Qualité, défauts et productivité
Module 4 / 5
Sommaire
4.1 Les défauts des pièces injectées et leurs causes
Une pièce injectée qui sort du moule raconte une histoire : la matière, le moule et le réglage y ont laissé leur trace. Quand un défaut apparaît, le régleur ne corrige pas au hasard : il observe, il cherche la cause, puis il agit sur le bon levier. Ce chapitre passe en revue les défauts les plus courants en injection plastique, leurs causes probables et les pistes de correction, en restant sur les principes.
Les défauts les plus courants en injection
Pièce courte
Remplissage incomplet.
Bavures
Débord au plan de joint.
Retassures
Creux sur fortes épaisseurs.
Bulles / vacuoles
Air ou humidité piégés.
Brûlures
Effet diesel en fin de remplissage.
Lignes de soudure
Rencontre de deux fronts.
Gauchissement
Pièce voilée, déformée.
Traces d'argent
Humidité de la matière.
Le principe du diagnostic : matière, moule ou réglage
Un défaut sur une pièce injectée a presque toujours une origine identifiable. Pour ne pas perdre de temps, le régleur classe d'abord la cause possible dans l'une de trois familles :
- La matière : humidité, fluidité, température, dégradation, mauvais dosage.
- Le moule : évents bouchés, plan de joint usé ou encrassé, refroidissement inadapté, position des seuils.
- Le réglage / la presse : températures, vitesse et pression d'injection, commutation, maintien, force de fermeture, coussin.
Le régleur observe le défaut, cherche la cause probable, puis agit sur le bon levier. Le plus souvent, le levier est un paramètre de réglage ; parfois, la correction relève du moule ou de la matière et fait alors appel à l'outillage ou à la maintenance.
Défauts de remplissage : pièce courte et bavures
Ces deux défauts sont opposés : dans un cas la matière n'atteint pas toute l'empreinte, dans l'autre elle déborde du plan de joint.
- Pièce courte / manque de matière (remplissage incomplet) : matière pas assez fluide (température trop basse), vitesse ou pression d'injection insuffisante, dosage trop faible, évents bouchés, moule trop froid. Pistes : remonter les températures, augmenter la vitesse ou la pression d'injection, vérifier le dosage, contrôler les évents.
- Bavures (matière qui déborde du plan de joint) : pression trop élevée, commutation injection/maintien (V/P) trop tardive, force de fermeture insuffisante, plan de joint encrassé ou usé, matière trop fluide. Pistes : réduire la pression ou le dosage, ajuster la commutation, vérifier la force de fermeture et l'état du moule.
Défauts de compactage : retassures, bulles et vacuoles
Quand la matière refroidit, elle se rétracte. Si cette contraction n'est pas compensée, des creux ou des vides apparaissent.
- Retassures (creux ou dépression en surface, souvent sur les fortes épaisseurs et les nervures) : manque de compensation du retrait — pression ou temps de maintien insuffisants, coussin trop faible, refroidissement inadapté. Pistes : augmenter la pression et/ou le temps de maintien, vérifier le coussin.
- Bulles / vacuoles : air ou humidité (matière non séchée), retrait interne. Pistes : sécher la matière, ajuster le maintien et la contre-pression.
La distinction est utile : une retassure se voit en surface (creux), une vacuole est un vide interne. Les deux signalent un manque de compactage, mais l'humidité oriente plutôt vers le séchage de la matière.
Brûlures (effet diesel) et lignes de soudure
Ces deux défauts sont liés à la façon dont la matière et l'air circulent dans l'empreinte pendant le remplissage.
- Brûlures / effet diesel (marques noires en fin de remplissage) : l'air comprimé ne parvient pas à s'échapper (évents insuffisants) et, avec une vitesse trop élevée, il s'échauffe brutalement et brûle la matière. Pistes : réduire la vitesse d'injection, dégager ou ajouter des évents.
- Lignes de soudure (ligne visible là où deux fronts de matière se rejoignent, par exemple autour d'un trou) : les fronts sont trop froids au moment de la rencontre. Pistes : augmenter les températures matière et moule, augmenter la vitesse ; côté outillage, revoir la position des seuils.
Déformation, traces d'argent et dégradation
Ces défauts touchent la géométrie et l'aspect de la pièce, et renvoient souvent à la matière ou au refroidissement.
- Déformation / gauchissement (pièce voilée) : refroidissement inégal, contraintes internes, éjection trop chaude. Pistes : équilibrer le refroidissement, allonger le temps de refroidissement, réduire les contraintes en agissant sur le maintien.
- Traces d'argent / « silver streaks » : humidité de la matière (séchage insuffisant) ou dégradation. Pistes : sécher la matière ; en cas de dégradation, baisser la température.
- Dégradation / changement de couleur : matière trop chaude ou temps de séjour trop long dans le fourreau. Pistes : baisser les températures, purger, réduire le temps de séjour.
La règle du fabricant de matière (fiche technique) reste la première référence pour les plages de température et les consignes de séchage. Pour les repères de prévention liés aux poussières et fumées de plasturgie : INRS.
Défaut → cause probable → action de réglage
| Défaut observé | Cause probable la plus fréquente | Action de réglage |
|---|---|---|
| Pièce courte | Matière trop froide, vitesse/pression insuffisante | Remonter températures, augmenter vitesse/pression, vérifier évents |
| Bavures | Pression trop forte, commutation V/P tardive | Réduire pression/dosage, ajuster commutation, vérifier fermeture |
| Retassures | Maintien insuffisant, coussin trop faible | Augmenter pression/temps de maintien, vérifier le coussin |
| Bulles / vacuoles | Humidité, retrait interne | Sécher la matière, ajuster maintien et contre-pression |
| Brûlures | Air piégé + vitesse trop élevée | Réduire la vitesse, dégager/ajouter des évents |
| Lignes de soudure | Fronts de matière trop froids | Augmenter températures matière/moule, vitesse |
| Gauchissement | Refroidissement inégal, contraintes | Équilibrer/allonger le refroidissement, ajuster le maintien |
| Traces d'argent | Humidité de la matière | Sécher la matière, vérifier la température |
La méthode : un défaut, un paramètre, une vérification
Le tableau ci-dessus n'est pas une recette à appliquer en bloc. La correction efficace suit une discipline simple :
- Traiter un défaut à la fois : ne pas chercher à tout corriger dans le même cycle.
- Modifier un seul paramètre à la fois (rappel du chapitre 3.3) : sinon on ne sait plus quel changement a produit quel effet.
- Vérifier l'effet sur quelques cycles avant de conclure : une presse a besoin de quelques cycles pour se stabiliser.
- Distinguer réglage et moule : si la cause relève du plan de joint usé, des évents ou des seuils, le régleur passe la main à l'outillage ou à la maintenance plutôt que de compenser indéfiniment par le réglage.
Mes réflexes terrain
- J'observe précisément le défaut et sa localisation sur la pièce avant de toucher au moindre réglage.
- Je classe la cause probable dans la bonne famille : matière, moule ou réglage.
- Je modifie un seul paramètre à la fois et je vérifie l'effet sur quelques cycles avant de conclure.
À retenir
- Un défaut vient de la matière, du moule ou du réglage / de la presse : observer, chercher la cause, agir sur le bon levier.
- Pièce courte et bavures sont des défauts opposés : la fenêtre de réglage se situe entre les deux.
- Retassures, bulles et vacuoles signalent un manque de compactage ou de l'humidité (maintien, coussin, séchage).
- Brûlures et lignes de soudure renvoient à la circulation de l'air et de la matière (vitesse, évents, températures).
- Gauchissement, traces d'argent et dégradation renvoient au refroidissement et à la matière (séchage, températures, temps de séjour).
- Méthode : un défaut, un paramètre, une vérification — et distinguer ce qui relève du réglage de ce qui relève du moule.