Électricien Industriel
Sécurité électrique, habilitation et consignation

Module 4 / 5

Module 4 : Sécurité électrique, habilitation et consignation 24 min de lecture

4.3 La consignation électrique en sécurité

La consignation est la procédure qui transforme une installation dangereuse en installation où l'on peut travailler. C'est le cœur de la sécurité électrique : on met hors tension, on s'assure que personne ne peut remettre sous tension, et on prouve l'absence de tension avant de toucher. Réflexe de fond : pas de consignation complète et de VAT, pas d'intervention. La règle est de travailler hors tension — le travail sous tension est l'exception.

Sensibilisation. Ce chapitre explique le principe de la consignation. Il ne délivre pas l'habilitation (notamment BC / HC pour le chargé de consignation), qui relève de l'employeur après formation par un organisme. Ce module ne certifie rien.
Les 6 étapes de la consignation (NF C 18-510)
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Pré-identification

Repérer l'ouvrage et toutes ses sources d'alimentation, sur plans et sur site.

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Séparation

Couper et isoler l'installation de toute source de tension.

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Condamnation

Bloquer l'organe en position ouverte et signaler l'interdiction de réenclencher.

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Identification

Confirmer sur le terrain qu'on agit bien sur l'ouvrage séparé et condamné.

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VAT

Vérifier l'absence de tension juste avant de travailler.

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MALT & CC

Mise à la terre et en court-circuit de l'ouvrage consigné.

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Pourquoi consigner ?

Consigner une installation, c'est la mettre dans un état où l'on peut intervenir sans risque électrique, et garantir qu'elle y reste pendant toute la durée des travaux. La règle générale est claire : on travaille hors tension. La consignation est la procédure qui rend cet « hors tension » fiable et sûr.

Le danger qu'elle élimine n'est pas seulement le contact direct au moment de la coupure. C'est aussi :

  • la remise sous tension intempestive par un tiers qui ignore qu'on travaille en aval ;
  • les tensions résiduelles (condensateurs, retours par d'autres sources) ;
  • la confusion sur l'installation réellement concernée.
Une simple coupure n'est pas une consignation. Couper un disjoncteur sans condamner, sans identifier et sans vérifier l'absence de tension laisse le risque entier. La consignation est une procédure complète, pas un geste isolé.
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Les étapes de la consignation

La consignation électrique se déroule selon une séquence ordonnée. Chaque étape conditionne la suivante : on ne saute pas une marche. Telle que la norme NF C 18-510 la définit, la procédure complète compte six étapes.

  • 1. Pré-identification : avant toute manœuvre, on repère l'ouvrage concerné et on recense toutes ses sources d'alimentation, sur les plans et sur le terrain — y compris les sources de secours, les onduleurs et les alimentations de sécurité. C'est l'étape que les mémentos oublient le plus souvent, et celle qui évite de consigner la mauvaise installation.
  • 2. Séparation : on sépare l'installation de toute source de tension, par un dispositif assurant une coupure certaine et visible, sur tous les conducteurs actifs et pour toutes les sources recensées.
  • 3. Condamnation : on immobilise l'organe de coupure en position ouverte (cadenas, dispositif de blocage) et on appose une signalisation interdisant la manœuvre. Personne ne doit pouvoir réenclencher.
  • 4. Identification : sur le terrain, on confirme que l'ouvrage sur lequel on va travailler est bien celui qui a été séparé et condamné (repérage, schémas, plans, cheminement des câbles). Attention à ne pas la confondre avec la condamnation : l'identification ne consiste pas à poser une étiquette, mais à vérifier qu'on est au bon endroit.
  • 5. Vérification d'absence de tension (VAT) : juste avant de commencer, on vérifie avec un vérificateur d'absence de tension approprié qu'il n'y a effectivement plus de tension, sur tous les conducteurs concernés.
  • 6. Mise à la terre et en court-circuit (MALT-CC) : immédiatement après la VAT, on met l'ouvrage à la terre et en court-circuit pour neutraliser toute réapparition de tension — retour par une autre source, décharge de condensateurs, induction depuis une ligne voisine. Cette opération est systématique en haute tension. En basse tension, elle n'est requise que lorsqu'un risque de réapparition de tension existe (groupe électrogène, onduleur, alimentation de remplacement, câble de grande longueur, condensateurs, ligne aérienne voisine) — et en cas de doute, elle s'impose.

Pourquoi vous lirez ailleurs « 4 étapes » ou « 5 étapes »

Le décompte dépend du référentiel, et c'est une source constante de confusion :

  • SCIV (Séparation, Condamnation, Identification, VAT) est un moyen mnémotechnique hérité de l'ancien recueil UTE C 18-510. Il est pratique, mais il omet la pré-identification et la MALT-CC : ce n'est pas la procédure complète. Voir le chapitre dédié à la signification de SCIV.
  • La consignation LOTO (lockout-tagout) est couramment présentée en sept étapes : c'est un référentiel d'origine américaine (OSHA 1910.147), multi-énergies, qui ne se superpose pas à la norme électrique française.

Retenez le principe plutôt que le chiffre : si la pré-identification et la MALT-CC ne figurent pas dans votre procédure, elle est incomplète.

Une mise hors tension n'est pas une consignation. La mise hors tension s'arrête aux trois premières étapes — pré-identification, séparation, condamnation. Une installation mise hors tension n'est pas consignée : il manque l'identification, la VAT et la MALT-CC. C'est la distinction qui sépare le titulaire d'un BS, qui réalise une mise hors tension, du chargé de consignation BC, seul habilité à consigner.

Il existe aussi la consignation en deux étapes : le chargé de consignation réalise la pré-identification, la séparation et la condamnation, puis confie au chargé de travaux l'identification, la VAT et la MALT-CC. L'attestation de consignation mentionne alors explicitement « première étape ».

La VAT est non négociable. On vérifie l'absence de tension au plus près de la zone de travail et juste avant d'intervenir, avec un appareil dont on a contrôlé le bon fonctionnement avant et après l'essai. Une installation « normalement coupée » n'est pas une installation prouvée hors tension.
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Le rôle du chargé de consignation

La consignation est réalisée par une personne désignée et habilitée pour cela : le chargé de consignation (symbole BC en basse tension, HC en haute tension).

C'est lui qui exécute les opérations de séparation, condamnation et identification, et qui établit le lien avec le chargé de travaux (B2/H2) qui dirigera ensuite les travaux. Cet échange se formalise par une attestation de consignation remise au chargé de travaux : le travail ne commence qu'une fois cette attestation reçue.

La consignation électrique s'inscrit dans la logique plus large de consignation des énergies (LOTO) : Consignation LOTO
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Les EPI et l'outillage adaptés

Même une opération encadrée se fait avec les protections adaptées au risque résiduel, en particulier pour les phases de manœuvre, de VAT ou de travail au voisinage. Les équipements de référence :

  • Gants isolants : adaptés au domaine de tension, vérifiés avant emploi (intégrité, absence de perforation) et contrôlés périodiquement.
  • Écran facial / lunettes : protection contre les effets d'un arc électrique (chaleur, lumière, projections).
  • Vêtements adaptés au risque d'arc, le cas échéant.
  • Outillage isolé : outils conçus et marqués pour le travail électrique, à l'état contrôlé.
  • Vérificateur d'absence de tension adapté et vérifié, pour la VAT.
Un EPI dégradé ne protège pas. Des gants isolants percés, un écran rayé ou un outil dont l'isolation est abîmée sont mis au rebut, jamais « utilisés une dernière fois ». On vérifie avant de s'équiper.
Installation consignée ou non : la différence
Installation consignée
  • Séparée de toute source de tension
  • Organe condamné et signalé
  • Installation identifiée sans ambiguïté
  • Absence de tension vérifiée (VAT)
  • MALT-CC posée si nécessaire
  • Attestation remise au chargé de travaux
Simple coupure (non consignée)
  • Disjoncteur ouvert… mais réenclenchable
  • Pas de condamnation ni de signalisation
  • Installation non identifiée formellement
  • Absence de tension non vérifiée
  • Tensions résiduelles possibles
  • Risque entier : ne pas intervenir
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Le travail sous tension : une exception très encadrée

La règle est de travailler hors tension. Le travail sous tension (TST) est une exception, réservée aux cas où la mise hors tension est impossible ou génère elle-même un risque plus grand.

Quand il est admis, il est très strictement encadré : justification préalable, habilitation spécifique, méthodes et outillages dédiés, conditions d'environnement maîtrisées. Ce n'est jamais une solution de facilité prise « pour gagner du temps ».

Jamais d'improvisation sous tension. On ne travaille pas sous tension parce que consigner « prend trop de temps ». Hors des cas autorisés et sans la procédure et l'habilitation correspondantes, on met hors tension et on consigne. La pression de production ne justifie jamais de toucher du vivant.
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La déconsignation : remettre en service en sécurité

Une fois les travaux terminés, on ne réenclenche pas n'importe comment. La déconsignation est l'opération inverse, tout aussi encadrée.

Avant toute remise sous tension, on s'assure que tout le personnel est sorti de la zone, que les outils et les éventuels dispositifs de mise à la terre et en court-circuit ont été retirés, et que l'installation est en état d'être remise sous tension. Ce n'est qu'après la fin de travail signifiée (restitution de l'attestation) et la levée de la condamnation que la remise sous tension peut intervenir.

Réflexe : je vérifie que tout le monde est dégagé et que les MALT-CC sont retirées avant de réenclencher. La déconsignation prématurée est un accident en puissance pour ceux qui croient encore travailler en sécurité.

Sources et outils
À retenir
  • Consigner = rendre l'installation fiablement hors tension et garantir qu'elle le reste. Une simple coupure n'est pas une consignation.
  • Six étapes (NF C 18-510) : Pré-identification → Séparation → Condamnation → Identification → VAT → MALT-CC (la MALT-CC est systématique en HT, et en BT seulement en cas de risque de réapparition de tension). Le mémento « SCIV » n'en retient que quatre et omet la première et la dernière.
  • Une mise hors tension s'arrête aux trois premières étapes : ce n'est pas une consignation.
  • La VAT se fait au plus près de la zone, juste avant d'intervenir, avec un appareil vérifié avant et après. C'est elle qui prouve l'absence de tension.
  • La consignation est réalisée par le chargé de consignation (BC/HC) ; le travail démarre sur attestation remise au chargé de travaux. EPI : gants isolants, écran facial, outillage isolé, tous vérifiés.
  • Le travail sous tension est une exception très encadrée, jamais une facilité. La règle reste : hors tension et consignation.
  • La déconsignation : personnel dégagé, MALT-CC retirées, fin de travail signifiée — avant toute remise sous tension. Cette sensibilisation ne délivre pas l'habilitation (employeur + organisme).