Tableau 58 · Régime Agricole · En vigueur

Maladie de Parkinson provoquée par les pesticides

Le tableau 58 du régime agricole reconnaît la maladie de Parkinson comme MP chez les travailleurs exposés habituellement aux pesticides pendant au moins 10 ans (viticulture, arboriculture, maraîchage, élevage, sylviculture). Délai de prise en charge porté à 20 ans depuis le 1er janvier 2026 (décret n° 2025-1237 du 17 décembre 2025).

Numéro
58
Régime
Régime Agricole
Agent causal
Pesticides
Type de liste
Indicative
Durée d'exposition
10 ans
Dernière modif.
17/12/2025

Texte officiel du tableau — source Légifrance

Désignation des maladies

Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste indicative des principaux travaux susceptibles de provoquer ces maladies

Texte officiel — Annexe II du Code rural et de la pêche maritime (Livre VII). Tableau créé par le décret n° 2012-665 du 4 mai 2012 (JO du 6 mai 2012), modifié par le décret n° 2020-1125 du 10 septembre 2020 (JO du 12 septembre 2020) puis par le décret n° 2025-1237 du 17 décembre 2025 (JO du 19 décembre 2025), entré en vigueur le 1er janvier 2026. Sources : Légifrance — Décret n° 2025-1237 du 17 décembre 2025 · INRS — Tableau RA 58.

Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste indicative des principaux travaux susceptibles de provoquer ces maladies
Maladie de Parkinson confirmée par un examen effectué par un médecin spécialiste qualifié en neurologie(1). 20 ans
(sous réserve d'une durée d'exposition de 10 ans)
Travaux exposant habituellement aux pesticides :
— lors de la manipulation ou l'emploi de ces produits, par contact ou par inhalation ;
— par contact avec les cultures, les surfaces, les animaux traités ou lors de l'entretien des machines destinées à l'application des pesticides.
(1) Le terme « pesticides » se rapporte aux produits à usages agricoles et aux produits destinés à l'entretien des espaces verts (produits phytosanitaires ou produits phytopharmaceutiques) ainsi qu'aux biocides et aux antiparasitaires vétérinaires, qu'ils soient autorisés ou non au moment de la demande.
Type de liste : indicative. Contrairement aux listes limitatives, une liste indicative ne restreint pas les travaux ouvrant droit à la présomption : tout travail comportant une exposition habituelle aux pesticides (au sens de la note définitionnelle ci-dessus) peut justifier la reconnaissance, dès lors que la désignation médicale, le délai de prise en charge et la durée d'exposition sont satisfaits.
Évolution du délai de prise en charge. Initialement fixé à 1 an par le décret de 2012, le délai a été porté à 7 ans par le décret n° 2020-1125 du 10 septembre 2020, puis à 20 ans par le décret n° 2025-1237 du 17 décembre 2025 (entrée en vigueur le 1er janvier 2026). Cette extension reflète la latence longue entre l'exposition aux pesticides et l'apparition des premiers signes parkinsoniens.

Qu'est-ce que c'est concrètement ?

Le tableau n° 58 du régime agricole reconnaît la maladie de Parkinson comme maladie professionnelle lorsqu'elle survient chez une personne ayant été exposée habituellement aux pesticides (produits phytosanitaires, biocides, antiparasitaires vétérinaires) pendant au moins 10 ans. Il s'applique aux salariés agricoles, aux exploitants et aux non-salariés agricoles affiliés à la MSA. Inscrit à l'Annexe II du Code rural et de la pêche maritime par le décret n° 2012-665 du 4 mai 2012, il a été révisé en 2020 puis en 2025 (extension du délai de prise en charge à 20 ans à compter du 1er janvier 2026).

De quoi parle-t-on ?

La maladie de Parkinson est une affection neurodégénérative chronique du système nerveux central. Elle est liée à la disparition progressive des neurones dopaminergiques de la substantia nigra (locus niger) du cerveau. Cliniquement, elle se manifeste par une triade caractéristique : tremblement de repos des extrémités, bradykinésie (lenteur des mouvements volontaires) et rigidité musculaire. Elle évolue progressivement, sans traitement curatif à ce jour : le traitement dopaminergique de référence (L-Dopa) atténue les symptômes moteurs mais ne stoppe pas la progression de la maladie (INRS, fiche RA 58, description clinique).

Le lien avec les pesticides

Plusieurs méta-analyses internationales et l'expertise collective INSERM 2013 « Pesticides — Effets sur la santé », actualisée en 2021 (« Pesticides et effets sur la santé — Nouvelles données »), ont conclu à une présomption forte d'association entre exposition professionnelle aux pesticides et maladie de Parkinson. La présomption est jugée forte sans qu'une famille chimique unique (insecticides organochlorés, organophosphorés, herbicides type paraquat, fongicides type manèbe / mancozèbe…) puisse être isolée comme seule responsable : c'est l'exposition chronique et cumulée qui est en cause. Le diagnostic étiologique repose donc sur la chronologie d'exposition et son importance plutôt que sur l'identification d'un toxique unique (INRS, RA 58).

Qui est concerné ?

Selon l'INRS, le secteur « cultures & élevages » est le plus exposé. Sont notamment concernés :

  • la viticulture (traitements foliaires répétés) ;
  • l'arboriculture (vergers, arbres en voûte) ;
  • le maraîchage, notamment sous serres ;
  • les grandes cultures céréalières ;
  • l'élevage recourant aux biocides et antiparasitaires vétérinaires ;
  • la sylviculture et les travaux forestiers (traitement des semis, désherbage) ;
  • les jardiniers municipaux et applicateurs en espaces verts pour les produits phytopharmaceutiques (avant les restrictions Labbé pour les usages non agricoles).

Les postes les plus à risque sont : opérateurs de traitements phytosanitaires (atomiseur à dos, lance à main, notamment sous serre), préparateurs de bouillies, opérateurs d'entretien et de lavage des pulvérisateurs, et saisonniers réalisant des tâches manuelles (effeuillage en viticulture, récolte en arboriculture, cueillette de melon) sur des parcelles récemment traitées (INRS, RA 58, professions exposées).

Pourquoi un délai de 20 ans ?

La maladie de Parkinson a une phase préclinique très longue : les premiers signes moteurs apparaissent généralement lorsque 60 à 80 % des neurones dopaminergiques ont déjà disparu, soit des décennies après le début des expositions. Le délai initial de 1 an inscrit en 2012 — calé sur la déclaration du diagnostic — laissait sans recours les retraités agricoles diagnostiqués plusieurs années après la fin de leur activité. Le délai a été porté à 7 ans en 2020, puis à 20 ans en 2025 pour mieux refléter cette latence (Décret n° 2025-1237 du 17 décembre 2025).

Le combat des paysans

L'inscription du tableau 58 en 2012 fait suite à plusieurs années de mobilisation des agriculteurs malades et de leurs associations, dont l'association Phyto-Victimes fondée en 2011, et au combat médiatique du céréalier charentais Paul François, qui a porté publiquement la question de la reconnaissance des effets neurologiques des pesticides. L'expertise collective INSERM 2013 a apporté la base scientifique du décret. Le périmètre du tableau a ensuite été élargi en 2020 (délai porté à 7 ans), puis en 2025 (délai porté à 20 ans).

Sources : INRS — Fiche RA 58 ; INSERM — Expertise collective Pesticides 2013 / 2021 ; Santé publique France — Maladie de Parkinson.

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Procédure de reconnaissance

La reconnaissance d'une maladie inscrite au tableau 58 RA ouvre droit à la présomption d'origine professionnelle (article L. 461-1 al. 2 du Code de la sécurité sociale, applicable au régime agricole via les articles L. 751-1 et suivants du Code rural). Dès lors que les trois conditions du tableau sont remplies — désignation médicale, délai de prise en charge, durée d'exposition — le caractère professionnel est acquis sans que la victime ait à prouver le lien de causalité. La procédure est gérée par la MSA, et non par la CPAM.

Étape 1 — Certificat médical initial (CMI)

Le diagnostic de maladie de Parkinson doit être posé par un médecin spécialiste qualifié en neurologie, conformément à la désignation du tableau. Le neurologue (ou le médecin traitant sur la base du compte rendu neurologique) établit un certificat médical initial mentionnant explicitement : « Maladie de Parkinson — tableau 58 du régime agricole ». Le CMI marque le point de départ de la procédure et le délai de prescription.

Étape 2 — Déclaration à la MSA

La victime (ou ses ayants droit) adresse à sa caisse de MSA le formulaire de déclaration de maladie professionnelle (Cerfa S6909 ou équivalent MSA), accompagné :

  • des deux premiers volets du CMI ;
  • d'une attestation d'exposition aux pesticides ou, à défaut, d'un descriptif détaillé des employeurs, exploitations, postes occupés et produits utilisés ;
  • pour les non-salariés agricoles, des justificatifs d'affiliation MSA (relevé de carrière AMEXA).

Délai de prescription : 2 ans à compter de la date du CMI (article L. 461-5 CSS).

Étape 3 — Instruction par la MSA

La caisse de MSA ouvre une enquête contradictoire. Elle dispose de 120 jours à compter de la réception du dossier complet pour rendre sa décision (article R. 461-9 CSS), avec une prolongation possible à 240 jours en cas d'investigations complémentaires (recherches sur les expositions anciennes, contact avec d'anciens employeurs, ANSES pour la composition des produits). Les employeurs et l'ancien exploitant le cas échéant peuvent consulter le dossier pendant 10 jours avant la décision.

Étape 4 — Reconstituer l'exposition aux pesticides

La difficulté principale dans ce tableau est la traçabilité de l'exposition sur 10 ans cumulés, parfois sur des activités très anciennes. Sont mobilisables :

  • les registres phytosanitaires obligatoires depuis 2009 pour les exploitations agricoles ;
  • les fiches de données de sécurité conservées ;
  • les Certiphyto et formations suivies ;
  • les attestations d'anciens employeurs ou de coopératives agricoles ;
  • les relevés de carrière MSA précisant les secteurs d'activité (cultures, viticulture, élevage…).

Étape 5 — Le cas échéant : CRRMP agricole

Si une condition du tableau n'est pas remplie (durée d'exposition inférieure à 10 ans, ou délai de prise en charge dépassé), le dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) compétent pour le régime agricole. Le CRRMP examine si la maladie est « directement causée par le travail habituel de la victime » (article L. 461-1 al. 4 CSS). Sa décision s'impose à la MSA.

Étape 6 — Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides (FIVP)

Indépendamment de la procédure MSA, un Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) a été créé par la loi n° 2019-1446 du 24 décembre 2019 (LFSS 2020), précisé par le décret n° 2020-1463 du 27 novembre 2020. Géré par la MSA, ce fonds indemnise notamment :

  • les exploitants agricoles et leurs ayants droit ;
  • les salariés agricoles et non agricoles ;
  • les enfants exposés in utero du fait de l'activité professionnelle de l'un des parents ;
  • les retraités agricoles ayant cessé leur activité avant 2002, qui peuvent obtenir un complément forfaitaire.

La demande au FIVP se fait en parallèle de la reconnaissance MP et peut intervenir même en cas de refus du tableau, le FIVP statuant de manière autonome sur le lien entre exposition aux pesticides et pathologie.

Sources : MSA — Maladie professionnelle ; FIVP — Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides ; articles L. 461-1 à L. 461-5 et R. 461-9 du Code de la sécurité sociale ; articles L. 751-1 et s. du Code rural et de la pêche maritime.

Indemnisation

La reconnaissance d'une maladie de Parkinson au titre du tableau 58 RA ouvre droit, à la charge de la branche AT/MP du régime agricole gérée par la MSA, à des prestations cumulables avec une indemnisation autonome du FIVP. Les modalités diffèrent légèrement entre salariés agricoles et non-salariés agricoles (exploitants).

Pendant l'arrêt de travail : indemnités journalières (salariés agricoles)

Les salariés agricoles bénéficient d'IJSS AT/MP versées sans délai de carence (article R. 433-1 CSS appliqué via le Code rural) :

  • du 1er au 28e jour : 60 % du salaire journalier de référence ;
  • à partir du 29e jour : 80 % du salaire journalier de référence, dans la limite du plafond légal.

À la consolidation : incapacité permanente (IPP)

Quand l'état de santé est stabilisé, le médecin conseil de la MSA évalue le taux d'incapacité permanente partielle (IPP) selon le barème indicatif d'invalidité (annexe I de l'article R. 434-32 CSS). Pour la maladie de Parkinson, le taux dépend de l'atteinte motrice (tremblement, akinésie, rigidité), cognitive et de l'autonomie :

  • IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une fois.
  • IPP ≥ 10 % : rente viagère, calculée sur la base du salaire annuel × taux d'IPP corrigé (taux ÷ 2 jusqu'à 50 %, puis taux × 1,5 au-delà).
  • Atteinte sévère : majoration possible pour tierce personne (article L. 434-2 CSS).

Cas particulier des non-salariés agricoles (exploitants)

Les exploitants agricoles relèvent de l'assurance ATEXA (loi du 22 octobre 2002). En cas de MP reconnue, ils bénéficient :

  • d'indemnités journalières AMEXA / ATEXA pendant l'arrêt ;
  • d'une rente calculée sur un gain forfaitaire annuel revalorisé chaque année (montant historiquement inférieur à celui des salariés, point d'amélioration porté par les organisations agricoles).

En cas de décès

Le décès d'un travailleur agricole d'une maladie inscrite au tableau 58 ouvre droit pour les ayants droit (conjoint, enfants) à une rente de survivants proportionnelle aux revenus du défunt (40 % pour le conjoint, 25 % par enfant à charge dans la limite de 85 %), conformément aux articles L. 434-7 à L. 434-14 CSS, ainsi qu'au remboursement des frais funéraires dans la limite du plafond légal.

Faute inexcusable de l'employeur

Si le salarié agricole démontre que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger (notamment via l'évaluation des risques chimiques au DUERP, les fiches de données de sécurité, les formations Certiphyto) et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires (article L. 452-1 CSS), la rente est majorée jusqu'au taux maximum et la victime obtient l'indemnisation des préjudices personnels : souffrances physiques et morales, préjudice d'agrément, préjudice esthétique, perte ou diminution des possibilités de promotion professionnelle.

Indemnisation FIVP

Le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides, créé par la loi du 24 décembre 2019, verse en complément :

  • pour les salariés agricoles et les non-salariés agricoles depuis 2002, un complément couvrant les préjudices personnels non indemnisés par la branche AT/MP ;
  • pour les retraités agricoles ayant cessé leur activité avant 2002, un complément forfaitaire (les barèmes sont publiés par décret et révisés régulièrement) ;
  • pour les enfants atteints d'une pathologie liée à une exposition in utero, une indemnisation intégrale.

Les montants sont indicatifs et dépendent du taux d'IPP, du salaire de référence et des barèmes en vigueur. Pour une simulation chiffrée, consulter notre calculateur de rente AT/MP et le site officiel fonds-indemnisation-pesticides.fr.

Sources : articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 à L. 434-14, L. 452-1 à L. 452-5 du Code de la sécurité sociale ; articles L. 751-1 et s. du Code rural ; MSA ; FIVP ; Décret n° 2020-1463 du 27 novembre 2020.

Jurisprudence

Le contentieux du tableau 58 RA est encore en construction : créé en 2012, ce tableau a vu sa portée élargie en 2020 et 2025. La jurisprudence porte essentiellement sur la preuve de l'exposition, l'application de la présomption d'origine en cas de liste indicative, et la qualification de faute inexcusable de l'employeur agricole.

1. Cass. 2e civ., 19 janvier 2017, n° 15-26.655 — Reconnaissance MP pesticides

Dans un arrêt marquant, la deuxième chambre civile de la Cour de cassation a confirmé la reconnaissance d'une maladie de Parkinson au titre du tableau 58 chez un viticulteur exposé aux pesticides pendant plus de quarante ans. La Cour rappelle que, la liste des travaux étant indicative, l'exposition aux produits phytosanitaires dans la conduite habituelle de l'exploitation viticole (préparation des bouillies, traitement à l'atomiseur, contact avec les ceps traités) suffit à caractériser les travaux du tableau, sans qu'il soit nécessaire que la victime établisse la nature exacte des molécules en cause. (Décision à rechercher sur Judilibre.)

2. Cass. soc., 28 février 2002, n° 99-17.221 et s. — Obligation de sécurité de résultat (transposable au monde agricole)

Les arrêts fondateurs de février 2002, rendus à propos de l'amiante, ont posé que l'employeur est tenu envers son salarié d'une obligation de sécurité de résultat et que « le manquement à cette obligation a le caractère d'une faute inexcusable [...] lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver ». Cette jurisprudence est transposée au contentieux pesticides : les rapports INSERM 1992 (organochlorés), 2013 et 2021 « Pesticides — Effets sur la santé », l'inscription des principaux risques dans le règlement (CE) n° 1272/2008 (CLP), et l'obligation de DUERP (article L. 4121-3 du Code du travail) caractérisent la conscience du danger attendue d'un exploitant employeur de main-d'œuvre.

3. Cour d'appel de Lyon, 11 avril 2019 — Affaire Paul François

La Cour d'appel de Lyon, dans un arrêt rendu le 11 avril 2019, a confirmé la responsabilité du fabricant d'un herbicide vis-à-vis d'un céréalier ayant développé des troubles neurologiques après inhalation accidentelle du produit. Cet arrêt — devenu emblématique du combat des paysans victimes des pesticides — illustre, sur le terrain civil (responsabilité du fait des produits défectueux, articles 1245 et s. du Code civil), la possibilité d'une action en responsabilité contre le metteur sur le marché en complément de la reconnaissance MP devant la MSA. (Référence à vérifier via Judilibre pour la décision définitive devant la Cour de cassation, Cass. com., 21 octobre 2020, n° 19-18.689.)

4. Tendance — CRRMP et exposition documentée par registres phytosanitaires

Plusieurs décisions de pôles sociaux des tribunaux judiciaires (jurisprudence du fond) montrent que, lorsque l'exposition n'atteint pas tout à fait 10 ans cumulés, les CRRMP retiennent fréquemment le lien direct avec le travail habituel dès lors que les registres phytosanitaires, les Certiphyto et les attestations d'anciens employeurs sont documentés. La traçabilité documentaire est donc l'élément déterminant du succès d'un dossier limite.

Pour aller plus loin : rechercher sur Judilibre les mots-clés « tableau 58 + pesticides » et « maladie de Parkinson + agriculteur ». Voir aussi les rapports annuels du FIVP qui publient des statistiques sur le suivi des dossiers et les taux de reconnaissance.

Prévention

La prévention de l'exposition professionnelle aux pesticides relève à la fois du Code du travail (titre Ier du livre IV — risques chimiques et CMR), du Code rural (santé au travail agricole) et du Code de l'environnement (mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques). Elle repose sur le triptyque substitution / réduction / protection.

Évaluation du risque chimique (DUERP)

L'employeur agricole doit évaluer les risques chimiques dans son document unique d'évaluation des risques professionnels (article L. 4121-3 du Code du travail). Les pesticides relèvent du régime des agents chimiques dangereux (articles R. 4412-1 et s.) et, pour certaines substances classées CMR (cancérogène, mutagène, reprotoxique), du régime renforcé des articles R. 4412-59 et s. L'évaluation porte sur les substances actives, mais aussi sur les co-formulants (solvants, tensioactifs) qui peuvent représenter une part importante de la formulation.

Substitution et réduction

  • Plan Ecophyto (objectif national de réduction du recours aux phytopharmaceutiques) : choix de produits classés CLP les moins dangereux, recours à la lutte biologique / agroécologique / agriculture biologique, désherbage mécanique, choix variétal.
  • Interdictions et restrictions : produits retirés du marché par l'ANSES (anciennement Direction des matières premières et impact environnemental), restrictions de la loi Labbé (interdiction pour les collectivités et particuliers, étendue par étapes).

Mesures techniques collectives

  • Cabines de pulvérisateurs filtrées et ventilées avec filtres à charbon actif certifiés EN 15695-2 (catégorie 4) : efficacité conditionnée par l'entretien régulier des filtres et l'étanchéité de la cabine ;
  • Locaux phytosanitaires ventilés, sécurisés, séparés des autres ateliers (article R. 254-23 du Code rural) ;
  • Aires de remplissage et de lavage sécurisées (bac de rétention, récupération des effluents, traitement par dispositif homologué — type Phytobac, Osmofilm…) ;
  • Délais de rentrée sur parcelles traitées : 6 h, 24 h ou 48 h selon la classification du produit (arrêté du 4 mai 2017, article 3) — règle fondamentale pour les saisonniers et travailleurs manuels.

Équipements de protection individuelle (EPI)

Selon les phases de travail :

  • Préparation de la bouillie : combinaison certifiée EN 14605 type 3 ou 4 (catégorie III, étiquetée « Phyto »), gants en nitrile EN ISO 374-5, lunettes-masque, demi-masque filtrant A2P3.
  • Application en plein air sans cabine (atomiseur à dos, lance à main) : combinaison Phyto + masque à ventilation assistée (TM3P) si nuage important, gants longs, bottes.
  • Application en cabine certifiée : les EPI restent obligatoires lors de l'entrée/sortie de cabine et à la moindre intervention manuelle sur le pulvérisateur.
  • Nettoyage du pulvérisateur : EPI identiques à la préparation (phase la plus contaminante après celle de préparation, INRS).

Surveillance médicale renforcée

Les travailleurs exposés aux pesticides bénéficient d'un suivi individuel renforcé (SIR) par le médecin du travail (article R. 4624-23 du Code du travail) lorsque les produits utilisés sont classés CMR. À la fin de carrière : attestation d'exposition et suivi médical post-professionnel. La MSA propose en outre des bilans « Instants Santé » dédiés au public agricole.

Formation Certiphyto

Toute personne qui utilise, vend ou conseille des produits phytopharmaceutiques à titre professionnel doit être titulaire du Certiphyto (Certificat individuel pour l'utilisation des produits phytopharmaceutiques), prévu par les articles L. 254-3 et R. 254-8 du Code rural. Validité : 5 ans, renouvelable.

Droit d'alerte et de retrait

Le salarié agricole peut, comme tout travailleur, exercer son droit de retrait en cas de danger grave et imminent (article L. 4131-1 du Code du travail), notamment en cas d'absence d'EPI, de défaut d'entretien d'une cabine, ou de non-respect du délai de rentrée sur parcelle traitée. Aucune sanction ne peut en découler.

Sources : INRS — Dossier pesticides ; ANSES — Produits phytopharmaceutiques ; articles R. 4412-1 et s. du Code du travail ; articles R. 254-1 et s. du Code rural ; Ministère de l'Agriculture — Plan Ecophyto.

Cas pratiques

Les cas ci-dessous sont anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques à partir de situations types rencontrées par les caisses de MSA, le FIVP et les pôles sociaux des tribunaux judiciaires. Ils n'identifient aucune exploitation ni aucune entreprise.

Cas 1 — Viticulteur reconnu MP tableau 58 après 38 ans d'exploitation

M. A., 67 ans, viticulteur indépendant en Bordelais entre 1980 et 2018. Diagnostic de maladie de Parkinson en 2024, confirmé par un neurologue hospitalier (tremblement de repos, bradykinésie, bonne réponse à la L-Dopa). Le neurologue rédige un certificat médical initial mentionnant le tableau 58 RA. La MSA, saisie via le formulaire MP, reconnaît la maladie : la durée d'exposition est largement supérieure à 10 ans, le délai de prise en charge de 20 ans est respecté (dernière exposition en 2018, diagnostic en 2024). IPP fixée à 30 %, donnant lieu à une rente. En parallèle, M. A. saisit le FIVP qui complète l'indemnisation au titre des préjudices personnels.

Cas 2 — Salarié agricole, arboriculture, exposition entre 1992 et 2010

M. B., 64 ans, ouvrier saisonnier puis permanent dans plusieurs exploitations arboricoles (vergers de pommiers) du Sud-Est entre 1992 et 2010, puis reconverti dans un autre secteur. Premiers signes parkinsoniens en 2024, diagnostic confirmé en 2025. Sans le décret de 2025 portant le délai à 20 ans, le dossier aurait été exclu du tableau (délai de 7 ans dépassé). Grâce à la nouvelle rédaction, la MSA reconnaît la MP. La traçabilité des expositions a été reconstituée à partir des relevés de carrière MSA et de témoignages d'anciens employeurs documentant l'absence de cabine filtrée sur les pulvérisateurs avant 2005.

Cas 3 — CRRMP saisi pour exposition de 7 ans en maraîchage

Mme C., 62 ans, ouvrière maraîchère sous serres entre 2002 et 2009. Maladie de Parkinson diagnostiquée en 2024. Durée d'exposition cumulée documentée : 7 ans, inférieure aux 10 ans exigés par le tableau. La MSA transmet le dossier au CRRMP agricole. Le comité retient un lien direct avec le travail habituel, compte tenu de la forte intensité d'exposition (préparation de bouillies sous serres sans cabine, absence de demi-masque, contact répété avec le feuillage traité) et reconnaît la MP. IPP fixée à 20 %.

Cas 4 — Refus initial, recours et indemnisation FIVP

M. D., 70 ans, exploitant céréalier retraité depuis 2001 (cessation d'activité avant la date pivot de 2002 retenue par la branche AT/MP des non-salariés agricoles). La MSA refuse initialement la reconnaissance MP, le délai initial de 1 an (rédaction de 2012) étant dépassé à la date des premiers symptômes (2019). Le dossier est repris en 2026 sur la base du nouveau délai de 20 ans. En parallèle, M. D. saisit le FIVP qui lui verse, au titre des retraités agricoles ayant cessé leur activité avant 2002, un complément forfaitaire conformément à la loi du 24 décembre 2019 et au décret du 27 novembre 2020.

Cas 5 — Jardinier municipal, faute inexcusable de l'employeur public

M. E., 61 ans, jardinier dans une collectivité territoriale entre 1985 et 2017, applicateur de produits phytopharmaceutiques en espaces verts jusqu'à l'extension de la loi Labbé. Diagnostic de maladie de Parkinson en 2024. Reconnaissance MP obtenue. Saisine du juge administratif (régime des accidents de service / maladies professionnelles des agents publics) : l'absence de DUERP intégrant le risque chimique avant 2010, l'absence de formation Certiphyto avant son entrée en vigueur, et l'absence d'EPI adapté (masque, gants longs, combinaison Phyto) caractérisent un manquement de l'employeur public à son obligation de sécurité. Indemnisation complémentaire des préjudices personnels retenue.

Questions fréquentes

Tout travailleur affilié à la MSA — salarié agricole, exploitant non-salarié, ou ayant droit en cas de décès — atteint d une maladie de Parkinson confirmée par un neurologue et ayant été exposé habituellement aux pesticides pendant au moins 10 ans peut demander la reconnaissance. Le délai de prise en charge est de 20 ans depuis le 1er janvier 2026.

Le tableau 58 du régime agricole (RA) concerne la maladie de Parkinson provoquée par les pesticides chez les travailleurs agricoles affiliés à la MSA. Le tableau 58 du régime général (RG) couvre quant à lui les affections provoquées par le travail à des températures élevées : ce sont deux tableaux totalement distincts qui partagent uniquement le même numéro dans leur annexe respective.

Non, la liste est indicative. Tout travail comportant une exposition habituelle aux pesticides — manipulation, emploi, contact avec cultures, surfaces, animaux traités, entretien des machines d application — peut ouvrir droit à la présomption d origine professionnelle, dès lors que la durée d exposition de 10 ans et le délai de prise en charge de 20 ans sont respectés.

La maladie de Parkinson a une phase préclinique très longue : les premiers symptômes apparaissent souvent des décennies après le début des expositions. Le délai initial d un an (décret de 2012), puis de sept ans (décret de 2020), laissait sans recours de nombreux retraités agricoles. Le décret n° 2025-1237 du 17 décembre 2025 a porté ce délai à 20 ans, en vigueur depuis le 1er janvier 2026.

Oui. Le Fonds d indemnisation des victimes de pesticides, créé par la loi du 24 décembre 2019, indemnise en complément de la branche AT/MP. Il couvre notamment les préjudices personnels non indemnisés par la rente MSA, ainsi que les retraités agricoles ayant cessé leur activité avant 2002 et les enfants exposés in utero. La demande au FIVP est indépendante de la procédure MSA.

La MSA transmet alors le dossier au CRRMP agricole, qui examine si la maladie est directement causée par le travail habituel de la victime (article L. 461-1 al. 4 CSS). En pratique, un dossier bien documenté — registres phytosanitaires, Certiphyto, attestations d employeurs, témoignages — a de bonnes chances d aboutir, en particulier lorsque l intensité d exposition (préparation de bouillies, absence de cabine filtrée) est forte.
Avertissement : cette fiche a une vocation informative. Pour toute démarche concrète de reconnaissance d'une maladie professionnelle, contactez votre médecin du travail, votre CPAM ou un professionnel du droit social. Pour le texte officiel en vigueur, référez-vous à Légifrance.
Page mise à jour le 29/05/2026.