Droit du travail Intérim Article L. 1251-58-1

CDI Intérimaire : garanties de rémunération minimale, refus de mission et licenciement

60 000 salariés en CDI-I en France en 2026, et le dispositif explose depuis la loi Rebsamen de 2015. Continuité de l'emploi, garantie de salaire minimum même sans mission, accès au crédit : le CDI intérimaire est-il l'avenir du travail temporaire ? Conditions, droits, refus de mission, licenciement : le guide complet 2026 pour ETT et candidats.

Dossier contrats spécifiques & intérim
Mis à jour : mai 2026 • Lecture : 12 min
Section 01

CDI-I : origine et cadre légal

Le CDI Intérimaire (CDI-I) est né de l'accord national interprofessionnel (ANI) du 10 juillet 2013, signé par les partenaires sociaux pour offrir une alternative durable au statut classique de l'intérimaire. Il a été codifié par la loi Rebsamen du 17 août 2015 puis confirmé par les ordonnances Macron de 2017. Aujourd'hui, il est encadré par les articles L. 1251-58-1 à L. 1251-58-8 du Code du travail.

Le principe est innovant : au lieu de signer un contrat de mission à chaque intervention chez un client, le salarié signe un seul CDI avec son agence d'intérim (ETT). Ce CDI couvre l'ensemble de ses missions successives chez différentes entreprises utilisatrices (EU). Entre deux missions, le salarié est en « intermission » : il reste salarié de l'ETT, perçoit une rémunération minimum garantie, et reste à la disposition de son agence pour de nouvelles missions.

Aujourd'hui, le dispositif touche environ 60 000 salariés en France, en croissance de 15 à 20 % par an. Tous les grands groupes d'intérim le proposent (Adecco, Manpower, Randstad, Synergie, Crit, Proman). Il représente encore moins de 10 % du marché de l'intérim, mais devient l'instrument privilégié pour les profils techniques rares (soudeurs, électriciens, conducteurs poids-lourds) que les ETT cherchent à fidéliser.

Section 02

Fonctionnement : missions, intermission, périmètre

Le CDI-I s'organise en deux phases qui alternent selon le carnet de commandes de l'ETT : les missions (intervention chez l'EU) et les intermissions (entre deux missions).

En mission

Le salarié est mis à disposition d'une EU pour une mission donnée. Il bénéficie de l'égalité de traitement classique du travail temporaire :

  • Salaire identique aux permanents au même poste (article L. 1251-18)
  • Accès aux primes, indemnités, avantages en nature
  • Horaires et conditions de travail de l'EU
  • Sécurité au poste assurée par l'EU
  • Pas d'IFM (indemnité de fin de mission) — différence majeure avec l'intérim classique
En intermission

Entre deux missions, le salarié reste salarié de l'ETT et perçoit une rémunération garantie. Il doit :

  • Rester à disposition pendant les heures ouvrables (8h-18h)
  • Pouvoir se rendre rapidement à l'agence si demandé
  • Suivre des formations proposées par l'ETT le cas échéant
  • Accepter les missions correspondant à son périmètre contractuel
  • Toucher la GMR (Garantie de Rémunération Minimale) — voir section 3
Section 03

La GMR : Garantie de Rémunération Minimale

C'est la pierre angulaire du dispositif. La GMR est le revenu minimum versé au salarié chaque mois, indépendamment du nombre de missions effectuées. Elle se déclenche notamment pendant les périodes d'intermission.

Les 3 niveaux de GMR (article L. 1251-58-2)
Catégorie % SMIC Mensuel brut 2026 (35h)
Ouvriers et employés 100 % ≈ 1 826 €
Techniciens, agents de maîtrise 115 % ≈ 2 100 €
Cadres 125 % ≈ 2 283 €

Montants indicatifs basés sur le SMIC 2026. La GMR est versée même en l'absence totale de mission. Si le salarié travaille pendant le mois, son salaire de mission s'y ajoute selon le système de compensation prévu au contrat.

Comment se calcule la rémunération mensuelle

Deux mécanismes possibles selon les ETT :

  • Lissage mensuel : le salaire mensuel est constant (la GMR ou plus si des missions le justifient). Mécanisme de régularisation annuelle.
  • Versement réel + complément GMR : chaque mois, le salaire correspond au travail effectué ; si inférieur à la GMR, l'ETT verse un complément pour atteindre le minimum.
Avantage stratégique du CDI-I : ce revenu garanti chaque mois change tout pour la vie du salarié. Il devient éligible aux crédits immobiliers et à la consommation (les banques refusent généralement les intérimaires classiques), peut louer un logement sans caution familiale, accède à des assurances complémentaires aux mêmes conditions qu'un CDI classique. Pour beaucoup d'intérimaires, c'est la principale motivation pour basculer.
Section 04

Mentions obligatoires du contrat

L'article L. 1251-58-3 du Code du travail liste les mentions impératives du CDI intérimaire. Toute omission expose l'ETT à un risque de requalification du contrat.

Identité des parties

ETT (raison sociale, SIRET, adresse), salarié (nom, prénom, qualification, date de naissance). Référence à la convention collective du travail temporaire (IDCC 7501 ou 7502).

Métiers exercés

Maximum 3 métiers, énumérés précisément. Définit le champ professionnel des missions acceptables. Au-delà : refus du salarié possible sans faute.

Périmètre géographique

Zone de mobilité (rayon en km depuis le domicile, généralement 50 km maximum). Hors de cette zone : refus possible.

GMR

Montant exact de la garantie de rémunération minimale, basé sur la classification du salarié (ouvrier, technicien, cadre).

Durée du travail

Temps complet ou partiel, durée hebdomadaire de référence (35h le plus souvent). Modalités de variation entre missions.

Période d'essai

Plafonds applicables : 2 mois pour les ouvriers/employés, 3 mois pour les agents de maîtrise/techniciens, 4 mois pour les cadres. Renouvellement possible une fois.

Section 05

Refus de mission : ce qui est permis, ce qui ne l'est pas

C'est la principale différence avec l'intérim classique. Le salarié en CDI-I a moins de souplesse pour refuser une mission, mais il conserve un droit de refus dans certaines situations clairement définies.

Refus légitime : pas de sanction
  • Mission hors du périmètre géographique défini au contrat (au-delà des 50 km, par exemple)
  • Mission hors des 3 métiers contractuels (ex : proposer un poste de plombier à un soudeur)
  • Mission dont la rémunération est inférieure à la GMR ou à la rémunération conventionnelle du poste équivalent dans l'EU
  • Mission présentant un risque pour la santé non couvert par les EPI fournis ou par les habilitations du salarié
  • Mission proposée pendant un congé (CP, RTT, arrêt maladie, formation prévue)
Refus fautif : sanctions possibles
  • Refus d'une mission conforme au contrat (périmètre géographique respecté, métier dans les 3 prévus, salaire normal) : faute possible.
  • L'employeur peut convoquer le salarié à un entretien préalable et engager une procédure disciplinaire (avertissement, blâme).
  • 3 refus successifs de missions conformes peuvent justifier un licenciement (pratique consacrée par la convention collective IDCC 7501).
  • Le refus doit être motivé par écrit : il appartient au salarié de prouver le caractère non conforme de la mission.
  • En cas de doute : mieux vaut accepter et contester ensuite par lettre RAR si la mission s'avère non conforme.
Section 06

Licenciement : motifs et procédure

Le CDI-I étant un CDI, sa rupture obéit aux règles classiques du Code du travail. La procédure de licenciement est identique à celle d'un CDI traditionnel : convocation à entretien préalable (5 jours ouvrables avant), entretien, délai de réflexion (2 jours ouvrables minimum, 1 mois maximum), notification par LRAR.

Trois grands motifs de licenciement sont possibles, qui se cumulent avec les cas standards (faute grave, inaptitude, etc.) : l'abandon de poste par le salarié sur une mission, le refus de 3 missions consécutives conformes au contrat, et le motif économique en cas de baisse durable de l'activité de l'ETT (très rare en pratique).

Indemnités à percevoir
  • Indemnité légale de licenciement : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté pour les 10 premières années, 1/3 ensuite (article L. 1234-9).
  • Indemnité de préavis : selon ancienneté (1 à 2 mois).
  • Indemnité compensatrice de congés payés : 10 % du brut total perçu.
  • Pas d'IFM (l'IFM intérim ne s'applique pas au CDI-I car pas de précarité).
Section 07

CDI-I vs intérim classique : comparatif

Critère CDI Intérimaire Intérim classique (mission)
Continuité de l'emploi ★★★★★ (continue, garantie) ★★ (intermittente)
Garantie de salaire mensuelle ★★★★★ (GMR garantie) ★ (uniquement si mission active)
IFM (10 % de prime de précarité) Non applicable ★★★★★ (10 % du brut)
ICCP (10 % de congés payés) Cumul des congés (5 semaines/an) ★★★★★ (versée à chaque mission)
Souplesse pour refuser ★★ (3 refus = licenciement) ★★★★★ (refus libre, pas de sanction)
Accès au crédit / logement ★★★★★ (statut CDI valorisé) ★ (méfiance des banques)
Mobilité géographique imposée ★★★★ (jusqu'à 50 km au contrat) ★★ (par mission, refus possible)
Ancienneté cumulée ★★★★★ (continue dans l'ETT) ★ (par mission, repart à zéro)
Bilan global Sécurité au prix de la souplesse Souplesse au prix de la précarité
Section 08

Réalité du dispositif en 2026

Croissance forte mais ciblée

Le CDI-I représente moins de 10 % du marché de l'intérim, mais sa croissance est forte : +15 à +20 % par an depuis 2020. Les profils en tension sont les premiers ciblés par les ETT : soudeurs, électriciens, conducteurs poids-lourds, monteurs en industrie, infirmières.

Pour les ETT, c'est un outil de fidélisation : capturer les meilleurs candidats sur un marché du travail tendu, en leur offrant la sécurité d'un CDI tout en conservant la flexibilité du modèle intérim.

Limites pratiques
  • Salaires souvent inférieurs en intermission : on perçoit la GMR (= SMIC), pas le salaire moyen des missions actives.
  • Mobilité géographique imposée : 50 km de domicile à respecter sous peine de manquement.
  • Pas d'IFM : sur 12 mois travaillés, perte sèche de 10 % de revenus brut vs intérim classique.
  • Décision difficile à inverser : revenir à l'intérim classique nécessite une rupture du CDI (préavis, démission).
Verdict 2026 : le CDI-I est très avantageux pour qui cherche stabilité et accès au crédit, et qui dispose de qualifications recherchées (donc avec peu de risque de longues intermissions). Il est moins intéressant pour les profils non spécialisés ou pour ceux qui valorisent fortement la liberté de choisir leurs missions. Réfléchir avant de signer en pesant son besoin de sécurité contre sa rémunération potentielle en intérim classique avec IFM.
Section 09

Questions fréquentes

Le CDI Intérimaire est signé entre le salarié et une entreprise de travail temporaire (ETT, comme Adecco ou Manpower). Le salarié n est jamais l employé direct des entreprises où il intervient (les entreprises utilisatrices). À l inverse, le CDI classique lie directement le salarié à son employeur. Le CDI-I permet d enchaîner des missions chez différentes entreprises tout en bénéficiant d un seul contrat pérenne avec son ETT, d une garantie de rémunération minimale (GMR) même sans mission active, et de tous les avantages du statut CDI (accès au crédit, logement, ancienneté cumulée). Il combine la flexibilité du marché de l intérim avec la sécurité du CDI.

En intermission (entre deux missions actives), le salarié perçoit la Garantie de Rémunération Minimale (GMR) prévue à l article L. 1251-58-2 du Code du travail. Le montant dépend de la classification : 100 pour cent du SMIC pour les ouvriers et employés (environ 1 826 € brut/mois en 2026 pour 35 heures), 115 pour cent du SMIC pour les techniciens et agents de maîtrise (environ 2 100 €), 125 pour cent du SMIC pour les cadres (environ 2 283 €). Quand le salarié est en mission, il perçoit le salaire correspondant au poste de l entreprise utilisatrice (égalité de traitement avec les permanents), généralement supérieur à la GMR.

Oui, mais de manière encadrée. Le refus est légitime et sans sanction si la mission ne respecte pas le périmètre contractuel : hors zone géographique (généralement 50 km du domicile), hors des 3 métiers prévus au contrat, rémunération inférieure à la GMR ou à la convention collective de l entreprise utilisatrice, risque pour la santé non couvert. En revanche, le refus d une mission conforme au contrat constitue une faute disciplinaire pouvant entraîner avertissement, blâme, et au bout de 3 refus successifs, licenciement (pratique consacrée par la convention collective IDCC 7501). En cas de doute, mieux vaut accepter et contester ensuite par lettre recommandée si la mission s avère non conforme.

Non. L Indemnité de Fin de Mission (IFM) de 10 pour cent versée aux intérimaires classiques est destinée à compenser la précarité du contrat de mission. Le CDI Intérimaire étant un CDI, donc un contrat à durée indéterminée et stable, cette compensation n a pas lieu d être. C est l un des arbitrages financiers majeurs du dispositif : on perd les 10 pour cent d IFM en échange de la sécurité d un CDI et de la GMR. Sur 12 mois travaillés, cela représente une perte théorique d environ 1 mois de salaire annuel par rapport à un intérimaire classique. L Indemnité Compensatrice de Congés Payés (ICCP) est en revanche maintenue, sous forme de cumul de congés (5 semaines par an).

Le licenciement obéit à la procédure classique d un CDI : convocation à entretien préalable (5 jours ouvrables avant), entretien, délai de réflexion (2 jours ouvrables minimum, 1 mois maximum), notification par lettre recommandée avec accusé de réception. Les motifs principaux sont : faute grave (abandon de poste, refus répétés de missions conformes), inaptitude médicale, motif économique (baisse durable de l activité de l ETT, rare en pratique). Le salarié perçoit l indemnité légale de licenciement (1/4 de mois par année d ancienneté pour les 10 premières années, 1/3 ensuite), l indemnité de préavis (1 à 2 mois selon ancienneté), et l indemnité compensatrice de congés payés. Pas d IFM puisqu il n y a pas de précarité au sens du contrat de mission classique.

Cela dépend du profil et des priorités. Le CDI-I est très avantageux pour les profils en tension (soudeurs, électriciens, conducteurs poids-lourds, infirmières) qui auront peu d intermissions, et pour ceux qui ont besoin de sécurité (achat immobilier, location, crédits). En revanche, il est moins intéressant pour les profils faiblement spécialisés (qui risquent de longues intermissions au SMIC), pour ceux qui valorisent la liberté de choisir leurs missions, ou pour ceux qui privilégient le revenu maximum (l absence d IFM représente 10 pour cent de salaire brut annuel en moins). Faire le calcul avant de signer : combien de mois travaillés par an en intérim classique versus la stabilité d un CDI-I avec GMR garantie.
Sources & références
  • Articles L. 1251-58-1 à L. 1251-58-8 du Code du travail (CDI Intérimaire)
  • Loi Rebsamen du 17 août 2015 (création du CDI-I)
  • ANI du 10 juillet 2013 sur le travail temporaire
  • Convention collective nationale du travail temporaire (IDCC 7501 et 7502)
  • Prism'Emploi — Statistiques annuelles du travail temporaire
  • DARES — Dossier sur l'intérim et les contrats spécifiques