Congés annuels dans la fonction publique
Le droit n'est pas de « cinq semaines » mais de cinq fois vos obligations hebdomadaires de service, compté en jours effectivement ouvrés. Calculez votre droit exact, vos jours de fractionnement, et vérifiez ce que vous risquez de perdre au 31 décembre.
Calculer mon droit à congé annuel
Détail du calcul
| Étape | Calcul | Résultat |
|---|
Cinq différences avec le privé qui coûtent des jours
Un agent qui raisonne avec les réflexes du secteur privé se trompe systématiquement aux mêmes endroits. Ce ne sont pas des nuances de vocabulaire : deux de ces différences font perdre des jours pour de bon.
| Sujet | Fonction publique | Secteur privé | Ce que ça change |
|---|---|---|---|
| Unité de compte | Jours effectivement ouvrés : le droit est de 5 fois les obligations hebdomadaires de service. | Jours ouvrables (samedi compris) le plus souvent, soit 30 jours ouvrables pour 5 semaines. | 25 jours dans le public et 30 jours ouvrables dans le privé recouvrent la même durée réelle : cinq semaines. Comparer les deux nombres bruts n'a aucun sens. |
| Période de référence | Année civile, du 1er janvier au 31 décembre. | Du 1er juin au 31 mai, sauf accord d'entreprise. | Un agent qui change de versant ou qui arrive du privé ne conserve pas le même calendrier d'acquisition. |
| Acquisition | Le droit est ouvert pour l'année de service ; il se proratise en cas d'année incomplète. | 2,5 jours ouvrables acquis par mois de travail effectif. | Dans le public on ne parle pas de « congés acquis mois par mois » mais d'un droit annuel proratisé. |
| Report | Interdit, sauf autorisation exceptionnelle du chef de service (décret 84-972, art. 5). Exception pour raison de santé. | Report encadré, et report imposé par la jurisprudence en cas de maladie. | Un agent qui compte sur un report automatique au 31 décembre perd ses jours. |
| Indemnité compensatrice | Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice (décret 84-972, art. 5). Exceptions : fin de contrat d'un agent contractuel, et jours non pris pour raison de santé. | Indemnité compensatrice due à la rupture du contrat pour tout congé non pris. | C'est la différence la plus coûteuse et la moins connue : les jours perdus le sont réellement. |
Si vous relevez du secteur privé, c'est le simulateur de congés payés du privé qu'il vous faut : la période de référence, l'unité de compte et les règles d'indemnité y sont différentes.
Les règles, texte par texte
La durée : cinq fois vos obligations hebdomadaires
L'article 1er du décret n° 84-972 pose que tout fonctionnaire de l'État en activité a droit, pour une année de service accomplie du 1er janvier au 31 décembre, à un congé annuel d'une durée égale à cinq fois ses obligations hebdomadaires de service, cette durée étant appréciée en nombre de jours effectivement ouvrés. Les décrets n° 85-1250 pour la territoriale et n° 2002-8 pour l'hospitalière retiennent la même formule.
| Rythme de travail | Droit à congé annuel | Équivalent |
|---|---|---|
| 5 jours par semaine (temps plein classique) | 25 jours ouvrés | 5 semaines d'absence |
| 4 jours et demi par semaine (90 %) | 22,5 jours ouvrés | 5 semaines d'absence |
| 4 jours par semaine (80 %) | 20 jours ouvrés | 5 semaines d'absence |
| 3 jours et demi par semaine (70 %) | 17,5 jours ouvrés | 5 semaines d'absence |
| 3 jours par semaine (60 %) | 15 jours ouvrés | 5 semaines d'absence |
| 2 jours et demi par semaine (50 %) | 12,5 jours ouvrés | 5 semaines d'absence |
La colonne de droite est la clé de lecture : quel que soit le rythme, le droit couvre cinq semaines. Le nombre de jours change parce que la semaine de travail change, pas parce que le droit se réduit.
Les jours de fractionnement
Un jour de congé supplémentaire est attribué à l'agent dont le nombre de jours de congé pris en dehors de la période du 1er mai au 31 octobre est de 5, 6 ou 7 jours ; un deuxième jour est attribué lorsque ce nombre est au moins égal à 8 jours.
Deux malentendus fréquents. Le décompte porte sur le nombre de jours pris hors période, et non sur le nombre de fractions ou de périodes de congé. Et ces jours ne sont pas une faveur du service : ils découlent du décret dès que la condition est remplie. Certains règlements intérieurs organisent une renonciation, qui suppose l'accord de l'agent.
Le report : l'exception, pas la règle
L'article 5 du décret n° 84-972 est sans ambiguïté : « Le congé dû pour une année de service accompli ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par le chef de service. Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice. » Les jours non soldés au 31 décembre, sans report autorisé ni alimentation d'un compte épargne-temps, sont perdus, sans contrepartie financière.
Trois portes de sortie, et une seule est automatique :
- L'autorisation exceptionnelle du chef de service — une décision, pas un droit. Beaucoup d'administrations la formalisent par une tolérance jusqu'au 31 janvier, mais cette tolérance relève de leur règlement intérieur.
- Le compte épargne-temps — il permet d'accumuler des jours au-delà d'un seuil de congés effectivement pris dans l'année. Les règles d'alimentation et d'utilisation varient selon le versant.
- Le report pour raison de santé — le seul qui s'impose à l'administration : voir ci-dessous.
Arrêt maladie : les congés ne sont pas perdus
L'article 7 de la directive européenne 2003/88/CE garantit à tout travailleur quatre semaines de congé annuel payé, et la Cour de justice en a déduit qu'un salarié empêché de prendre ses congés par un arrêt maladie doit pouvoir les prendre plus tard. La circulaire du 8 décembre 2011 en a tiré les conséquences pour la fonction publique : les congés annuels non pris pour raison de santé sont reportés dans la limite de 20 jours par année civile, sur une durée maximale de 15 mois après le terme de l'année d'acquisition, avec indemnisation le cas échéant.
À ne pas confondre avec une autre règle, souvent mal comprise : un congé de maladie ne réduit pas le droit à congé annuel, puisqu'il est considéré comme du service accompli. Un agent arrêté six mois acquiert le même droit annuel qu'un agent présent toute l'année.
La limite des 31 jours consécutifs
L'article 4 du décret n° 84-972 prévoit que l'absence du service ne peut excéder 31 jours consécutifs. La limite se compte en jours calendaires et englobe tout ce qui compose la période d'absence : congés annuels, jours d'ARTT et week-ends inclus. Elle explique pourquoi un agent ne peut pas enchaîner deux mois d'absence même avec des droits suffisants. Une exception vise les agents autorisés à cumuler leurs congés pour se rendre dans leur pays d'origine ou accompagner leur conjoint qui s'y rend.
ARTT : un compteur distinct
Les jours d'ARTT ne sont pas des congés annuels. Ils compensent un temps de travail hebdomadaire supérieur à 35 heures dans le cadre de la durée annuelle de 1 607 heures : leur nombre dépend du cycle de travail retenu par l'employeur, ce qui explique qu'il varie d'un service à l'autre alors que le droit à congé annuel, lui, est identique partout. Les deux compteurs obéissent à des règles de report distinctes, et une absence peut réduire les ARTT sans toucher aux congés annuels.
| Versant | Qui est concerné | Texte de référence |
|---|---|---|
| Fonction publique d'État | Ministères, enseignants, AESH, police nationale, administration pénitentiaire, agents des préfectures. | Décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 |
| Fonction publique territoriale | Communes, départements, régions, intercommunalités, CCAS, SDIS. | Décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 |
| Fonction publique hospitalière | Hôpitaux publics, EHPAD publics, établissements sociaux et médico-sociaux publics. | Décret n° 2002-8 du 4 janvier 2002 |
Sources officielles : Décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 — congés annuels des fonctionnaires de l'État (Légifrance) · Décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 — fonction publique territoriale · Décret n° 2002-8 du 4 janvier 2002 — fonction publique hospitalière · service-public.gouv.fr — Congés annuels dans la fonction publique (F488) · Directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003, art. 7 — aménagement du temps de travail
Contenu vérifié — dernière vérification : septembre 2026