Convention Blanchisserie, Pressing et Teinturerie 2026 (IDCC 2002) : Salaires et Droits
La convention collective nationale de la blanchisserie, laverie, location de linge, nettoyage à sec, pressing et teinturerie (IDCC 2002, brochure JO 3074) couvre près de 35 000 salariés employés dans deux univers très différents : les blanchisseries industrielles (Elis, Initial / Rentokil, RLD, MAJ, Kalhyge) qui traitent linge d'hôpitaux, hôtels et industriels, et les pressings de proximité. Métier physique, exposé à la chaleur, aux solvants et aux cadences soutenues, il est éligible à plusieurs facteurs de pénibilité C2P.
Sommaire
- Présentation de l'IDCC 2002
- Classification et coefficients
- Grille de salaires 2026
- Prime d'ancienneté
- Travail posté, nuit et dimanche
- Pénibilité, chaleur et solvants
- Perchloroéthylène : règles spécifiques
- Congés et événements familiaux
- Maladie, prévoyance et inaptitude
- Préavis et indemnités de rupture
- Questions fréquentes
1. Présentation de l'IDCC 2002
Signée le 17 novembre 1997 et étendue par arrêté du 30 mars 1999, la convention IDCC 2002 s'applique à toutes les entreprises dont l'activité principale relève des codes NAF 96.01A (blanchisserie-teinturerie de gros) et 96.01B (blanchisserie-teinturerie de détail). Elle est négociée côté employeurs par le GEIST (Groupement des Entrepreneurs de la Blanchisserie Industrielle et de Service Textile) et la FFPB (Fédération Française des Pressings et Blanchisseries).
La convention couvre à la fois la blanchisserie industrielle (grands sites de traitement de linge plat hospitalier, hôtelier, professionnel — équipes de 50 à 300 salariés) et le pressing de proximité (TPE de 1 à 5 salariés). Les conditions de travail et les usages diffèrent radicalement, mais les minima conventionnels et les règles juridiques sont identiques.
2. Classification et coefficients
La grille de classification IDCC 2002 distingue cinq niveaux pour les employés/ouvriers et trois niveaux pour les agents de maîtrise et cadres. Les coefficients vont de 130 (manœuvre débutant) à plus de 500 (cadre supérieur).
| Niveau | Coefficient | Profil type | Exemples de postes |
|---|---|---|---|
| I A | 130 | Manœuvre débutant | Tri du linge sale, manutention, conditionnement |
| I B | 140 | Opérateur exécution | Calandre, plieuse, séchoir industriel |
| II | 150 – 165 | Opérateur qualifié | Repassage technique, finition, traitement de taches en pressing |
| III | 180 – 200 | Technicien | Réglage des machines, contrôle qualité, polyvalence |
| IV | 220 – 260 | Agent de maîtrise | Chef d'équipe, contremaître, responsable atelier |
| V (cadre) | 300 – 500+ | Cadre | Responsable de site, directeur d'exploitation |
Source : Convention IDCC 2002, articles 8 à 12 sur la classification. Texte intégral sur Légifrance.
3. Grille de salaires 2026
Les minima conventionnels blanchisserie sont fixés par accord paritaire annuel. Pour 2026, l'accord NAO du 18 décembre 2025 a relevé les minima de + 2,3 %. Les montants ci-dessous sont en brut mensuel pour 35 heures hebdomadaires (151,67 h/mois).
Simulateur de paie blanchisserie
Estimez votre rémunération avec ancienneté et primes de poste.
Hors 13ᵉ mois et indemnité de panier. Net hors impôt sur le revenu.
Progression salariale 2026
Minima conventionnels du manœuvre au cadre.
4. Prime d'ancienneté
La prime d'ancienneté (article 22 CCN) est obligatoire et progresse par paliers de 3 ans, calculée sur le minimum conventionnel correspondant au coefficient. Elle figure obligatoirement sur une ligne distincte du bulletin de paie.
| Ancienneté | Taux | Exemple opérateur II (1 920 €) |
|---|---|---|
| 3 ans | 3 % | + 57,60 € / mois |
| 6 ans | 6 % | + 115,20 € / mois |
| 9 ans | 9 % | + 172,80 € / mois |
| 12 ans | 12 % | + 230,40 € / mois |
| 15 ans et + | 15 % | + 288 € / mois |
5. Travail posté, nuit et dimanche
Les blanchisseries industrielles fonctionnent souvent en équipes successives (2x8, 3x8) pour optimiser l'utilisation des équipements. Plusieurs majorations s'ajoutent au salaire de base.
| Situation | Majoration |
|---|---|
| Travail en équipe 2x8 | + 8 à 12 % (selon accord d'entreprise) |
| Travail en équipe 3x8 incluant nuit | + 15 à 20 % |
| Heures de nuit (21h – 6h) | + 25 % du taux horaire + repos compensateur |
| Indemnité de panier de nuit | ~ 7,40 € / poste (1,5 fois le MG) |
| Dimanche travaillé | + 100 % du taux horaire |
| Jour férié travaillé | + 100 % + repos compensateur équivalent |
6. Pénibilité, chaleur et solvants
Le métier de la blanchisserie cumule plusieurs facteurs de pénibilité reconnus ouvrant droit au Compte professionnel de prévention (C2P) :
- Températures extrêmes : exposition à plus de 30 °C en continu près des calandres, tunnels de finition, séchoirs industriels et fers à repasser professionnels ;
- Agents chimiques dangereux : perchloroéthylène (CMR catégorie 2 — voir section dédiée), lessives industrielles, désinfectants, solvants ;
- Travail répétitif : cadences soutenues sur plieuse / engageuse / sécheuse, gestes répétés à la main pour le pliage, le triage et le contrôle qualité ;
- Travail de nuit et équipes successives alternantes dans les blanchisseries industrielles fonctionnant 24h/24 ou en 2x8.
L'employeur doit déclarer les expositions chaque année via la DSN. Connectez-vous sur compteprofessionnelprevention.fr avec FranceConnect pour consulter votre solde. Les points permettent : 25 h de formation par point, passage à 80 % sans perte de salaire (10 points = 1 trimestre), retraite anticipée jusqu'à 2 ans avant l'âge légal.
7. Perchloroéthylène : règles spécifiques
Le perchloroéthylène (perc), longtemps utilisé pour le nettoyage à sec, est classé cancérogène possible (catégorie 2) par le CIRC. Sa réglementation a été progressivement durcie en France :
- 2013 : interdiction des nouvelles installations au perc dans les locaux contigus à des locaux occupés par des tiers (habitations, bureaux) ;
- 2022 : suppression totale dans les locaux contigus aux habitations ;
- Les pressings éloignés peuvent encore l'utiliser à condition d'être équipés de machines de 5ᵉ génération en circuit fermé, validées par les pouvoirs publics.
Pour tout salarié exposé au perc ou aux solvants alternatifs (silicones, hydrocarbures), l'employeur doit : 1) réaliser un DUER (Document Unique d'Évaluation des Risques) spécifique, 2) fournir des EPI adaptés (gants nitrile résistants aux solvants, masque cartouche type A2, lunettes), 3) organiser une surveillance médicale renforcée (visite tous les 2 ans minimum), 4) afficher les fiches de sécurité (FDS) des produits utilisés.
8. Congés et événements familiaux
25 jours ouvrés légaux + 1 jour après 5 ans d'ancienneté, 2 jours après 10 ans, 3 jours après 15 ans.
| Événement | Durée |
|---|---|
| Mariage / PACS du salarié | 4 jours |
| Naissance ou adoption | 3 jours (cumulables avec congé paternité légal) |
| Décès conjoint / partenaire / concubin | 3 jours |
| Décès d'un enfant | 14 jours conventionnels + 8 jours de deuil légal |
| Décès parents / beaux-parents | 3 jours |
9. Maladie, prévoyance et inaptitude
Maintien de salaire en cas de maladie
| Ancienneté | Maintien à 90 % | Maintien à 75 % |
|---|---|---|
| 1 à 5 ans | 30 jours | 30 jours suivants |
| 5 à 10 ans | 40 jours | 40 jours suivants |
| 10 à 15 ans | 50 jours | 50 jours suivants |
| + 15 ans | 60 jours | 60 jours suivants |
Inaptitude au poste
Le métier est très exposé à l'inaptitude pour TMS (troubles musculo-squelettiques), tendinites des poignets/épaules, lombalgies. En cas d'inaptitude prononcée par le médecin du travail, l'employeur a un mois pour proposer un reclassement (article L1226-2 ou L1226-10). À défaut, licenciement pour inaptitude avec indemnité conventionnelle ou légale (la plus favorable), doublée si origine professionnelle.
10. Préavis et indemnités de rupture
| Catégorie | Démission | Licenciement < 2 ans | Licenciement ≥ 2 ans |
|---|---|---|---|
| Ouvriers / employés (I, II) | 2 semaines | 1 mois | 2 mois |
| Techniciens / agents de maîtrise (III, IV) | 1 mois | 2 mois | 2 mois |
| Cadres (V) | 3 mois | 3 mois | 3 mois |
Indemnité de licenciement
Barème légal (article R1234-2) : 1/4 de mois par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, puis 1/3 de mois par année au-delà. Assiette : moyenne des 12 ou 3 derniers mois (formule la plus avantageuse), incluant prime d'ancienneté, primes de poste, 13ᵉ mois proratisé.
11. Questions fréquentes
Mon employeur peut-il refuser de me fournir des gants et un masque ?
Non. Les EPI sont une obligation patronale absolue (article L4121-1). Pour le pressing : gants nitrile résistants aux solvants, masque FFP2 ou cartouche A2, lunettes, chaussures antidérapantes. En cas de refus, alertez le CSE et l'inspection du travail. Vous pouvez aussi exercer votre droit de retrait (article L4131-1) si le danger est grave et imminent.
La chaleur excessive peut-elle justifier un arrêt ?
Oui. Au-dessus de 30 °C, l'employeur a une obligation renforcée de prévention (mise à disposition d'eau fraîche, pauses, ventilation). À partir de 33 °C, le travail dans des conditions normales devient dangereux et peut justifier l'exercice du droit de retrait. Le Code du travail (articles R4225-2 à R4225-4) impose des locaux adaptés à la chaleur ambiante.
Les blanchisseries industrielles versent-elles un 13ᵉ mois ?
Pas systématiquement, mais c'est devenu courant chez les grands acteurs (Elis, Initial, RLD, MAJ, Kalhyge) via accord d'entreprise. Dans les pressings indépendants et TPE, il est plus rare. Vérifiez votre accord d'entreprise.
Comment récupérer le temps de pause si la cadence est trop forte ?
Le Code du travail impose une pause de 20 minutes minimum après 6 heures de travail consécutif (article L3121-33). En blanchisserie industrielle, certains accords prévoient des pauses de 10 min toutes les 2 heures pour compenser la cadence machine. Vérifiez votre accord d'entreprise et exigez le respect strict des pauses.
Que faire si la machine est dangereuse ou en panne ?
Refusez de l'utiliser et alertez immédiatement votre supérieur par écrit. Les calandres et plieuses industrielles sont parmi les machines les plus accidentogènes de l'industrie (écrasements, brûlures). Le droit de retrait s'applique pleinement. Aucune sanction ne peut vous être infligée si le danger est réel.
Comment connaître l'accord d'entreprise (13ᵉ mois, primes additionnelles) ?
Demandez-le par écrit au service RH ou au CSE. L'employeur a l'obligation de tenir à disposition tous les accords d'entreprise (article R2262-1 Code du travail). Vous pouvez aussi consulter la base Légifrance.
Sources : Convention collective nationale blanchisserie, laverie, location de linge, nettoyage à sec, pressing et teinturerie (IDCC 2002, brochure JO 3074), accord NAO 2026 du 18 décembre 2025. Code du travail (articles L1226-2, L1226-10, L3121-33, L4121-1, L4131-1, R1234-2, R2262-1, R4225-2 à R4225-4). Réglementation perchloroéthylène : arrêtés du 5 décembre 2012, 2013 et 2018. Publications GEIST, FFPB, INRS. Page mise à jour le 8 mai 2026.