Le BTS CRCI — Conception et Réalisation en Chaudronnerie Industrielle — est un diplôme d'État de niveau bac+2 (niveau 5).
Défini par l'arrêté du 19 février 2018, il forme en deux ans après le bac des techniciens capables de concevoir, préparer et superviser la fabrication d'ouvrages métalliques destinés à l'aéronautique, au nucléaire, à la pétrochimie ou au naval.
Selon l'enquête Besoins en main-d'œuvre 2026 de France Travail, 77 % des 4 896 projets de recrutement d'ouvriers en chaudronnerie et tôlerie sont jugés difficiles par les employeurs, contre 43 % en moyenne tous métiers.
Décryptage du programme, des établissements qui le proposent, des métiers à la sortie, des salaires et des perspectives d'évolution.
1. Qu'est-ce que le BTS CRCI ?
Le Brevet de Technicien Supérieur Conception et Réalisation en Chaudronnerie Industrielle est un diplôme d'État de niveau 5 enregistré au RNCP (équivalent bac+2). Il est défini par l'arrêté du 19 février 2018, modifié en 2020, et organisé en trois blocs de compétences : réponse à une affaire, conception des ensembles chaudronnés et des processus de réalisation, organisation et suivi de la réalisation.
Sa vocation est de former un technicien polyvalent capable d'intervenir sur toute la chaîne de fabrication d'un ouvrage chaudronné : analyse du cahier des charges, conception assistée par ordinateur, préparation des programmes machines, organisation de la production, supervision atelier, contrôle qualité. Les ouvrages concernés vont de la cuve agroalimentaire en inox à la pièce de structure aéronautique en aluminium, en passant par la tuyauterie nucléaire ou les charpentes métalliques.
Le BTS CRCI se prépare en deux ans après le baccalauréat. Selon l'Onisep, il est accessible avec un bac pro Technicien en chaudronnerie industrielle (TCI), un bac STI2D ou un bac général, sur dossier, parfois complété par des tests ou un entretien. Les bacheliers sans pratique d'atelier doivent la rattraper en première année. Il se prépare en formation initiale, en apprentissage, en formation continue ou par la VAE.
2. Programme et matières enseignées
Le référentiel articule un socle d'enseignement général (mathématiques, sciences physiques et chimiques appliquées, anglais professionnel, culture générale et expression) et un bloc dominant d'enseignement professionnel qui occupe l'essentiel des heures hebdomadaires.
Côté professionnel, les trois blocs du référentiel se traduisent en six grands domaines d'enseignement.
Analyse et conception (CAO / DAO)
Analyse fonctionnelle et structurelle de l'ouvrage, lecture de plans, dessin technique et modélisation sur logiciels de CAO et de DAO 3D. Tracé géométrique 2D/3D : développements, intersections, raccordements de tôles.
Procédés de fabrication
Cisaillage, pliage (presse plieuse à commande numérique), roulage, emboutissage, oxycoupage, découpe plasma et laser. Soudage TIG, MIG-MAG, électrode enrobée — chaque procédé étant adapté à une famille de matériaux.
Métallurgie et matériaux
Étude des aciers au carbone, des aciers inoxydables (dont les duplex), des alliages d'aluminium et des alliages de nickel. Comportement à la chaleur, traitements thermiques, soudabilité, corrosion.
Méthodes et organisation industrielle
Chronométrage, gammes de fabrication, ordonnancement, GPAO, suivi de production. Le BTS CRCI prépare autant à l'atelier qu'au bureau des méthodes.
Qualité et contrôles non destructifs
Métrologie dimensionnelle, contrôle visuel des soudures, CND par ressuage, magnétoscopie et ultrasons (UT). Notions de référentiels qualité EN 1090, ISO 3834 et exigences clients nucléaires ou aéronautiques.
Hygiène, sécurité et environnement
Prévention des risques en atelier et sur chantier : fumées de soudage (brochure INRS ED 668), bruit, manutention, travail en hauteur, ATEX, gestion des déchets métalliques.
Stages et examen
En formation initiale, le référentiel prévoit un stage en entreprise, dont la durée et le calendrier sont précisés par chaque établissement. En alternance, l'étudiant partage les deux années entre l'entreprise et le centre de formation (contrat d'apprentissage ou de professionnalisation).
Selon le règlement d'examen du référentiel, l'examen final combine des épreuves écrites (étude de cas industrielle, mathématiques, expression, langue), une épreuve pratique d'atelier, un dossier de projet professionnel issu de l'entreprise d'accueil et un oral de soutenance. Le candidat doit démontrer sa capacité à articuler conception, méthodes et fabrication sur un ouvrage réel.
3. Où passer le BTS CRCI en France
Le BTS CRCI est proposé par des lycées publics et privés sous contrat, et par des CFA (centres de formation d'apprentis), dont les pôles formation de l'UIMM qui adossent leurs promotions aux entreprises de la métallurgie. La liste à jour des établissements, par région, se consulte sur l'Onisep et sur Parcoursup.
Lycées
Formation initiale sous statut scolaire, candidature sur Parcoursup, avec stage en entreprise.
CFA et pôles formation UIMM
Apprentissage sur deux ans : il faut trouver une entreprise d'accueil, souvent avec l'aide du CFA.
Formation continue et VAE
Pour les salariés et les personnes en reconversion, y compris par blocs de compétences ou par validation des acquis de l'expérience.
Trois voies pour s'inscrire
La formation initiale temps plein reste majoritaire pour les jeunes sortant de bac pro ou bac général. L'alternance (contrat d'apprentissage ou de professionnalisation, financement OPCO 2i) est très développée dans le réseau UIMM. Le salaire minimum légal de l'apprenti est un pourcentage du SMIC, fixé par l'article D6222-26 du Code du travail selon l'âge et l'année de contrat :
| Âge de l'apprenti | 1re année | 2e année |
|---|---|---|
| 18 à 20 ans | 43 % du SMIC, soit 802,82 € | 51 %, soit 952,18 € |
| 21 à 25 ans | 53 %, soit 989,52 € | 61 %, soit 1 138,88 € |
| 26 ans et plus | 100 % du SMIC, soit 1 867,02 € | |
Montants bruts mensuels calculés sur le SMIC de 1 867,02 € (base 35 h, depuis le 1er juin 2026). Un salaire conventionnel plus favorable peut s'appliquer. Calcul personnalisé : simulateur de salaire apprenti.
Pour les adultes en reconversion, plusieurs dispositifs sont mobilisables : la Pro-A en interne, le Projet de Transition Professionnelle (Transitions Pro, ex-Fongecif) ou la VAE. D'autres certifications de la filière, d'un niveau inférieur, peuvent servir de marchepied : titre professionnel de soudeur, titre professionnel de tuyauteur industriel, ou les CQP de la métallurgie.
4. Métiers et secteurs qui recrutent
À la sortie, un titulaire du BTS CRCI peut accéder à une palette large de postes, en atelier comme au bureau d'études ou sur chantier. Les fonctions les plus fréquentes sont technicien méthodes en chaudronnerie ou tuyauterie, technicien de bureau d'études (dessinateur projeteur en CAO), chef d'équipe atelier, technicien chiffrage / devis, contrôleur qualité CND, ou conducteur de chantier en construction métallique.
Côté secteurs employeurs, la demande couvre l'ensemble de l'industrie lourde et de la fabrication métallique de précision.
Tableau des secteurs employeurs et qualifications recommandées
| Secteur | Types d'ouvrages | Qualifications et référentiels valorisés |
|---|---|---|
| Aéronautique | Pièces de structure et tôlerie en aluminium et titane, chez les sous-traitants de rang 1 et 2 | Système qualité EN 9100, soudage TIG qualifié |
| Nucléaire | Équipements sous pression, tuyauteries, chaudronnerie de maintenance | Soudage qualifié EN ISO 9606, code RCC-M, formations radioprotection et CSQ |
| Pétrochimie et raffinage | Tuyauteries et appareils à pression sur sites Seveso | Formations risque chimique N1 et N2, ATEX, soudage des inox |
| Agroalimentaire | Cuves et tuyauteries inox alimentaires | Soudage TIG des inox, conception hygiénique |
| Construction métallique | Charpentes et structures acier | Norme EN 1090 (exécution des structures) |
| Naval et défense | Coques, structures, tuyauteries de bord | Soudage MIG-MAG et TIG sur fortes épaisseurs et alliages d'aluminium |
| Énergie et renouvelables | Équipements nucléaires, éolien, hydrogène | EN 1090, qualifications de soudage, exigences propres au client |
Pour les procédés propres à ces secteurs, voir nos dossiers sur le soudage des aciers inoxydables et duplex et le soudage des alliages d'aluminium en chaudronnerie navale.
5. Salaires et conditions de travail
Dans la plupart des entreprises qui recrutent des titulaires du BTS CRCI, le cadre est la convention collective de la métallurgie (IDCC 3248), en vigueur depuis le 1er janvier 2024, qui a remplacé les anciennes conventions territoriales. Elle ne rattache pas un salaire au diplôme : chaque poste est classé selon une cotation en six critères, qui détermine une classe et un salaire minimum hiérarchique (SMH) annuel.
| Classe d'emploi | SMH annuel 2026 | Soit par mois (sur 12) |
|---|---|---|
| Groupe B, classe 4 | 23 620 € | 1 968 € |
| Groupe C, classe 5 | 24 510 € | 2 043 € |
| Groupe C, classe 6 | 25 780 € | 2 148 € |
| Groupe D, classe 7 | 26 680 € | 2 223 € |
| Groupe D, classe 8 | 28 700 € | 2 392 € |
| Groupe E, classe 9 | 30 760 € | 2 563 € |
| Groupe E, classe 10 | 33 970 € | 2 831 € |
Minima bruts annuels, base 35 heures, avenant du 20 février 2026 étendu (JO du 6 juin 2026). Ce sont des planchers : le salaire réel dépend de l'entreprise, de la région et des primes. Aucun salaire ne peut être inférieur au SMIC.
À ces minima s'ajoutent, selon les postes, les primes d'équipe (2x8, 3x8), les indemnités de grand déplacement sur chantier et l'intéressement. Les qualifications de soudage selon l'EN ISO 9606 et l'expérience en nucléaire ou en aéronautique sont recherchées et pèsent dans la négociation.
Pour situer un poste : simulateur de cotation d'un poste en métallurgie et calcul du salaire minimum hiérarchique. Les salaires observés du métier sont détaillés dans la fiche salaire chaudronnier.
Conditions de travail : ce qu'il faut savoir
Le métier se pratique en atelier ou sur chantier. Les EPI sont lourds : lunettes ou cagoule de soudage à teinte variable, gants cuir longs, vêtements ignifugés, chaussures de sécurité S3, parfois harnais en travail en hauteur. Pour les fumées de soudage, le Code du travail impose de capter les polluants au plus près de leur source d'émission (article R4222-12) ; la brochure INRS ED 668 détaille les dispositifs d'extraction à la source, en complément de la ventilation générale.
Les autres risques professionnels notables incluent le bruit (meulage, marteau-piqueur), la manutention manuelle (tôles épaisses), les projections, et — pour les chantiers de maintenance d'unités process — l'exposition ATEX ou les zones radioprotégées en nucléaire. Sur les grands sites industriels, le travail s'organise souvent en 3x8 voire 5x8, avec primes correspondantes.
6. Évolution de carrière et avenir du métier
Trajectoires d'évolution
La progression la plus classique part d'un poste de technicien production ou méthodes, évolue vers chef d'équipe puis contremaître, et culmine après 5 à 15 ans à des fonctions de responsable production ou responsable d'atelier.
Les passerelles diplômantes sont nombreuses. Côté Bac+3 : licence professionnelle Chaudronnerie / Tuyauterie ou Métiers de l'industrie, accessible en alternance. Côté ingénieur : le Cnam et les écoles d'ingénieurs accessibles en apprentissage, notamment via les formations ITII. D'autres trajectoires latérales s'ouvrent vers le bureau d'études en construction métallique, la QHSE (avec un complément Bac+3 / +5), les méthodes et industrialisation, ou la formation interne (formateur compagnon, tuteur d'apprentis).
Une tension de recrutement durable
Les métiers de la filière figurent parmi les plus difficiles à pourvoir dans l'enquête BMO 2026 : 77 % des projets de recrutement d'ouvriers en chaudronnerie et tôlerie sont jugés difficiles, 73 % pour les tuyauteurs, 69 % pour les soudeurs, contre 43 % tous métiers confondus.
Plusieurs grands programmes industriels entretiennent ces besoins, à commencer par le programme nucléaire EPR2 (six réacteurs prévus à Penly, Gravelines et Bugey), mais aussi la défense, la construction navale, l'aéronautique et les équipements de la transition énergétique.
L'impact de la robotisation
La robotisation du soudage ne se substitue pas au chaudronnier humain sur les pièces unitaires, les chantiers et les ouvrages complexes. Elle déplace en revanche une partie du métier vers la programmation, la conduite de cellules et la maintenance.
Les compétences sur les procédés émergents — soudage FSW (Friction Stir Welding) pour les alliages aluminium aéronautiques, soudage laser ou hybride laser-MAG — sont des compétences différenciantes, recherchées dans l'aéronautique et la construction navale.
Conclusion : un BTS au cœur de la réindustrialisation
Le BTS CRCI n'est pas un diplôme de second rang dans le paysage industriel : c'est l'un des socles techniques sur lesquels reposent les programmes nucléaires, aéronautiques et énergétiques en cours de relance. La conjonction d'un fort renouvellement démographique et d'un besoin structurel en compétences métaux place ses titulaires dans une position favorable, tant en termes d'embauche immédiate qu'en termes de trajectoires d'évolution.
Pour un jeune issu d'un bac pro industriel comme pour un adulte en reconversion vers les métiers de la métallurgie, c'est une voie courte, lisible, et qui ouvre concrètement la porte des grandes filières stratégiques. À condition de la compléter, dans la durée, par des qualifications de soudage codifié, des certifications nucléaires ou aéronautiques, ou un Bac+3 / ingénieur via les passerelles existantes.