CSPS est l'acronyme de Coordonnateur en matière de Sécurité et de Protection de la Santé. C'est le professionnel que le maître d'ouvrage doit désigner sur un chantier de bâtiment ou de génie civil dès que deux entreprises au moins — sous-traitants compris — y interviennent, afin de prévenir les risques nés de leur intervention simultanée ou successive. Sa mission est définie aux articles L. 4532-1 et suivants et R. 4532-1 à R. 4532-98 du Code du travail, issus de la loi n° 93-1418 du 31 décembre 1993.

Le CSPS n'est ni un contrôleur, ni un chef de chantier. Il n'a aucun pouvoir de commandement sur les compagnons : il dispose d'une autorité fonctionnelle déléguée par le maître d'ouvrage pour faire appliquer les principes généraux de prévention. Son terrain, c'est la coactivité — cette zone grise où les interventions simultanées de plusieurs entreprises créent des risques qu'aucune d'elles ne peut traiter seule : le plaquiste sous l'échafaudage du façadier, le grutier au-dessus de la zone de livraison, l'électricien sur une installation encore alimentée.

SPS, CSPS, PGC, DIUO, PPSPS : le glossaire en une table

Les sigles de la coordination sont nombreux et souvent confondus. Voici les six qu'il faut savoir distinguer.

SigleSignificationÀ quoi ça sert
SPSSécurité et Protection de la SantéLa mission elle-même, imposée au maître d'ouvrage par le Code du travail.
CSPSCoordonnateur SPSLa personne physique désignée pour conduire cette mission, en conception puis en réalisation.
PGCPlan Général de CoordinationLe document maître du chantier : règles communes, circulations, protections collectives, secours. Rédigé par le CSPS.
PPSPSPlan Particulier de Sécurité et de Protection de la SantéLa déclinaison du PGC par chaque entreprise intervenante, pour ses propres travaux.
DIUODossier d'Intervention Ultérieure sur l'OuvrageLe « carnet de santé » du bâtiment : comment intervenir en sécurité après la livraison. Remis au maître d'ouvrage.
RJCRegistre-Journal de CoordinationLe journal de bord du CSPS, opposable en cas d'accident. Conservé 5 ans après la réception (art. R. 4532-38).

Quand la coordination SPS est-elle obligatoire, et qui désigne le CSPS ?

Le déclencheur est simple et souvent sous-estimé : dès que deux entreprises interviennent sur une même opération de bâtiment ou de génie civil, y compris en sous-traitance et y compris si elles ne se croisent jamais, la coordination SPS est obligatoire (article L. 4532-2 du Code du travail). Il n'y a pas de seuil de surface, de budget ou de durée en dessous duquel on pourrait s'en dispenser : une rénovation de pavillon avec un maçon et un couvreur y est soumise au même titre qu'un centre commercial.

L'obligation pèse sur le maître d'ouvrage, et sur lui seul. C'est lui qui désigne le coordonnateur, par écrit, et qui doit lui donner l'autorité et les moyens de sa mission : accès au chantier, temps de présence, association aux réunions, communication des documents. Désigner un CSPS ne le décharge de rien : sa responsabilité propre demeure entière. Un particulier faisant construire sa maison individuelle bénéficie en revanche d'un régime allégé, la coordination étant assurée par l'un des intervenants (art. L. 4532-7).

Les trois catégories d'opérations

L'intensité de la mission dépend de la taille du chantier. L'article R. 4532-1 distingue trois catégories, et le CSPS doit être titulaire d'un niveau de compétence au moins égal à celui de l'opération :

CatégorieSeuilsObligations spécifiques
Catégorie 1 Plus de 10 000 hommes-jours et plus de 10 entreprises en bâtiment (plus de 5 en génie civil). PGC complet, déclaration préalable, et constitution d'un CISSCT — collège interentreprises de sécurité, de santé et des conditions de travail (art. R. 4532-77).
Catégorie 2 Plus de 500 hommes-jours, ou opération soumise à déclaration préalable (plus de 30 jours ouvrés avec plus de 20 travailleurs simultanément). PGC, déclaration préalable à l'inspection du travail, inspection commune préalable, registre-journal.
Catégorie 3 Toutes les autres opérations, dès deux entreprises. Coordination et registre-journal obligatoires. Le PGC n'est exigé que si les travaux comportent des risques particuliers au sens de l'arrêté du 25 février 2003.

Un homme-jour correspond conventionnellement à 7 heures de travail. Le détail des niveaux de compétence exigés du coordonnateur et le choix du bon niveau pour chaque chantier font l'objet d'un guide dédié : CSPS niveau 1, 2 ou 3 : quel niveau pour quel chantier.

Un écosystème à trois acteurs

Le CSPS n'agit pas en silo. Il est le point de jonction entre trois familles d'acteurs dont les obligations se répondent.

Le maître d'ouvrage

Il désigne le coordonnateur et répond pénalement de cette désignation. Il doit lui fournir le temps, l'accès et les moyens nécessaires, et l'associer à toutes les phases du projet.

Le maître d'œuvre

Architecte ou bureau d'ingénierie, il collabore avec le CSPS dès l'esquisse pour intégrer les protections collectives dans le bâti. Il conserve seul la direction des travaux.

Les entreprises

Elles respectent le PGC, rédigent leur PPSPS, participent à l'inspection commune préalable et signalent au CSPS toute modification de leurs modes opératoires.

Phase conception : la sécurité se dessine au bureau d'études

On imagine volontiers la prévention comme un casque et une paire de chaussures de sécurité. L'essentiel se joue pourtant bien avant, quand les plans sont encore malléables : c'est le seul moment où l'on peut supprimer un risque plutôt que le protéger. Le principe est inscrit en tête du Code du travail — « éviter les risques » et « combattre les risques à la source » sont les deux premiers des neuf principes généraux de prévention de l'article L. 4121-2.

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Conception : l'anticipation

Le CSPS analyse le projet architectural pour déceler les risques futurs. Peut-on éviter le travail en hauteur ? Où livrer les matériaux sans croiser les flux de piétons ? Il propose des protections collectives définitives intégrées au bâti — garde-corps fixes, points d'ancrage, trappes d'accès aux toitures — qui serviront aussi bien au chantier qu'aux exploitants pendant trente ans.

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Consultation : le verrou contractuel

Le PGC est joint au dossier de consultation des entreprises (DCE). Les candidats chiffrent donc la sécurité dans leur offre : échafaudages mutualisés, moyens de levage, installations d'hygiène. Personne ne pourra plus dire « on ne savait pas », et le budget prévention cesse d'être une variable d'ajustement découverte en cours de chantier.

Le PGC et le DIUO, les deux livrables structurants

PGC — Plan Général de Coordination

C'est le document maître. Il fixe les règles du jeu : voies de circulation et zones de stockage, implantation des grues et interférences de flèches, installations d'hygiène et de vie, protections collectives mutualisées, consignes de premiers secours et d'évacuation. Obligatoire en catégories 1 et 2, et en catégorie 3 lorsque les travaux comportent des risques particuliers. Il est tenu à jour pendant toute la durée du chantier.

DIUO — Dossier d'Intervention Ultérieure sur l'Ouvrage

Le grand oublié des chantiers, et pourtant le plus durable. Il décrit comment, dans dix ou vingt ans, un technicien nettoiera les vitres, remplacera une centrale de traitement d'air ou reprendra une étanchéité sans se mettre en danger. Constitué dès la conception, complété en réalisation, il est remis au maître d'ouvrage à la réception et suit l'ouvrage lors des mutations successives.

Phase réalisation : le chef d'orchestre de la coactivité

Le chantier démarre, la mission bascule de l'analyse à l'action. Le CSPS ne dirige pas les travaux — c'est la prérogative du maître d'œuvre — mais il organise la cohabitation des corps d'état pour qu'elle ne se transforme pas en zone de danger. Trois outils structurent ce travail.

L'inspection commune préalable

Avant toute intervention, le CSPS parcourt le site avec chaque entreprise pour délimiter sa zone, lui signaler les risques importés par les autres et lui remettre les consignes. C'est de cette visite que naît le PPSPS de l'entreprise. Elle est consignée au registre-journal : l'oublier, c'est priver l'entreprise de l'information dont elle avait besoin, et le maître d'ouvrage de sa preuve.

L'harmonisation des PPSPS

Chaque entreprise produit son PPSPS — sa déclinaison du PGC. Le rôle du coordonnateur est de les harmoniser : vérifier que les modes opératoires de l'électricien ne mettent pas en péril le plaquiste voisin, que deux entreprises ne revendiquent pas la même zone au même moment, et que les protections collectives — échafaudages, filets, garde-corps — sont bien partagées plutôt que montées et démontées trois fois. Ce que doit contenir un PPSPS fait l'objet d'un guide séparé, et un générateur de PPSPS est disponible pour les entreprises.

Le registre-journal, mémoire juridique du chantier

Le registre-journal de coordination consigne, au fil de l'opération, les comptes rendus d'inspections communes, les consignes transmises, les observations adressées au maître d'ouvrage ou au maître d'œuvre, ainsi que les noms et adresses des entreprises et sous-traitants avec leurs dates d'intervention (art. R. 4532-38). Le coordonnateur le conserve cinq ans à compter de la réception de l'ouvrage. En cas d'accident, c'est la pièce qui établira que les mesures ont bien été prescrites — ou qu'elles ne l'ont pas été.

Le point de bascule le plus fréquent : une entreprise modifie son mode opératoire en cours de chantier — grue mobile au lieu d'une nacelle, découpe à la disqueuse au lieu d'un sciage à l'eau — sans en informer le coordonnateur. Le PGC et les PPSPS deviennent alors caducs sur ce point précis, et la coactivité n'est plus maîtrisée. D'où l'importance de la mise à jour continue du PGC, qui n'est pas un document figé au DCE.

Responsabilités et sanctions

Le coordonnateur n'est pas un simple consultant. Il n'a pas le pouvoir de direction de l'employeur, mais il est tenu d'une obligation de vigilance et de conseil. Après un accident, le juge examine s'il avait identifié le risque, s'il avait prescrit une mesure adaptée et s'il avait alerté le maître d'ouvrage de l'inexécution.

Responsabilité civile

Engagée en cas de manquement contractuel ou de négligence ayant causé un préjudice : lacune dans le PGC, défaut de conseil au maître d'ouvrage, absence de mise à jour. Elle se traduit par des dommages-intérêts, en général couverts par l'assurance de responsabilité professionnelle du coordonnateur.

Responsabilité pénale

En cas d'accident grave ou mortel, le CSPS peut être poursuivi pour blessures ou homicide involontaires (art. 221-6 et 222-19 du Code pénal). Le critère souvent retenu est la violation manifestement délibérée d'une obligation particulière de prudence ou de sécurité.

Ce que risque le maître d'ouvrage

L'article L. 4744-4 du Code du travail punit d'une amende de 10 000 € le maître d'ouvrage qui ne désigne pas de coordonnateur, qui en désigne un ne remplissant pas les conditions requises, qui ne lui donne pas l'autorité et les moyens nécessaires, qui ne fait pas établir le plan général de coordination ou qui ne fait pas constituer le DIUO. En cas de récidive, la peine est portée à un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende. L'amende est appliquée autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés. Désigner un CSPS ne transfère aucune de ces responsabilités.

Le CSPS à l'heure du BIM

La maquette numérique change la manière de coordonner. Le BIM 4D, qui ajoute la dimension temps au modèle, permet de dérouler le chantier semaine par semaine et de repérer visuellement les télescopages d'équipes avant qu'ils ne se produisent : une nacelle programmée sous une zone de levage, deux corps d'état affectés au même local le même jour. Le coordonnateur peut « marcher » dans le futur ouvrage et identifier les accès techniques impraticables ou les risques de chute de hauteur avant le premier terrassement.

Le second apport concerne le DIUO numérique : rattacher les données de maintenance directement aux objets de la maquette — références des équipements, moyens d'accès prévus, points d'ancrage — au lieu de les consigner dans un classeur qui se perdra. C'est une pratique encore inégalement répandue, largement dépendante du niveau de maturité BIM du maître d'ouvrage, et qui ne dispense évidemment pas des obligations documentaires du Code du travail.

Ce qu'il faut retenir

  • Le CSPS est obligatoire dès deux entreprises sur une opération de bâtiment ou de génie civil ; c'est au maître d'ouvrage de le désigner et de lui donner ses moyens.
  • Sa mission couvre deux phases : la conception, où l'on supprime les risques, et la réalisation, où l'on organise la coactivité.
  • Trois documents structurent le dispositif : le PGC (règles communes), les PPSPS (déclinaison par entreprise) et le DIUO (interventions futures) ; le registre-journal en constitue la preuve, conservée 5 ans après réception.
  • La catégorie de l'opération (1, 2 ou 3) détermine l'étendue des obligations et le niveau de compétence exigé du coordonnateur.
  • Ne pas désigner de coordonnateur expose le maître d'ouvrage à 10 000 € d'amende, portés à un an d'emprisonnement et 15 000 € en récidive (art. L. 4744-4).

Sources

  • Code du travail, articles L. 4532-1 à L. 4532-18 et R. 4532-1 à R. 4532-98 (coordination lors des opérations de bâtiment et de génie civil) — Légifrance
  • Code du travail, article L. 4744-4 (sanctions applicables au maître d'ouvrage)
  • Code du travail, article L. 4121-2 (principes généraux de prévention)
  • Loi n° 93-1418 du 31 décembre 1993 (transposition de la directive 92/57/CEE « chantiers temporaires ou mobiles »)
  • Arrêté du 25 février 2003 (liste des travaux comportant des risques particuliers)
  • INRS, dossier Coordination SPS — inrs.fr
  • OPPBTP, Prévention et coordination sur les chantiers — preventionbtp.fr