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Sommaire
4.1 Contrôle visuel (ISO 17637) et critères d'acceptation (ISO 5817)
Avant tout contrôle sophistiqué, la soudure se regarde. Le contrôle visuel est le premier examen, le plus systématique et le moins coûteux : bien mené, il élimine une grande partie des non-conformités avant même d'engager un END plus lourd. Encore faut-il savoir ce que l'on cherche, dans quelles conditions et selon quels critères. Ce chapitre pose ce socle.
Checklist du contrôle visuel d'une soudure
Avant soudage
- Préparation des bords, chanfrein, écartement
- Propreté (rouille, graisse, humidité, calamine)
- Alignement et accostage des pièces
- Conformité du métal de base et d'apport
Pendant soudage
- Nettoyage entre passes, élimination du laitier
- Ordre et enchaînement des passes
- Aspect à chaud des cordons intermédiaires
- Respect des paramètres du DMOS
Après soudage — géométrie
- Dimensions de gorge et de côté du cordon
- Régularité, surépaisseur, raccordement
- Alignement final, défaut de rectitude
- Reprises et amorces bien fondues
Après soudage — défauts
- Fissures débouchantes, cratères
- Caniveaux (morsures), débordements
- Effondrement, manque de matière
- Porosités de surface, projections
Le contrôle visuel : le premier contrôle, avant tous les autres
Le contrôle visuel (VT, pour visual testing) est le premier des contrôles non destructifs. Il ne nécessite ni consommable coûteux ni installation lourde, et pourtant il détecte une part importante des défauts de surface. C'est aussi le seul contrôle qui peut être réalisé en continu : avant, pendant et après le soudage.
Avant soudage, on vérifie la préparation : géométrie du chanfrein, écartement, propreté des bords, absence d'humidité ou de calamine. Pendant le soudage, on surveille l'élimination du laitier entre passes, l'enchaînement des passes et l'aspect des cordons intermédiaires. Après soudage, on examine le cordon terminé : géométrie, raccordement, défauts débouchants.
Le grand avantage du VT est qu'il agit en amont : détecter un défaut de préparation avant de fondre le métal évite de créer une non-conformité qui coûtera bien plus cher à reprendre. Un manque de fusion causé par un accostage incorrect se prévient à l'œil, pas au ressuage.
Les conditions du contrôle visuel et l'ISO 17637
La norme ISO 17637 encadre le contrôle visuel des assemblages soudés par fusion. Elle précise les conditions dans lesquelles l'examen doit être réalisé pour être fiable et reproductible : sans conditions maîtrisées, un contrôle visuel n'a pas de valeur probante.
Les conditions clés portent d'abord sur l'éclairage et l'accès. La norme demande un éclairement d'au moins 350 lx sur la surface examinée (500 lx recommandés) et, pour un examen direct, un accès permettant de placer l'œil à 600 mm au plus de la surface, sous un angle d'au moins 30°. À défaut, on recourt à un examen à distance à l'aide de dispositifs optiques (miroirs, endoscopes, caméras). La propreté de la surface est indispensable : un cordon couvert de laitier ou de projections masque les défauts.
Le contrôleur s'appuie sur des instruments simples mais essentiels : jauges et calibres de soudure (pour mesurer la gorge, la surépaisseur, les caniveaux), réglets, loupe, et éclairage d'appoint. Ces instruments transforment une appréciation subjective en mesure, ce qui est la condition pour comparer objectivement le cordon aux critères d'acceptation.
Ce que l'on vérifie visuellement sur le cordon
Le contrôle visuel après soudage porte sur deux familles d'observations : la géométrie du cordon et les défauts débouchants. Côté géométrie, on mesure les dimensions de gorge d'une soudure d'angle, la surépaisseur d'une soudure bout à bout, la régularité et le raccordement du cordon au métal de base, ainsi que l'alignement des pièces (défaut de rectitude, dénivellation).
Côté défauts, l'œil recherche notamment :
- les caniveaux (ou morsures) : creux le long du raccordement, souvent liés à une intensité ou une vitesse mal réglée ;
- les débordements : métal fondu qui recouvre le métal de base sans y adhérer ;
- l'effondrement : affaissement du bain, typiquement en position ou à l'envers ;
- les fissures débouchantes et les cratères en fin de cordon ;
- les porosités de surface et les projections adhérentes ;
- la qualité des reprises et des amorces.
Chacun de ces défauts porte une désignation normalisée : c'est l'objet de l'ISO 6520, qui classe et désigne les imperfections. Utiliser le bon terme n'est pas de la coquetterie : c'est ce qui permet à l'atelier, au contrôleur et au client de parler du même défaut.
L'ISO 6520 : classer et désigner les imperfections
La norme ISO 6520 établit une classification et une désignation des imperfections des assemblages soudés par fusion. Elle donne à chaque type de défaut une référence et un vocabulaire communs, indépendamment de la personne qui contrôle ou de l'entreprise concernée.
L'ISO 6520-1 numérote les imperfections par groupes : 100 fissures, 200 cavités, 300 inclusions solides, 400 manques de fusion et de pénétration, 500 défauts de forme et de dimension, 600 défauts divers. Un caniveau continu est ainsi le défaut 5011, une porosité uniforme le 2012 : ce sont ces numéros que reprennent les tableaux de l'ISO 5817.
Cette classification regroupe donc les imperfections par familles : fissures, cavités (porosités, retassures), inclusions solides (laitier, tungstène), manques de fusion et de pénétration, défauts de forme (caniveaux, débordements, effondrement, défaut d'alignement) et défauts divers. Cette grille est la base commune sur laquelle s'appuient les autres normes.
En pratique, l'ISO 6520 nomme le défaut, tandis que l'ISO 5817 fixe les limites acceptables pour ce défaut selon un niveau de qualité. Les deux normes fonctionnent ensemble : on identifie et désigne (6520), puis on juge acceptable ou non (5817).
ISO 5817 — les trois niveaux de qualité (sévérité croissante vers B)
Niveau le plus sévère
Limites d'imperfections les plus strictes. Exigé pour les assemblages les plus sollicités ou critiques, selon le code applicable.
Niveau intermédiaire
Limites intermédiaires. Choix fréquent quand les exigences sont significatives sans être maximales.
Niveau le moins sévère
Limites les plus tolérantes des trois. Réservé aux applications peu sollicitées, toujours selon le cahier des charges.
Les limites s'expriment le plus souvent en fraction de l'épaisseur t ou de la largeur du cordon, avec une valeur plafond : elles se lisent dans les tableaux de la norme.
L'ISO 5817 : niveaux de qualité et limites d'acceptation
La norme ISO 5817 définit des niveaux de qualité pour les imperfections des assemblages soudés à l'arc sur les aciers, le nickel, le titane et leurs alliages (l'aluminium relève de l'ISO 10042). Elle établit trois niveaux — B, C et D — où B est le plus sévère et D le plus tolérant : à mesure que l'on va de D vers B, les limites d'imperfections admises se resserrent.
Le point essentiel à retenir : ce n'est pas le contrôleur qui choisit le niveau. Le niveau de qualité exigé est fixé par le cahier des charges, le code de construction ou la spécification applicable à l'ouvrage. Une même soudure peut être conforme au niveau D et non conforme au niveau B : tout dépend de l'exigence contractuelle.
Pour chaque type d'imperfection classé par l'ISO 6520, l'ISO 5817 donne les limites acceptables propres à chaque niveau, souvent exprimées en fonction de l'épaisseur ou de la dimension du cordon. Pour un caniveau, la profondeur admise est ainsi de l'ordre de 0,05 t en B, 0,1 t en C et 0,2 t en D, avec un plafond en millimètres. Certains défauts, comme les fissures, ne sont pas admis quel que soit le niveau ; le manque de pénétration en racine n'est admis ni en B ni en C.
Côté structures, la NF EN 1090-2 relie la classe d'exécution au niveau exigé : EXC1 → D, EXC2 → C, EXC3 → B, EXC4 → B avec des exigences complémentaires. Le détail des trois niveaux, défaut par défaut, est traité dans notre article critères d'acceptation des soudures selon l'ISO 5817.
Acceptation, refus et rôle du superviseur
La décision d'accepter ou de refuser une soudure ne doit jamais reposer sur une impression. Elle résulte de la comparaison entre la mesure du défaut (obtenue avec les instruments) et la limite fixée par le niveau ISO 5817 exigé. C'est ce cadre qui neutralise la subjectivité : deux contrôleurs formés, appliquant la même norme au même niveau, doivent aboutir à la même décision.
Le rôle du superviseur soudage est ici triple : organiser le contrôle visuel (à quel stade, sur quels cordons, avec quels moyens), former et cadrer les contrôleurs internes pour qu'ils appliquent la norme et non leur ressenti, et arbitrer les cas limites en s'appuyant sur la spécification plutôt que sur la pression du planning.
Le superviseur veille aussi à la traçabilité : consigner ce qui a été contrôlé, avec quels critères, et la décision prise. Sans trace, un contrôle visuel ne prouve rien en cas de litige et ne nourrit pas l'amélioration continue.
Mes réflexes terrain à la fin de ce chapitre :
- je fais du contrôle visuel un contrôle continu (avant, pendant, après), pas un simple coup d'œil final ;
- je réunis les conditions ISO 17637 (accès, éclairage, propreté, instruments) avant de statuer ;
- je juge toujours par rapport au niveau ISO 5817 exigé par la spécification, jamais « à l'œil ».
Sources
- NF EN ISO 17637 — Contrôle non destructif des assemblages soudés : contrôle visuel des assemblages soudés par fusion — boutique.afnor.org
- NF EN ISO 6520-1 — Classification des imperfections géométriques dans les soudures — boutique.afnor.org
- NF EN ISO 5817 (aciers, nickel, titane) et NF EN ISO 10042 (aluminium) — Niveaux de qualité — boutique.afnor.org
- NF EN 1090-2 — Classes d'exécution et niveaux de qualité exigés — boutique.afnor.org
Les normes ISO et EN sont payantes : seuls leur titre, leur périmètre et quelques règles de structure sont repris ici. Le référentiel du projet (contrat, code de construction) désigne l'édition applicable. Contenu vérifié en septembre 2026.
À retenir
- Le contrôle visuel (VT) est le premier END : peu coûteux, réalisable avant, pendant et après soudage, il élimine une grande part des non-conformités en amont.
- L'ISO 17637 encadre le contrôle visuel : sa valeur dépend des conditions (accès, éclairage, propreté) et des instruments (jauges, calibres, loupe).
- On vérifie la géométrie (gorge, surépaisseur, alignement) et les défauts débouchants (caniveaux, débordements, effondrement, fissures de surface, porosités).
- L'ISO 6520 classe et désigne les imperfections : un vocabulaire commun à l'atelier, au contrôle et au client.
- L'ISO 5817 fixe trois niveaux de qualité (B, C, D) — B le plus sévère ; le niveau exigé est imposé par le cahier des charges, pas choisi par le contrôleur.
- Le superviseur organise, forme et arbitre : la décision d'accepter ou refuser compare une mesure à une limite normée, jamais une impression.