HSE Seveso III ICPE

Étude de Dangers (EDD) Seveso : comment elle se construit et qui doit la signer

1 312 sites Seveso en France en 2026, dont 705 en seuil haut. Pour chacun d'eux, un document central : l'Étude de Dangers. Méthodes (HAZOP, nœud papillon, MMR), contenu réglementaire, cartographie des zones d'effet, signataires obligatoires, instruction par la DREAL et révision quinquennale : le guide complet 2026 pour exploitants, ingénieurs HSE et bureaux d'études.

Dossier risques industriels & sites Seveso
Mis à jour : mai 2026 • Lecture : 14 min
Section 01

Contexte : directive Seveso et ICPE

Le 10 juillet 1976, dans le village italien de Seveso, l'usine chimique ICMESA explose et libère un nuage de dioxine qui contamine 1 800 hectares. L'Europe, choquée, élabore en réponse la directive Seveso (1982), première grande législation européenne sur la prévention des accidents industriels majeurs. Elle a été révisée en 1996 (Seveso II) puis en 2012 par la directive 2012/18/UE (Seveso III), transposée en droit français par la loi du 16 juillet 2013 et le décret du 3 mars 2014.

La directive s'applique aux établissements qui détiennent des substances dangereuses au-dessus de certains seuils : chimie, pétrochimie, raffinage, stockage de gaz, fabricants d'engrais, dépôts pétroliers, certains traitements de surface. Elle s'inscrit dans le régime français des ICPE (Installations Classées pour la Protection de l'Environnement, articles L. 511-1 et suivants du Code de l'environnement) qui couvre 500 000 sites en France, dont seulement 1 300 sont classés Seveso.

Au cœur du dispositif Seveso : l'Étude de Dangers (article L. 181-25 du Code de l'environnement et article R. 512-9 pour les ICPE, complétés par l'arrêté ministériel du 26 mai 2014). C'est le document de référence qui identifie tous les scénarios d'accident possibles, en évalue probabilité et gravité, et démontre que l'exploitant a pris toutes les mesures nécessaires pour les prévenir et limiter leurs conséquences.

Section 02

Seuil bas / seuil haut : la classification

La directive Seveso III instaure deux niveaux de classification selon les quantités de substances dangereuses présentes. Les obligations sont graduées en conséquence.

Seuil bas

607 sites en France en 2026.

Obligations principales :

  • Politique de prévention des accidents majeurs (PPAM) écrite
  • Système de gestion de la sécurité (SGS)
  • Étude de Dangers (EDD)
  • Notification à l'administration
  • Information des autorités locales et du public
Seuil haut

705 sites en France en 2026.

Obligations supplémentaires :

  • Tout ce qui est requis pour le seuil bas, plus :
  • Plan d'Opération Interne (POI) : gestion de crise interne
  • Plan Particulier d'Intervention (PPI) : élaboré par le préfet, gère la protection de la population
  • Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT) : zonage urbanistique de protection
  • Information renforcée des riverains, exercices de simulation tous les 3 ans
Le calcul des seuils : Seveso III utilise la méthode des quantités cumulées. Si un site détient plusieurs substances dangereuses (par exemple ammoniac + chlore + GPL), on additionne les ratios par rapport aux seuils individuels. La somme > 1 déclenche le seuil ; > 1 sur les substances seuil haut déclenche le seuil haut. Calcul détaillé en annexe I de la directive.
Section 03

Contenu réglementaire de l'EDD

L'arrêté du 26 mai 2014 et la circulaire du 10 mai 2010 fixent le contenu obligatoire d'une Étude de Dangers. Une EDD complète fait typiquement 200 à 800 pages, parfois 2 000 pages pour les gros sites pétrochimiques.

1
Description du site

Présentation de l'établissement, activités, procédés, plan masse, environnement immédiat (riverains, autres ICPE, voies de circulation, zones naturelles).

2
Identification des dangers

Inventaire exhaustif des substances dangereuses (FDS, quantités), équipements à risques, dangers liés au procédé, agressions externes (séisme, foudre, inondation).

3
Retour d'expérience

Accidents passés sur le site, accidents similaires en France et dans le monde (base BARPI/ARIA, étude des bow-tie comparables).

4
APR

Analyse Préliminaire des Risques. Identification systématique des phénomènes dangereux possibles par méthode HAZOP, AMDEC ou What-If. Sélection des scénarios majeurs.

5
ADR

Analyse Détaillée des Risques. Quantification de la probabilité (P, classes 1 à 5) et de la gravité (G, désastreux à modéré) pour chaque scénario majeur via la méthode du nœud papillon.

6
Modélisation effets

Calcul des distances d'effet pour chaque scénario : rayonnement thermique, surpression, dispersion toxique. Outils : PHAST, ALOHA, FRED, FLACS.

7
MMR

Mesures de Maîtrise des Risques. Description des barrières techniques (vannes, détecteurs) et organisationnelles (procédures, formations) qui réduisent P ou G.

8
Cartographie

Cartes des zones d'effet (SEI, SELS, SEL, SED) et matrices de criticité (probabilité × gravité). Base du futur PPRT pour le seuil haut.

9
POI & PPI

Plan d'Opération Interne (gestion de crise par l'exploitant) et entrée du Plan Particulier d'Intervention (par le préfet) pour le seuil haut.

Section 04

Méthodes d'analyse des risques

L'EDD repose sur des méthodes d'analyse standardisées, internationalement reconnues. Chacune répond à un type de risque ou à une étape de l'analyse.

HAZOP

Hazard and Operability Study. Méthode systémique d'identification des déviations possibles d'un procédé (pression, débit, température). Très utilisée en chimie/pétrochimie. Réunions de groupe pluridisciplinaires.

AMDEC

Analyse des Modes de Défaillance, de leurs Effets et de leur Criticité. Approche composant par composant : pour chaque équipement, on liste tous les modes de défaillance possibles et leurs conséquences.

Nœud papillon (bow-tie)

Représentation visuelle d'un scénario : causes (à gauche), événement redouté central, conséquences (à droite). Les barrières de prévention et de protection sont positionnées sur les branches. Outil emblématique de la circulaire 2010.

Arbre des défaillances (FTA)

Décomposition logique d'un événement redouté en causes élémentaires. Quantification des probabilités via des opérateurs ET/OU. Utilisé pour les analyses détaillées de fiabilité.

LOPA

Layer Of Protection Analysis. Méthode semi-quantitative pour évaluer si les couches de protection sont suffisantes face à un scénario donné. Couplée au calcul de SIL (Safety Integrity Level) des automates de sécurité.

What-if

Méthode plus libre, par questionnement systématique (« Que se passe-t-il si... ? »). Adaptée aux phases d'avant-projet ou aux installations simples. Souvent en complément du HAZOP.

Section 05

Cartographie des effets et zones

Pour chaque phénomène dangereux modélisé, on calcule des distances d'effet qui définissent des zones concentriques. Ces zones structurent les futurs PPRT et les obligations urbanistiques.

Zone Nom complet Effet Conséquences urbanistiques
SELS Seuil des Effets Létaux Significatifs 5 % de létalité humaine Zone d'expropriation possible (PPRT)
SEL Seuil des Effets Létaux 1 % de létalité Zone de délaissement, restrictions strictes
SEI Seuil des Effets Irréversibles Effets graves non létaux Restrictions de construction, prescriptions
SED Seuil des Effets Indirects par bris de vitres Effets indirects (uniquement surpression) Information de la population
Effets thermiques

SELS : 8 kW/m². SEL : 5 kW/m². SEI : 3 kW/m². Applicables aux feux de cuvette, jets enflammés, BLEVE, boules de feu de gaz liquéfiés.

Effets de surpression

SELS : 200 mbar. SEL : 140 mbar. SEI : 50 mbar. SED : 20 mbar. Applicables aux explosions de gaz (UVCE), poussières, BLEVE.

Effets toxiques

Définis par substance via les valeurs SELS, SEL, SEI INERIS. Applicables aux dispersions de chlore, ammoniac, HF, H2S, etc. Calcul par modèle gaussien ou CFD.

Section 06

MMR : les barrières de sécurité

Les Mesures de Maîtrise des Risques sont les barrières (techniques ou humaines) qui empêchent l'accident ou en réduisent les conséquences. Au cœur du système de sécurité industrielle.

MMR techniques
  • Détecteurs : gaz toxiques (H2S, NH3), incendie, fumées, perte de confinement.
  • Vannes de sécurité : soupapes de sûreté, vannes d'isolement automatique (ESD), disques de rupture.
  • Systèmes anti-débordement : capteurs de niveau, arrêts automatiques.
  • Cuvettes de rétention : dimensionnées pour 100 % du plus gros bac.
  • Réseaux fixes d'extinction : sprinklers, mousses, déluges.
MMR organisationnelles
  • Procédures écrites : exploitation, maintenance, intervention en urgence.
  • Permis de travail : permis chaud, permis confiné, consignation/déconsignation (LOTO).
  • Formation et habilitation : opérateurs, intervenants extérieurs.
  • Audits et inspections : internes et externes (organismes habilités).
  • Exercices d'urgence : simulations POI/PPI, retours d'expérience.
SIL et niveau d'intégrité : les MMR techniques font l'objet d'un calcul de Safety Integrity Level (SIL 1 à SIL 4) selon la norme IEC 61511. Plus le SIL est élevé, plus la fiabilité est démontrée. Une boucle de sécurité critique (par exemple détecteur + automate + vanne d'isolement) doit être dimensionnée avec un SIL minimum déterminé par l'analyse LOPA.
Section 07

Qui signe l'EDD ? Acteurs et responsabilités

L'EDD n'est pas signée par une seule personne : c'est une cosignature engageant plusieurs acteurs aux responsabilités distinctes. La régularité formelle des signatures est régulièrement contrôlée par la DREAL.

Exploitant (signataire principal)

Directeur d'établissement ou son délégataire formel

Engage la responsabilité juridique de l'entreprise au titre de l'article L. 181-25 du Code de l'environnement. C'est l'exploitant qui est seul responsable du contenu de l'EDD, même quand elle a été rédigée par un bureau d'études externe.

Bureau d'études

Ingénieur chargé d'étude, chef de projet

Bureaux spécialisés (INERIS, APAVE, BUREAU VERITAS, TÜV, DEKRA, Antea Group, Burgeap, Apsys). Engagent leur responsabilité contractuelle vis-à-vis de l'exploitant. Mention de leur visa technique sur le document.

Responsable HSE / Sûreté

Directeur HSE, ingénieur sûreté

Vise techniquement l'EDD, valide la cohérence avec le SGS et les retours d'expérience locaux. Souvent désigné comme l'interlocuteur unique de la DREAL pour le suivi de l'étude.

CSE-SSCT

Représentants du personnel (commission SSCT)

Consultés obligatoirement sur l'EDD (article R. 4225-2 du Code du travail). Leur avis est annexé au dossier transmis à la DREAL. Pas de signature formelle, mais une consultation tracée.

Tierce expertise (parfois)

Imposée par la DREAL pour les sites complexes

L'autorité environnementale peut imposer une tierce expertise indépendante, financée par l'exploitant. Vérification des hypothèses, des modélisations et de l'exhaustivité. Cas typique : après accident ou pour les sites pétrochimiques majeurs.

Inspecteur DREAL

Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement

Pas signataire de l'EDD elle-même, mais autorité d'instruction. Examine, demande compléments, propose au préfet l'arrêté d'autorisation et les prescriptions. Peut sanctionner un exploitant en cas d'EDD insuffisante.

Section 08

Instruction et révision quinquennale

1
Élaboration

L'exploitant rédige (avec son BE) l'EDD. Durée typique : 6 à 18 mois selon la complexité. Coût : 80 k€ à 500 k€ pour un site Seveso seuil haut.

2
Dépôt à la DREAL

Transmission à l'inspection des installations classées (DREAL ou DRIEE en Île-de-France). Première analyse de complétude (1 mois).

3
Instruction

Examen technique par les inspecteurs. Échanges, demandes de compléments. Tierce expertise éventuelle. Durée : 6 à 24 mois pour le seuil haut.

4
Arrêté préfectoral

Le préfet prescrit les mesures et autorise (ou refuse) l'exploitation. Pour le seuil haut, après enquête publique. Recours possible au tribunal administratif.

Révision quinquennale obligatoire : l'EDD doit être révisée tous les 5 ans (article L. 181-25), ou plus tôt en cas de modification substantielle de l'installation, d'évolution réglementaire majeure, ou de retour d'expérience significatif (accident sur le site ou ailleurs). La révision peut être totale ou partielle selon les changements. Coût et délai d'une révision : 50 à 70 % de l'EDD initiale.
Section 09

Questions fréquentes

L Étude de Dangers (EDD) est le document central exigé pour les sites industriels classés Seveso (directive 2012/18/UE, transposée par la loi du 16 juillet 2013). Elle identifie tous les scénarios d accidents possibles sur le site (incendie, explosion, dispersion toxique), évalue leur probabilité et leur gravité, cartographie leurs effets dans l environnement, et démontre que l exploitant a mis en place toutes les mesures de maîtrise des risques (MMR) nécessaires. Une EDD complète fait typiquement 200 à 800 pages, parfois 2 000 pour les gros sites pétrochimiques. Elle est révisée tous les 5 ans minimum.

La directive Seveso III instaure deux niveaux selon les quantités de substances dangereuses détenues. Le seuil bas concerne 607 sites en France en 2026 et impose une politique de prévention des accidents majeurs (PPAM), un système de gestion de la sécurité (SGS) et l Étude de Dangers. Le seuil haut concerne 705 sites et ajoute des obligations renforcées : Plan d Opération Interne (POI), Plan Particulier d Intervention (PPI) élaboré par le préfet, Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT) avec zonage urbanistique, exercices de simulation tous les 3 ans, information renforcée des riverains.

L exploitant (directeur d établissement ou son délégataire formel) est seul responsable du contenu de l EDD, même quand elle a été rédigée par un bureau d études externe (INERIS, APAVE, Bureau Veritas, TÜV, etc.). Il engage la responsabilité juridique de l entreprise au titre de l article L. 181-25 du Code de l environnement. Le bureau d études signataire engage sa responsabilité contractuelle vis-à-vis de l exploitant. Le responsable HSE vise techniquement le document. Le CSE-SSCT est consulté obligatoirement et son avis est annexé au dossier.

Plusieurs méthodes complémentaires sont utilisées. HAZOP (Hazard and Operability Study) pour identifier les déviations de procédé, en réunions pluridisciplinaires. AMDEC pour analyser composant par composant les modes de défaillance. Le nœud papillon (bow-tie) pour visualiser les scénarios avec causes, événement central et conséquences, et les barrières de sécurité. L arbre des défaillances (FTA) pour quantifier les probabilités. La méthode LOPA (Layer of Protection Analysis) pour évaluer la suffisance des couches de protection et déterminer le niveau SIL des automates de sécurité.

L EDD doit être révisée tous les 5 ans minimum (article L. 181-25 du Code de l environnement), ou plus tôt en cas de modification substantielle de l installation (nouvelle unité, changement de procédé), d évolution réglementaire majeure, ou de retour d expérience significatif (accident sur le site ou sur un site comparable ailleurs dans le monde). La révision peut être totale ou partielle selon les changements. Coût d une révision complète : 50 à 70 pour cent du coût de l EDD initiale, soit typiquement 50 à 300 k€ pour un site Seveso seuil haut.

Le Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT) est un document d urbanisme élaboré par le préfet pour les sites Seveso seuil haut, sur la base des cartographies d effets calculées dans l EDD (zones SELS, SEL, SEI, SED). Il définit des zones où les constructions sont interdites, restreintes ou soumises à prescriptions, et peut imposer des expropriations dans les zones les plus exposées (SELS) ou des délaissements (SEL). Plus de 380 PPRT ont été approuvés en France depuis la loi Bachelot de 2003, faisant suite à l explosion d AZF Toulouse en 2001. Le PPRT impose donc concrètement les conséquences urbanistiques de l EDD aux riverains.
Sources & références
  • Directive 2012/18/UE du 4 juillet 2012 (Seveso III)
  • Articles L. 181-25 et R. 512-9 du Code de l'environnement
  • Arrêté ministériel du 26 mai 2014 (modalités de l'étude de dangers)
  • Circulaire du 10 mai 2010 (méthode du nœud papillon, MMR)
  • INERIS — Oméga, guides méthodologiques EDD
  • BARPI — Base de données ARIA (retour d'expérience accidents industriels)