Module 5 : Qualité, contrôles et défauts · Sommaire complet
Dossier de soudage : niveaux de qualité, traçabilité et certificats matière
Une fois les défauts détectés par CND, encore faut-il décider lesquels sont acceptables et lesquels imposent une réparation. C'est l'objet des niveaux de qualité B, C et D de la NF EN ISO 5817. Ce chapitre en explique la logique de lecture, puis déroule l'écosystème documentaire qui la rend opposable : DMOS, QMOS/WPQR, WPS, plan qualité soudage, certificats matière 3.1 et 3.2, traçabilité du cordon et archivage. Les critères d'acceptation défaut par défaut sont détaillés dans notre article dédié aux critères d'acceptation EN ISO 5817.
Les 3 niveaux de qualité NF EN ISO 5817
NF EN ISO 5817 : la grille de référence des imperfections
La norme NF EN ISO 5817:2014 — « Soudage — Assemblages en acier, nickel, titane et leurs alliages soudés par fusion (faisceau d'énergie exclu) — Niveaux de qualité par rapport aux défauts » — est la référence universelle européenne. Elle reprend la classification des défauts de l'ISO 6520-1 et y associe, pour chaque type de défaut, trois seuils numériques d'acceptation correspondant aux niveaux B (élevé), C (moyen) et D (modéré).
Le principe est simple : on mesure le défaut (longueur, hauteur, profondeur) et on le compare au seuil du niveau exigé par le cahier des charges. Point important, souvent mal lu : la plupart des seuils s'expriment en fraction de l'épaisseur t (ou de la largeur du cordon b), assortie d'une valeur plafond en millimètres — et non en valeur absolue. Sur un caniveau au pied du cordon, l'ordre de sévérité est ainsi d'environ 0,2 t en niveau D, 0,1 t en C et 0,05 t en B. Au-delà : non-conformité, meulage et reprise au procédé adapté.
Trois autres repères de lecture : le diamètre d'une cavité gazeuse isolée est borné par une fraction de l'épaisseur, plus sévère en B qu'en D ; le manque de pénétration en racine n'est pas admis en niveaux B et C et n'est toléré qu'à la marge en niveau D ; la surépaisseur suit une formule du type 1 mm + k × b, avec k = 0,1 en B, 0,15 en C et 0,25 en D. Une fissure, elle, n'est admise à aucun niveau.
Pour les alliages d'aluminium, on applique la norme jumelle EN ISO 10042:2018 (mêmes principes, seuils adaptés à la métallurgie de l'aluminium). Pour les procédés à faisceau d'énergie (laser, faisceau d'électrons), c'est l'ISO 13919-1 (aciers) et 13919-2 (alu) qui s'appliquent — l'ISO 5817 les exclut explicitement.
Choisir le bon niveau : B, C ou D selon l'application
Le niveau de qualité est imposé par les normes produit ou par le cahier des charges du donneur d'ordre. Il n'est pas négociable et conditionne tout l'effort qualité : sévérité du contrôle visuel, taux de CND, marge de manœuvre du soudeur, prix de revient final.
Le niveau B (qualité élevée) est exigé pour les applications à forte conséquence en cas de défaillance : équipements sous pression relevant de la directive 2014/68/UE en catégories III et IV (générateurs de vapeur, réacteurs chimiques, grands réservoirs) ; nucléaire civil ; ferroviaire (EN 15085, classe de qualité la plus élevée) ; aéronautique ; construction métallique EXC3 selon NF EN 1090-2 — et, en EXC4 (ponts ferroviaires, ouvrages exceptionnels), le niveau B assorti d'exigences complémentaires, noté « B+ ».
Le niveau C (qualité moyenne) couvre la majorité des structures soudées générales : charpentes industrielles et tertiaires en EXC2 selon NF EN 1090-2, structures mécano-soudées de machines, tuyauterie industrielle non classée, escaliers métalliques, châssis.
Le niveau D (qualité modérée) s'applique aux ouvrages peu sollicités, en classe EXC1 de NF EN 1090 : bâtiments simples sans occupation permanente, mobilier métallique, prototypes, éléments non porteurs.
| Niveau | Application typique | CND volumique (RT / UT) | Contrôle visuel |
|---|---|---|---|
| B (et B+ en EXC4) | DESP III-IV, nucléaire, ferroviaire, EXC3 / EXC4 NF EN 1090 | Le plus élevé, jusqu'à 100 % sur les soudures les plus sollicitées | 100 % |
| C | EXC2 NF EN 1090 : charpente industrielle et tertiaire, tuyauterie courante | Par échantillonnage, au taux fixé par la norme selon le type de soudure | 100 % |
| D | EXC1 NF EN 1090, mobilier, prototypes | En principe aucun CND volumique imposé | 100 % (le contrôle visuel reste systématique) |
Certificats matière 3.1 et 3.2 selon NF EN 10204
Souder un acier dont on ne connaît pas la nuance, c'est courir à la fissuration. C'est pourquoi la traçabilité matière est un pilier de la chaîne qualité. La norme de référence est NF EN 10204:2005 — « Produits métalliques — Types de documents de contrôle ». Elle définit quatre types de documents (2.1, 2.2, 3.1, 3.2) mais en pratique, le soudeur industriel rencontre surtout les 3.1 et 3.2.
Le certificat 3.1 est un « rapport d'essai par fabricant, vérifié par un agent de contrôle indépendant du service de fabrication ». Il atteste, sur la coulée fournie : composition chimique réelle (C, Mn, Si, P, S, Cr, Ni, Mo…), caractéristiques mécaniques mesurées (Re, Rm, A%, KCV / résilience Charpy), traitement thermique appliqué, identification de coulée. Il est requis pour les structures NF EN 1090 classes EXC2, EXC3 et EXC4 et pour la DESP catégories I à IV.
Le certificat 3.2 est plus strict : c'est un « rapport d'essai contre-signé par un représentant désigné dans la réglementation officielle » — c'est-à-dire validé par une tierce partie indépendante du fabricant : inspecteur mandaté par l'acheteur, organisme notifié ou représentant désigné par la réglementation. Il est requis pour les équipements DESP catégories III et IV, le nucléaire civil, et certains contrats grands comptes (offshore, ferroviaire).
Concrètement, le soudeur reçoit la tôle ou le tube avec un marquage coulée peint ou poinçonné. Il doit, avant soudage, vérifier que la nuance et la coulée correspondent au certificat fourni avec le bon de livraison, et reporter le numéro de coulée dans le rapport de soudage. Pas de certificat = pas de soudage sur les pièces critiques.
- Type 2.1 : déclaration de conformité simple, sans résultats d'essai. Marchandises courantes non critiques.
- Type 2.2 : rapport d'essai sur essais non spécifiques. Pas de coulée individualisée.
- Type 3.1 : rapport d'essai sur la coulée fournie, contrôlé par un agent interne indépendant. Standard NF EN 1090.
- Type 3.2 : rapport contre-signé par une tierce partie indépendante (inspecteur de l'acheteur ou organisme désigné). Équipements sous pression de catégories élevées, nucléaire, offshore.
DMOS, QMOS, PQR, WPS : le vocabulaire documentaire
La traçabilité du soudage ne se limite pas au métal. Tout le mode opératoire doit être documenté, qualifié et archivé. Le vocabulaire est codifié par les normes NF EN ISO 15607 à 15614. Quatre acronymes essentiels :
Le DMOS (Descriptif du Mode Opératoire de Soudage), en anglais pWPS (preliminary Welding Procedure Specification), est le document de travail rédigé par le coordinateur en soudage (IWS/IWT/IWE) avant qualification. Il fixe : procédé (111, 135, 141…), nuance matériau, épaisseur, position (PA, PB, PF…), géométrie de chanfrein, métal d'apport, gaz de protection, intensité, tension, vitesse, énergie linéaire, préchauffage, traitement thermique post-soudage.
Le QMOS (Qualification du Mode Opératoire de Soudage), en anglais WPQR ou PQR (Procedure Qualification Record), est le rapport établi après l'exécution et les essais sur une éprouvette témoin selon NF EN ISO 15614-1 (aciers) ou 15614-2 (alu). Les essais incluent : examen visuel, RT ou UT 100 %, ressuage, traction transversale, pliage endroit/envers, résilience Charpy, macrographie, dureté Vickers HV10. Validité : sans limite tant que la procédure n'évolue pas significativement.
Le WPS (Welding Procedure Specification) est le document final livré au soudeur en atelier : c'est le DMOS, désormais qualifié par le QMOS, traduit en fiche pratique opérationnelle. C'est ce papier que le soudeur conserve au poste et que l'inspecteur exige lors d'un audit.
Tous ces documents s'agrègent dans le Plan Qualité Soudage (PQS) ou Welding Quality Plan du projet : cahier des charges client, niveau ISO 5817 imposé, liste des WPS applicables, certificats de qualification des soudeurs (EN ISO 9606-1), certificats matière 3.1/3.2, plan de CND (qui contrôle quoi, à quel taux), rapports de soudage cordon par cordon, rapports de CND. C'est ce dossier qui sera audité par l'organisme notifié (DESP) ou par la cellule qualité du donneur d'ordre.
Traçabilité digitale : QR code, RFID, industrie 4.0
Le suivi papier des cordons (le fameux « weld log » en tableur ou en cahier d'atelier) atteint vite ses limites sur un grand projet, où le nombre de cordons à tracer individuellement se compte en dizaines de milliers. D'où la bascule progressive de l'industrie vers la traçabilité numérique du cordon.
Chaque cordon reçoit un identifiant unique (Weld ID) — par exemple P-302-WLD-1247 — apposé physiquement sur la pièce sous forme de QR code laser ou de plaque RFID. Un scan rapide en atelier (tablette ou smartphone industriel durci) remonte instantanément : WPS applicable, identifiant du soudeur affecté (matricule + certif EN ISO 9606 en cours), numéro de coulée des matériaux fondus, paramètres réels enregistrés par le générateur connecté (intensité, tension, énergie linéaire, vitesse) et historique des CND déjà réalisés.
Les générateurs communicants proposés par les principaux constructeurs transmettent les paramètres réels à un serveur central. En cas de dérive — intensité hors de la fourchette du WPS, durée d'arc anormale — le système alerte la coordination en soudage. L'intérêt n'est pas la technologie mais la nature de la preuve : des données objectives horodatées, au lieu d'une discussion a posteriori sur ce qui a réellement été réglé.
La durée de conservation des dossiers n'est pas laissée à l'appréciation de l'atelier : elle est fixée par la norme produit, par le code de construction ou par le contrat, et elle se compte en décennies — au minimum la durée de vie prévisible de l'ouvrage. La numérisation devient dès lors une nécessité pratique autant qu'un choix d'organisation : un classeur papier de trente ans est rarement exploitable.
Pourquoi le dossier de soudage se garde des décennies
La qualité en soudage a un coût visible — qualifications, CND, audits, archivage — et une contrepartie beaucoup moins visible : le coût évité de la non-qualité. Un principe suffit à le comprendre : plus un défaut est découvert tard, plus il coûte cher. Reprendre un cordon à l'atelier suppose de meuler, de contrôler et de ressouder. Le reprendre sur chantier ajoute l'accès, l'échafaudage, l'immobilisation. Le découvrir sur un ouvrage en service, c'est un arrêt d'exploitation — et, dans le pire des cas, un accident.
Sur le plan juridique, deux régimes imposent de pouvoir justifier de la qualité des cordons longtemps après la livraison : la garantie décennale des ouvrages de bâtiment (articles 1792 et suivants du Code civil) et la responsabilité du fait des produits défectueux (articles 1245 et suivants du Code civil, issus de la directive 85/374/CEE), qui peut être engagée pendant dix ans à compter de la mise en circulation du produit. Dans les deux cas, la question posée au fabricant est la même : pouvez-vous prouver ce que vous avez fait ?
Ce qui constitue cette preuve est exactement ce que décrit ce chapitre : QMOS qualifié, WPS appliqué au poste, certificats matière 3.1 ou 3.2 rattachés à une coulée, rapports de CND, poinçon d'un soudeur qualifié. Un dossier complet est une défense ; un dossier incomplet est une charge. C'est pourquoi l'archivage n'est pas une formalité administrative, mais une composante du produit livré.
Workflow du Plan Qualité Soudage (PQS)
Sources et pour aller plus loin
- NF EN ISO 5817 (niveaux de qualité), NF EN ISO 10042 (aluminium), NF EN ISO 13919 (faisceau d'énergie), NF EN 10204 (documents de contrôle), NF EN ISO 15607 à 15614 (modes opératoires), NF EN 1090-1 et -2 : AFNOR.
- Garantie décennale (art. 1792 et s. du Code civil) et responsabilité du fait des produits défectueux (art. 1245 et s.) : Légifrance.
- Les seuils cités ici sont des ordres de grandeur destinés à la compréhension : le document opposable reste la norme en vigueur au niveau de qualité exigé par le contrat. Pour le détail défaut par défaut : critères d'acceptation des soudures selon EN ISO 5817.
- Chapitres liés : familles de défauts (ISO 6520-1) et cadre normatif et qualifications. Métier : contrôleur qualité soudage.
À retenir
- La norme NF EN ISO 5817 définit 3 niveaux de qualité — B (élevée), C (moyenne), D (modérée) — avec, pour chaque défaut ISO 6520, un seuil numérique d'acceptation.
- Correspondance NF EN 1090-2 : EXC1 → D, EXC2 → C, EXC3 → B, EXC4 → B avec exigences complémentaires (B+). Le niveau B est également la règle en DESP III-IV et en nucléaire.
- L'aluminium relève de la norme jumelle EN ISO 10042 ; les procédés à faisceau d'énergie de l'ISO 13919.
- Traçabilité matière selon NF EN 10204 : certificat 3.1 (rapport du fabricant sur la coulée fournie, validé en interne de façon indépendante) ; 3.2 (contre-signé par une tierce partie) pour les équipements les plus critiques.
- Chaîne documentaire complète : DMOS → QMOS/PQR → WPS → Plan Qualité Soudage. Soudeurs qualifiés EN ISO 9606-1 obligatoires sur tout cordon critique.
- Plus un défaut est découvert tard (atelier → chantier → ouvrage en service), plus sa réparation coûte cher. Conservation du dossier de soudage : plusieurs décennies, selon la norme produit et le contrat — c'est la seule défense en cas de litige.