Salaires impayés :
partir sans sacrifier le chômage
Un employeur qui ne paie plus est un contrat déjà rompu dans les faits. Le règlement vous permet de démissionner en gardant vos droits — à une condition procédurale près : obtenir une ordonnance de référé aux prud'hommes.
Le principe : l'impayé légitime le départ — avec une preuve judiciaire
Un salarié dont l'employeur ne verse pas tout ou partie du salaire peut démissionner en conservant ses droits au chômage (art. 2 du règlement général). Mais le règlement exige une pièce précise : une ordonnance de référé du conseil de prud'hommes condamnant l'employeur à payer les sommes dues. Sans elle, pas de démission légitime — quelle que soit l'évidence de l'impayé.
Le référé prud'homal, en pratique
Bonne nouvelle : c'est l'une des procédures les plus simples et rapides du droit du travail.
- Sans avocat obligatoire : vous saisissez la formation de référé du conseil de prud'hommes de votre lieu de travail via le formulaire Cerfa de requête ;
- Dossier minimal : contrat de travail, bulletins de paie, relevés bancaires montrant l'absence de virement, mise en demeure envoyée à l'employeur (recommandé AR — pas obligatoire mais très utile) ;
- Rapide : l'audience intervient en général en quelques semaines, l'ordonnance est exécutoire immédiatement ;
- Presque imperdable : le salaire non versé pour un travail effectué est une créance « non sérieusement contestable » — le cœur de compétence du référé.
Démission légitime ou prise d'acte : le match
| Démission légitime (référé) | Prise d'acte | |
|---|---|---|
| Chômage | Acquis avec l'ordonnance | Seulement si le juge requalifie (des mois plus tard) |
| Indemnités de rupture | Non (démission) | Oui si validée (licenciement sans cause) |
| Risque | Faible | Si rejetée : démission simple, sans chômage immédiat |
| Délai de sécurité | Semaines | 12 à 24 mois de procédure au fond |
Les deux se combinent : rien n'empêche de partir en démission légitime (chômage sécurisé) puis de poursuivre l'employeur au fond pour obtenir dommages-intérêts et rappels — dans la limite de la prescription (3 ans pour les salaires).
Trois précisions qui comptent
- Impayé partiel : le cas couvre le non-paiement de « tout ou partie » du salaire — heures supplémentaires ou primes contractuelles systématiquement éludées entrent dans le champ ;
- Entreprise en difficulté : si l'employeur passe en procédure collective, l'AGS garantit les salaires impayés et la rupture devient généralement un licenciement économique — plus besoin du détour par la démission légitime ;
- L'ARE se calcule sur les salaires dus, pas seulement versés : l'attestation employeur et l'ordonnance permettent de reconstituer l'assiette réelle.
Montant net, durée et premier versement selon vos salaires contractuels.
Sources officielles : unedic.org, service-public.fr (référé prud'homal), justice.fr.