À la retraite, l'écart de pension entre femmes et hommes atteint environ 40 % en droits propres, selon le panorama « Les retraités et les retraites » publié par la DREES (édition 2023).

Cet écart ne tombe à environ 28 % après prise en compte de la réversion, et masque une réalité dure pour les salariées de l'industrie : interruptions de carrière, temps partiel subi, métiers moins rémunérés, plafond de verre.

La loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 portant réforme des retraites a recalé l'âge légal à 64 ans et accéléré l'allongement de la durée d'assurance à 43 annuités (172 trimestres). Elle a aussi créé une surcote anticipée pour les mères et conservé les dispositifs de compensation (MDA, AVPF, AVA).

Décryptage des mécanismes, des chiffres officiels et des points de vigilance — sans conseil personnalisé : seule une simulation sur info-retraite.fr et l'avis d'un conseiller carrière peuvent éclairer une situation individuelle.

1. Pourquoi les femmes sont plus exposées : l'écart de pension expliqué

Le constat est posé chaque année par la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), dans son rapport « Les retraités et les retraites ». Fin 2021, la pension de droit direct (hors réversion) des femmes était inférieure d'environ 40 % à celle des hommes ; l'écart se réduit à environ 28 % après réversion, et descend autour de 9 % si l'on raisonne en niveau de vie après redistribution.

En ordre de grandeur, la pension moyenne brute mensuelle de droit direct s'établissait, fin 2021, autour de 1 100 € pour les femmes contre environ 1 900 € pour les hommes (DREES, panorama 2023). Ces moyennes cachent une dispersion forte : retraitées modestes du commerce, des services à la personne, du médico-social ou de la production industrielle peu qualifiée se situent souvent sous la moyenne.

Indicateur (fin 2021) Femmes Hommes Écart
Pension brute mensuelle droit direct ~ 1 100 € ~ 1 900 € ~ 40 %
Pension brute mensuelle droit direct + réversion ~ 1 400 € ~ 1 950 € ~ 28 %
Niveau de vie médian des retraités (après redistribution) Écart résiduel d'environ 9 % ~ 9 %

Source : DREES, Les retraités et les retraites, édition 2023 (chiffres fin 2021), ordres de grandeur.

Quatre grandes causes structurelles sont identifiées par la DREES, l'Insee et le COR (Conseil d'orientation des retraites) :

  • Interruptions de carrière liées à la parentalité (congé maternité, congé parental, aidant familial).
  • Temps partiel subi, particulièrement répandu dans le commerce, les services, le médico-social, mais aussi dans certaines fonctions support de l'industrie.
  • Métiers et secteurs moins rémunérés (filières administratives, qualité, ADV, conditionnement…) à diplôme égal.
  • Plafond de verre : moindre accès aux postes d'encadrement, donc à la part variable et aux salaires de fin de carrière qui pèsent dans le calcul du SAM.

Sources : DREES, Les retraités et les retraites — édition 2023 ; COR, rapport annuel ; Insee Références, Femmes et hommes ; Code de la sécurité sociale Art. L. 351-1.

2. Les interruptions qui pèsent sur la retraite

Les interruptions de carrière n'ont pas toutes le même impact. Certaines valident des trimestres (sans cotisation salariale), d'autres pas — et toutes affectent peu ou prou le salaire de référence. Voici les principales situations rencontrées par les salariées de l'industrie et des services.

2.1 Congé maternité

Le congé maternité légal est de 16 semaines pour un premier ou deuxième enfant (6 semaines avant + 10 après l'accouchement), 26 semaines à partir du troisième enfant, et atteint 34 à 46 semaines en cas de naissances multiples (Code du travail Art. L. 1225-17 et suivants).

Pendant ce congé, la sécurité sociale verse des indemnités journalières (IJ). Les trimestres sont validés au titre de l'Assurance maternité (Art. L. 351-3 CSS), mais les IJ maternité ne sont prises en compte dans le SAM qu'à hauteur d'un forfait — d'où un effet modérateur sur la pension lorsque les arrêts sont longs.

2.2 Congé parental d'éducation

Le congé parental peut durer jusqu'aux 3 ans de l'enfant (premier enfant : 1 an, renouvelable). Il est non rémunéré par l'employeur ; il ouvre droit, sous conditions de ressources, à la Prestation partagée d'éducation de l'enfant (PreParE) versée par la CAF/MSA.

Pour la retraite, le congé parental peut être couvert par l'Assurance Vieillesse des Parents au Foyer (AVPF) : la CAF prend en charge des cotisations vieillesse calculées sur la base du SMIC, permettant la validation de trimestres sans cotisation salariale (Art. L. 381-1 CSS). Encore faut-il que la situation soit déclarée et reconnue par la CAF — d'où l'intérêt de vérifier sur le relevé de carrière.

2.3 Temps partiel

Le temps partiel réduit les revenus cotisés, donc les points Agirc-Arrco (retraite complémentaire) et le SAM régime général. Une salariée à 80 % pendant 10 ans ne perd pas mécaniquement des trimestres (s'ils sont validés sur la base d'un revenu suffisant), mais elle perd en niveau de pension. Selon l'Insee, le temps partiel concerne près de 27 % des femmes en emploi contre environ 8 % des hommes.

2.4 Aidant familial

La loi du 14 avril 2023 a unifié et simplifié le dispositif pour les aidants : l'Assurance Vieillesse des Aidants (AVA) permet désormais, sous conditions, la validation de trimestres pour les personnes interrompant ou réduisant leur activité pour s'occuper d'un proche en situation de handicap ou de perte d'autonomie (Art. L. 381-1 CSS modifié). Le décret d'application n° 2023-1228 du 20 décembre 2023 précise les critères.

2.5 Chômage non indemnisé

Les périodes de chômage indemnisé (ARE) sont assimilées à des trimestres cotisés. À l'inverse, le chômage non indemnisé ne valide en principe qu'une seule période, en début de carrière (limitée à un an dans la plupart des cas), puis ne valide plus rien — ce qui frappe particulièrement les femmes en sortie de congé parental long sans réinscription rapide à France Travail.

Sources : Code de la sécurité sociale Art. L. 351-1, L. 351-3, L. 381-1 ; Code du travail Art. L. 1225-17 et s. ; loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 ; décret n° 2023-1228 du 20 décembre 2023 ; Insee, statistiques emploi du temps partiel.

3. Dispositifs de compensation : MDA, AVPF, AVA, surcote mères, MICO

Le législateur a maintenu (et parfois renforcé) plusieurs dispositifs destinés à atténuer l'impact des interruptions sur la retraite des femmes. La loi du 14 avril 2023 a complexifié certaines articulations mais a aussi créé une surcote anticipée pour les mères. Tour d'horizon.

MDA — Majoration de Durée d'Assurance

Art. L. 351-4 CSS — Régime général.

Jusqu'à 8 trimestres par enfant au régime général : 4 trimestres au titre de la maternité (attribués à la mère) + 4 trimestres au titre de l'éducation (attribués à l'un ou l'autre parent, par défaut la mère). Le partage du volet « éducation » doit être demandé explicitement.

AVPF — Assurance Vieillesse des Parents au Foyer

Art. L. 381-1 CSS.

Permet, sous conditions de ressources et de prestations familiales (PreParE, AEEH…), la prise en charge par la CAF de cotisations vieillesse sur la base du SMIC. Permet de continuer à valider des trimestres pendant le congé parental.

AVA — Assurance Vieillesse des Aidants

Créée par la loi 2023-270, en vigueur depuis 2024.

Dispositif unifié remplaçant les anciennes AVPF aidant et AVA spécifiques. Permet la validation gratuite de trimestres pour les personnes interrompant leur activité pour aider un proche en situation de handicap ou de perte d'autonomie.

Surcote anticipée pour les mères

Créée par la loi 2023-270.

À partir de 63 ans, sous condition d'avoir validé au moins un trimestre de MDA et la durée d'assurance requise, une surcote pouvant atteindre + 5 % sur la pension peut être acquise l'année précédant l'âge de référence. Vise à compenser le décalage de l'âge légal à 64 ans.

MICO — Minimum Contributif

Art. L. 351-10 CSS — Pension minimum du régime général.

Revalorisé par la réforme 2023 : à carrière complète au SMIC à temps plein, la pension globale (base + complémentaire) peut être portée à hauteur d'environ 85 % du SMIC net, soit autour de 1 200 € brut/mois dans les cas favorables. Attention : ce plafond suppose une carrière complète cotisée au SMIC ; la plupart des cas réels donnent un MICO bien inférieur — voir les règles détaillées sur service-public.fr.

Sources : Code de la sécurité sociale Art. L. 351-4, L. 351-10, L. 381-1 ; loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 ; service-public.fr, fiches « MDA », « AVPF », « Minimum contributif » ; CNAV, dossiers techniques 2024-2025.

4. Carrière typique d'une salariée d'industrie : cas pédagogique

Pour rendre concrètes les règles précédentes, voici un cas pédagogique anonymisé, construit à partir de profils-types observés dans l'industrie cosmétique et pharmaceutique. Il ne décrit aucune personne réelle ; il sert uniquement à illustrer comment se combinent trimestres, SAM et dispositifs de compensation.

Profil : « Karine », opératrice de conditionnement, secteur pharma/cosmétique

  • Âge : 60 ans en 2026 ; débuts d'activité à 19 ans.
  • Carrière : 41 ans d'activité salariée (régime général).
  • Enfants : 2 enfants nés à 28 et 31 ans.
  • Interruptions : 2 années de congé parental cumulées (1 an à chaque enfant) ; 5 ans à 80 % entre 31 et 36 ans.
  • Salaire de fin de carrière : autour de 28 000 € bruts/an (conditionnement, 13 mois, primes équipe).
  • Question : peut-elle partir à 63 ans avec une pension correcte ?

4.1 Les trimestres : MDA + AVPF rétablissent la durée d'assurance

Sur ses 41 ans de carrière, Karine cumule environ 164 trimestres cotisés ou assimilés. À cela s'ajoutent :

  • + 8 trimestres MDA par enfant (4 maternité + 4 éducation), soit 16 trimestres MDA au total (sous réserve qu'elle conserve les volets « éducation »).
  • + 4 trimestres AVPF pour ses 2 années de congé parental (sous condition de ressources et de PreParE).

Total potentiel : 184 trimestres, soit largement au-delà des 172 trimestres requis pour le taux plein (génération cible de la réforme 2023). Bonne nouvelle pour les trimestres.

4.2 Le SAM : là où ça pique

Mais le Salaire Annuel Moyen est calculé sur les 25 meilleures années (Art. L. 351-1 CSS). Les 5 ans à 80 % et les 2 années de congé parental tirent la moyenne vers le bas, surtout si ces périodes tombent dans les 25 meilleures années (ce qui est souvent le cas pour les femmes dont les revenus n'ont pas explosé en fin de carrière).

À titre indicatif, sur ce profil, le SAM peut s'établir autour de 22 000 € à 24 000 € au lieu d'un théorique 26 000 € à 27 000 € si la carrière avait été pleine. Cela se traduit par une pension régime général diminuée de plusieurs dizaines d'euros par mois — montant amplifié sur 20 ans de retraite.

4.3 Surcote mères et taux plein

Comme Karine a au moins 1 trimestre MDA et la durée requise, la surcote anticipée pour mères peut s'appliquer : si elle reste en activité jusqu'à 63 ans (un an avant l'âge légal réformé), elle peut obtenir jusqu'à + 5 % sur sa pension régime général (loi 2023-270). Une décote serait à l'inverse appliquée en cas de départ avant 63 ans sans durée d'assurance suffisante.

Sources : Code de la sécurité sociale Art. L. 351-1, L. 351-4 ; loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 ; CNAV, paramètres 2024-2026 ; service-public.fr, fiche « Calcul de la retraite régime général ».

5. Inégalités persistantes : ce que disent les études DREES, Insee, COR

L'écart de pension n'est pas figé : la DREES documente une réduction lente sur dix ans, de l'ordre de 3 à 4 points en droits propres entre les générations qui partent à la retraite. Cette tendance reflète à la fois la montée du taux d'activité féminin, l'allongement des carrières et la diffusion progressive du temps plein.

Mais l'écart de pension reflète d'abord l'écart salarial sur l'ensemble de la vie active. Selon la DARES et l'Insee, le revenu salarial annuel des femmes reste inférieur d'environ 22 à 24 % à celui des hommes (tous temps de travail confondus), et d'environ 15 % à temps de travail comparable, l'essentiel de l'écart résiduel s'expliquant par les métiers occupés et les évolutions de carrière.

Source : DREES, Les retraités et les retraites, éditions successives — ordres de grandeur de l'écart hommes-femmes de pension de droit direct par cohorte de retraités (% d'écart, pension brute mensuelle).

5.1 Industrie : un écart spécifique

Dans l'industrie, les femmes sont surreprésentées dans les fonctions support (RH, ADV, qualité, contrôle, laboratoire, conditionnement) et sous-représentées dans la production technique, la maintenance, le bureau d'études et le management opérationnel. Or ces dernières filières concentrent les primes d'équipe, paniers, primes de poste, astreintes qui musclent le salaire brut et donc le SAM.

Le plafond de verre documenté par l'Insee et le COR explique la moindre présence des femmes aux postes de cadres dirigeants et de cadres techniques, où se concentrent les fins de carrière à fort salaire — celles qui pèsent le plus dans le SAM des 25 meilleures années.

5.2 Ce qui s'améliore, ce qui résiste

Évolution Tendance Origine
Taux d'activité féminin 25-54 ans En hausse Insee — convergence avec celui des hommes
Écart de pension de droit direct Baisse lente DREES — ~ -3 à -4 pts en 10 ans
Temps partiel féminin Stable Insee — autour de 27 % des femmes en emploi
Plafond de verre dans l'industrie Persistant Études Insee/Dares, rapports CSE et égalité pro

Synthèse Travail-Industrie à partir des publications Insee, DREES, DARES, COR.

Sources : DREES, Les retraités et les retraites — édition 2023 ; Insee Références, Femmes et hommes — l'égalité en question ; COR, rapport annuel ; DARES Analyses sur l'écart salarial.

6. Ce qu'une salariée d'industrie peut vérifier concrètement

Aucune des actions ci-dessous ne constitue un conseil personnalisé : ce sont des réflexes de bonne gestion à activer, en complément d'un échange avec votre caisse de retraite (CARSAT, CNAV, MSA) ou avec un conseiller carrière. L'objectif est de fiabiliser votre relevé de carrière et de récupérer ce qui est éventuellement « tombé entre deux tabourets ».

1. Consulter son relevé de carrière

Espace personnel info-retraite.fr (compte FranceConnect). Vérifier chaque année : trimestres, salaires reportés, périodes maternité/parental/aidant, AVPF reconnue, trimestres MDA crédités.

2. Faire reconnaître l'AVPF rétroactivement

En cas de congé parental ou de PreParE non remontés à la CNAV, demander à la CAF/MSA un duplicata des prestations perçues, puis solliciter la régularisation auprès de la caisse de retraite.

3. Vérifier le C2P si poste exposé

Compte professionnel de prévention (travail de nuit, équipes successives alternantes, bruit, températures extrêmes, agents chimiques dangereux). Les points C2P permettent un départ anticipé ou la conversion en formation/temps partiel.

4. Évaluer le passage à temps plein

Quand c'est possible, repasser à temps plein avant la dernière décennie de carrière améliore le SAM. Discuter avec l'employeur d'un avenant ; vérifier le droit de priorité d'accès au temps plein (Art. L. 3123-3 Code du travail).

5. PER / PERCO et abondement employeur

Le Plan d'Épargne Retraite (PER d'entreprise collectif, PER obligatoire) et l'abondement employeur sur l'épargne salariale constituent une complémentaire utile, surtout pour combler l'effet SAM. À regarder dans l'accord d'entreprise.

6. Rachats de trimestres (VPLR / VFR)

Versement pour la retraite pour études supérieures ou années incomplètes (Art. L. 351-14-1 CSS). Outil coûteux : à n'envisager qu'après simulation de rentabilité fine via info-retraite.fr et conseil personnalisé.

Sources : info-retraite.fr ; service-public.fr ; Code de la sécurité sociale Art. L. 351-14-1 ; Code du travail Art. L. 3123-3 ; loi n° 2023-270 du 14 avril 2023.

Conclusion : un sujet où l'individuel l'emporte sur la moyenne

L'écart de pension hommes-femmes — environ 40 % en droits propres, 28 % après réversion selon la DREES — résume une vie active marquée par des interruptions, du temps partiel et des trajectoires salariales contraintes. La réforme de 2023 a maintenu MDA, AVPF, MICO, créé une AVA unifiée et une surcote mères, sans pour autant traiter la racine du problème : l'écart de revenus cotisés sur l'ensemble de la carrière.

Pour une salariée d'industrie, l'enjeu prioritaire est moins de comprendre la moyenne nationale que de vérifier son relevé de carrière individuel sur info-retraite.fr, de récupérer ce qui pourrait manquer (AVPF, MDA, périodes assimilées) et, lorsque c'est possible, d'investir dans la trajectoire salariale et complémentaire (temps plein, PER, abondement, C2P). Et, surtout, de ne pas faire reposer une décision aussi structurante qu'un départ en retraite sur un article de blog : un conseiller carrière de votre caisse ou un professionnel reste indispensable pour sécuriser le calcul.

Sources & Références :

  • • DREES, Les retraités et les retraites — édition 2023
  • • COR, rapport annuel
  • • Insee Références, Femmes et hommes
  • • DARES Analyses (écart salarial)
  • • CNAV / CARSAT (paramètres 2024-2026)
  • • service-public.fr
  • • info-retraite.fr
  • • Code de la sécurité sociale Art. L. 351-1, L. 351-3, L. 351-4, L. 351-10, L. 351-14-1, L. 381-1
  • • Code du travail Art. L. 1225-17 et s., L. 3123-3
  • • Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 portant réforme des retraites
  • • Décret n° 2023-1228 du 20 décembre 2023 (AVA)

Cet article est une synthèse d'information générale. Il ne constitue ni un conseil patrimonial, ni un conseil juridique personnalisé. Pour toute décision relative à votre retraite, consultez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr et votre caisse de retraite.