Tableau 96 · Régime Général · En vigueur

Fièvres hémorragiques avec syndrome rénal dues aux agents infectieux du groupe hantavirus

Le tableau 96 RG reconnaît comme maladies professionnelles les infections aiguës à hantavirus (fièvre hémorragique avec syndrome rénal, néphropathie épidémique due au virus Puumala en France) chez les personnels de soins et de laboratoire et les travailleurs exposés aux rongeurs ou à leurs déjections. Délai de prise en charge : 60 jours.

Numéro
96
Régime
Régime Général
Agent causal
Hantavirus
Type de liste
Limitative
Durée d'exposition
Non requise
Dernière modif.
16/02/1999

Texte officiel du tableau — source Légifrance

Désignation des maladies

Désignation des maladies, délai de prise en charge et liste limitative des travaux

Texte officiel — Annexe II du Code de la sécurité sociale, article R. 461-3. Tableau créé par le décret n° 99-95 du 15 février 1999, en vigueur depuis le 16 février 1999. Source : Légifrance — LEGIARTI000006746421.

Désignation des maladies Délai de prise en charge Liste limitative des travaux susceptibles de provoquer ces maladies
Infections aiguës par hantavirus, se traduisant par une insuffisance rénale aiguë ou un syndrome algique pseudo-grippal ou des manifestations hémorragiques, dont l'étiologie aura été confirmée soit par la mise en évidence du virus, soit par la présence d'anticorps spécifiques à un taux considéré comme significatif dans le sérum prélevé au cours de la maladie. 60 jours Personnel de soins et assimilé ;
personnel de laboratoire ;
travaux exposant au contact de rongeurs porteurs ou à leurs déjections ;
travaux dans des locaux souillés par ces déjections.
Type de liste : limitative. Seuls les travaux figurant dans la colonne de droite ouvrent droit à la présomption d'origine professionnelle. En cas d'exposition aux hantavirus hors de cette liste limitative, le dossier relève du CRRMP (article L. 461-1 al. 4 CSS).

Qu'est-ce que c'est concrètement ?

Le tableau n° 96 du régime général couvre les fièvres hémorragiques avec syndrome rénal (FHSR) causées par les hantavirus, un groupe de virus de la famille des Hantaviridae transmis à l'humain par les rongeurs sauvages. En France métropolitaine, la forme rencontrée est la néphropathie épidémique due au virus Puumala — une forme dite « atténuée » de FHSR, mais qui peut néanmoins nécessiter une hospitalisation et entraîner une insuffisance rénale aiguë.

De quoi parle-t-on ?

Les hantavirus sont hébergés de manière chronique par certains rongeurs (en France, principalement le campagnol roussâtre, Myodes glareolus), qui excrètent le virus dans leurs urines, selles et salive sans être eux-mêmes malades. La transmission à l'humain se fait essentiellement par inhalation d'aérosols de poussières contaminées par ces déjections, lors d'activités remuant la litière, le bois, la paille, les sols ou la poussière de locaux infestés. La transmission interhumaine est exceptionnelle pour les souches présentes en France (source : Santé publique France).

Tableau clinique typique en France (néphropathie épidémique)

  • Phase fébrile (3-7 jours) : fièvre élevée d'apparition brutale, céphalées, myalgies intenses, troubles digestifs (nausées, vomissements, douleurs abdominales), parfois troubles visuels (myopie aiguë transitoire).
  • Phase oligurique : insuffisance rénale aiguë avec chute de la diurèse, élévation de la créatininémie, protéinurie ; thrombopénie fréquente.
  • Phase polyurique puis convalescence : récupération de la fonction rénale en quelques semaines, mais asthénie prolongée possible.

Les formes sévères avec manifestations hémorragiques (épistaxis, hématémèse, hémorragies cutanéo-muqueuses) ou choc restent rares en France. Le diagnostic repose sur la sérologie (IgM et IgG spécifiques) au Centre national de référence des hantavirus (Institut Pasteur). Il n'existe ni traitement antiviral spécifique, ni vaccin disponible en Europe : la prise en charge est symptomatique (hydratation, parfois dialyse temporaire).

Une maladie à dominante géographique

En France, les cas sont fortement concentrés dans le quart Nord-Est (Ardennes, Aisne, Meuse, Marne, Aube, Haute-Marne, Moselle, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Vosges, Doubs, Franche-Comté, Nord, Pas-de-Calais, Picardie) en lien avec l'aire de répartition du campagnol roussâtre dans les massifs forestiers. Les années à forte fructification des hêtres (faînes) favorisent la pullulation du rongeur et déclenchent des pics épidémiques (Santé publique France suit la surveillance via le réseau de laboratoires de l'Institut Pasteur).

Qui est concerné ?

Les expositions professionnelles documentées concernent en priorité : forestiers, bûcherons, ouvriers sylvicoles, agents de l'ONF ; agriculteurs manipulant grains, foin, paille ou intervenant dans des bâtiments d'élevage ; ouvriers du bâtiment intervenant dans des locaux désaffectés, granges, caves, combles infestés de rongeurs ; dératiseurs et professionnels du nettoyage de locaux souillés ; travailleurs des espaces verts (élagage, débroussaillage, manipulation de bois empilé) ; militaires en exercice ou bivouac en zone forestière endémique ; personnel de laboratoire manipulant des rongeurs sauvages ou des prélèvements. Cross-link utile : voir aussi le tableau 19 (leptospirose) et le tableau 87 (ornithose-psittacose), autres zoonoses professionnelles fréquentes dans des contextes d'exposition proches.

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Procédure de reconnaissance

La reconnaissance d'une fièvre hémorragique à hantavirus au titre du tableau 96 ouvre droit à la présomption d'origine professionnelle (article L. 461-1 al. 2 du Code de la sécurité sociale) : dès lors que les trois conditions du tableau sont remplies (diagnostic confirmé biologiquement + survenue dans le délai de 60 jours suivant l'exposition + travaux figurant sur la liste limitative), le caractère professionnel est acquis sans que la victime ait à prouver le lien de causalité.

Étape 1 — Diagnostic biologique de certitude

Le tableau exige une confirmation étiologique par mise en évidence du virus (RT-PCR) ou par sérologie (IgM/IgG spécifiques à un taux significatif). Les prélèvements sont adressés au Centre national de référence des hantavirus (Institut Pasteur, Lyon). Sans cette confirmation, la reconnaissance au titre du tableau est impossible — le dossier ne pourra être examiné qu'au titre du CRRMP.

Étape 2 — Certificat médical initial (CMI)

Le médecin (généraliste, urgentiste, néphrologue, infectiologue, médecin du travail) établit un certificat médical initial mentionnant explicitement le tableau 96 et l'affection visée (ex. : « néphropathie épidémique à hantavirus Puumala — tableau 96 »). Ce document est indispensable : il marque le point de départ de la procédure et de la prescription.

Étape 3 — Déclaration à la CPAM

La victime (ou ses ayants droit en cas de décès) adresse à sa CPAM le formulaire Cerfa S6100 « Déclaration de maladie professionnelle », accompagné des deux premiers volets du CMI, des résultats sérologiques/virologiques et de l'attestation de salaire de l'employeur. Délai de prescription : 2 ans à compter de la date du CMI (article L. 461-5 CSS).

Étape 4 — Instruction par la CPAM

La CPAM ouvre une enquête contradictoire. Elle dispose de 120 jours à compter de la réception du dossier complet pour rendre sa décision (article R. 461-9 CSS), avec possibilité d'extension à 240 jours si le dossier nécessite des investigations complémentaires. L'employeur reçoit le dossier et peut le consulter pendant 10 jours. L'enquêteur CPAM vérifie l'exposition : postes occupés, lieux d'intervention en zone endémique, présence avérée de rongeurs, manipulation de bois ou de déjections, conditions matérielles.

Étape 5 — Le cas échéant : CRRMP

Si une condition du tableau n'est pas remplie (par exemple délai de 60 jours dépassé, ou travaux non strictement inscrits dans la liste limitative — randonnée pédagogique, intervention ponctuelle non documentée, exposition para-professionnelle), le dossier est transmis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Le CRRMP examine si la maladie est « directement causée par le travail habituel de la victime » (article L. 461-1 al. 4 CSS). Sa décision s'impose à la CPAM.

Sources : Améli — Reconnaissance MP · articles L. 461-1 à L. 461-5 et R. 461-9 du Code de la sécurité sociale · CNR Hantavirus — Institut Pasteur.

Indemnisation

Une fièvre hémorragique à hantavirus reconnue au titre du tableau 96 ouvre droit aux prestations de la branche AT/MP du régime général, à partir de la date du certificat médical initial.

Pendant l'arrêt de travail : indemnités journalières (IJSS)

Versées par la CPAM dès le 1ᵉʳ jour d'arrêt (pas de délai de carence en MP, contrairement à la maladie ordinaire) selon les modalités suivantes (article R. 433-1 CSS) :

  • du 1ᵉʳ au 28ᵉ jour : 60 % du salaire journalier de référence ;
  • à partir du 29ᵉ jour : 80 % du salaire journalier de référence.

Plafond : 1/365ᵉ du gain maximal annuel (revalorisé chaque année). La convention collective applicable peut prévoir un complément employeur. Les arrêts liés à une néphropathie épidémique vont typiquement de quelques semaines à plusieurs mois en cas de séquelles rénales.

À la consolidation : taux d'incapacité permanente (IPP)

Lorsque l'état de santé est stabilisé, le médecin conseil de la CPAM évalue le taux d'incapacité permanente partielle (IPP) selon le barème indicatif d'invalidité (annexe I de l'article R. 434-32 CSS). En pratique pour une hantavirose, l'IPP dépend des séquelles rénales (insuffisance rénale chronique résiduelle, hypertension artérielle) et générales (asthénie post-virale prolongée).

  • IPP < 10 % : indemnité en capital versée en une seule fois (montants fixés par décret, de quelques centaines à environ 5 000 € selon le taux).
  • IPP ≥ 10 % : rente viagère trimestrielle, calculée sur la base du salaire annuel des 12 derniers mois × taux d'IPP corrigé (taux ÷ 2 jusqu'à 50 %, puis taux × 1,5 au-delà).
  • IPP ≥ 66 % : la rente peut être majorée pour assistance d'une tierce personne si nécessaire.

En cas de décès

Bien que rares en France, les formes sévères peuvent être létales. Le décès d'un travailleur d'une affection inscrite au tableau 96 ouvre droit pour les ayants droit (conjoint, enfants) à une rente survivants proportionnelle au salaire annuel du défunt (40 % pour le conjoint, 25 % par enfant à charge dans la limite de 85 % au total), conformément aux articles L. 434-7 à L. 434-14 CSS, ainsi qu'au remboursement des frais funéraires (article L. 435-1 CSS).

Faute inexcusable de l'employeur

Si le salarié (ou ses ayants droit) démontre que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du risque biologique zoonotique en zone endémique et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires (information sur le risque, équipements de protection respiratoire, modes opératoires de nettoyage des locaux infestés, vaccinations le cas échéant), la rente est majorée jusqu'au taux maximum et la victime obtient l'indemnisation des préjudices personnels : souffrances physiques et morales, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, perte ou diminution des possibilités de promotion professionnelle (article L. 452-1 et s. CSS).

Sources : articles L. 431-1, L. 433-1, L. 434-1 à L. 434-14, L. 452-1 à L. 452-5 du Code de la sécurité sociale ; Améli — Rente MP.

Jurisprudence

Le tableau 96 est récent (1999) et les contentieux publiés sur les hantaviroses professionnelles sont peu nombreux par rapport à d'autres MP. La jurisprudence pertinente s'inscrit dans le cadre général des zoonoses professionnelles et de l'obligation de sécurité de l'employeur en présence d'un risque biologique.

1. Obligation de sécurité de résultat et risques biologiques

Cass. soc., 28 février 2002, n° 99-17.221 et autres (arrêts « amiante ») — Bien que rendus à propos de l'amiante, ces arrêts fondateurs ont une portée générale : l'employeur est tenu envers son salarié d'une obligation de sécurité, et « le manquement à cette obligation a le caractère d'une faute inexcusable [...] lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver ». Cette jurisprudence est applicable aux risques biologiques relevant des articles R. 4421-1 et suivants du Code du travail, dès lors que l'employeur opère en zone d'endémie connue.

2. Évaluation des risques biologiques et zoonoses

Les articles R. 4421-1 à R. 4427-5 du Code du travail imposent à l'employeur une évaluation des risques biologiques, le classement des agents par groupes (les hantavirus européens sont classés groupe 3 par l'arrêté du 18 juillet 1994 modifié) et la mise en place de mesures de prévention adaptées. Le manquement à ces obligations, documenté lors d'une enquête CPAM ou d'une inspection du travail, est régulièrement retenu par les pôles sociaux des tribunaux judiciaires pour qualifier la faute inexcusable dans les contentieux zoonotiques (leptospirose, ornithose, fièvre Q, hantavirose).

3. CRRMP et lien direct avec le travail habituel

Lorsque les conditions du tableau 96 ne sont pas strictement remplies (délai de 60 jours dépassé en cas de séroconversion tardive identifiée, ou travaux non explicitement inscrits dans la liste limitative), la jurisprudence des CRRMP — confirmée par les pôles sociaux — admet régulièrement la reconnaissance dès lors que le faisceau d'indices établit un lien direct entre l'activité professionnelle en zone endémique et la pathologie. La Cour de cassation rappelle que la décision motivée du CRRMP s'impose à la CPAM (Cass. 2ᵉ civ., 19 décembre 2013, n° 12-26.706).

Pour aller plus loin : rechercher sur Judilibre les mots-clés « hantavirus + maladie professionnelle » ou « risque biologique + faute inexcusable ».

Prévention

La prévention des hantaviroses professionnelles relève du dispositif général de prévention des risques biologiques (articles R. 4421-1 à R. 4427-5 du Code du travail). Les hantavirus européens (notamment Puumala) sont classés en groupe 3 par l'arrêté du 18 juillet 1994 modifié : agents biologiques pathogènes susceptibles de provoquer une maladie grave chez l'homme et de constituer un danger sérieux pour les travailleurs.

Évaluation des risques

L'employeur doit identifier, dans le DUERP (article L. 4121-3), les postes et activités exposés en zones endémiques connues (massifs forestiers du Nord-Est, granges et bâtiments désaffectés, locaux non entretenus). L'évaluation est mise à jour lors des pics épidémiques signalés par Santé publique France et tient compte de la pullulation cyclique des rongeurs.

Mesures techniques (R. 4424-1 et s.)

  • Lutte contre les rongeurs et leurs déjections en milieu de travail : dératisation, étanchéité des locaux, stockage protégé des denrées et matériaux.
  • Nettoyage humide obligatoire des surfaces et locaux souillés : ne jamais balayer à sec ni utiliser d'air comprimé (génère des aérosols infectants). Humidification préalable à l'eau additionnée d'eau de javel diluée (recommandation INRS et Haut Conseil de la santé publique).
  • Ventilation des locaux fermés avant intervention.
  • Conditionnement et élimination des déjections, litières et cadavres de rongeurs en double emballage étanche, filière DASRI ou équivalent.

EPI obligatoires pour les interventions à risque

Pour les opérations de nettoyage de locaux infestés, dératisation, manipulation de bois empilé ou de litière potentiellement contaminée :

  • Appareil de protection respiratoire filtrant FFP3 minimum (ou demi-masque avec filtre P3) — l'inhalation d'aérosols étant la voie principale de transmission ;
  • Gants étanches à usage unique (nitrile) ;
  • Combinaison de protection type 5/6 à usage unique ;
  • Lunettes ou écran facial en cas de risque de projections ;
  • Procédure de déshabillage et de décontamination avant sortie de zone ; hygiène des mains stricte.

Information, formation et surveillance médicale

Les travailleurs exposés bénéficient d'une information spécifique sur le risque hantavirus en zone endémique (article R. 4425-6) et d'un suivi individuel adapté par le médecin du travail (article L. 4624-1). Aucun vaccin n'est actuellement disponible en Europe contre les hantavirus européens. La déclaration des cas auprès du Centre national de référence (Institut Pasteur) participe à la surveillance épidémiologique nationale.

Droit d'alerte et de retrait

Si un salarié constate un danger grave et imminent (exposition non protégée à des locaux fortement souillés, absence d'EPI adapté, refus de l'employeur de mettre en œuvre les mesures de prévention en zone endémique avérée), il peut exercer son droit de retrait (article L. 4131-1 du Code du travail) sans qu'aucune sanction ne puisse en résulter.

Sources : INRS — Risques biologiques ; arrêté du 18 juillet 1994 modifié fixant la liste des agents biologiques pathogènes ; articles R. 4421-1 à R. 4427-5 du Code du travail ; Santé publique France — FHSR.

Cas pratiques

Les cas ci-dessous sont anonymisés et reconstitués à des fins pédagogiques à partir de situations types rencontrées par les CPAM et les services de santé au travail en zones endémiques. Ils n'identifient aucune entreprise.

Cas 1 — Néphropathie épidémique chez un bûcheron des Ardennes (tableau 96)

M. A., 42 ans, bûcheron salarié d'une coopérative forestière dans les Ardennes. Au printemps, après plusieurs semaines de manipulation de bois stocké à proximité d'une grange désaffectée, il développe en 48 heures une fièvre à 39,5 °C, des myalgies intenses, des douleurs lombaires et une oligurie. Hospitalisé, le bilan biologique met en évidence une insuffisance rénale aiguë (créatinine 380 µmol/L) et une thrombopénie. La sérologie hantavirus (IgM Puumala) revient positive : diagnostic confirmé par le CNR de Lyon. Le médecin hospitalier établit le CMI au titre du tableau 96. La CPAM reconnaît la MP (délai de 60 jours respecté, travaux explicitement couverts par la liste limitative). Arrêt de 7 semaines, récupération complète de la fonction rénale, IPP fixée à 5 % : indemnité en capital.

Cas 2 — Forme atténuée chez une agricultrice de la Meuse, déclaration tardive (CRRMP saisi)

Mme B., 51 ans, exploitante agricole, intervient régulièrement dans des bâtiments d'élevage infestés de campagnols. Elle présente un syndrome pseudo-grippal fébrile avec asthénie marquée et discrète protéinurie. Le diagnostic n'est posé qu'au 4ᵉ mois par sérologie tardive (séroconversion IgG). Le délai de prise en charge de 60 jours du tableau est dépassé : la CPAM saisit le CRRMP, qui retient un lien direct avec le travail habituel au vu de l'exposition documentée et conclut à la reconnaissance. IPP fixée à 8 % (asthénie séquellaire prolongée, surveillance néphrologique annuelle).

Cas 3 — Hantavirose chez un agent technique d'une collectivité (tableau 96, faute inexcusable retenue)

M. C., 36 ans, agent d'une collectivité du Nord-Est, est missionné pour vider une cave municipale fortement souillée par des excréments de rongeurs, en vue d'une rénovation. Aucun EPI respiratoire ne lui est fourni, aucune information sur le risque biologique n'est délivrée, le nettoyage est effectué à sec, à la pelle et au balai. Dix jours plus tard, hospitalisation pour néphropathie épidémique avec dialyse temporaire. CMI tableau 96, reconnaissance MP par la CPAM. L'enquête établit l'absence totale de DUERP à jour et de mesures de prévention, malgré la connaissance du caractère endémique de la zone. Le pôle social du tribunal judiciaire retient la faute inexcusable : rente majorée au taux maximum et indemnisation des préjudices personnels (souffrances endurées, préjudice d'agrément lié au déconditionnement physique).

Cas 4 — Dératiseur exposé en série d'interventions (tableau 96)

M. D., 29 ans, technicien d'une entreprise de dératisation, intervient sur une série de chantiers en zone rurale. Sérologie de surveillance positive aux IgM Puumala lors d'un bilan systématique à la médecine du travail, en présence de symptômes modérés (fièvre, myalgies, asthénie). CMI au titre du tableau 96. Reconnaissance MP sans contestation (travaux explicitement couverts par la liste limitative « travaux exposant au contact de rongeurs porteurs ou à leurs déjections »). Reprise du travail après 4 semaines avec aménagement temporaire du poste et renforcement de l'équipement respiratoire (masque ventilation assistée TM3P pour les chantiers à fort empoussièrement).

Questions fréquentes

Le délai de prise en charge est de 60 jours. Il s’agit du temps maximal pouvant s’écouler entre la fin de l’exposition aux hantavirus (rongeurs porteurs ou déjections) et la première constatation médicale de la maladie. Au-delà, le dossier ne peut être reconnu qu’après examen du CRRMP.

En France métropolitaine, la forme circulante est la néphropathie épidémique due au virus Puumala, hébergé par le campagnol roussâtre. Il s’agit d’une forme atténuée de fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), pouvant néanmoins entraîner une insuffisance rénale aiguë nécessitant hospitalisation. Les cas sont concentrés dans le quart Nord-Est.

La liste est limitative : personnel de soins et assimilé, personnel de laboratoire, travaux exposant au contact de rongeurs porteurs ou à leurs déjections, travaux dans des locaux souillés par ces déjections. Sont notamment concernés les forestiers, bûcherons, agriculteurs, dératiseurs, agents d’entretien de bâtiments désaffectés, militaires en exercice en zone endémique.

Le tableau exige une confirmation biologique : soit la mise en évidence du virus (RT-PCR), soit la présence d’anticorps spécifiques (IgM/IgG) à un taux significatif. Les prélèvements sont analysés par le Centre national de référence des hantavirus (Institut Pasteur, Lyon). Sans confirmation biologique, la reconnaissance au titre du tableau est impossible.

L’employeur doit évaluer le risque biologique dans le DUERP, organiser la lutte contre les rongeurs, imposer le nettoyage humide (interdiction du balayage à sec qui génère des aérosols infectants), fournir les EPI adaptés (masque FFP3 minimum, gants nitrile, combinaison type 5/6), informer et former les travailleurs exposés et assurer le suivi médical par le médecin du travail.

Aucun vaccin n’est actuellement disponible en Europe contre les hantavirus européens (notamment Puumala). La prévention repose donc entièrement sur les mesures collectives (lutte contre les rongeurs, nettoyage humide), les EPI (protection respiratoire FFP3) et l’information des travailleurs exposés. La prise en charge médicale est symptomatique.
Avertissement : cette fiche a une vocation informative. Pour toute démarche concrète de reconnaissance d'une maladie professionnelle, contactez votre médecin du travail, votre CPAM ou un professionnel du droit social. Pour le texte officiel en vigueur, référez-vous à Légifrance.
Page mise à jour le 29/05/2026.