Module 3 / 4 · Sommaire complet de la formation
3.2 Consigner en basse tension : les six étapes du BC, geste par geste
La NF C 18-510 décrit la consignation en six étapes : pré-identification, séparation, condamnation, identification, vérification d'absence de tension et mise à la terre et en court-circuit. Chacune répond à une façon précise de se tromper. Ce chapitre les reprend dans l'ordre, avec les moyens reconnus par l'INRS et les particularités de la basse tension, où la dernière étape n'est pas systématique.
Les six étapes de la consignation, dans l'ordre
Pré-identification
Séparation
Condamnation
Identification
Vérification d'absence de tension
MALT-CC si requise en BT
Les étapes 1 à 3 constituent une mise hors tension. C'est avec les étapes 4 à 6 que l'installation devient consignée.
Pré-identification : savoir ce qu'on va couper avant d'y toucher
La consignation commence au bureau, ou devant le schéma, pas devant l'armoire. La pré-identification consiste à repérer, à partir des schémas et documents de l'installation, l'ouvrage à consigner et toutes ses sources d'alimentation possibles : arrivée normale, secours, groupe électrogène, onduleur, alimentation de remplacement, retour par une boucle, condensateurs de compensation.
C'est l'étape qui conditionne toutes les autres. Une séparation parfaitement exécutée sur le mauvais départ produit une consignation parfaitement fausse. L'ED 6109 le résume dans sa formulation de la première opération : séparer l'équipement « préalablement identifié » de toute source d'énergie électrique.
Ce que le BC vérifie à cette étape
- Les schémas sont à jour : une modification récente non reportée est une source classique de confusion.
- Toutes les alimentations sont listées, amont et aval : un moteur entraîné par la charge ou une alimentation de secours peuvent réalimenter un circuit coupé en amont.
- Les organes de séparation et leurs repères sont identifiés, ainsi que les moyens de condamnation adaptés.
- Le chargé d'exploitation électrique a donné son accord pour retirer l'ouvrage de l'exploitation.
Séparation : une coupure certaine, de toutes les sources
Séparer, c'est isoler l'ouvrage de toutes les sources possibles de tension, amont et aval, de façon certaine. Le mot compte : un bouton d'arrêt, un contacteur ouvert par la commande ou un variateur à l'arrêt ne séparent pas. L'ED 6109 cite les moyens qui donnent cette certitude :
| Moyen | Principe |
|---|---|
| Vue directe des contacts séparés | On voit que les contacts sont ouverts. |
| Enlèvement de pièces de contact | Pour certains matériels spéciaux : dépose de pont, par exemple. |
| Écran entre les contacts | Un écran est interposé entre les contacts ouverts. |
| Asservissement | Un dispositif, électrique ou mécanique, assure en toute circonstance l'adéquation entre la position des contacts et celle de l'indicateur extérieur. |
| Dispositifs de sectionnement (BT) | En basse tension, la certitude peut aussi être obtenue par des appareils répondant aux dispositions de la NF C 15-100, article 536.2. |
Pour toutes les tensions, précise la brochure, la dépose de ponts, l'enlèvement de fusibles et le retrait d'une fiche de prise de courant constituent une séparation certaine. Sur un équipement branché sur prise, débrancher la fiche et la garder sous contrôle est souvent la séparation la plus sûre qui soit.
Le risque de confusion des circuits
L'ED 6109 formule trois recommandations contre la confusion de circuits :
- le verrouillage par transfert de clefs est actuellement le seul système qui, par conception, rend matériellement obligatoire la réalisation de la consignation dans l'ordre prévu et empêche toute confusion de circuit ;
- l'appareil de séparation doit être parfaitement et durablement identifié, par étiquetage notamment ;
- l'installation du dispositif de séparation au plus près de la zone à isoler est vivement conseillée.
Condamnation : bloquer et signaler
La condamnation en position d'ouverture a pour but d'interdire la manœuvre de l'organe de séparation. Elle comporte deux éléments indissociables selon l'ED 6109 : une immobilisation de l'organe, réalisée par blocage mécanique (serrure, cadenas…), et une signalisation très visible.
CONDAMNÉ
DÉFENSE DE MANŒUVRER
SANS AUTORISATION
Nom · date · heure · repère
Le libellé ci-contre est celui que l'ED 6109 donne en exemple. La pancarte porte aussi les informations qui permettent de savoir qui a condamné, quand, et quel organe : nom, date, heure, repère.
La pancarte seule ne condamne pas : elle informe. Le cadenas seul ne suffit pas non plus : il empêche la manœuvre sans dire pourquoi, ni à qui s'adresser. Les deux vont ensemble.
En pratique, le BC s'assure que le moyen de condamnation est adapté à l'organe (poignée de sectionneur, disjoncteur, porte-fusible, prise) et qu'il empêche réellement la fermeture : une condamnation qui peut être contournée en forçant la poignée n'en est pas une. Lorsqu'un organe est commandé à distance, la condamnation porte aussi sur la commande.
Pour préparer des pancartes et étiquettes lisibles, le site propose un générateur d'étiquettes de consignation. À l'issue de cette étape, l'installation est mise hors tension, mais pas encore consignée.
Identification : sur le lieu de travail, pas sur le plan
L'identification se fait sur le lieu de travail. Son objet, selon l'ED 6109 : être certain que les opérations seront bien exécutées sur l'équipement de travail prévu. La pré-identification a désigné un ouvrage sur un schéma ; l'identification confirme, sur le terrain, que le câble, le jeu de barres ou la machine devant lesquels on se trouve sont bien ceux-là.
C'est aussi l'étape la plus souvent confondue avec un simple étiquetage. Poser une étiquette sur un sectionneur relève de la condamnation. Identifier, c'est suivre le câble, lire les repères à l'endroit où l'on va intervenir, les confronter aux documents, et lever tout doute avant de poursuivre.
Moyens d'identification
- repérage durable des câbles et des départs ;
- lecture des plaques et étiquettes sur place ;
- suivi physique du câble jusqu'à la zone ;
- confrontation avec les schémas mis à jour.
Situations à risque
- plusieurs câbles identiques dans un même chemin de câbles ;
- armoires jumelles, machines en ligne ;
- repères effacés ou contradictoires ;
- installation modifiée depuis la dernière mise à jour des plans.
Le mémento « SCIV » (séparer, condamner, identifier, vérifier), souvent enseigné, conserve l'identification mais omet la pré-identification et la mise à la terre et en court-circuit. Il reste un moyen mnémotechnique, pas la procédure de la norme.
Vérification d'absence de tension : chaque conducteur, avec le bon appareil
La VAT est le moment où le BC prouve que tout ce qui précède a fonctionné. L'ED 6109 en fixe trois exigences : elle est effectuée sur chacun des conducteurs actifs, y compris le neutre ; à l'aide d'un dispositif vérificateur d'absence de tension spécialement conçu à cet effet ; et au lieu de travail.
Tous les conducteurs
Phases et neutre, entre eux et par rapport à la terre. Le neutre peut être porté à un potentiel dangereux.
Au lieu de travail
Et non au tableau d'origine : c'est là où l'on va travailler que l'absence de tension doit être établie.
Avant et après
Le bon fonctionnement du détecteur est vérifié immédiatement avant et immédiatement après la VAT.
Le contrôle du détecteur avant et après la mesure répond précisément à ce risque : si l'appareil tombe en panne pendant la vérification, le contrôle après la VAT le révèle, et le résultat « absence de tension » est invalidé.
Enfin, la brochure signale une limite à connaître : les détecteurs de tension conformes aux normes ne détectent pas les tensions induites ; ils indiquent sans ambiguïté la présence ou l'absence de la tension de service. Une tension induite par une ligne voisine peut donc exister sur un conducteur déclaré « hors tension ». C'est l'une des raisons d'être de l'étape suivante.
Mise à la terre et en court-circuit : conditionnelle en BT
La mise à la terre et en court-circuit (MALT-CC) est réalisée immédiatement après la VAT. Elle protège contre une réalimentation éventuelle, amont ou aval, ou produite par une source autonome, et participe à la protection contre les effets de l'induction électromagnétique et du couplage capacitif. C'est aussi lors de cette étape que sont dissipées les énergies accumulées, celles des condensateurs par exemple, avant les travaux ou les interventions (ED 6109).
En haute tension, elle est systématique. En basse tension, elle n'est pas toujours requise : l'ED 6109 renvoie sur ce point à la NF C 18-510. Elle s'impose lorsqu'il existe un risque de réapparition de tension ou de tension induite. En cas de doute, elle s'impose aussi.
Groupe électrogène ou source autonome
Onduleur, alimentation de remplacement
Condensateurs susceptibles de rester chargés
Câble de grande longueur
Ligne aérienne voisine (tension induite)
Doute sur l'une de ces situations
Les règles de mise en œuvre (ED 6109)
- elle concerne tous les conducteurs actifs, y compris le neutre ;
- elle est réalisée au plus près possible de la zone de travail ;
- elle utilise des équipements conçus à cet effet, conformes aux normes qui les concernent ;
- la mise à la terre est raccordée côté terre avant d'être raccordée côté conducteur.
Quatre, cinq, six ou sept étapes ? Ce que compte chaque référentiel
6
NF C 18-510
Pré-identification, séparation, condamnation, identification, VAT, MALT-CC. La référence pour la consignation électrique.
5
ED 6109 (INRS, 2020)
Cinq opérations : la pré-identification y est intégrée à la séparation (« équipement préalablement identifié »). Même contenu, autre découpage.
4
Mémento SCIV
Séparer, condamner, identifier, vérifier. Utile pour mémoriser, incomplet : sans pré-identification ni MALT-CC.
7
LOTO multi-énergies
Autre référentiel, qui couvre toutes les énergies d'une machine. Voir la formation Consignation LOTO.
Sources
- INRS, ED 6109 « Consignations et déconsignations », 3e édition, octobre 2020, chapitre 5 « Consignation et déconsignation électrique » : séparation, condamnation, vérification, mise à la terre et en court-circuit — inrs.fr
- INRS, ED 6127 « L'habilitation électrique », 3e édition, décembre 2020, § 1.1 (préparation du travail) et module 2 (mise en sécurité d'un circuit) — inrs.fr
- NF C 18-510 (janvier 2012) et amendement A1 (février 2020), chapitre « Opérations hors tension » ; NF C 15-100, article 536.2 (sectionnement) — normes AFNOR citées sans reproduction
- Code du travail, article R. 4544-9 — wiki R. 4544-9, Légifrance
À retenir
- Six étapes : pré-identification, séparation, condamnation, identification, VAT, MALT-CC. Les trois premières ne font qu'une mise hors tension.
- Séparation certaine, amont et aval ; dépose de ponts, retrait de fusibles ou de fiche = séparation certaine.
- Condamnation = blocage mécanique + pancarte « Condamné — défense de manœuvrer sans autorisation » (nom, date, heure, repère).
- Identification sur le lieu de travail : ce n'est pas poser une étiquette.
- VAT sur chaque conducteur actif, neutre compris, avec un VAT dédié contrôlé avant et après ; multimètre et tournevis testeur exclus.
- En BT, la MALT-CC s'impose s'il existe un risque de réalimentation ou de tension induite, et en cas de doute ; côté terre d'abord.