Maladies professionnelles provoquées par les résines époxydiques et leurs constituants
Le tableau 51 RG reconnaît comme maladie professionnelle les lésions eczématiformes (eczéma de contact allergique) provoquées par les résines époxydiques et leurs constituants, récidivant à la ré-exposition ou confirmées par test épicutané. Délai de prise en charge : 15 jours. Liste limitative.
Texte officiel du tableau — source Légifrance
Désignation des maladies
Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste limitative des travaux
Texte officiel — Annexe II du Code de la sécurité sociale. Tableau créé par le décret du 2 novembre 1972, dernière modification par décret n° 2006-985 du 1er août 2006 (JO du 4 août 2006). Source : Légifrance — LEGIARTI000006746364.
Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste limitative des travaux susceptibles de provoquer ces maladies Lésions eczématiformes récidivant en cas de nouvelle exposition au risque ou confirmées par un test épicutané. 15 jours Préparation des résines époxydiques.
Emploi des résines époxydiques :
— fabrication des stratifiés ;
— fabrication et utilisation de colles, vernis, peintures à base de résines époxydiques.Type de liste : limitative. Seuls les travaux figurant dans la colonne de droite ouvrent droit à la présomption d'origine professionnelle. En cas d'exposition aux résines époxydiques hors de cette liste, le dossier relève du CRRMP (article L. 461-1 al. 4 CSS).Atteintes respiratoires non couvertes par ce tableau. Le tableau 51 ne vise que les lésions cutanées (eczéma de contact). Les rhinites et asthmes provoqués par certains durcisseurs et constituants des résines époxydiques relèvent d'autres tableaux : tableau 49 bis (amines aliphatiques) ou tableau 66 (anhydrides d'acides volatils). Voir aussi le tableau 65 pour les autres affections allergiques cutanées.
Qu'est-ce que c'est concrètement ?
Le tableau n° 51 du régime général reconnaît comme maladie professionnelle l'eczéma de contact allergique provoqué par les résines époxydiques et leurs constituants (notamment les durcisseurs). Il s'agit d'une dermatose allergique qui se manifeste par des lésions cutanées eczématiformes apparaissant après sensibilisation, et qui récidivent à chaque nouvelle exposition au produit.
De quoi parle-t-on ?
Les résines époxydiques sont des polymères très utilisés comme colles, revêtements, peintures, vernis, mortiers de réparation et matrices de matériaux composites. Une formulation époxy comprend généralement deux composants : la résine de base (le plus souvent un éther diglycidylique du bisphénol A, le DGEBA) et un durcisseur (amines aliphatiques ou aromatiques, polyamides, anhydrides d'acides). Ce sont surtout les monomères de bas poids moléculaire de la résine non encore polymérisée et certains durcisseurs qui présentent un fort pouvoir sensibilisant.
Le mécanisme allergique
L'eczéma des résines époxydiques est une dermatite allergique de contact : il met en jeu une réaction d'hypersensibilité retardée (type IV). Après une phase de sensibilisation silencieuse (qui peut durer de quelques jours à plusieurs années), tout nouveau contact, même minime, déclenche une réaction : rougeur, vésicules, démangeaisons, suintement puis desquamation, principalement sur les mains, les avant-bras et le visage. La caractéristique reconnue par le tableau est la récidive à la ré-exposition ou la confirmation par test épicutané (patch-test) réalisé par un dermato-allergologue.
Qui est concerné ?
L'eczéma aux résines époxydiques touche de nombreux secteurs où ces produits sont préparés ou appliqués :
- BTP et second œuvre : applicateurs de sols et revêtements époxy, étanchéité, réparation de béton, peintres industriels.
- Matériaux composites : stratification de la fibre de verre et du carbone (nautisme, aéronautique, pales d'éoliennes, sports et loisirs).
- Électronique et électrotechnique : encapsulage, imprégnation, fabrication de circuits.
- Maintenance et collage technique : assemblage par colles structurales, opérations de moulage.
Le risque est maximal lors de la préparation du mélange résine + durcisseur, opération pendant laquelle les composants réactifs sont encore à l'état libre.
Procédure de reconnaissance
La reconnaissance d'une lésion inscrite au tableau 51 ouvre droit à la présomption d'origine professionnelle (article L. 461-1 al. 2 du Code de la sécurité sociale) : dès lors que les trois conditions du tableau sont remplies (désignation médicale + délai de prise en charge de 15 jours + travaux figurant sur la liste limitative), le caractère professionnel est acquis sans que la victime ait à prouver le lien de causalité.
Étape 1 — Certificat médical initial (CMI)
Le médecin (dermatologue, médecin du travail, généraliste) établit un certificat médical initial mentionnant explicitement le tableau 51 et l'affection (« lésions eczématiformes — tableau 51 »). Le diagnostic est idéalement étayé par un test épicutané (patch-test) positif aux résines époxydiques, réalisé par un dermato-allergologue, ou par la constatation de la récidive en cas de ré-exposition.
Étape 2 — Déclaration à la CPAM
La victime adresse à sa CPAM le formulaire Cerfa S6100 « Déclaration de maladie professionnelle », accompagné des deux premiers volets du CMI et de l'attestation de salaire de l'employeur. Délai de prescription : 2 ans à compter de la date du CMI (article L. 461-5 CSS).
Étape 3 — Instruction
La CPAM ouvre une enquête contradictoire. Elle dispose de 120 jours à compter de la réception du dossier complet pour rendre sa décision (article R. 461-9 CSS), avec extension possible à 240 jours en cas d'investigations complémentaires. L'employeur peut consulter le dossier avant la décision.
Étape 4 — Le cas échéant : CRRMP
Si une condition du tableau n'est pas remplie (délai de prise en charge dépassé, travaux hors liste limitative), le dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Le CRRMP examine si la maladie est « directement causée par le travail habituel de la victime » (article L. 461-1 al. 4 CSS). Sa décision s'impose à la CPAM.
Sources : Améli — Reconnaissance MP · articles L. 461-1 à L. 461-5 et R. 461-9 du Code de la sécurité sociale.
Indemnisation
Une maladie professionnelle reconnue au titre du tableau 51 ouvre droit à plusieurs prestations, à partir de la date du certificat médical initial. L'eczéma de contact étant le plus souvent réversible à l'arrêt de l'exposition, l'enjeu principal est souvent le reclassement professionnel et la prise en charge des arrêts.
Pendant l'arrêt de travail : indemnités journalières (IJSS)
Versées par la CPAM dès le 1ᵉʳ jour d'arrêt (pas de délai de carence en MP, contrairement à la maladie ordinaire) selon les modalités suivantes (article R. 433-1 CSS) :
- du 1ᵉʳ au 28ᵉ jour : 60 % du salaire journalier de référence ;
- à partir du 29ᵉ jour : 80 % du salaire journalier de référence.
La convention collective peut prévoir un complément employeur.
À la consolidation : taux d'incapacité permanente (IPP)
Lorsque l'état de santé est stabilisé, le médecin conseil de la CPAM évalue le taux d'incapacité permanente partielle (IPP) selon le barème indicatif d'invalidité (annexe I de l'article R. 434-32 CSS). Pour un eczéma de contact, l'IPP est souvent faible voire nulle si les lésions régressent à l'arrêt de l'exposition :
- IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une seule fois.
- IPP ≥ 10 % : rente viagère trimestrielle, calculée sur la base du salaire annuel des 12 derniers mois × taux d'IPP corrigé.
Inaptitude et reclassement
Lorsque la sensibilisation est avérée, la poursuite de l'exposition est contre-indiquée. Le médecin du travail peut prononcer une inaptitude au poste exposant aux résines époxydiques. L'employeur doit alors rechercher un reclassement ; à défaut, le licenciement pour inaptitude d'origine professionnelle ouvre droit à une indemnité spéciale (article L. 1226-14 du Code du travail).
Faute inexcusable de l'employeur
Si le salarié démontre que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires (article L. 452-1 CSS), la rente est majorée et la victime obtient l'indemnisation des préjudices personnels (souffrances physiques et morales, préjudice d'agrément, perte de chance de promotion professionnelle).
Sources : articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 et s., L. 452-1 et s. du Code de la sécurité sociale ; article L. 1226-14 du Code du travail ; Améli — Rente MP.
Jurisprudence
Le contentieux des dermatoses allergiques professionnelles s'inscrit dans le cadre général de l'obligation de sécurité de l'employeur et des règles d'instruction des maladies professionnelles. Faute de jurisprudence publique spécifiquement identifiable sur le seul tableau 51, les principes ci-dessous — issus d'arrêts de principe de la Cour de cassation — s'appliquent aux dermatoses allergiques de contact reconnues comme MP.
1. L'obligation de sécurité de l'employeur
La chambre sociale juge de façon constante que l'employeur est tenu envers le salarié d'une obligation de sécurité et qu'il doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique des travailleurs (en application des articles L. 4121-1 et suivants du Code du travail). Le manquement à cette obligation peut, lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n'a pas pris les mesures nécessaires, revêtir le caractère de faute inexcusable au sens de l'article L. 452-1 du Code de la sécurité sociale.
2. Présomption d'imputabilité et conditions du tableau
Lorsque les conditions d'un tableau de maladie professionnelle sont réunies, la présomption d'origine professionnelle de l'article L. 461-1 CSS s'applique de plein droit : il n'appartient pas à la victime de prouver le lien entre l'affection et son travail. Pour le tableau 51, le test épicutané positif ou la récidive à la ré-exposition constituent les éléments médicaux qui ouvrent cette présomption.
3. Rôle du CRRMP hors conditions du tableau
Lorsque le délai de prise en charge (15 jours) est dépassé ou que les travaux ne figurent pas dans la liste limitative, la reconnaissance reste possible par la voie du système complémentaire (CRRMP), à charge pour la victime de démontrer le lien direct entre l'affection et le travail habituel (article L. 461-1 al. 4 CSS).
Pour des décisions récentes et nominatives : rechercher sur Judilibre les termes « dermatose allergique + résine époxydique + tableau 51 » ou « eczéma de contact + faute inexcusable ».
Prévention
La prévention de l'eczéma aux résines époxydiques repose sur la maîtrise du risque chimique encadrée par les articles R. 4412-1 et suivants du Code du travail (agents chimiques dangereux). Les résines époxydiques non polymérisées et plusieurs durcisseurs sont classés sensibilisants cutanés (mentions de danger H317 « peut provoquer une allergie cutanée »).
Évaluation et substitution
L'employeur doit évaluer le risque chimique et le transcrire dans le document unique d'évaluation des risques (DUERP). La priorité est la suppression ou la substitution du produit sensibilisant lorsqu'elle est techniquement possible : choix de formulations à faible teneur en monomères libres, systèmes pré-dosés, résines à durcisseur moins allergisant.
Protection collective
- Captage à la source des vapeurs et aérosols lors de la préparation et de l'application (ventilation localisée).
- Travail en système clos ou semi-clos chaque fois que possible (dosage automatique, mélange en circuit fermé).
- Limitation du nombre de salariés exposés et organisation du travail réduisant le contact cutané.
Protection individuelle (EPI)
Le contact cutané doit être évité : gants de protection chimique adaptés (les gants en nitrile ou en caoutchouc butyle offrent une meilleure résistance que le latex, à choisir selon la fiche de données de sécurité), manches longues, lunettes ou écran facial en cas de projection, et protection respiratoire si des vapeurs sont émises. Les gants doivent être changés régulièrement et jamais réutilisés une fois contaminés.
Hygiène et information
Mise à disposition de moyens de lavage, interdiction d'utiliser des solvants pour se nettoyer la peau, information des salariés sur le risque de sensibilisation et formation aux bonnes pratiques. La fiche de données de sécurité (FDS) de chaque produit doit être accessible.
Surveillance médicale
Les salariés exposés à des agents sensibilisants bénéficient d'un suivi par le médecin du travail. En cas de signes d'eczéma débutant, un avis dermatologique précoce et la réalisation de tests épicutanés permettent d'éviter l'aggravation et la chronicisation. Le salarié peut exercer son droit de retrait (article L. 4131-1 du Code du travail) en cas de danger grave et imminent.
Sources : INRS — Allergies professionnelles ; INRS — Eczémas allergiques ; articles R. 4412-1 et suivants du Code du travail.
Cas pratiques
Les cas ci-dessous sont anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques à partir de situations types rencontrées par les CPAM et les services de santé au travail. Ils n'identifient aucune entreprise.
Cas 1 — Eczéma des mains chez un applicateur de sols époxy (BTP)
M. A., 34 ans, applique des revêtements de sol époxy depuis 4 ans. Il développe un eczéma suintant des mains et des avant-bras qui s'améliore pendant ses congés puis récidive systématiquement à la reprise. Le dermato-allergologue réalise un test épicutané positif aux résines époxydiques. Le médecin du travail établit le CMI au titre du tableau 51. Le délai de prise en charge de 15 jours est respecté (lésions présentes durant l'activité) et le travail de préparation/application figure sur la liste limitative : la CPAM reconnaît la MP.
Cas 2 — Stratification de composites (nautisme), inaptitude et reclassement
Mme B., 41 ans, stratifie des coques en fibre de verre imprégnée de résine époxy. Après plusieurs mois, eczéma chronique du visage et des mains confirmé par patch-test. La poursuite de l'exposition étant contre-indiquée, le médecin du travail prononce une inaptitude au poste exposant. La MP est reconnue (tableau 51). L'employeur recherche un reclassement sur un poste sans contact avec les résines ; le reclassement aboutit, évitant un licenciement.
Cas 3 — Délai dépassé, dossier transmis au CRRMP
M. C., 52 ans, ancien stratifieur, consulte pour un eczéma récidivant des mains. Or il a quitté son poste exposant depuis plusieurs semaines au moment de la première constatation médicale, et le délai de prise en charge de 15 jours est dépassé. Les conditions du tableau n'étant pas strictement remplies, la CPAM transmet au CRRMP, qui retient le lien direct avec le travail habituel au vu de l'historique d'exposition et du test épicutané, et conclut à la reconnaissance.
Cas 4 — Atteinte respiratoire associée orientée vers un autre tableau
Mme D., 38 ans, opératrice en encapsulage électronique, présente à la fois un eczéma de contact et une rhinite avec gêne respiratoire apparue lors de la manipulation d'un durcisseur aminé. L'eczéma est reconnu au titre du tableau 51 ; la composante respiratoire, liée au durcisseur, est examinée séparément au titre du tableau 49 bis (amines aliphatiques). Ce cas illustre que le tableau 51 ne couvre que les lésions cutanées.
Questions fréquentes
Page mise à jour le 27/05/2026.