Soudage TIG / MIG / MMA
Procédés et Sécurité du Soudage

Module 1 : Fondamentaux et cadre du soudage · Sommaire complet

Module 1 : Fondamentaux 23 min de lecture

Acteurs de la chaîne soudage et responsabilités

De la conception d'un échangeur de raffinerie à la mise en service d'un pont SNCF, une soudure critique mobilise jusqu'à 8 fonctions distinctes : soudeur, coordonnateur, contrôleur CND, inspecteur recette, responsable qualité, donneur d'ordre, organisme notifié, dirigeant. Connaître la matrice RACI évite les drames juridiques et industriels.

Les 6 acteurs clés de la chaîne soudage
Le soudeur
Qualifié EN ISO 9606 — exécute le geste, responsable de la conformité de SA soudure
Coordonnateur soudage
IWS / IWT / IWE accrédité IIW — pilote la qualité technique de toute la chaîne
Contrôleur CND
Qualifié EN ISO 9712 niveaux 1/2/3 — contrôle non destructif (RT, UT, MT, PT, VT)
Inspecteur Recette (IRC)
Mandaté par le client — valide la conformité finale avant livraison
Organisme notifié
Accrédité COFRAC — atteste la conformité réglementaire (DESP, CE 1090)
Dirigeant employeur
Responsable pénal (L4121-1 Code du travail, 222-19 Code pénal)
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Le soudeur : exécutant qualifié, premier maillon

Le soudeur reste le maillon humain irremplaçable de la chaîne. Sa qualification EN ISO 9606-1:2017 ne dispense pas de relire à chaque opération le DMOS (Descriptif de Mode Opératoire de Soudage) applicable. Sa responsabilité couvre quatre actes professionnels : préparation des bords (chanfreinage, dégraissage), réglage de la machine selon le DMOS, exécution du cordon, autocontrôle visuel immédiat.

En cas de défaut détecté ultérieurement (porosité, manque de fusion, retrait excessif), le soudeur est nominativement identifié par le poinçon de soudeur reporté sur le plan, dans le rapport de soudage et sur la pièce. Cette traçabilité du soudeur est imposée par NF EN 1090-2 dès la classe d'exécution EXC2. Il ne s'agit pas de stigmatiser mais de tracer l'origine d'un défaut pour faire vivre le retour d'expérience.

Les qualifications cumulées (plusieurs procédés, plusieurs positions, plusieurs groupes de matériaux) sont ce qui distingue le plus fortement les profils sur le marché du travail : un tuyauteur-soudeur qualifié en position H-L045 sur inox n'occupe pas le même poste, ni le même niveau de rémunération, qu'un soudeur MAG sur tôle en position à plat. Les fourchettes de salaire par niveau et par secteur sont détaillées sur notre page salaire du soudeur.

Le poinçon n'est pas un gadget : c'est la pièce qui relie un cordon donné à un soudeur qualifié, à un mode opératoire et à une coulée de matériau. Sans lui, un défaut détecté deux ans plus tard n'est plus rattachable à rien.
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Le coordonnateur soudage : IWS, IWT, IWE — la colonne vertébrale qualité

La fonction de coordonnateur en soudage est définie par la norme EN ISO 14731:2019. C'est lui qui pilote l'ensemble des opérations techniques : choix des procédés et matériaux, rédaction des DMOS, qualification des QMOS, supervision des soudeurs et de leur recyclage, gestion des non-conformités, validation des CND, archivage du dossier de fabrication. Sans coordonnateur compétent, aucune entreprise ne peut prétendre au marquage CE 1090 EXC2 et au-delà, ni à la certification ISO 3834-2.

Le coordonnateur est titulaire d'un diplôme délivré selon le référentiel de l'IIW (International Institute of Welding) par les organismes nationaux autorisés (un par pays, agréé par l'IIW). Trois niveaux, du plus court au plus complet :

  • IWS — International Welding Specialist : niveau technicien, le cursus le plus court des trois. Couvre les structures simples (EXC1-EXC2), petites tuyauteries.
  • IWT — International Welding Technologist : niveau intermédiaire. Couvre EXC2-EXC3, équipements DESP de catégories basses.
  • IWE — International Welding Engineer : niveau ingénieur, cursus le plus long. Couvre EXC3-EXC4, DESP cat. III-IV, nucléaire, aéronautique.

Une entreprise de chaudronnerie certifiée ISO 3834-2 doit pouvoir prouver qu'un coordonnateur de niveau approprié est responsable du contrôle technique soudage. Le coordonnateur peut être en CDI, en sous-traitance contractuelle ou prêté par un groupe (cas fréquent en PME chaudronnière où un IWE itinérant couvre 3-4 sites).

Niveau IIWPositionnementNiveau de responsabilité techniqueDomaines couverts
IWS — SpecialistTechnicienDe baseEXC1-EXC2, DESP cat. I-II
IWT — TechnologistIntermédiaireÉtenduEXC2-EXC3, DESP cat. II-III
IWE — EngineerIngénieurCompletEXC3-EXC4, DESP cat. III-IV, nucléaire, aéronautique
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Le contrôleur CND : œil indépendant sur la qualité

Le contrôleur CND (Contrôle Non Destructif, NDT en anglais) est l'opérateur qualifié qui détecte les défauts internes ou de surface sans détruire la pièce. Sa qualification est régie par EN ISO 9712, déclinée en trois niveaux : niveau 1 (exécute selon procédure), niveau 2 (interprète et choisit la méthode), niveau 3 (rédige les procédures, supervise, forme).

Les principales méthodes appliquées au soudage sont la radiographie industrielle (RT) aux rayons X ou gamma (iridium 192, sélénium 75) pour détecter porosités et inclusions, l'ultrasons (UT) conventionnel ou Phased Array pour le manque de fusion et les fissures, le ressuage (PT) pour les défauts débouchants, la magnétoscopie (MT) pour les défauts surfaciques sur aciers ferromagnétiques, le contrôle visuel direct (VT) souvent négligé mais le plus rentable.

L'étendue des contrôles dépend de la classe d'exécution : NF EN 1090-2 fixe, par type de soudure (bout à bout transversale, soudure d'angle, assemblage en T) et par classe EXC, un pourcentage minimal de contrôle non destructif complémentaire, qui croît avec la classe et atteint 100 % en EXC4 sur les soudures les plus sollicitées. Le taux exact se lit dans le tableau de la norme, il ne s'improvise pas. En équipement sous pression, les codes de construction (CODAP, CODETI, EN 13445, EN 13480) jouent le même rôle.

Le contrôleur CND, comme l'inspecteur de recette, doit être indépendant du producteur de la soudure. Une entreprise peut avoir ses propres contrôleurs internes mais leur indépendance hiérarchique vis-à-vis de la production doit être documentée et démontrable (rattachement à la direction qualité, pas à la production).

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Donneur d'ordre, IRC et organismes notifiés

Le donneur d'ordre (ou client final) est le prescripteur des exigences. Son cahier des charges fixe les normes applicables, la classe d'exécution NF EN 1090, la catégorie DESP, les exigences de qualité ISO 5817, les contrôles minimaux et la documentation à livrer. Les grands donneurs d'ordre (énergie, pétrochimie, aéronautique, ferroviaire) publient chacun un référentiel propre : spécifications techniques d'achat, plan qualité soudage type, liste de procédés et de matériaux autorisés. Ces référentiels s'ajoutent aux normes, ils ne les remplacent pas.

L'IRC (Inspecteur en Recette et Contrôle) est mandaté par le donneur d'ordre pour vérifier sur le site de production que les exigences sont respectées. Il valide les hold points (points d'arrêt obligatoires) : qualification soudeur, première éprouvette de validation, contrôle visuel avant peinture, contrôle CND final, dossier de fabrication complet. Sans visa IRC, la livraison ne peut être effectuée.

Les organismes notifiés (NB — Notified Body) sont désignés par l'État auprès de la Commission européenne pour évaluer la conformité réglementaire : modules DESP, marquage CE NF EN 1090. Leurs compétences d'inspection ou d'essai sont accréditées sur la base des normes NF EN ISO/IEC 17020 (organismes d'inspection) ou 17025 (laboratoires) — en France, par le COFRAC.

Trois points de vigilance pratiques pour le donneur d'ordre comme pour l'entreprise :

  • Un organisme n'est notifié que pour un périmètre défini (directive, module, type d'équipement) : vérifier ce périmètre, pas seulement la notoriété du prestataire.
  • La liste officielle des organismes notifiés et de leurs périmètres est publiée par la Commission européenne dans la base NANDO.
  • Un organisme de certification (ISO 3834, EN 1090, EN 15085) n'est pas nécessairement organisme notifié au titre de la DESP : ce sont deux qualités distinctes.
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Responsabilité juridique du dirigeant et obligation de sécurité

Le dirigeant d'entreprise est tenu à une obligation de sécurité envers ses salariés, fondée sur l'article L4121-1 du Code du travail : « L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». Depuis l'arrêt de la Chambre sociale de la Cour de cassation du 25 novembre 2015 (n° 14-24.444), il s'agit d'une obligation de moyens renforcée : l'employeur peut s'exonérer s'il démontre avoir mis en œuvre l'ensemble des mesures de prévention prévues aux articles L4121-1 et L4121-2.

En cas d'accident grave (brûlure, électrocution, asphyxie, chute), la responsabilité pénale du dirigeant peut être engagée sur les fondements de l'article 222-19 du Code pénal (blessures involontaires : 2 ans de prison et 30 000 € d'amende, portés à 3 ans et 45 000 € en cas de manquement délibéré à une obligation de sécurité), de l'article 221-6 (homicide involontaire : 3 ans et 45 000 €, portés à 5 ans et 75 000 € en cas de violation manifestement délibérée d'une obligation particulière).

La faute inexcusable de l'employeur (au sens de la Sécurité sociale, articles L452-1 à L452-5 du Code de la sécurité sociale) est constituée lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n'a pas pris les mesures pour préserver le salarié. Elle entraîne la majoration de la rente AT/MP, l'indemnisation intégrale des préjudices (souffrances, esthétique, agrément, perte de chance) et le remboursement par l'employeur à la CPAM.

Côté santé spécifique au soudage : fumées de soudage classées cancérogènes Groupe 1 par le CIRC depuis avril 2017 (Monographie 118). Cette classification renforce l'obligation d'évaluation du risque (Document Unique), de captage à la source (aspiration capté à la torche, hottes, cabines), de fourniture d'EPI (masque ventilé classe TH3) et de surveillance médicale renforcée par le service de prévention et de santé au travail.

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Matrice RACI typique en atelier de chaudronnerie

La méthode RACI (Responsible, Accountable, Consulted, Informed) clarifie qui fait quoi sur chaque étape. En soudage industriel, voici une matrice de référence pour un projet courant EXC2/cat. II DESP. Elle est à adapter à la taille de l'entreprise et à la criticité du projet.

Étape Soudeur Coordonnateur Contrôleur CND Resp. Qualité Direction
Définition exigences contratICIRA
Rédaction DMOS / QMOSIR / ACCI
Qualification soudeursRACII
Préparation et accostageRCIII
Exécution du cordonR / ACIII
Autocontrôle visuelRICII
Contrôle non destructifICR / AII
Traitement non-conformitésCRCAI
Dossier de fabrication finalIRCAI
Réponse incident / accidentICIRA

R = Réalise / A = Approuve, rend compte / C = Consulté / I = Informé. Le coordonnateur soudage est R ou A sur la majorité des étapes techniques. La direction porte la responsabilité juridique ultime, même quand elle est seulement informée des opérations techniques.

Les 6 points d'arrêt d'un projet soudé (qui valide quoi)
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Revue de contrat — exigences applicables, niveau ISO 5817, classe EXC ou catégorie DESP. Valide : coordonnateur + qualité.
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QMOS disponible pour chaque assemblage à souder. Valide : coordonnateur, avec organisme tiers pour l'essai.
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Qualifications soudeurs à jour (EN ISO 9606, confirmation semestrielle). Valide : coordonnateur.
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Réception matière — nuance, coulée, certificat NF EN 10204 conforme au contrat. Valide : qualité / magasin.
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Contrôles en cours et finaux — VT à 100 %, CND au taux prescrit. Valide : contrôleur CND niveau 2 minimum.
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Dossier de fabrication complet avant expédition. Valide : inspecteur de recette et / ou organisme notifié.
Sources et pour aller plus loin
  • Article L4121-1 du Code du travail (obligation de sécurité) ; articles 221-6 et 222-19 du Code pénal ; articles L452-1 à L452-5 du Code de la sécurité sociale (faute inexcusable) — textes sur Légifrance.
  • Cass. soc., 25 novembre 2015, n° 14-24.444 (obligation de sécurité de l'employeur) — Cour de cassation.
  • Fumées de soudage classées cancérogènes (groupe 1) : monographie 118 du CIRC ; prévention : INRS, brochure ED 6132.
  • Normes EN ISO 14731 (coordination en soudage) et EN ISO 9712 (personnel CND).
  • Métier : fiche métier soudeur.
À retenir
  • Le soudeur reste responsable de la conformité de chaque cordon, identifié par son poinçon nominatif (NF EN 1090-2 § 12.4.2.2).
  • La coordination en soudage (EN ISO 14731, niveaux IIW : IWS technicien, IWT intermédiaire, IWE ingénieur) est obligatoire dès EXC2 NF EN 1090 et en DESP cat. III-IV.
  • Le contrôleur CND qualifié EN ISO 9712 niveaux 1/2/3 garantit l'indépendance du contrôle ; le taux de CND croît avec la classe d'exécution, jusqu'à 100 % en EXC4.
  • Les organismes notifiés sont désignés par l'État pour un périmètre précis (base européenne NANDO) ; leurs compétences sont accréditées (COFRAC en France) selon ISO/IEC 17020 ou 17025.
  • Le dirigeant porte la responsabilité pénale en cas d'accident grave : articles 222-19 et 221-6 du Code pénal + faute inexcusable (CSS L452-1 à L452-5).
  • Fumées de soudage = cancérogènes Groupe 1 (CIRC, Monographie 118, avril 2017) : captage à la source obligatoire + masque ventilé TH3 + surveillance médicale renforcée.
Sommaire de la formation

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