Procédés, matériaux et métallurgie du soudage
Module 2 / 5
Sommaire
2.1 Les procédés de soudage et la numérotation ISO 4063
Un superviseur soudage ne pilote pas un procédé unique : il coordonne des opérateurs qui utilisent des techniques très différentes, chacune avec ses forces, ses limites et son domaine d'emploi. Pour parler le même langage que le bureau des méthodes, les DMOS et les rapports d'inspection, tout le monde s'appuie sur une numérotation normalisée : la norme ISO 4063. Ce chapitre pose les bases de chaque grand procédé à l'arc. Les normes citées évoluent ; vérifiez toujours la version en vigueur sur iso.org.
| N° ISO 4063 | Procédé | Principe résumé | Applications typiques |
|---|---|---|---|
| 111 | MMA / SMAW (électrode enrobée) | Arc entre une électrode fusible enrobée et la pièce ; l'enrobage génère laitier et protection. | Chantier, réparation, positions difficiles, structures. |
| 135 | MAG (fil plein, gaz actif) | Fil-électrode plein dévidé en continu sous protection gazeuse active. | Aciers au carbone et faiblement alliés, forte productivité. |
| 136 | MAG fil fourré | Fil fourré (flux interne) dévidé en continu sous gaz actif. | Fortes épaisseurs, soudage en position, gros débits. |
| 131 | MIG (fil plein, gaz inerte) | Fil plein dévidé en continu sous protection gazeuse inerte. | Aluminium, alliages, inox. |
| 141 | TIG / GTAW | Arc entre une électrode réfractaire non fusible et la pièce, sous gaz inerte, avec apport manuel. | Inox, aluminium, petites épaisseurs, passes de fond, haute qualité. |
| 121 | SAW (arc sous flux en poudre) | Arc noyé sous un flux en poudre ; fil dévidé automatiquement. | Longues soudures en atelier, tôleries épaisses, tuyauteries. |
| 114 | Fil fourré sans gaz | Fil fourré autoprotecteur, sans gaz de protection externe. | Chantier extérieur, conditions ventées. |
| 15 | Plasma | Arc constricté à travers une tuyère, forte densité d'énergie. | Petites épaisseurs de précision, applications automatisées. |
Numérotation selon la norme ISO 4063 (classification des procédés de soudage). Reportez-vous à la version en vigueur.
Le principe du soudage à l'arc
La grande majorité des procédés qu'un superviseur rencontre en industrie reposent sur le soudage à l'arc électrique. Le principe est commun : un arc électrique jaillit entre une électrode et la pièce à assembler. Cet arc dégage une chaleur intense qui fond localement le métal de base et, dans la plupart des cas, un métal d'apport.
Cette fusion crée un bain de fusion (le bain liquide) qui, en se solidifiant, réalise la continuité métallique entre les pièces. La maîtrise de ce bain — sa taille, sa forme, sa vitesse de refroidissement — conditionne directement la qualité du joint et son comportement mécanique.
Le troisième pilier est la protection du bain. Le métal en fusion est extrêmement réactif : au contact de l'air, l'oxygène et l'azote provoquent oxydation, porosités et fragilisation. Chaque procédé règle cette protection à sa manière : un gaz (MIG/MAG, TIG), un laitier issu d'un enrobage ou d'un flux (MMA, SAW, fil fourré), ou une combinaison des deux.
MMA, MIG/MAG et fil fourré : les procédés à électrode fusible
Le soudage à l'électrode enrobée — MMA / SMAW, n° 111 — est le plus polyvalent. L'électrode, une baguette métallique recouverte d'un enrobage, fond en même temps qu'elle sert de métal d'apport. L'enrobage génère un gaz protecteur et un laitier. Avantages : matériel simple, autonome, insensible au vent, idéal sur chantier et en positions difficiles. Limites : productivité faible (changement d'électrode, dépiquage du laitier), forte dépendance à la main de l'opérateur.
Le MAG (n° 135, fil plein, gaz actif) et le MIG (n° 131, fil plein, gaz inerte) dévident un fil-électrode plein en continu sous protection gazeuse. Le MAG domine sur les aciers au carbone et faiblement alliés ; le MIG s'emploie sur aluminium et inox où un gaz inerte est requis. Avantages : productivité élevée, procédé semi-automatique facile à mécaniser. Limites : sensibilité au vent (protection gazeuse), risque de manque de fusion si les réglages dérivent.
Le fil fourré existe en deux versions à ne pas confondre : le MAG fil fourré (n° 136), qui utilise un fil creux garni de flux avec gaz de protection externe, et le fil fourré sans gaz (n° 114), autoprotecteur, dont le flux interne suffit à protéger le bain. Ce dernier est apprécié en extérieur venté, là où un gaz serait balayé.
« Un procédé qui protège le bain par un gaz est puissant en atelier abrité, mais fragile dès qu'il y a du vent. Sur chantier extérieur, le laitier reprend l'avantage. »
TIG, SAW et plasma : haute qualité, forte productivité, précision
Le TIG / GTAW (n° 141) se distingue par une électrode réfractaire non fusible (généralement en tungstène) : l'arc chauffe le bain, et le métal d'apport est amené séparément, souvent à la main sous forme de baguette. La protection est assurée par un gaz inerte. Avantages : qualité et propreté du cordon remarquables, contrôle fin du bain, idéal pour les passes de fond, les faibles épaisseurs, l'inox et l'aluminium. Limites : lenteur, exigence de dextérité, coût horaire élevé.
Le soudage à l'arc sous flux en poudre — SAW, n° 121 — noie l'arc sous une couche de flux en poudre : l'arc n'est pas visible, d'où l'appellation « arc submergé ». C'est un procédé mécanisé ou automatisé. Avantages : taux de dépôt très élevé, excellente régularité sur de longues soudures, bonnes conditions de travail (peu de rayonnement, peu de fumées visibles). Limites : réservé à l'atelier, à des configurations en gouttière ou circulaires, peu adapté aux positions.
Le soudage plasma (n° 15) reprend le principe du TIG mais constricte l'arc à travers une tuyère, ce qui concentre l'énergie sur une très petite surface. Avantages : forte densité d'énergie, arc stable, précision sur petites épaisseurs, bien adapté à l'automatisation. Limites : équipement plus complexe et plus coûteux, mise au point pointue.
La protection gazeuse : gaz inertes et gaz actifs
Pour les procédés MIG, MAG, TIG et plasma, la protection du bain repose sur un gaz de protection. Son rôle est d'écarter l'air ambiant pour éviter l'oxydation et la contamination du métal en fusion, mais aussi d'influer sur la stabilité de l'arc, la forme du cordon et la pénétration.
On distingue les gaz inertes — l'argon (Ar) et l'hélium (He) — qui ne réagissent pas chimiquement avec le bain, employés notamment en MIG et TIG, des gaz actifs comme le dioxyde de carbone (CO₂), ou les mélanges (par exemple argon + CO₂), qui participent à la métallurgie de l'arc et caractérisent le procédé MAG (le « A » de MAG signifiant active gas).
Le choix et la composition de ces gaz font l'objet d'une norme dédiée, la norme ISO 14175 relative aux gaz et mélanges gazeux pour le soudage. Le superviseur n'a pas à en connaître toutes les subtilités, mais il doit vérifier que le gaz utilisé au poste correspond bien à celui prescrit par le DMOS.
Un mauvais gaz, un débit inadapté ou une bouteille vide en cours de cordon se traduisent immédiatement par des porosités et des défauts. La protection gazeuse est un point de contrôle terrain simple mais décisif.
Repérer les grands procédés d'un coup d'œil
111 · MMA
Électrode enrobée, chantier, polyvalent.
135/136 · MAG
Fil dévidé, gaz actif, productivité.
131 · MIG
Gaz inerte, aluminium et inox.
141 · TIG
Électrode réfractaire, haute qualité.
121 · SAW
Arc sous flux, automatisé, gros débit.
114 · Fil fourré
Sans gaz, autoprotecteur, extérieur.
15 · Plasma
Arc constricté, précision, densité.
ISO 4063
La référence commune de numérotation.
Les critères de choix d'un procédé
Le choix d'un procédé n'est jamais arbitraire : il résulte de la confrontation entre les contraintes de la pièce et les possibilités de chaque technique. Le superviseur doit comprendre cette logique pour dialoguer avec le bureau des méthodes et pour vérifier que ce qui est appliqué au poste correspond bien au besoin.
Les principaux critères sont : le matériau de base (un aluminium impose un gaz inerte, donc MIG ou TIG) ; l'épaisseur (les fortes épaisseurs orientent vers des procédés à fort dépôt comme le SAW ou le fil fourré) ; la position de soudage (certains procédés sont peu adaptés aux positions montante ou plafond) ; le niveau de qualité exigé (passes de fond critiques souvent en TIG) ; la productivité recherchée ; et l'accessibilité de la zone à souder.
S'ajoutent des critères pratiques : l'environnement (atelier abrité ou chantier venté), le parc machine disponible et la qualification des soudeurs. Un procédé théoriquement optimal mais qu'aucun opérateur qualifié ne maîtrise sur site n'est pas le bon choix.
Notions de productivité et de taux de dépôt
La productivité d'un procédé se mesure notamment par le taux de dépôt : la quantité de métal d'apport déposée par unité de temps. Sans avancer de valeurs — elles dépendent du procédé, des réglages et de la configuration — retenez la hiérarchie de principe : les procédés à fil dévidé en continu et à l'arc submergé déposent bien plus vite qu'un procédé manuel à baguettes.
Mais la productivité réelle ne se limite pas au taux de dépôt. Il faut intégrer les temps improductifs : changement d'électrode en MMA, dépiquage du laitier, reprises, contrôles, préparation. Un procédé au taux de dépôt élevé peut perdre son avantage si l'accessibilité est mauvaise ou si les reprises se multiplient.
Enfin, un rappel essentiel pour le superviseur : la productivité ne doit jamais primer sur la conformité. Un cordon déposé plus vite mais hors des paramètres du DMOS n'est pas un gain, c'est un risque de non-conformité et de reprise. Le bon arbitrage se fait toujours dans le respect du référentiel.
À retenir
- Tout procédé à l'arc repose sur trois éléments : l'arc (énergie), le métal d'apport et la protection du bain (gaz ou laitier).
- La norme ISO 4063 donne le langage commun : 111 MMA, 131 MIG, 135/136 MAG, 141 TIG, 121 SAW, 114 fil fourré sans gaz, 15 plasma.
- Les procédés à gaz (MIG/MAG/TIG) craignent le vent ; les procédés à laitier (MMA, fil fourré) tiennent mieux en extérieur.
- La protection gazeuse relève de la norme ISO 14175 (gaz inertes Ar/He, gaz actif CO₂, mélanges) ; le gaz au poste doit correspondre au DMOS.
- Le choix d'un procédé confronte matériau, épaisseur, position, qualité, productivité, accessibilité, environnement et qualification des soudeurs.
- La productivité (taux de dépôt) ne prime jamais sur la conformité au DMOS. Les normes évoluent : vérifiez la version en vigueur sur iso.org.