. 461-1 CSS ; le comité estime que les séquelles (Covid long avec retentissement fonctionnel) ne dépassent pas le seuil de 25 % d'IPP prévisible et rejette la demande. La salariée peut contester devant la commission de recours amiable.
Cas 4 — Faute inexcusable retenue (décès)
Les ayants droit de M. D., agent d'entretien décédé des suites d'une Covid-19 contractée en mars 2020 dans un foyer d'hébergement pour adultes handicapés relevant d'une structure mutualiste agricole, engagent une action en faute inexcusable. Il est démontré que l'employeur n'avait fourni ni masques chirurgicaux ni protocole de bionettoyage pendant les trois premières semaines de l'épidémie, malgré les recommandations officielles. Le pôle social du tribunal judiciaire reconnaît la faute inexcusable : rente majorée pour la veuve, indemnisation des préjudices moraux.
Questions fréquentes
Page mise à jour le 01/06/2026.