Tableau 88 · Régime Général · En vigueur

ROUGET DU PORC (Erysipéloïde de Baker-Rosenbach)

Le tableau 88 RG reconnaît les affections professionnelles dues à Erysipelothrix rhusiopathiae chez les bouchers, équarrisseurs, éleveurs, mareyeurs et opérateurs de l'IAA. Quatre formes cliniques (cutanée simple, avec arthrite, chronique, septicémique) avec des délais de prise en charge de 7 jours à 6 mois.

Numéro
88
Régime
Régime Général
Agent causal
Erysipelothrix rhusiopathiae
Type de liste
Limitative
Durée d'exposition
Non exigée
Dernière modif.
06/05/1988

Texte officiel du tableau — source Légifrance

Désignation des maladies

Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste limitative des travaux

Texte officiel — Annexe II du Code de la sécurité sociale, article R. 461-3. Tableau créé par le décret n° 88-575 du 6 mai 1988. Source : Légifrance — LEGIARTI000006746412.

Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste limitative des travaux susceptibles de provoquer ces maladies
Forme cutanée simple : placard érysipéloïde (en dehors des cas considérés comme accidents du travail). 7 jours Tous travaux effectués notamment dans les boucheries, charcuteries, triperies, boyauderies, abattoirs, ateliers d'équarrissage, volailleries, pêcheries, poissonneries, cuisines de restaurants et de collectivités.
Forme cutanée compliquée d'une monoarthrite ou d'une polyarthrite loco-régionale. 30 jours Élevages d'ovins, de porcins, de volailles, de gibiers.
Formes cutanées chroniques ou récidivantes. 6 mois Conditionnement, transport, entreposage, salaison, mise en conserve, réfrigération, congélation, surgélation des produits alimentaires d'origine animale.
Formes septicémiques : complications endocarditiques notamment. 6 mois Travaux exécutés dans les fabriques de gélatine, de colles à base d'os, dans les manipulations de suints, de cuirs verts, dans les parcs zoologiques et les laboratoires vétérinaires.
Type de liste : limitative. Seuls les travaux figurant dans la colonne de droite ouvrent droit à la présomption d'origine professionnelle. Pour une exposition documentée hors de cette liste (ou si une autre condition fait défaut), le dossier relève du CRRMP en application de l'article L. 461-1 al. 4 CSS.

Note : la forme cutanée simple est expressément exclue lorsqu'elle entre dans le champ de l'accident du travail (lésion isolée immédiatement consécutive à une plaie déclarée). Cette précision figure dans le texte officiel et conditionne la qualification juridique.

Qu'est-ce que c'est concrètement ?

Le tableau n° 88 du régime général couvre les affections professionnelles provoquées par Erysipelothrix rhusiopathiae, bactérie responsable du rouget du porc chez l'animal et de l'érysipéloïde de Baker-Rosenbach chez l'humain. Il concerne en première ligne les professionnels en contact avec des animaux d'élevage, des carcasses, des viandes, des poissons ou des sous-produits d'origine animale.

De quoi parle-t-on ?

Erysipelothrix rhusiopathiae est un bacille à Gram positif, ubiquitaire, particulièrement résistant dans le milieu extérieur (sol, eaux usées, mucus de poissons, dépouilles). La contamination humaine se fait quasi exclusivement par inoculation cutanée directe : piqûre par un os, une arête, une dent ou un instrument souillé, microcoupure lors du dépeçage, manipulation de poissons à mains nues, contact prolongé avec des cuirs verts ou des suints. Il s'agit d'une zoonose à caractère professionnel marqué.

Les quatre formes cliniques inscrites au tableau

  • Forme cutanée simple (érysipéloïde) : placard érythémateux violacé, induré, à bord net et extensif, le plus souvent sur la main ou un doigt, débutant 2 à 7 jours après l'inoculation. Douleur, parfois prurit, lymphangite associée. Évolue spontanément en 2 à 3 semaines. Exclue du tableau quand elle correspond à un accident du travail isolé.
  • Forme cutanée avec arthrite (mono- ou polyarthrite loco-régionale) : extension articulaire de proximité (interphalangienne, poignet) avec douleur, gonflement, raideur. Délai de prise en charge de 30 jours.
  • Formes cutanées chroniques ou récidivantes : poussées successives sur plusieurs mois, terrain immunitaire ou réexpositions répétées. Délai de 6 mois.
  • Formes septicémiques : rares mais graves, avec complication d'endocardite (valve aortique préférentiellement) et risque vital. Hospitalisation en urgence, antibiothérapie prolongée (pénicilline G ou amoxicilline, le bacille étant naturellement résistant aux aminosides et à la vancomycine).

Qui est concerné ?

Les expositions professionnelles couvrent un large spectre de métiers : bouchers, charcutiers, tripiers, boyaudiers, abatteurs, équarrisseurs, ouvriers volaillers, mareyeurs, poissonniers, cuisiniers de collectivités pour la forme aiguë ; éleveurs (porcs, ovins, volailles, gibiers), vétérinaires et personnels de laboratoires vétérinaires pour la forme articulaire ; opérateurs de la chaîne du froid et de la conserverie pour la forme chronique ; salariés des fabriques de gélatine, de colles d'os, de tanneries (cuirs verts), parcs zoologiques pour la forme septicémique.

Pourquoi reste-t-il d'actualité ?

Le rouget du porc demeure une zoonose professionnelle sous-déclarée : la forme cutanée simple guérit souvent spontanément, le diagnostic clinique est méconnu et la lésion est volontiers attribuée à une dermatose banale. Pourtant, sa reconnaissance ouvre droit à une prise en charge intégrale (soins, IJSS sans carence) et déclenche la mise en œuvre des mesures de prévention par l'employeur. Les données INRS recensent un nombre modeste mais constant de cas chaque année dans les filières viande et pêche.

Publicité

Procédure de reconnaissance

La reconnaissance d'une affection inscrite au tableau 88 ouvre droit à la présomption d'origine professionnelle (article L. 461-1 al. 2 du Code de la sécurité sociale) : lorsque la triple condition est remplie — désignation médicale, délai de prise en charge, et travaux figurant sur la liste limitative — la victime n'a pas à prouver le lien de causalité.

Étape 1 — Certificat médical initial (CMI)

Le médecin (généraliste, médecin du travail, dermatologue ou cardiologue selon la forme) établit un certificat médical initial mentionnant explicitement le tableau 88 et la forme clinique visée (ex. : « érysipéloïde de Baker-Rosenbach, forme cutanée avec monoarthrite — tableau 88 »). Une confirmation bactériologique (culture, biopsie, sérologie ou PCR) est conseillée mais non strictement exigée par le tableau.

Étape 2 — Déclaration à la CPAM

La victime adresse à sa CPAM le formulaire Cerfa S6100 « Déclaration de maladie professionnelle », accompagné des deux premiers volets du CMI et de l'attestation de salaire de l'employeur. Délai de prescription : 2 ans à compter de la date du CMI (article L. 461-5 CSS).

Étape 3 — Instruction CPAM

La CPAM ouvre une enquête contradictoire et dispose de 120 jours à compter de la réception du dossier complet pour rendre sa décision (article R. 461-9 CSS), prolongeable de 120 jours supplémentaires si des investigations complémentaires sont nécessaires. L'employeur reçoit le dossier et peut le consulter pendant 10 jours.

Étape 4 — Si une condition fait défaut : le CRRMP

Si la victime exerce un métier proche mais non explicitement listé (par exemple : technicien en exploitation piscicole, agent de zoo non « laboratoire vétérinaire », personnel de cantine d'établissement non assimilé « cuisine de collectivité »), le dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Le CRRMP apprécie le lien direct avec le travail habituel (article L. 461-1 al. 4 CSS). Sa décision s'impose à la CPAM.

Étape 5 — Articulation avec l'accident du travail

Le tableau 88 précise que la forme cutanée simple est exclue « en dehors des cas considérés comme accidents du travail ». Concrètement, lorsque la lésion résulte d'une piqûre ou d'une coupure datée et identifiée (déclaration d'AT immédiate), c'est le régime accident du travail qui s'applique, plus favorable au salarié sur le plan probatoire (déclaration sous 24h, présomption d'imputabilité au temps et au lieu de travail).

Sources : Améli — Reconnaissance MP ; articles L. 461-1 à L. 461-5 et R. 461-9 du Code de la sécurité sociale.

Indemnisation

La reconnaissance d'une affection au tableau 88 ouvre droit aux prestations de la branche AT/MP de la Sécurité sociale, cumulables et plus favorables que les prestations maladie ordinaire.

Pendant l'arrêt de travail : indemnités journalières (IJSS)

Les indemnités journalières sont versées par la CPAM dès le 1ᵉʳ jour d'arrêt, sans délai de carence (article L. 433-1 CSS) :

  • du 1ᵉʳ au 28ᵉ jour : 60 % du salaire journalier de référence ;
  • à partir du 29ᵉ jour : 80 % du salaire journalier de référence.

Plafond : 1/365ᵉ du gain maximal annuel (revalorisé chaque année). La convention collective applicable (boucherie, charcuterie, restauration, métallurgie pour la conserverie, etc.) peut prévoir un complément employeur.

À la consolidation : taux d'incapacité permanente (IPP)

Pour la majorité des formes cutanées simples ou avec arthrite, la guérison est complète et il n'y a pas d'IPP. En cas de séquelles articulaires (raideur de doigt, limitation fonctionnelle d'un poignet) ou de séquelles cardiaques après endocardite, le médecin conseil évalue le taux d'IPP selon le barème indicatif (annexe I de l'article R. 434-32 CSS).

  • IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une fois.
  • IPP ≥ 10 % : rente viagère trimestrielle.

En cas de décès (formes septicémiques)

Une endocardite à Erysipelothrix peut être fatale (mortalité élevée si diagnostic tardif). Les ayants droit du salarié décédé peuvent bénéficier d'une rente de conjoint survivant (40 % du salaire annuel du défunt, articles L. 434-7 à L. 434-14 CSS) et d'une rente d'orphelin (25 % par enfant à charge, plafonnée à 85 % au total).

Faute inexcusable de l'employeur

Si la victime démontre que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger (absence d'évaluation des risques biologiques, défaut de gants adaptés, défaut de formation hygiène-sécurité, absence de surveillance médicale renforcée pour les contacts avec animaux) et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires (article L. 452-1 CSS), la rente est majorée et les préjudices personnels sont indemnisés (souffrances, préjudice esthétique des cicatrices, préjudice d'agrément, perte de chance professionnelle).

Prise en charge des soins

L'antibiothérapie (pénicilline G IV, amoxicilline orale, céphalosporines en relais), les soins de plaie, les examens biologiques et les hospitalisations pour endocardite sont remboursés à 100 % par la CPAM au titre de l'AT/MP.

Sources : articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 à L. 434-14, L. 452-1 à L. 452-5 du Code de la sécurité sociale ; Améli — Rente MP.

Jurisprudence

Le contentieux du tableau 88 est numériquement modeste — la pathologie reste sous-diagnostiquée et la majorité des cas se règlent en accident du travail ou ne donnent lieu à aucune contestation — mais quelques grandes lignes jurisprudentielles applicables à toutes les zoonoses professionnelles structurent ce contentieux.

1. Obligation de sécurité et zoonoses

Cass. soc., 28 février 2002, n° 99-17.221 et arrêts du même jour — Les arrêts fondateurs en matière d'obligation de sécurité posent une règle générale applicable à toutes les MP : l'employeur est tenu envers son salarié d'une obligation de sécurité dont le manquement a le caractère d'une faute inexcusable lorsqu'il avait ou aurait dû avoir conscience du danger et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires. Pour le risque biologique en abattoir ou en élevage, la conscience du danger est constamment retenue dès lors qu'il s'agit d'une activité encadrée par les articles R. 4421-1 et suivants du Code du travail.

2. Présomption d'imputabilité et liste limitative

Cass. 2ᵉ civ., 19 décembre 2013, n° 12-19.995 — En matière de tableaux limitatifs, dès lors que la victime établit qu'elle effectue l'un des travaux énumérés, qu'elle souffre de la pathologie inscrite et que les délais sont respectés, la présomption d'origine professionnelle joue de plein droit. L'employeur ne peut renverser la présomption qu'en rapportant la preuve d'une cause totalement étrangère au travail (cause exclusivement extra-professionnelle). Cette jurisprudence est régulièrement reprise pour les zoonoses.

3. CRRMP et métiers proches non listés

Cass. 2ᵉ civ., 12 février 2015, n° 13-26.713 — Lorsque le salarié exerce une activité proche mais non strictement identique aux travaux limitativement listés (ex. : agent de réception en abattoir vs. ouvrier d'abattage), le dossier doit être transmis au CRRMP qui apprécie souverainement le lien direct avec le travail habituel. La Cour rappelle que l'examen du CRRMP n'a pas à se borner à la liste officielle : il porte sur la réalité de l'exposition.

4. Caractère professionnel exclu en cas de contamination extra-professionnelle prouvée

Les juridictions admettent classiquement le renversement de la présomption lorsque l'employeur démontre une source de contamination strictement domestique ou de loisir (ex. : pêche récréative, élevage personnel) sans aucun lien établi avec l'activité salariée — preuve très exigeante en pratique compte tenu du caractère ubiquitaire du bacille en milieu de travail concerné.

Pour aller plus loin : rechercher sur Judilibre les mots-clés « tableau 88 maladie professionnelle », « rouget du porc », « érysipéloïde », « risque biologique abattoir ».

Prévention

La prévention du rouget du porc relève du risque biologique au sens des articles R. 4421-1 à R. 4427-5 du Code du travail. Erysipelothrix rhusiopathiae est classé dans le groupe 2 des agents biologiques pathogènes (arrêté du 18 juillet 1994 modifié) : il peut provoquer une maladie chez l'homme mais sa propagation dans la collectivité est improbable et un traitement efficace existe.

Évaluation des risques biologiques

L'employeur doit identifier et évaluer les risques biologiques propres à l'activité (article R. 4423-1), formaliser cette évaluation dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) et la mettre à jour. Pour les filières concernées (abattoirs, équarrissage, élevages, marées, conserveries d'origine animale, tanneries, parcs zoologiques), l'évaluation doit prévoir spécifiquement l'inoculation cutanée d'agents zoonotiques.

Mesures de prévention collectives

  • Conception des postes : séparation des flux propres/souillés, surfaces lavables et désinfectables, sols antidérapants, lave-mains à commande non manuelle, équipements en inox, sas avec vestiaires double-zone.
  • Hygiène et nettoyage : protocoles de nettoyage/désinfection après chaque poste, gestion des déchets d'origine animale (sous-produits animaux ROC, règlement (CE) n° 1069/2009), eau chaude sous pression.
  • Désinfectants : Erysipelothrix est sensible aux hypochlorites, à la chaleur (> 55 °C pendant 15 min) et aux désinfectants courants des locaux agroalimentaires.

Équipements de protection individuelle (EPI)

  • Gants résistants aux coupures (norme EN 388, niveau de résistance adapté), maillés inox ou aramide pour les postes d'abattage et de découpe.
  • Tabliers et manchettes étanches.
  • Bottes étanches, lunettes ou écran facial pour les postes d'éviscération et de scié.
  • Pansement immédiat et systématique de toute coupure ou microplaie, désinfection.

Surveillance médicale et formation

Les travailleurs exposés à des agents biologiques du groupe 2 bénéficient d'un suivi individuel renforcé (SIR) par le médecin du travail (articles R. 4624-22 et suivants). À l'embauche, une formation à la sécurité au sens des articles L. 4141-1 et R. 4425-6 est obligatoire, portant notamment sur les zoonoses, l'hygiène des mains, la conduite à tenir en cas de coupure et la déclaration des accidents d'exposition.

Vaccination

Il n'existe pas de vaccin humain contre Erysipelothrix rhusiopathiae. Seul l'animal (porc, dinde) bénéficie de vaccinations vétérinaires. La prévention en milieu de travail repose donc entièrement sur les barrières physiques et organisationnelles.

Droit d'alerte et de retrait

Tout salarié constatant un danger grave et imminent (absence d'EPI adapté, équipement défaillant, exposition à des animaux malades non isolés) peut exercer son droit de retrait (article L. 4131-1 du Code du travail) sans qu'aucune sanction puisse en résulter, conformément à l'article L. 4131-3.

Sources : INRS — Risques biologiques ; articles R. 4421-1 à R. 4427-5 du Code du travail ; arrêté du 18 juillet 1994 modifié fixant la liste des agents biologiques pathogènes.

Cas pratiques

Les cas ci-dessous sont anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques à partir de situations types rencontrées par les CPAM, les médecins du travail et les juridictions du contentieux social. Ils n'identifient aucune entreprise.

Cas 1 — Érysipéloïde de la main chez un boucher de chevillard (forme cutanée simple)

M. A., 47 ans, boucher dans un atelier de découpe en gros depuis 22 ans, consulte pour un placard rouge violacé d'évolution centrifuge sur le dos de l'index droit, apparu 4 jours après une microcoupure lors du désossage. Pas de fièvre. Le médecin du travail évoque immédiatement un érysipéloïde, prescrit amoxicilline 1 g × 3/j pendant 7 jours et établit le CMI au titre du tableau 88, forme cutanée simple. La CPAM reconnaît la MP : désignation conforme, délai de 7 jours respecté, profession listée. Guérison complète, pas d'IPP. La situation aurait pu être traitée en AT (microcoupure datée) ; le choix est revenu à M. A.

Cas 2 — Mono-arthrite du poignet chez une éleveuse de porcins (forme cutanée avec arthrite)

Mme B., 41 ans, exploite avec son conjoint un élevage de porcs en plein air. Vingt jours après une plaie superficielle au poignet survenue lors de la manipulation d'une portée, elle développe un placard érythémateux du poignet gauche évoluant vers une mono-arthrite avec gonflement, douleur et raideur. Diagnostic confirmé par hémocultures et ponction articulaire (Erysipelothrix rhusiopathiae). Antibiothérapie par pénicilline G IV puis amoxicilline orale pendant 6 semaines. CMI tableau 88 forme avec arthrite. CPAM reconnaît la MP : délai de 30 jours respecté, élevage porcin explicitement listé. IPP de 5 % pour raideur résiduelle du poignet : indemnité en capital.

Cas 3 — Endocardite à Erysipelothrix chez un équarrisseur (forme septicémique)

M. C., 56 ans, ouvrier d'atelier d'équarrissage depuis 18 ans. Hospitalisé en urgence pour fièvre prolongée, dyspnée et souffle aortique nouveau. Échocardiographie : végétation sur la valve aortique. Hémocultures positives à Erysipelothrix rhusiopathiae. Antibiothérapie de 6 semaines par pénicilline G, puis remplacement valvulaire chirurgical 3 mois après. CMI tableau 88 forme septicémique. CPAM reconnaît la MP (délai de 6 mois respecté, ateliers d'équarrissage explicitement listés, complication endocarditique). IPP fixée à 30 % (séquelles cardiaques) : rente viagère trimestrielle. Action en faute inexcusable engagée et accueillie : défauts répétés de gants résistants aux coupures, absence de formation hygiène-sécurité documentée. Rente majorée à 100 % de l'IPP et indemnisation des préjudices personnels.

Cas 4 — Forme cutanée chronique chez un opérateur de chaîne du froid, CRRMP saisi

Mme D., 38 ans, opératrice en surgélation de produits de la mer depuis 8 ans. Récidives de placards cutanés sur les doigts depuis 14 mois, parfois confondus avec eczéma de contact. Diagnostic réorienté vers une forme cutanée chronique d'érysipéloïde après biopsie cutanée. CMI tableau 88. La CPAM hésite : l'employeur conteste, soutenant que l'activité de surgélation ne figure pas dans la liste de la forme chronique. La CPAM saisit le CRRMP, qui retient un lien direct avec le travail habituel au vu de la nature des produits manipulés (poissons frais en amont de la surgélation) et conclut à la reconnaissance. IPP fixée à 8 %, indemnité en capital.

Questions fréquentes

Le rouget du porc, ou érysipéloïde de Baker-Rosenbach, est une zoonose causée par Erysipelothrix rhusiopathiae, bactérie présente chez les animaux d'élevage et dans les produits d'origine animale. Chez l'humain, elle provoque un placard cutané, parfois une arthrite ou une endocardite. Elle est reconnue comme maladie professionnelle au tableau 88 du régime général.

Quatre délais selon la forme clinique : 7 jours pour la forme cutanée simple, 30 jours pour la forme cutanée avec mono ou polyarthrite, 6 mois pour les formes cutanées chroniques ou récidivantes, et 6 mois pour les formes septicémiques avec complications endocarditiques.

Bouchers, charcutiers, tripiers, boyaudiers, abatteurs, équarrisseurs, ouvriers de volailleries, pêcheries et poissonneries, cuisiniers de collectivité, éleveurs d'ovins, porcins, volailles ou gibier, opérateurs de la chaîne du froid de l'agroalimentaire, salariés de fabriques de gélatine et colles d'os, personnels de tanneries (cuirs verts), parcs zoologiques et laboratoires vétérinaires.

Oui, la liste est limitative. Si votre exposition est documentée mais que votre métier ne figure pas explicitement dans la colonne de droite pour la forme clinique constatée, votre dossier sera transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), qui appréciera le lien direct avec le travail habituel (article L. 461-1 al. 4 CSS).

Le tableau 88 exclut expressément la forme cutanée simple lorsqu'elle correspond à un accident du travail isolé, c'est-à-dire une lésion immédiatement consécutive à une piqûre ou coupure datée. Dans ce cas, c'est le régime AT qui s'applique : déclaration sous 24h, présomption d'imputabilité au temps et au lieu du travail, prise en charge plus rapide. Pour les formes articulaires, chroniques ou septicémiques, la voie MP via le tableau 88 est la règle.

Non, il n'existe pas de vaccin humain contre Erysipelothrix rhusiopathiae. Seuls les animaux (porcs, dindes) sont vaccinés. La prévention en milieu professionnel repose donc sur l'évaluation des risques biologiques, le port d'EPI adaptés (gants résistants aux coupures, tabliers étanches), l'hygiène stricte des plaies et le suivi médical renforcé.
Avertissement : cette fiche a une vocation informative. Pour toute démarche concrète de reconnaissance d'une maladie professionnelle, contactez votre médecin du travail, votre CPAM ou un professionnel du droit social. Pour le texte officiel en vigueur, référez-vous à Légifrance.
Page mise à jour le 29/05/2026.