Convention Industrie Habillement 2026 (IDCC 247) : Salaires Couturière et Droits

Mise à jour : 10/05/2026 Convention collective

La convention collective nationale de l'industrie de l'habillement (IDCC 247, brochure JO 3098) couvre près de 35 000 salariés dans la confection des vêtements : coupe, couture, finition, modélisme et patronnage. Elle se distingue de l'industrie textile (IDCC 18) qui couvre l'amont (filature, tissage, ennoblissement). Le secteur, fortement délocalisé depuis 30 ans, a connu un renouveau récent porté par les maisons de luxe et de haute couture françaises et par le renouveau des ateliers Made in France.

Mini niveau I
1 805 €
brut / 35h (< SMIC)
Mini niveau III
1 887 €
brut / 35h
Anc. ouvriers max
25 %
après 15 ans (sur CP)
Salariés couverts
~ 35 000
en France

1. Présentation IDCC 247

Signée le 17 février 1958 et étendue par arrêté du 30 décembre 1958, la convention IDCC 247 est l'une des plus anciennes du secteur. Elle est négociée côté employeurs par l'UFIH (Union Française des Industries de l'Habillement). Côté salariés, les cinq syndicats représentatifs (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO) y siègent.

Elle s'applique aux entreprises dont l'activité principale relève des codes NAF 14.xx (fabrication d'articles d'habillement) à l'exception de la chaussure (IDCC 1580), la maroquinerie (IDCC 2528), la fourrure et certains métiers d'art (conventions propres).

2. Habillement vs Textile : la confusion fréquente

Beaucoup de salariés confondent les deux conventions, alors qu'elles couvrent des activités différentes et ont des règles distinctes :

Une question d'amont / aval

L'IDCC 18 — Industrie textile couvre les activités amont : filature (fibres → fil), tissage et tricotage (fil → étoffes), ennoblissement (teinture, impression, apprêts). L'IDCC 247 — Industrie de l'habillement couvre les activités aval : transformation des étoffes en vêtements (coupe, couture, finition, modélisme, retouches). Vérifiez l'IDCC sur votre bulletin de paie. Une entreprise peut avoir les deux activités (filature + confection) et appliquer les deux conventions selon les sites / ateliers.

3. Les 4 maillons de la confection

1

Modélisme / Patronnage

Création du modèle, prototype, patronage, gradation des tailles, dossier technique.

2

Coupe

Placement informatique, matelassage, coupe automatisée (CNC) ou manuelle, étiquetage des pièces, mise en lots.

3

Couture / Montage

Assemblage des pièces : surfilage, piqûre, montage des manches, cols, doublure, fermetures, poches, finitions intérieures.

4

Finition / Expédition

Repassage, contrôle qualité, étiquetage produit fini, conditionnement, emballage, expédition.

4. Classification par niveaux et échelons

La convention IDCC 247 ne classe pas les salariés par coefficients chiffrés mais par niveaux (I à V) et échelons (1 à 4), déclinés dans des annexes distinctes : annexe I (ouvriers), annexe II (employés), annexe III (techniciens et agents de maîtrise) et l'annexe des ingénieurs et cadres. Le minimum garanti dépend du niveau, de l'échelon et, pour les employés et les TAM, de l'ancienneté.

Niveau Échelons Profil type Exemples de postes
I1 à 4Ouvrière d'exécutionManutentionnaire, finisseuse débutante, étiqueteuse
II1 à 4Ouvrière qualifiéeCouturière confirmée, surfileuse, repasseuse
III1 à 4Ouvrière hautement qualifiéeCouturière polyvalente, monteuse, contrôleuse qualité
IV1 à 4Technicien / agent de maîtriseModéliste, prototypiste, chef d'équipe, contremaîtresse
VCadreResponsable production, directrice de collection

Source : Convention IDCC 247, annexes classification (annexes I à III). Texte intégral sur Légifrance.

5. Grille de salaires 2026

Les minima conventionnels de l'habillement sont fixés par accord paritaire. Le barème en vigueur résulte de l'avenant n° S69 du 3 mars 2026 (applicable au 1er mars 2026), qui a revalorisé la grille d'environ + 1,6 % en moyenne. Les montants ci-dessous sont en brut mensuel pour 35 heures hebdomadaires (151,67 h/mois), hors primes de rendement. Pour les employés et les TAM, le minimum augmente aussi avec l'ancienneté (barème par tranches).

Annexe Niveau / échelon Mini brut 35h Profil type
OuvriersI — éch. 11 805 €Manutentionnaire, finisseuse débutante
OuvriersI — éch. 41 823 €Étiqueteuse, conditionneuse
OuvriersII — éch. 11 827 €Surfileuse, repasseuse
OuvriersII — éch. 41 842 €Couturière confirmée
OuvriersIII — éch. 11 847 €Couturière polyvalente
OuvriersIII — éch. 21 887 €Couturière hautement qualifiée, monteuse
EmployésIII — éch. 4 (15 ans+)1 970 €Employée qualifiée expérimentée
TAMIV≈ 2 100 – 2 500 €Modéliste, chef d'équipe, contremaîtresse
CadresVjusqu'à ≈ 3 218 €Cadre, responsable production

Source : avenant salaires n° S69 du 3 mars 2026 (IDCC 247), grilles annexes I, II et III.

SMIC au 1er juin 2026 : le SMIC est passé à 1 867,02 € brut mensuel (12,31 €/h) au 1er juin 2026. La quasi-totalité des minima ouvriers et employés de la grille (niveaux I à III) sont inférieurs à ce montant et ne s'appliquent donc plus en l'état : l'employeur doit verser au moins le SMIC pour un temps plein 35 h, tant que la branche n'a pas revalorisé sa grille au-dessus du SMIC.

6. Simulateur de paie

Simulateur paie habillement 2026

Salaire de base + heures sup + ancienneté + prime de rendement.

Salaire de base 35h1 842 €
Heures supplémentaires+ 0 €
Prime de rendement+ 368 €
Brut mensuel2 210 €
Net estimé (≈ 78 %)1 724 €

Estimation indicative. Hors prime d'ancienneté (versée annuellement sur les congés payés pour les ouvriers) et 13ᵉ mois. Le salaire versé ne peut être inférieur au SMIC.

Échelle salariale habillement

Minima conventionnels par niveau (35h hors HS).

SMIC 20261 867 €
Mini N.III1 887 €
Anc. ouvriers25 %

7. Rendement et prime de productivité

Le secteur de la confection a historiquement développé un système de rémunération au rendement (« au rendement », « à la pièce ») où la prime individuelle ou collective dépend du temps standard pour exécuter une opération (chronométrage). Ce système, hérité du taylorisme, reste pratiqué dans de nombreuses entreprises de moyenne gamme et de masse.

Comment fonctionne le rendement

  • Temps standard : chaque opération (montage manche, pose zip, surfilage) a un temps de référence négocié, généralement en centaines de secondes ;
  • Performance : le rendement est mesuré par le ratio temps standard / temps réel. Une performance à 100 % génère le rendement de base ;
  • Prime de rendement : appliquée au-delà de 80 % de performance, croissante jusqu'à un plafond (souvent 130-140 %) ;
  • Garantie de salaire : le salaire global ne peut jamais être inférieur au minimum conventionnel (le rendement complète, il ne remplace pas).
Pression et TMS

Le système au rendement pousse à la cadence et est largement responsable des troubles musculo-squelettiques (TMS) massifs dans le secteur. La Médecine du travail et la Sécurité sociale recommandent désormais de limiter ou supprimer le rendement. De nombreux ateliers haut de gamme y ont renoncé au profit du salaire fixe + prime de qualité, valorisant la précision et la finition.

8. Prime d'ancienneté

Le mécanisme diffère selon la catégorie et il ne s'agit pas d'un pourcentage appliqué chaque mois au salaire :

Ouvriers : une prime sur les congés payés

Pour les ouvriers (annexe I, article 14), la prime d'ancienneté est calculée sur l'indemnité de congés payés correspondant au congé annuel, dans la limite de 30 jours ouvrables. Elle est donc versée une fois par an avec les congés, et non mensuellement.

AnciennetéTaux (ouvriers)Assiette
3 ans5 %de l'indemnité de congés payés (30 j ouvrables max)
5 ans10 %
10 ans20 %
15 ans et +25 %

Pour les employés (annexe II) et les techniciens / agents de maîtrise (annexe III), il n'existe pas de prime distincte : l'ancienneté est intégrée directement au barème des minima, qui augmente par tranches (moins de 3 ans, 3 à 6, 6 à 9, 9 à 12, 12 à 15, puis 15 ans et plus).

Source : Convention IDCC 247, annexe I (article 14) et annexes II-III ; avenant salaires n° S69 du 3 mars 2026.

9. Le secteur du luxe et Métiers d'art

Les maisons de luxe et de haute couture appliquent l'IDCC 247 comme base, mais offrent souvent des conditions supérieures aux minima grâce à leurs accords d'entreprise et à la valorisation des savoir-faire d'exception. Ces avantages relèvent de la négociation propre à chaque entreprise et ne sont pas fixés par la convention de branche.

Des conditions négociées au niveau de l'entreprise

Dans les ateliers haut de gamme, on rencontre fréquemment : des salaires de base au-dessus du minimum conventionnel, un 13ᵉ mois, de l'intéressement et de la participation, une prime de qualité substituée au rendement, une mutuelle avantageuse et une formation continue interne, avec des possibilités d'évolution vers les Métiers d'art. Les montants et modalités varient fortement selon l'employeur ; aucune de ces conditions n'est garantie par la convention collective de branche.

AvantageModalités typiques (accords d'entreprise, luxe)
Salaire de baseSouvent au-dessus du minimum conventionnel
13ᵉ moisFréquent, parfois complété d'une prime annuelle
Intéressement / participationSelon les résultats de l'entreprise
Prime de qualitéRemplace souvent le rendement, valorise la précision
Épargne salariale (PEE / PERCO)Avec abondement employeur selon accord
MutuellePrise en charge renforcée selon l'entreprise
Formation continueÉcoles internes de savoir-faire
Évolution internePossibilité d'évoluer vers les Métiers d'art

10. TMS et inaptitude

L'industrie de l'habillement est l'un des secteurs les plus exposés aux troubles musculo-squelettiques (TMS) en France. Les facteurs sont multiples :

  • Travail répétitif : gestes manuels à haute fréquence (couture, surfilage, finition) cumulant jusqu'à 10 000 mouvements répétés par jour ;
  • Postures contraignantes : position assise prolongée devant la machine à coudre, penchée pour les opérations de précision, debout statique pour le repassage et la coupe ;
  • Cadences soutenues avec rendement parfois élevé, induisant stress et fatigue ;
  • Charges : manutention de rouleaux de tissu (10-30 kg), de matelas de coupe, de paquets de pièces.

Pathologies fréquentes reconnues comme maladies professionnelles

PathologieTableau MPLocalisation principale
Syndrome canal carpienTableau 57Poignet (couturières)
Tendinite épaule (épicondylite)Tableau 57Coude, épaule
Cervicalgies chroniquesTableau 97Nuque, cou
Lombalgies chroniquesTableau 98Bas du dos (repassage, coupe)
TMS = première cause d'inaptitude

Les TMS représentent plus de 80 % des inaptitudes professionnelles dans la confection. Si vous ressentez des douleurs persistantes, consultez la médecine du travail rapidement : un aménagement de poste, une rotation des tâches ou un reclassement précoce peut éviter l'aggravation. La reconnaissance en maladie professionnelle (présomption d'imputabilité au titre des tableaux 57, 97 et 98) ouvre droit à une indemnisation complète et au doublement de l'indemnité de licenciement en cas d'inaptitude.

11. Maladie, prévoyance et inaptitude

Maintien de salaire en cas de maladie

AnciennetéMaintien à 90 %Maintien à 75 %
1 à 5 ans30 jours30 jours suivants
5 à 10 ans40 jours40 jours suivants
10 à 15 ans50 jours50 jours suivants
+ 15 ans60 jours60 jours suivants

Inaptitude au poste

En cas d'inaptitude prononcée par le médecin du travail, l'employeur a un mois pour proposer un reclassement (article L1226-2 ou L1226-10 selon origine). À défaut, licenciement avec indemnité conventionnelle ou légale, doublée si origine professionnelle (cas fréquent avec les TMS).

12. Préavis et indemnités de rupture

Catégorie Démission Licenciement < 2 ans Licenciement ≥ 2 ans
Niveaux 1 et 2 (ouvrières, employées)1 mois1 mois2 mois
Niveau 3 (couturières hautement qualifiées)2 mois2 mois2 mois
Niveau 4 (techniciens, AM)3 mois3 mois3 mois
Niveau 5 (cadres)3 mois3 mois3 mois

Indemnité de licenciement

Barème légal renforcé (article R1234-2) : 1/4 de mois par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, puis 1/3 de mois au-delà. L'assiette inclut salaire de base, prime d'ancienneté, primes de rendement (sur les 12 derniers mois), 13ᵉ mois proratisé. Doublée en cas d'inaptitude d'origine professionnelle (cas le plus fréquent avec les TMS).

13. Questions fréquentes

Quel salaire pour une couturière dans une maison de luxe ?

Dans les maisons de luxe et de haute couture, une couturière qualifiée perçoit généralement une rémunération de base supérieure au minimum conventionnel, à laquelle peuvent s'ajouter le 13ᵉ mois, l'intéressement / participation, une prime de qualité et une mutuelle avantageuse. Les montants dépendent des accords propres à chaque entreprise et ne sont pas fixés par la convention de branche ; ils varient donc fortement d'un atelier à l'autre. Les couturières d'art (Métiers d'art) relèvent le plus souvent d'une classification élevée.

Le rendement est-il toujours pratiqué ?

Encore largement, dans la confection de moyenne gamme et de masse. De nombreux ateliers haut de gamme y ont renoncé pour valoriser la qualité plutôt que la cadence. Plusieurs marques Made in France tendent aussi à abandonner le rendement individuel au profit de primes collectives.

Comment se reconvertir si TMS / inaptitude ?

La reconversion est fréquente dans le secteur après quelques années en couture. Pistes possibles : formation de modéliste dans une école de mode spécialisée, financée par le CPF avec abondement possible de l'OPCO 2i ; évolution vers le contrôle qualité, la logistique d'atelier ou la formation interne ; reconversion vers d'autres secteurs (cuir, maroquinerie, retouches indépendantes). En cas d'inaptitude, l'employeur doit chercher un reclassement avant tout licenciement.

L'industrie de l'habillement a-t-elle un avenir en France ?

Oui, dans des niches : luxe et haut de gamme (en croissance), Made in France (renouveau de marques nationales), petites séries et personnalisation (impossible en délocalisation), vêtements techniques (sportwear, professionnel). Le métier de couturière qualifiée reste en tension dans le luxe avec un déficit chronique de formation. Les écoles de mode et lycées des métiers spécialisés forment les profils techniques recherchés.

Comment connaître mon niveau et mon échelon ?

Ils doivent figurer sur votre contrat de travail et sur votre bulletin de paie. Si la mention manque, demandez-la par écrit. La fiche de poste précise vos missions et permet de vérifier la cohérence entre le niveau/échelon et les tâches réellement effectuées.

Sources : Convention collective nationale de l'industrie de l'habillement (IDCC 247, brochure JO 3098) du 17 février 1958. Avenant salaires n° S69 du 3 mars 2026 (applicable au 1er mars 2026). Code du travail (articles L1226-2, L1226-10, L3133-6, L3245-1, R1234-2). Code de la Sécurité sociale (tableaux 57, 97, 98 sur les maladies professionnelles). Publications UFIH, INRS (dossier TMS confection). Page mise à jour le 10 mai 2026.
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