Chiffres clés · mis à jour en septembre 2026

10,8 Mt d’acier brut, deux filières, une bascule électrique plus lente qu’annoncé

La France a produit 10,8 millions de tonnes d'acier brut en 2024, contre 27 Mt au pic de 1974. Deux filières coexistent : la filière fonte (haut-fourneau puis convertisseur à oxygène), qui fournit encore les deux tiers du volume, et la filière électrique (four à arc alimenté en ferrailles), qui en assure environ un tiers. Cette page réunit les chiffres de production, les sites en activité et l'état réel des projets de décarbonation — annonces et calendriers effectifs compris.

10,8 Mt
Acier brut produit en France en 2024
~ 1/3
Part de la filière électrique (3,9 Mt sur 12,1 en 2022)
5
Hauts fourneaux installés : 3 à Dunkerque, 2 à Fos
2029
Première coulée annoncée du four électrique de Dunkerque

Le récit d'une sidérurgie française déjà passée à l'électrique doit être nuancé. Le plan de décarbonation initial d'ArcelorMittal — 1,8 milliard d'euros pour deux fours électriques et une unité de réduction directe (DRI) à Dunkerque — a été gelé fin 2024, puis révisé à la baisse en 2025. Ce n'est que le 10 février 2026 que le groupe a confirmé un projet plus modeste : un seul four à arc électrique de 2 Mt, pour 1,3 milliard d'euros, avec les études et la demande d'autorisation environnementale en 2026, la construction de 2027 à 2029 et une première coulée annoncée pour 2029.

Autrement dit, en 2026, aucun four électrique ni aucune unité de réduction directe ne produit encore d'acier à Dunkerque : les hauts fourneaux restent l'ossature de la production française. Ce que l'on peut mesurer aujourd'hui, ce sont les volumes, la répartition entre les deux filières, la localisation des sites et le contenu carbone de chaque procédé. C'est l'objet de cette page.

De la Molécule de Carbone au Flux d'Électrons : Le Grand Saut

Le paysage industriel français de ce début d'année 2026 est marqué par un silence nouveau. Dans les grands bassins sidérurgiques, le sifflement des hauts-fourneaux traditionnels cède progressivement la place au bourdonnement sourd des transformateurs Très Haute Tension. Nous vivons la fin de l'ère du "Coke" (charbon) au profit de l'électron massif.

L'Adieu au Haut-Fourneau

Historiquement, pour produire de l'acier, il fallait "arracher" l'oxygène au minerai de fer en utilisant du carbone issu du charbon à 2000°C. Ce procédé, bien que robuste, faisait de la sidérurgie le premier émetteur de CO₂ industriel du pays.

La voie de rupture s'appelle DRI (Direct Reduced Iron) : au lieu du charbon, on réduit le minerai avec du gaz naturel, puis à terme avec de l'hydrogène, avant de fondre le produit obtenu dans un four à arc électrique (EAF). En France, cette voie reste à ce jour au stade du projet : l'unité DRI de Dunkerque a été retirée du plan confirmé en février 2026, et le projet GravitHy à Fos-sur-Mer, porté par un consortium distinct, n'a pas encore atteint sa décision finale d'investissement.

Le Défi du Gigawatt

Une usine comme celle de Dunkerque consomme désormais autant d'électricité qu'une métropole comme Lyon. Le succès de cette mutation dépend d'un lien organique avec RTE et la disponibilité du parc nucléaire, notamment la montée en puissance des EPR.

Intensité carbone : filière fonte contre filière électrique

Émissions de CO₂ par tonne d'acier produite (en tonnes)

Méthode : la valeur de 0,6 t CO₂/t est celle annoncée par ArcelorMittal pour son futur four électrique de Dunkerque (communiqué du 10 février 2026). La valeur de la filière fonte est un ordre de grandeur pour un site intégré européen, et non une mesure site par site.

L'IA au service de la fusion

Passer à l'électrique déplace la contrainte vers l'énergie. Le coût de l'électricité pèse directement sur le prix de revient de la tonne, ce qui conduit les aciéries électriques à caler leur production sur les heures les moins chères et à valoriser leur flexibilité auprès du réseau.

Le saviez-vous ?

Les aciéries électriques font partie des sites dits électro-intensifs qui peuvent souscrire au dispositif d'interruptibilité prévu par l'article L. 321-19 du code de l'énergie : en contrepartie d'une rémunération, elles s'engagent à couper leur consommation très rapidement sur ordre de RTE en cas de déséquilibre du réseau. Une aciérie devient alors un levier d'équilibrage, et pas seulement un consommateur.

Cette dépendance totale à l'électron pose cependant une question cruciale : où trouver la matière première à fondre ? Car si le minerai de fer s'efface, c'est une autre ressource, bien plus locale, qui devient le nouvel "or gris" de la France.

L'Or Gris : La Bataille pour la Souveraineté Circulaire

Si le charbon s'efface, une nouvelle dépendance émerge. En 2026, l'acier ne s'extrait plus seulement des mines lointaines du Brésil ou d'Australie : il se récolte dans nos déchetteries et nos centres de déconstruction. La ferraille recyclée est devenue le nouvel "or gris", une ressource si critique qu'elle fait l'objet d'une véritable guerre géopolitique.

Le recyclage : de l'option au standard

Le passage massif aux Fours à Arc Électrique (EAF) a bouleversé la recette de fabrication de l'acier. Alors qu'un haut-fourneau traditionnel utilise majoritairement du minerai de fer vierge, le four électrique, lui, "mange" de la ferraille.

Chaque tonne de métal exportée hors d'Europe est une tonne qui ne sera pas refondue ici. C'est le sens du pacte signé le 9 septembre 2026 entre Federec et l'A3M, qui vise 12 à 14 Mt d'acier produits en France à l'horizon 2035, contre 10,8 Mt en 2024 — un objectif qui suppose de faire tourner à plein les capacités électriques déjà installées, aujourd'hui sous-utilisées faute de ferrailles suffisamment pures.

Protectionnisme Vert

Le Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), pleinement opérationnel en ce début 2026, joue son rôle de bouclier. En taxant l'acier "sale" importé, l'Europe redonne de l'oxygène aux usines françaises qui investissent dans le recyclage. La ferraille n'est plus un déchet, c'est une matière première stratégique protégée par la loi.

Le mix de production française par filière

Répartition de la production d’acier brut entre filière fonte et filière électrique (2022)

Source : L'Élémentarium (Société Chimique de France), fiche « Aciers » — 12,1 Mt d'acier brut produits en France en 2022, dont 8,155 Mt en filière fonte et 3,945 Mt en filière électrique.

Le défi de la pureté

Mais recycler ne suffit pas : il faut trier. L'acier d'un capot de voiture n'a pas les mêmes propriétés que celui d'une canette ou d'une poutrelle de bâtiment. Le grand défi industriel de 2026 réside dans la capacité des centres de tri à fournir une ferraille "propre", débarrassée du cuivre et des autres métaux contaminants.

L'économie circulaire en chiffres

Le recyclage de l'acier évite d'extraire et de réduire du minerai : selon les sources, une tonne de ferrailles refondues épargne de l'ordre de 1,1 à 1,5 tonne de minerai de fer ainsi que plusieurs centaines de kilos de charbon. L'écart de contenu carbone entre les deux filières est le même que celui du graphique ci-dessus. Les ordres de grandeur varient d'une publication à l'autre : ils se lisent comme des ordres de grandeur, pas comme des valeurs normalisées.

La Nouvelle Géographie du Métal : Des Vallées aux Hubs Littoraux

L'avenir de l'acier français ne se dessine plus dans les vallées enclavées du Grand Est, mais sur les façades maritimes. En 2026, la géographie industrielle a basculé vers le littoral pour répondre à une double exigence : faciliter les importations de matières premières et, surtout, accéder à l'énergie décarbonée massive.

Dunkerque : La "Green Steel Valley"

Premier site de production du pays, Dunkerque concentre trois des cinq hauts fourneaux français. C'est là qu'ArcelorMittal a confirmé, le 10 février 2026, la construction d'un four à arc électrique de 2 Mt (1,3 Md€, première coulée annoncée en 2029), soutenue par France 2030. Le groupe a par ailleurs annoncé une nouvelle unité d'aciers électriques sur son site voisin de Mardyck, pour un investissement de 500 M€.

Nucléaire & Éolien

Fos-sur-Mer : Le Pari de l'Hydrogène

Fos exploite les deux autres hauts fourneaux français, dont une partie peut être mise à l'arrêt selon la conjoncture. Le bassin accueille par ailleurs le projet GravitHy, porté par un consortium indépendant d'ArcelorMittal, qui vise une usine de réduction directe à l'hydrogène de l'ordre de 2 Mt. Ce projet n'a pas encore franchi sa décision finale d'investissement : il relève à ce jour de la prospective, pas de la production.

Solaire & H2

L'Acier, Pilier de l'Économie de Guerre

L'acier de haute technicité est un intrant des programmes de défense et d'aéronautique : aciers spéciaux pour pièces de moteur, tôles à haute limite d'élasticité, tubes. C'est l'un des arguments avancés en faveur du maintien d'une capacité de production sur le territoire, aux côtés des enjeux de coût et d'émissions.

Maintenir une production nationale n'est plus une question de rentabilité boursière, mais une nécessité vitale pour l'autonomie stratégique de l'Europe face aux tensions mondiales.

La Fin des "Gueules Noires", l'Ère des Techniciens

Cette mutation géographique s'accompagne d'une révolution sociale. Le métier de sidérurgiste a radicalement changé. En 2026, on ne manipule plus de charbon à la pelle ; on pilote des systèmes automatisés, on surveille l'électrolyse et on gère des flux énergétiques complexes. La formation de cette nouvelle génération de "cols bleus technologiques" est le dernier grand défi de la filière.

Ce que disent les chiffres

La France produit environ 10,8 Mt d'acier brut par an, soit 60 % de moins qu'au pic de 1974. Un tiers sort de fours électriques, et cette part progresse lentement : la capacité électrique installée dépasse la production réelle, faute de ferrailles suffisamment pures pour les nuances exigeantes.

La bascule vers l'acier bas carbone est engagée, mais plus lentement que les annonces ne l'ont laissé croire. Le plan initial à 1,8 Md€ d'ArcelorMittal, qui associait deux fours électriques et une unité de réduction directe, a été gelé fin 2024 ; le projet confirmé en février 2026 se limite à un four électrique de 2 Mt à Dunkerque, pour une première coulée annoncée en 2029.

Sources

Pour aller plus loin