Tableau 49 · Régime Général · En vigueur

Affections cutanées provoquées par les amines aliphatiques, alicycliques ou les éthanolamines

Le tableau 49 RG reconnaît comme maladie professionnelle les dermites eczématiformes (eczéma de contact allergique) provoquées par les amines aliphatiques, alicycliques ou les éthanolamines — durcisseurs de résines époxy, accélérateurs de vulcanisation, additifs. Délai de prise en charge : 15 jours. Liste des travaux indicative.

Numéro
49
Régime
Régime Général
Agent causal
Amines aliphatiques/alicycliques
Type de liste
Indicative
Dernière modif.
11/02/2003

Texte officiel du tableau — source Légifrance

Désignation des maladies

Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste indicative des travaux

Texte officiel — Annexe II du Code de la sécurité sociale. Tableau créé par le décret du 2 novembre 1972, dernière modification par décret n° 2003-110 du 11 février 2003. Source : Légifrance — LEGIARTI000006746358.

Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste indicative des principaux travaux susceptibles de provoquer ces maladies
Dermites eczématiformes confirmées par des tests épicutanés ou par la récidive à une nouvelle exposition. 15 jours Préparation, emploi et manipulation des amines aliphatiques, alicycliques ou des éthanolamines ou de produits en contenant à l'état libre.
Type de liste : indicative. La liste des travaux est indicative : la victime conserve le bénéfice de la présomption d'origine professionnelle même si son poste ne figure pas explicitement dans la colonne de droite, dès lors qu'elle prouve avoir été exposée aux amines aliphatiques, alicycliques ou aux éthanolamines visées.
À ne pas confondre. Le tableau 49 vise les amines aliphatiques et alicycliques (et les éthanolamines), responsables d'atteintes cutanées de mécanisme allergique. Les amines aromatiques relèvent quant à elles des tableaux 15 et 15 bis (intoxications et cancers de la vessie) — agents et pathologies distincts.

Qu'est-ce que c'est concrètement ?

Le tableau n° 49 du régime général reconnaît comme maladie professionnelle les dermites eczématiformes (eczéma de contact) provoquées par les amines aliphatiques, alicycliques ou les éthanolamines. Ces composés chimiques sont utilisés comme durcisseurs de résines époxy, accélérateurs de vulcanisation du caoutchouc, ou additifs (traitement des eaux, fabrication de produits chimiques, photographie).

De quoi parle-t-on ?

Les amines aliphatiques (à chaîne carbonée ouverte) et alicycliques (à cycle non aromatique), ainsi que les éthanolamines, sont des substances chimiques réactives. Au contact répété de la peau, elles peuvent déclencher une sensibilisation allergique : après une période de latence, l'organisme réagit à chaque nouvelle exposition par une dermatite. Le tableau exige une confirmation objective du mécanisme allergique, soit par des tests épicutanés (patch-tests), soit par la récidive lors d'une nouvelle exposition.

Comment se manifeste l'eczéma de contact ?

  • Forme aiguë : rougeurs (érythème), vésicules, suintement, démangeaisons intenses, localisées aux zones de contact (mains, avant-bras, visage).
  • Forme chronique : peau épaissie, sèche, crevassée (lichénification), fissures douloureuses gênant le travail manuel.
  • Évolution : la dermatite cède en général à l'éviction de l'allergène, mais la sensibilisation est définitive ; toute réexposition relance les lésions.

Un délai court : 15 jours

Contrairement aux maladies à latence longue (amiante, cancers), le délai de prise en charge n'est que de 15 jours : l'eczéma de contact apparaît rapidement après l'exposition. Concrètement, il doit s'écouler au maximum 15 jours entre la fin de l'exposition aux amines et la première constatation médicale de la dermatite pour bénéficier de la présomption d'origine professionnelle.

Qui est concerné ?

Les principaux métiers exposés : applicateurs et stratifieurs de résines époxy (les durcisseurs aminés sont les sensibilisants majeurs — lien avec le tableau 51 « résines époxydiques »), ouvriers de l'industrie du caoutchouc (accélérateurs de vulcanisation), agents de traitement des eaux, opérateurs de fabrication de produits chimiques, et professionnels de la photographie argentique. Les composites, peintures, colles et revêtements de sol industriels figurent parmi les sources d'exposition courantes.

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Procédure de reconnaissance

La reconnaissance d'une dermite eczématiforme inscrite au tableau 49 ouvre droit à la présomption d'origine professionnelle (article L. 461-1 al. 2 du Code de la sécurité sociale) : dès lors que les conditions du tableau sont remplies (dermite confirmée par tests épicutanés ou récidive + délai de prise en charge de 15 jours + exposition aux amines visées), le caractère professionnel est acquis sans que la victime ait à prouver le lien de causalité.

Étape 1 — Certificat médical initial (CMI)

Le médecin (dermatologue, médecin du travail, généraliste) établit un certificat médical initial mentionnant le tableau 49 et la dermite eczématiforme. Le diagnostic est idéalement étayé par des tests épicutanés (patch-tests) identifiant l'amine en cause, ou par la constatation d'une récidive à la réexposition.

Étape 2 — Déclaration à la CPAM

La victime adresse à sa CPAM le formulaire Cerfa S6100 « Déclaration de maladie professionnelle », accompagné des deux premiers volets du CMI et de l'attestation de salaire de l'employeur. Délai de prescription : 2 ans à compter de la date du CMI (article L. 461-5 CSS).

Étape 3 — Instruction

La CPAM ouvre une enquête contradictoire et dispose de 120 jours à compter de la réception du dossier complet pour rendre sa décision (article R. 461-9 CSS), avec extension possible à 240 jours. L'employeur peut consulter le dossier. La fiche de données de sécurité (FDS) des produits manipulés et la liste des résines/durcisseurs utilisés sont des pièces déterminantes pour caractériser l'exposition.

Étape 4 — Le cas échéant : CRRMP

Si une condition du tableau n'est pas remplie (délai de 15 jours dépassé, mécanisme allergique non confirmé), le dossier peut être transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), qui examine si la maladie est « directement causée par le travail habituel de la victime » (article L. 461-1 al. 4 CSS).

Sources : Améli — Reconnaissance MP · articles L. 461-1 à L. 461-5 et R. 461-9 du Code de la sécurité sociale.

Indemnisation

Une dermite eczématiforme reconnue au titre du tableau 49 ouvre droit aux prestations de la branche AT/MP, à partir de la date du certificat médical initial.

Pendant l'arrêt de travail : indemnités journalières (IJSS)

Versées par la CPAM dès le 1ᵉʳ jour d'arrêt (pas de délai de carence en MP, contrairement à la maladie ordinaire), selon les modalités de l'article R. 433-1 CSS :

  • du 1ᵉʳ au 28ᵉ jour : 60 % du salaire journalier de référence ;
  • à partir du 29ᵉ jour : 80 % du salaire journalier de référence.

La convention collective peut prévoir un complément employeur.

À la consolidation : taux d'incapacité permanente (IPP)

Lorsque l'état cutané est stabilisé, le médecin conseil de la CPAM évalue le taux d'incapacité permanente partielle (IPP) selon le barème indicatif d'invalidité (annexe I de l'article R. 434-32 CSS). Pour un eczéma de contact professionnel, le taux dépend de l'étendue des lésions, de leur caractère récidivant et du retentissement fonctionnel (mains).

  • IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une fois — situation fréquente pour les dermatoses.
  • IPP ≥ 10 % : rente viagère calculée sur le salaire annuel × taux d'IPP corrigé.

Reclassement et inaptitude

La sensibilisation aux amines étant définitive, l'éviction de l'allergène est souvent indispensable. Le médecin du travail peut conclure à une inaptitude au poste exposé et préconiser un reclassement (article L. 4624-3 du Code du travail). En cas d'inaptitude d'origine professionnelle, le salarié bénéficie d'une protection renforcée et d'indemnités majorées en cas d'impossibilité de reclassement.

Faute inexcusable de l'employeur

Si la victime démontre que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger (substances sensibilisantes répertoriées sur les FDS) et n'a pas pris les mesures de protection nécessaires (article L. 452-1 CSS), la rente est majorée et la victime obtient l'indemnisation des préjudices personnels (souffrances, préjudice esthétique, préjudice d'agrément).

Sources : articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 et suivants, L. 452-1 du Code de la sécurité sociale ; Améli — Rente MP.

Jurisprudence

Les dermatoses professionnelles allergiques donnent lieu à un contentieux portant principalement sur la preuve de l'exposition (liste indicative), la caractérisation du mécanisme allergique et la faute inexcusable de l'employeur. Quelques lignes directrices se dégagent de la jurisprudence sociale.

1. Liste indicative : l'exposition se prouve par tout moyen

La liste des travaux du tableau 49 étant indicative, la victime conserve la présomption d'origine professionnelle même si son poste exact n'y figure pas, à condition de démontrer une exposition habituelle aux amines visées. La Cour de cassation juge de longue date que, pour les tableaux à liste indicative, l'exposition au risque peut être établie par tout moyen et que les juges du fond apprécient souverainement les éléments produits (fiches de poste, FDS, attestations).

2. Obligation de sécurité de l'employeur

Cass. soc., 25 novembre 2015, n° 14-24.444 — La Cour rappelle que l'employeur, tenu d'une obligation de sécurité, ne peut s'en exonérer que s'il justifie avoir pris toutes les mesures de prévention prévues par les articles L. 4121-1 et L. 4121-2 du Code du travail. Appliqué aux dermatoses chimiques : absence de gants adaptés, de substitution des produits sensibilisants ou d'information sur les FDS caractérise un manquement.

3. Caractérisation de la faute inexcusable

La faute inexcusable suppose que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger (Cass. soc., 28 février 2002, arrêts « amiante », principe transposé à l'ensemble des risques professionnels). Pour les amines aliphatiques et les durcisseurs époxy, le caractère sensibilisant est documenté de longue date sur les étiquetages et fiches de données de sécurité : l'employeur ne peut invoquer l'ignorance du risque.

Pour aller plus loin : rechercher sur Judilibre les mots-clés « dermatose professionnelle + faute inexcusable » pour suivre l'évolution récente.

Prévention

La prévention des dermatoses dues aux amines aliphatiques, alicycliques et aux éthanolamines repose sur la maîtrise du risque chimique, encadré par les articles R. 4412-1 et suivants du Code du travail (agents chimiques dangereux). Les amines sensibilisantes portent les mentions de danger H317 (« peut provoquer une allergie cutanée ») sur leur étiquetage et leur fiche de données de sécurité.

Substitution et évaluation des risques

La priorité est la substitution des produits les plus sensibilisants par des formulations moins dangereuses (durcisseurs à faible teneur en amines libres, systèmes en phase aqueuse). À défaut, l'employeur évalue le risque et le consigne dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), conformément à l'article L. 4121-3 du Code du travail.

Protection collective et organisation

  • Travail en vase clos ou sous aspiration localisée pour les opérations dégageant des vapeurs d'amines.
  • Limitation des contacts cutanés directs : outillage adapté, automatisation du mélange des résines et durcisseurs.
  • Hygiène stricte : points d'eau, vestiaires séparés, nettoyage des surfaces de travail.

Équipements de protection individuelle (EPI)

Port de gants de protection chimique adaptés (nitrile, butyle selon la fiche de données de sécurité — les amines pénètrent certains gants ; vérifier les temps de perméation), manchettes, vêtements de travail couvrants, lunettes ou écran facial. Ne jamais utiliser de solvants pour nettoyer la peau.

Surveillance médicale

Les travailleurs exposés aux agents chimiques sensibilisants relèvent d'un suivi individuel adapté ou renforcé par le médecin du travail (articles R. 4624-22 et suivants du Code du travail). En cas de premiers signes cutanés, des tests épicutanés permettent d'identifier l'allergène et d'organiser l'éviction avant l'aggravation. Tout salarié peut exercer son droit de retrait face à un danger grave et imminent.

Sources : INRS — Dermatoses professionnelles ; articles R. 4412-1 et suivants et R. 4624-22 et suivants du Code du travail.

Cas pratiques

Les cas ci-dessous sont anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques à partir de situations types rencontrées par les CPAM et les services de santé au travail. Ils n'identifient aucune entreprise.

Cas 1 — Eczéma des mains chez un stratifieur de résines époxy

M. A., 34 ans, applique des résines époxy et leurs durcisseurs aminés dans la fabrication de pièces composites depuis 6 ans. Apparition d'un eczéma suintant des deux mains et des avant-bras. Le dermatologue prescrit des tests épicutanés qui confirment une sensibilisation à un durcisseur aminé. CMI au titre du tableau 49 (dermite eczématiforme confirmée par patch-tests, exposition aux amines aliphatiques), délai de 15 jours respecté. La CPAM reconnaît la MP. Le médecin du travail conclut à une inaptitude au poste exposé ; un reclassement en contrôle qualité est organisé.

Cas 2 — Dermatite chez un opérateur de l'industrie du caoutchouc

Mme B., 47 ans, travaille au mélangeage dans une unité de vulcanisation manipulant des accélérateurs contenant des amines. Lésions eczématiformes récidivantes sur les mains, disparaissant pendant les congés et réapparaissant à la reprise. La récidive à la réexposition documentée par le médecin du travail suffit à caractériser la maladie au sens du tableau 49. MP reconnue, IPP fixée à 6 % : indemnité en capital.

Cas 3 — Agent de traitement des eaux, faute inexcusable retenue

M. C., 52 ans, dose des produits de traitement contenant des éthanolamines sans gants chimiques adaptés ni information sur les fiches de données de sécurité. Eczéma chronique des mains confirmé par tests épicutanés. MP reconnue au titre du tableau 49. M. C. engage une action en faute inexcusable : les expertises retiennent que l'employeur, informé du caractère sensibilisant des produits par leur étiquetage, n'avait fourni ni EPI adaptés ni dispositif d'aspiration. Rente majorée et indemnisation des préjudices personnels.

Cas 4 — Photographe argentique, exposition hors liste mais reconnue

Mme D., 60 ans, exerçait en laboratoire de développement argentique manipulant des révélateurs contenant des amines. Dermatite allergique des mains. Son activité précise ne figure pas littéralement dans la liste du tableau ; mais celle-ci étant indicative, et l'exposition aux amines étant prouvée par les fiches de produits, la CPAM applique la présomption d'origine professionnelle et reconnaît la MP au titre du tableau 49.

Questions fréquentes

Le délai de prise en charge est de 15 jours. Il doit s'écouler au maximum 15 jours entre la fin de l'exposition aux amines aliphatiques, alicycliques ou aux éthanolamines et la première constatation médicale de la dermite eczématiforme pour bénéficier de la présomption d'origine professionnelle.

Le tableau 49 reconnaît les dermites eczématiformes (eczéma de contact), à condition qu'elles soient confirmées par des tests épicutanés (patch-tests) ou par la récidive à une nouvelle exposition. Le mécanisme reconnu est de nature allergique.

Le tableau 49 vise les amines aliphatiques et alicycliques (et les éthanolamines), responsables d'affections cutanées allergiques. Les tableaux 15 et 15 bis visent les amines aromatiques, responsables d'intoxications et de cancers de la vessie. Ce sont des agents chimiques et des pathologies distincts à ne pas confondre.

Non, la liste des travaux est indicative. La victime conserve le bénéfice de la présomption d'origine professionnelle même si son poste exact n'y figure pas, dès lors qu'elle prouve avoir été exposée aux amines aliphatiques, alicycliques ou aux éthanolamines visées.

Principalement les applicateurs de résines époxy (durcisseurs aminés), les ouvriers de l'industrie du caoutchouc (accélérateurs de vulcanisation), les agents de traitement des eaux, les opérateurs de fabrication de produits chimiques et les professionnels de la photographie argentique.

Consultez votre médecin du travail ou un dermatologue, qui pourra réaliser des tests épicutanés pour identifier l'allergène. Si la dermite est confirmée, un certificat médical initial mentionnant le tableau 49 permet de déclarer la maladie professionnelle à votre CPAM dans un délai de 2 ans.
Avertissement : cette fiche a une vocation informative. Pour toute démarche concrète de reconnaissance d'une maladie professionnelle, contactez votre médecin du travail, votre CPAM ou un professionnel du droit social. Pour le texte officiel en vigueur, référez-vous à Légifrance.
Page mise à jour le 27/05/2026.