Intérim 2026 : IFM, ICCP, CDI Intérimaire et Tous Vos Droits
L'intérim concerne 800 000 salariés en équivalent temps plein en France, recrutés par les agences (Adecco, Manpower, Randstad, Synergie, Crit, Proman, Actual…) puis mis à disposition d'entreprises clientes. Contrairement à un CDD classique, le statut intérimaire est régi par des règles spécifiques du Code du travail (articles L1251-1 et suivants) et offre deux avantages financiers majeurs : l'IFM (Indemnité de Fin de Mission, 10 %) et l'ICCP (Indemnité Compensatrice de Congés Payés, 10 %). Cumulés, ils représentent une majoration de plus de 21 % par rapport au salaire de base.
Sommaire
- Cadre juridique de l'intérim
- CDI vs CDD vs Intérim vs CDI-I
- Le principe d'équivalence salariale
- IFM : la prime de précarité 10 %
- ICCP : les congés payés 10 %
- Simulateur de paie intérim
- Le CDI Intérimaire (CDI-I)
- Délai de carence et succession de missions
- Requalification en CDI
- Mutuelle, prévoyance et formation
- Abus fréquents et droits à connaître
- Questions fréquentes
1. Cadre juridique de l'intérim
Le travail temporaire (intérim) est régi par le Code du travail, articles L1251-1 à L1251-64, et par la convention collective des salariés permanents des entreprises de travail temporaire (IDCC 2378 pour le CDI-I). L'intérimaire est salarié de l'agence d'intérim (entreprise de travail temporaire, ETT) qui le « met à disposition » d'une entreprise utilisatrice (EU).
L'intérim implique trois parties : l'intérimaire (salarié), l'agence d'intérim (employeur officiel, qui paie le salaire), et l'entreprise utilisatrice (où le travail est effectué). La convention collective applicable au salaire et aux conditions de travail est celle de l'entreprise utilisatrice (par exemple : métallurgie chez un client UIMM, BTP chez une entreprise FFB). L'IFM et l'ICCP s'ajoutent aux droits conventionnels.
Côté employeurs, les agences sont représentées par Prisme Emploi (ex-Prism'Emploi). Côté salariés, les cinq syndicats représentatifs (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO) négocient les accords de branche via une commission paritaire spécifique.
2. CDI vs CDD vs Intérim vs CDI-I
Quatre statuts coexistent pour un même poste. Voici les différences principales pour vous aider à choisir (ou à comprendre votre situation actuelle) :
Contrat à durée indéterminée
- Pas de prime de précarité
- Stabilité maximum
- Préavis obligatoire
- Indemnité de licenciement
- Salaire de base au coefficient CCN
Contrat à durée déterminée
- IFM 10 % (prime de précarité)
- ICCP 10 % (congés payés)
- Durée maximum 18 mois
- Renouvellement limité (2 fois)
- Motif obligatoire
Mission temporaire (CTT)
- IFM 10 %
- ICCP 10 %
- Salarié de l'agence, mis à disposition
- Durée maximum 18 mois
- Délai de carence entre missions
Le compromis stabilité + flexibilité
Le CDI-I est un CDI signé directement entre l'intérimaire et son agence (Adecco, Manpower, Randstad, Synergie). Le salarié enchaîne les missions chez différents clients, mais conserve la stabilité d'un CDI : ancienneté continue, garantie de rémunération minimale en intermission, accès facilité au crédit immobilier. Plus d'IFM mais conservation de l'ICCP. ~ 90 000 salariés en CDI-I en 2026.
3. Le principe d'équivalence salariale
L'article L1251-18 du Code du travail pose un principe fondamental : l'intérimaire doit percevoir au moins la même rémunération qu'un salarié de l'entreprise utilisatrice à poste, qualification et ancienneté équivalents. Cela inclut :
- Le salaire de base au coefficient de la convention collective de l'EU ;
- La prime d'ancienneté éventuellement due ;
- Les majorations heures supplémentaires, nuit, dimanche, jours fériés ;
- Les indemnités de panier, déplacement, salissure, etc. ;
- Le 13ᵉ mois (proratisé) si applicable dans l'entreprise.
L'agence d'intérim doit vous communiquer le salaire de référence du poste dans l'entreprise utilisatrice. Comparez avec le minimum conventionnel de la CCN appliquée par l'EU (métallurgie, BTP, propreté…). Si vous êtes payé moins que ce minimum, vous pouvez réclamer un rappel de salaire auprès de l'agence (votre employeur officiel). Rappel possible sur 3 ans.
4. IFM : la prime de précarité 10 %
L'Indemnité de Fin de Mission (IFM), prévue à l'article L1251-32 du Code du travail, est obligatoirement versée à la fin de chaque mission. Son montant est de 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant la mission, incluant :
- Le salaire de base ;
- Les heures supplémentaires majorées ;
- Les primes (ancienneté, poste, panier) ;
- Les majorations nuit / dimanche / jour férié.
Quand l'IFM n'est pas due
L'IFM peut être refusée par l'employeur dans les cas suivants :
- Refus d'un CDI proposé par l'EU à conditions équivalentes (poste, salaire, lieu) ;
- Faute grave ou faute lourde du salarié ;
- Rupture anticipée à l'initiative du salarié, sauf embauche en CDI ailleurs (justifiée) ;
- Mission étudiant pendant les vacances scolaires ;
- Contrat saisonnier ou d'usage (BTP, événementiel, déménagement, hôtellerie) — selon accords.
5. ICCP : les congés payés 10 %
L'Indemnité Compensatrice de Congés Payés (ICCP), prévue à l'article L1251-19, est versée en plus de l'IFM à la fin de chaque mission. Son montant est de 10 % de la rémunération brute totale, IFM incluse.
Pour une mission de 1 mois rémunérée 2 000 € brut :
— Salaire de base : 2 000 €
— IFM (10 % de 2 000) : 200 €
— ICCP (10 % de 2 200) : 220 €
— Total brut : 2 420 € (soit + 21 % vs CDI équivalent)
Contrairement à l'IFM, l'ICCP est toujours due, y compris en cas de faute grave, de refus de CDI ou de rupture à l'initiative du salarié. C'est un droit absolu lié aux congés payés légaux que l'intérimaire ne peut prendre par nature.
6. Simulateur de paie intérim
Estimez la rémunération totale d'une mission, IFM et ICCP inclus, et comparez avec un CDI équivalent.
Simulateur intérim 2026
Calcul du salaire brut total avec IFM, ICCP et comparaison CDI.
Calcul indicatif. Ne tient pas compte des cotisations spécifiques (Intérimaires Santé, prévoyance).
CDI vs Intérim sur 1 mois
Comparaison brut total à salaire de référence identique.
7. Le CDI Intérimaire (CDI-I)
Créé par l'accord du 10 juillet 2013 entre Prisme Emploi et trois syndicats (CFDT, CFE-CGC, CFTC), inscrit dans le Code du travail (article L1251-58-1) par la loi du 5 septembre 2018, le CDI Intérimaire (CDI-I) est un contrat à durée indéterminée signé directement entre l'intérimaire et son agence d'intérim.
Avantages et contraintes
| Avantages | Contraintes |
|---|---|
| Rémunération minimale garantie pendant les périodes d'inter-mission (au moins 75 % du SMIC pour les non-qualifiés, 100 % pour les techniciens, 110 % pour les cadres) | Acceptation obligatoire des missions proposées dans la zone géographique du contrat (rayon ≤ 50 km par défaut) |
| Ancienneté continue au sein de l'agence (= meilleurs droits aux congés, formation, indemnités de licenciement) | Plus d'IFM (10 %) puisque le contrat est à durée indéterminée |
| Accès facilité au crédit immobilier et à la location (CDI = stabilité aux yeux des banques et bailleurs) | Préavis de 1 à 3 mois en cas de démission selon ancienneté |
| Pas de délai de carence entre missions (continuité) | Indemnité de licenciement uniquement si licenciement par l'agence |
Le CDI-I est intéressant pour les intérimaires qui : 1) enchaînent les missions sans interruption, 2) ont besoin d'un CDI pour un projet immobilier ou personnel, 3) sont sur un métier en tension (BTP qualifié, métallurgie, logistique). Il est moins favorable pour ceux qui apprécient la liberté de refuser des missions ou qui changent fréquemment de zone géographique.
8. Délai de carence et succession de missions
L'article L1251-36 du Code du travail interdit à l'entreprise utilisatrice de réembaucher un intérimaire (ou un autre intérimaire) sur le même poste avant un délai minimum, appelé délai de carence.
| Durée de la mission précédente | Délai de carence |
|---|---|
| Moins de 14 jours | 1/2 de la durée (jours ouvrés) |
| 14 jours ou plus | 1/3 de la durée (jours ouvrés) |
Exemples : après une mission de 6 jours → délai de 3 jours. Après une mission de 30 jours → délai de 10 jours. Après une mission de 6 mois (130 jours ouvrés) → délai de 43 jours.
Exceptions au délai de carence
- Remplacement d'un salarié absent (maladie, congé) ;
- Travaux urgents nécessités par des mesures de sécurité ;
- Emplois saisonniers ;
- Emplois d'usage par convention collective (BTP, événementiel, déménagement, hôtellerie, audiovisuel) ;
- Rupture anticipée à l'initiative du salarié ;
- Refus du salarié de renouveler une mission.
9. Requalification en CDI
Si l'entreprise utilisatrice recourt abusivement à l'intérim (motif inexistant ou irrégulier, durée totale dépassée, succession de missions sans délai de carence valable), l'intérimaire peut demander la requalification de la relation en CDI auprès du conseil de prud'hommes (article L1251-40 Code du travail).
Conséquences de la requalification
- CDI avec l'entreprise utilisatrice à compter de la première mission ;
- Reconstitution de l'ancienneté totale ;
- Rappel de salaire sur la base du salaire CDI applicable, déduction faite des sommes déjà perçues ;
- Indemnité de requalification : minimum 1 mois de salaire (article L1251-41) ;
- Si la rupture intervient après requalification : indemnité légale de licenciement + dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Délai de prescription : 5 ans à compter de la dernière mission (action en requalification) ; 3 ans pour le rappel de salaire.
10. Mutuelle, prévoyance et formation
Intérimaires Santé
La complémentaire santé Intérimaires Santé est obligatoire depuis 2014 (accord de branche du 10 juillet 2009). Elle prend le relais à partir de :
- 414 heures travaillées sur 12 mois, ou
- 600 heures sur 18 mois.
La cotisation est partagée 50/50 entre l'agence et l'intérimaire. La couverture est maintenue 12 mois après la dernière mission (portabilité). Le panier de soins couvre soins courants, hospitalisation, optique et dentaire à des niveaux supérieurs au panier minimum légal.
Prévoyance
Le régime de prévoyance des intérimaires est géré par Réunica Prévoyance / AG2R La Mondiale et couvre incapacité, invalidité et décès. Activation à partir de 600 h sur 12 mois.
Formation et FAFTT
L'FAFTT (Fonds d'Assurance Formation du Travail Temporaire), avec l'OPCO AKTO, finance la formation des intérimaires :
- CPF abondé jusqu'à 1 000 €/an supplémentaires pour les intérimaires ;
- CDPI (Contrat de Développement Professionnel Intérimaire) : alternance avec rémunération maintenue ;
- CPI (Contrat de Professionnalisation Intérim) : qualification certifiante ;
- Pro-A (reconversion par alternance) ;
- VAE financée si 1 an d'expérience dans le métier visé ;
- Bilan de compétences gratuit après 1 600 h cumulées sur 18 mois.
11. Abus fréquents et droits à connaître
L'agence peut être tentée de vous payer au minimum conventionnel de la CCN de l'EU, alors que les salariés CDI de l'EU sur le même poste touchent davantage (négociations individuelles, primes d'entreprise). Demandez à l'EU le salaire de référence du poste et comparez. Rappel possible sur 3 ans.
Le motif de recours à l'intérim doit être indiqué sur le contrat (mission). « Surcroît temporaire d'activité » est souvent invoqué abusivement pour des postes en réalité permanents. Si vous êtes en mission depuis plus de 18 mois sans interruption, ou si l'EU recrute en CDI sur des postes identiques, demandez la requalification en CDI.
L'IFM (sauf cas de refus de CDI ou faute grave) et l'ICCP (toujours due) sont obligatoires. Si votre solde de tout compte ne les mentionne pas, réclamez-les par lettre RAR à l'agence. En cas de refus, saisissez les prud'hommes : la régularisation est automatique car les calculs sont objectifs.
Si l'EU vous fait travailler sur le même poste après une mission sans respecter le délai de carence (1/3 ou 1/2 de la durée précédente), c'est un motif de requalification en CDI. Conservez les contrats successifs comme preuve.
12. Questions fréquentes
L'IFM est-elle imposable ?
Oui. L'IFM est intégrée au revenu imposable et soumise aux cotisations sociales comme un salaire classique. Seules certaines indemnités de fin de contrat (transaction, rupture conventionnelle dans certaines limites) bénéficient d'exonérations partielles.
Mon agence peut-elle refuser de me proposer une nouvelle mission ?
Oui. Sauf si vous êtes en CDI-I (où l'agence a une obligation de fournir des missions), une agence n'a pas d'obligation de continuité de mission pour les intérimaires en mission classique (CTT). Vous pouvez vous inscrire dans plusieurs agences simultanément.
Mes droits Pôle Emploi sont-ils ouverts entre deux missions ?
Oui, dans la limite des règles classiques de l'assurance chômage. Pour bénéficier de l'ARE, il faut avoir cumulé au moins 6 mois de travail (130 jours ouvrés) sur les 24 derniers mois, et être inscrit à France Travail. Les périodes d'intermission (sans contrat) sont indemnisables.
Puis-je refuser une mission proposée par mon agence ?
Oui en mission classique (CTT), sans motif particulier — vous restez libre. En CDI-I, vous devez accepter les missions proposées dans votre zone de mobilité (souvent 50 km du domicile) à qualification équivalente. Un refus injustifié peut entraîner un licenciement pour cause réelle et sérieuse en CDI-I.
Comment est calculée la prime d'ancienneté en intérim ?
Si la convention collective de l'EU prévoit une prime d'ancienneté, l'intérimaire en bénéficie en principe (équivalence salariale). En pratique, c'est rarement appliqué pour les missions courtes (< 6 mois) car l'ancienneté ne se construit pas. Pour les missions longues ou les CDI-I, la prime s'applique avec l'ancienneté cumulée chez l'agence.
Comment connaître la convention collective de l'entreprise utilisatrice ?
Elle doit être indiquée sur votre contrat de mission (article L1251-43 Code du travail) ainsi que le coefficient appliqué et le salaire de référence. Vous pouvez aussi la vérifier sur le bulletin de paie d'un salarié CDI de l'EU (en demandant via le CSE ou les délégués syndicaux).
Que faire en cas d'accident du travail en mission ?
Déclarez-le immédiatement à l'agence d'intérim (votre employeur officiel) et à l'EU. L'agence est responsable de la déclaration AT/MP à la CPAM dans les 48 heures. Les indemnités journalières, les soins, les éventuels préjudices restent à la charge de la branche AT/MP de la Sécurité sociale et la responsabilité civile reste possible vis-à-vis de l'EU si elle a manqué à son obligation de sécurité.
Peut-on cumuler intérim et autre emploi ?
Oui, dans la limite de la durée maximale du travail (48 heures par semaine, 44 heures sur 12 semaines consécutives — article L3121-20 Code du travail). Vous devez informer votre agence et vos employeurs parallèles. Cumuler plusieurs missions courtes via différentes agences est légal et fréquent.
Sources : Code du travail, articles L1251-1 à L1251-64 sur le travail temporaire, articles L1251-58-1 (CDI Intérimaire), L1251-18 (équivalence salariale), L1251-19 (ICCP), L1251-32 (IFM), L1251-36 (délai de carence), L1251-40 (requalification), L1251-41 (indemnité de requalification), L1251-43 (mentions obligatoires du contrat), L3121-20 (durée du travail). Convention collective des salariés permanents des entreprises de travail temporaire (IDCC 2378). Accord du 10 juillet 2009 sur Intérimaires Santé. Accord du 10 juillet 2013 sur le CDI-I, repris par la loi du 5 septembre 2018. Publications Prisme Emploi, FAFTT, AKTO. Page mise à jour le 8 mai 2026.