Droit du travail Intérim Égalité de traitement

Le contrat de mission intérimaire : mentions obligatoires et pièges (durée, motif, rémunération équivalente)

Près de 800 000 intérimaires en équivalent temps plein en France, mais autant de contrats où une mention manquante peut entraîner la requalification en CDI. Motifs autorisés, durées maximales, égalité de rémunération, IFM, période d'essai : le décryptage juridique 2026 du contrat de mission, côté ETT, entreprise utilisatrice et salarié.

Dossier intérim & contrats précaires
Mis à jour : mai 2026 • Lecture : 13 min
Section 01

Le triangle de l'intérim : 3 contrats, 3 acteurs

L'intérim repose sur une relation triangulaire unique en droit du travail français. Trois acteurs, trois contrats imbriqués : aucun ne peut être analysé isolément.

ETT

Entreprise de Travail Temporaire (Adecco, Manpower, Randstad, Synergie…).

Rôle : employeur juridique du salarié intérimaire. Verse le salaire, gère les bulletins de paie, l'URSSAF, les congés. Doit fournir une garantie financière (article L. 1251-49) pour sécuriser les salaires en cas de défaillance.

EU

Entreprise Utilisatrice qui accueille le salarié sur site.

Rôle : exerce l'autorité fonctionnelle (consignes, horaires, encadrement), assure la sécurité au poste de travail, fournit les EPI. Reste responsable des accidents du travail et de l'hygiène-sécurité (article L. 1251-21).

Intérimaire

Salarié mis à disposition pour une mission précise.

Statut : salarié de l'ETT (pas de l'EU). Bénéficie de l'égalité de traitement avec les salariés permanents de l'EU : même salaire, mêmes équipements, mêmes accès aux services collectifs (cantine, transport, mutuelle CSE selon accord).

Les 2 contrats à distinguer

Contrat de mise à disposition

Conclu entre l'ETT et l'EU. Article L. 1251-42. Précise le motif, la durée, le poste, la rémunération de référence. Doit être signé avant le début de la mission, transmis à l'intérimaire dans les 2 jours ouvrables.

Contrat de mission

Conclu entre l'ETT et l'intérimaire. Article L. 1251-16. Reproduit les clauses essentielles du contrat de mise à disposition. Doit être écrit, signé et remis au salarié dans les 2 jours ouvrables suivant le début de la mission.

Section 02

Les 11 mentions obligatoires (article L. 1251-16)

Chaque mention manquante ou inexacte expose l'ETT à une requalification du contrat en CDI à la demande du salarié. La sanction est lourde : ancienneté reprise, indemnités, dommages-intérêts.

1
Reproduction des clauses

Reproduction intégrale des clauses essentielles du contrat de mise à disposition entre l'ETT et l'EU.

2
Qualification du salarié

Qualification professionnelle précise (cariste CACES R489-3, soudeur TIG, comptable…). Pas de formulation vague.

3
Modalités de rémunération

Salaire horaire ou mensuel, primes, accessoires, indemnités d'éloignement, paniers — détaillés et chiffrés.

4
Période d'essai

Durée explicitement mentionnée. Plafonds : 2 jours pour mission ≤ 1 mois, 3 jours pour 1 à 2 mois, 5 jours au-delà.

5
Caisse retraite complémentaire

Nom et adresse de l'institution de retraite complémentaire et de l'organisme de prévoyance applicable.

6
Garantie financière

Identité de l'organisme garant des salaires de l'ETT (assureur, banque). Mention obligatoire (article L. 1251-49).

7
Conditions de travail

Lieu d'exécution, horaires, équipements de protection individuelle (EPI) fournis, contraintes spécifiques (poste de nuit, port de charges, hauteur).

8
Possibilité d'embauche

Mention que l'EU peut embaucher le salarié à l'issue de la mission, sans clause restrictive (la clause de non-concurrence ETT ↔ EU est nulle).

9
Motif précis du recours

Motif détaillé : nom et qualification du salarié remplacé, raison de l'accroissement temporaire, nature exacte de la saison.

10
Durée et terme

Date de début, date de fin (ou durée minimale + événement déclenchant la fin), modalités de renouvellement éventuelles.

11
Coordonnées sécurité

Coordonnées du médecin du travail, du CSE de l'EU, des secours sur site. Information sur les risques particuliers du poste (DUERP).

Sanction : à défaut de mention obligatoire ou en cas d'inexactitude, le contrat peut être requalifié en CDI à la demande du salarié, sur le fondement de l'article L. 1251-40. La requalification rétroagit à la date du premier jour de mission. L'EU est solidairement responsable avec l'ETT.
Section 03

Les motifs de recours autorisés

Le contrat de mission est par nature exceptionnel. L'article L. 1251-6 énumère limitativement les motifs de recours : tout autre motif est interdit et entraîne la requalification.

Remplacement d'un salarié absent

Maladie, congés, maternité, formation, suspension du contrat. Le motif doit nommer le salarié remplacé et préciser sa qualification. Cas le plus fréquent (40 % des missions).

Accroissement temporaire d'activité

Pic ponctuel, commande exceptionnelle, urgence. Doit être réel, identifiable, daté. Pas un poste structurellement saturé : dans ce cas, requalification (Cass. soc. constante).

Emploi saisonnier

Activité dont la cyclicité est liée aux saisons (vendanges, BTP hiver/été, tourisme). Doit figurer sur la liste de l'article D. 1242-1 ou être prouvé par accord collectif.

Emplois d'usage

Activités où il est d'usage constant de ne pas embaucher en CDI : spectacle, audiovisuel, déménagement, sport professionnel, restauration de chaîne. Liste à l'article D. 1242-1.

Travaux urgents

Mesures de sécurité immédiates suite à un sinistre ou un accident. Durée maximale : 9 mois. Justification documentée à conserver dans le DUERP.

Insertion professionnelle

Demandeurs d'emploi rencontrant des difficultés sociales et professionnelles particulières (longue durée, RSA, +50 ans). Ouvre droit à dispositifs ETT spécialisés en insertion (ETTI).

Interdictions absolues (article L. 1251-10) : remplacer un salarié gréviste, occuper un poste supprimé pour licenciement économique dans les 6 mois précédents (sauf accroissement avéré), exposer à des travaux dangereux limitativement listés (article D. 4154-1 : amiante, poussières, agents CMR sans habilitation spéciale).
Section 04

Durée, renouvellement, délai de carence

Trois règles cumulatives qui encadrent strictement la durée d'une mission. Leur violation entraîne automatiquement la requalification en CDI.

Durée maximale
  • 18 mois : règle générale, renouvellements inclus
  • 24 mois : mission à l'étranger, ou commande exceptionnelle export
  • 9 mois : travaux urgents, attente d'un CDI
  • 36 mois : rare — départ avant suppression d'un poste
Renouvellement

Maximum 2 renouvellements sur la même mission, dans la limite de la durée maximale ci-contre.

Doit faire l'objet d'un avenant écrit signé avant le terme initial. Renouvellement tacite ou postérieur = requalification.

Délai de carence

Entre deux missions sur le même poste, l'EU doit respecter un délai de carence :

  • 1/3 de la durée de la 1ʳᵉ mission si elle dépasse 14 jours
  • 1/2 si elle est inférieure à 14 jours

Exemple : mission de 6 mois sur un poste de cariste, terminée le 30 avril. Délai de carence : 6 / 3 = 2 mois. Pas de nouvelle mission sur ce poste avant le 30 juin (sauf exceptions limitatives : nouvelle absence, nouvelle commande, refus du salarié de prolonger).

Section 05

Égalité de rémunération : le pilier intangible

C'est le principe fondateur de l'intérim, posé par l'article L. 1251-18 du Code du travail : la rémunération de l'intérimaire ne peut être inférieure à celle d'un salarié de l'EU de qualification équivalente, occupant le même poste après période d'essai.

Ce qui doit être égal
  • Salaire de base : taux horaire ou mensuel équivalent au minimum conventionnel applicable dans l'EU.
  • Primes : ancienneté, performance, 13ᵉ mois, intéressement, participation (au prorata du temps).
  • Indemnités : panier, transport, déplacement, salissure, prime de feu, prime de poste de nuit, etc.
  • Heures supplémentaires : tarif majoré identique aux salariés permanents.
  • Avantages en nature : tickets restaurant si distribués aux permanents, accès cantine au tarif employé.
Comment vérifier l'égalité
  • Demande à l'ETT : l'intérimaire peut demander la communication de la grille de salaire EU correspondant à son poste (article L. 1251-43).
  • Convention collective EU : elle s'applique à l'intérimaire pour la rémunération minimale, au-delà du SMIC.
  • Bulletin de paie comparatif : si l'intérimaire connaît un permanent au même poste, il peut demander à voir un bulletin (avec accord du collègue).
  • Saisine prud'homale : rappel de salaire sur 3 ans en cas d'écart non justifié.
Cas pratique : un intérimaire sur poste d'opérateur en agroalimentaire perçoit 12,30 €/h alors que les permanents au même coefficient sont à 13,80 €/h. L'écart de 1,50 € sur 35h × 52 semaines × 3 ans = environ 8 200 € de rappel + 10 % d'indemnité de congés payés afférents + IFM proportionnelle. Total redressement potentiel proche de 10 000 €.
Section 06

IFM, ICCP et autres indemnités

Indemnité de fin de mission (IFM)

Article L. 1251-32 : 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant la mission.

Versée à la fin de chaque mission. Compensation de la précarité. Non due en cas de : faute grave du salarié, refus de signer un CDI proposé par l'EU sur poste équivalent, mission saisonnière (sauf accord plus favorable), CDI intérimaire.

ICCP — Indemnité compensatrice de congés payés

Article L. 1251-19 : 10 % de la rémunération brute (IFM incluse).

Le salarié intérimaire ne prend généralement pas ses congés en nature : il perçoit une indemnité compensatrice à chaque mission. Cumulable avec l'IFM. Mention obligatoire sur le bulletin de paie.

Calcul rapide : sur un salaire brut mensuel de 2 000 €, l'intérimaire reçoit 200 € IFM + 220 € ICCP (10 % du brut + IFM) = environ 21 % en plus du salaire de base brut. C'est un avantage important par rapport à un CDD classique (où l'IFM peut être limitée à 6 % par accord de branche).
Section 07

Période d'essai et rupture anticipée

Période d'essai (article L. 1251-14)

Plafonds maximaux :

  • Mission ≤ 1 mois : 2 jours travaillés
  • Mission 1 à 2 mois : 3 jours travaillés
  • Mission > 2 mois : 5 jours travaillés

Délai exprimé en jours travaillés effectifs. Plus court que la moyenne CDD/CDI compte tenu du caractère bref des missions.

Rupture anticipée (article L. 1251-26)

Hors période d'essai, la mission ne peut être rompue avant son terme que dans 4 cas :

  • Faute grave de l'intérimaire
  • Force majeure
  • Accord d'embauche en CDI dans une autre entreprise (préavis de 1 jour par semaine de mission accomplie, max 2 semaines)
  • Accord amiable entre l'ETT et le salarié
Si l'EU rompt prématurément la mission : l'ETT doit proposer à l'intérimaire un nouveau contrat dans un délai de 3 jours ouvrables. À défaut, l'intérimaire perçoit la rémunération qu'il aurait dû percevoir jusqu'au terme initial (article L. 1251-26). C'est l'EU, et non l'ETT, qui supporte économiquement cette charge via le contrat de mise à disposition.
Section 08

Requalification en CDI : les pièges qui coûtent cher

Recours sur poste durable

Utiliser l'intérim pour pourvoir un poste structurel et permanent (succession de missions sur 18 mois, motif évolutif…). Cas de requalification le plus fréquent.

Motif imprécis ou inexact

« Surcroît de travail » sans précision, « remplacement de M. X » sans qualification ni durée d'absence : motifs invalides. Requalification automatique.

Contrat signé après le début

Le contrat de mission doit être signé et remis dans les 2 jours ouvrables suivant le début. Au-delà, requalification (Cass. soc. 17 juin 2005, n° 03-42.596).

Délai de carence non respecté

Renouvellement immédiat sur le même poste sans respecter le délai (1/3 ou 1/2 selon la durée). Sanction : requalification du 2ᵉ contrat en CDI.

Dépassement durée maximale

Mission qui dépasse 18 mois (renouvellements compris) sans justifier d'une dérogation légale. Requalification automatique au 1ᵉʳ jour de dépassement.

Indemnités : le coût

En cas de requalification : indemnité de requalification d'au moins 1 mois de salaire (article L. 1251-41) + reprise d'ancienneté + indemnité de licenciement si rupture + dommages-intérêts.

Section 09

Questions fréquentes

Règle générale : 18 mois renouvellements inclus (article L. 1251-12). Cas dérogatoires : 24 mois pour une mission à l'étranger ou une commande exceptionnelle d'export ; 9 mois en cas de travaux urgents ou en attente de l'arrivée d'un salarié en CDI ; 36 mois pour le départ d'un salarié dont le poste sera supprimé. La durée court à compter du premier jour de la mission, renouvellements et avenants inclus.

Le délai de carence est la période obligatoire entre deux missions sur le même poste, dans la même entreprise utilisatrice. Il se calcule en jours d ouverture de l entreprise : 1/3 de la durée de la première mission si elle a duré plus de 14 jours, 1/2 si elle est inférieure à 14 jours. Exemple : mission de 6 mois = délai de 2 mois avant nouvelle mission. Exceptions : nouvelle absence du salarié remplacé, nouvelle commande exceptionnelle, refus du salarié de prolonger.

Oui, en application du principe d égalité de traitement (article L. 1251-18). L intérimaire perçoit les mêmes primes (ancienneté, 13e mois, performance), indemnités (panier, transport, salissure) et avantages en nature (tickets restaurant si distribués aux permanents) qu un salarié de l EU au même poste. Pour les primes liées à l ancienneté ou au 13e mois, le calcul se fait au prorata du temps passé. L intéressement et la participation sont également dus au prorata. Tout écart non justifié peut faire l objet d un rappel de salaire sur 3 ans.

L IFM (indemnité de fin de mission) correspond à 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant la mission, versée en fin de mission au titre de la précarité (article L. 1251-32). L ICCP (indemnité compensatrice de congés payés) correspond aussi à 10 % du brut total IFM incluse, versée à la fin de chaque mission puisque l intérimaire ne prend généralement pas ses congés en nature (article L. 1251-19). Ensemble, IFM et ICCP représentent environ 21 % du salaire brut en plus du salaire de base.

Plusieurs motifs de requalification : recours à l intérim sur un poste durable et permanent de l entreprise, motif imprécis ou inexact dans le contrat, contrat non remis dans les 2 jours ouvrables suivant le début, dépassement de la durée maximale (18 mois), non-respect du délai de carence entre deux missions, mention obligatoire manquante (article L. 1251-16). La requalification est demandée au Conseil de prud hommes. Sanction : indemnité de requalification d au moins 1 mois de salaire, reprise d ancienneté, et selon les cas indemnité de licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Le contrat de mission est conclu pour une mission précise, à durée déterminée. Le CDI intérimaire (loi Rebsamen 2015, codifié article L. 1251-58-1) est un contrat à durée indéterminée signé entre l ETT et le salarié, qui enchaîne les missions au sein de différentes EU. Avantages CDI intérimaire : continuité de l emploi entre missions (intermissions rémunérées au minimum SMIC), accès facilité au crédit et au logement, pas d IFM (puisque pas de précarité). Inconvénients : moins de souplesse pour refuser une mission, mobilité géographique imposée dans une zone définie au contrat.
Sources & références
  • Articles L. 1251-1 à L. 1251-63 du Code du travail (régime de l'intérim)
  • Article L. 1251-16 du Code du travail (mentions du contrat de mission)
  • Articles L. 1251-18 et L. 1251-43 (égalité de traitement)
  • Articles L. 1251-32 et L. 1251-19 (IFM et ICCP)
  • Articles L. 1251-40 et L. 1251-41 (requalification et indemnité)
  • Convention collective nationale du travail temporaire (IDCC 7501 / 7502)