Soudage TIG / MIG / MMA

Procédés et Sécurité du Soudage

Module 5 : Qualité, contrôles et défauts

Module 5 : Qualité 25 min de lecture

5.3 NF EN ISO 5817, traçabilité, certificats matière

Une fois les défauts détectés par CND, encore faut-il décider lesquels sont acceptables et lesquels imposent une réparation. C'est l'objet de la norme NF EN ISO 5817, qui chiffre, défaut par défaut, le seuil tolérable pour 3 niveaux de qualité (B, C, D). Autour d'elle gravite tout l'écosystème documentaire du soudage industriel : DMOS/QMOS, PQR, plan qualité, certificats matière 3.1 / 3.2, et la traçabilité digitale des cordons.

Les 3 niveaux de qualité NF EN ISO 5817
Niveau B
Qualité élevée
Équipements sous pression (DESP cat. III-IV), nucléaire, aéronautique, structures EXC4 NF EN 1090. Caniveau toléré ≤ 0,05 mm.
Niveau C
Qualité moyenne
Charpentes métalliques courantes EXC3 NF EN 1090, machines, tuyauterie industrielle non critique. Caniveau ≤ 0,1 mm.
Niveau D
Qualité modérée
Ouvrages non sollicités (mobilier métallique, garde-corps EXC1-EXC2), prototypes, soudures non visibles non porteuses. Caniveau ≤ 0,2 mm.
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NF EN ISO 5817 : la grille de référence des imperfections

La norme NF EN ISO 5817:2014 — « Soudage — Assemblages en acier, nickel, titane et leurs alliages soudés par fusion (faisceau d'énergie exclu) — Niveaux de qualité par rapport aux défauts » — est la référence universelle européenne. Elle reprend la classification des défauts de l'ISO 6520-1 et y associe, pour chaque type de défaut, trois seuils numériques d'acceptation correspondant aux niveaux B (élevé), C (moyen) et D (modéré).

Le principe est simple : on mesure le défaut (longueur, hauteur, profondeur) et on le compare au seuil du niveau exigé par le cahier des charges. Exemple sur un caniveau au pied du cordon : niveau D autorise un défaut linéaire continu ne dépassant pas 0,2 mm de profondeur ; niveau C 0,1 mm ; niveau B 0,05 mm. Au-delà : non-conformité, réparation par meulage et reprise au procédé adapté.

D'autres exemples chiffrés : une porosité sphérique isolée tolère un diamètre maximal de 0,3·s (où s = épaisseur paroi) en niveau D, mais seulement 0,2·s en niveau B. Le manque de pénétration en racine est strictement interdit en niveau B ; toléré jusqu'à 1,5 mm en D. Une surépaisseur excessive est tolérée jusqu'à 1 + 0,25·b en niveau B, et 1 + 0,3·b en C.

« Le choix du niveau de qualité B, C ou D doit être fait par le concepteur en fonction des conditions de service de l'assemblage, des conséquences d'une défaillance et de la facilité à détecter et réparer les défauts. »
— NF EN ISO 5817:2014, Annexe A informative

Pour les alliages d'aluminium, on applique la norme jumelle EN ISO 10042:2018 (mêmes principes, seuils adaptés à la métallurgie de l'aluminium). Pour les procédés à faisceau d'énergie (laser, faisceau d'électrons), c'est l'ISO 13919-1 (aciers) et 13919-2 (alu) qui s'appliquent — l'ISO 5817 les exclut explicitement.

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Choisir le bon niveau : B, C ou D selon l'application

Le niveau de qualité est imposé par les normes produit ou par le cahier des charges du donneur d'ordre. Il n'est pas négociable et conditionne tout l'effort qualité : sévérité du contrôle visuel, taux de CND, marge de manœuvre du soudeur, prix de revient final.

Le niveau B (qualité élevée) est exigé pour les applications à forte conséquence en cas de défaillance : équipements sous pression relevant de la directive DESP 2014/68/UE (DESP catégories III et IV : générateurs de vapeur, réacteurs chimiques, cuves > 1 000 L à > 0,5 bar) ; nucléaire civil (RCC-M, ASME III) ; ferroviaire (EN 15085 niveau CL1) ; aéronautique ; construction métallique EXC4 selon NF EN 1090-2 (ponts ferroviaires, plates-formes offshore).

Le niveau C (qualité moyenne) couvre la majorité des structures soudées générales : charpentes industrielles et tertiaires EXC3 selon NF EN 1090-2, structures mécano-soudées de machines, tuyauterie industrielle non classée DESP, citernes routières, escaliers métalliques, châssis de remorque.

Le niveau D (qualité modérée) s'applique aux ouvrages peu sollicités : mobilier métallique urbain, garde-corps non porteurs, prototypes, échantillonnage, soudures non visibles d'éléments décoratifs, classes EXC1 et EXC2 de NF EN 1090.

Niveau Application typique Taux CND volumique (RT/UT) Taux contrôle visuel
BDESP III-IV, nucléaire, EXC4 NF EN 1090, ferroviaire CL1100 %100 %
CEXC3 NF EN 1090, charpente industrielle, tuyauterie courante10 à 20 % par échantillonnage100 %
DEXC1-EXC2 NF EN 1090, mobilier urbain, prototypes0 à 10 %5 à 100 % (selon cahier des charges)
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Certificats matière 3.1 et 3.2 selon NF EN 10204

Souder un acier dont on ne connaît pas la nuance, c'est courir à la fissuration. C'est pourquoi la traçabilité matière est un pilier de la chaîne qualité. La norme de référence est NF EN 10204:2005 — « Produits métalliques — Types de documents de contrôle ». Elle définit quatre types de documents (2.1, 2.2, 3.1, 3.2) mais en pratique, le soudeur industriel rencontre surtout les 3.1 et 3.2.

Le certificat 3.1 est un « rapport d'essai par fabricant, vérifié par un agent de contrôle indépendant du service de fabrication ». Il atteste, sur la coulée fournie : composition chimique réelle (C, Mn, Si, P, S, Cr, Ni, Mo…), caractéristiques mécaniques mesurées (Re, Rm, A%, KCV / résilience Charpy), traitement thermique appliqué, identification de coulée. Il est requis pour les structures NF EN 1090 classes EXC2, EXC3 et EXC4 et pour la DESP catégories I à IV.

Le certificat 3.2 est plus strict : c'est un « rapport d'essai contre-signé par un représentant désigné dans la réglementation officielle » — c'est-à-dire validé par une tierce partie indépendante du fabricant : organisme notifié (Bureau Veritas, TÜV Rheinland, Lloyd's Register, APAVE, SGS), inspecteur du donneur d'ordre, ou autorité officielle. Il est requis pour les équipements DESP catégories III et IV, le nucléaire civil, et certains contrats grands comptes (offshore, ferroviaire).

Concrètement, le soudeur reçoit la tôle ou le tube avec un marquage coulée peint ou poinçonné. Il doit, avant soudage, vérifier que la nuance et la coulée correspondent au certificat fourni avec le bon de livraison, et reporter le numéro de coulée dans le rapport de soudage. Pas de certificat = pas de soudage sur les pièces critiques.

  • Type 2.1 : déclaration de conformité simple, sans résultats d'essai. Marchandises courantes non critiques.
  • Type 2.2 : rapport d'essai sur essais non spécifiques. Pas de coulée individualisée.
  • Type 3.1 : rapport d'essai sur la coulée fournie, contrôlé par un agent interne indépendant. Standard NF EN 1090.
  • Type 3.2 : rapport 3.1 contre-signé par un organisme notifié tiers. DESP III-IV, nucléaire, offshore.
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DMOS, QMOS, PQR, WPS : le vocabulaire documentaire

La traçabilité du soudage ne se limite pas au métal. Tout le mode opératoire doit être documenté, qualifié et archivé. Le vocabulaire est codifié par les normes NF EN ISO 15607 à 15614. Quatre acronymes essentiels :

Le DMOS (Descriptif du Mode Opératoire de Soudage), en anglais pWPS (preliminary Welding Procedure Specification), est le document de travail rédigé par le coordinateur en soudage (IWS/IWT/IWE) avant qualification. Il fixe : procédé (111, 135, 141…), nuance matériau, épaisseur, position (PA, PB, PF…), géométrie de chanfrein, métal d'apport, gaz de protection, intensité, tension, vitesse, énergie linéaire, préchauffage, traitement thermique post-soudage.

Le QMOS (Qualification du Mode Opératoire de Soudage), en anglais WPQR ou PQR (Procedure Qualification Record), est le rapport établi après l'exécution et les essais sur une éprouvette témoin selon NF EN ISO 15614-1 (aciers) ou 15614-2 (alu). Les essais incluent : examen visuel, RT ou UT 100 %, ressuage, traction transversale, pliage endroit/envers, résilience Charpy, macrographie, dureté Vickers HV10. Validité : sans limite tant que la procédure n'évolue pas significativement.

Le WPS (Welding Procedure Specification) est le document final livré au soudeur en atelier : c'est le DMOS, désormais qualifié par le QMOS, traduit en fiche pratique opérationnelle. C'est ce papier que le soudeur conserve au poste et que l'inspecteur exige lors d'un audit.

Tous ces documents s'agrègent dans le Plan Qualité Soudage (PQS) ou Welding Quality Plan du projet : cahier des charges client, niveau ISO 5817 imposé, liste des WPS applicables, certificats de qualification des soudeurs (EN ISO 9606-1), certificats matière 3.1/3.2, plan de CND (qui contrôle quoi, à quel taux), rapports de soudage cordon par cordon, rapports de CND. C'est ce dossier qui sera audité par l'organisme notifié (DESP) ou par la cellule qualité du donneur d'ordre.

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Traçabilité digitale : QR code, RFID, industrie 4.0

Le suivi papier des cordons de soudure (le fameux « weld log » au format Excel ou cahier d'atelier) atteint vite ses limites sur les grands projets : 50 000 cordons soudés pour un EPR nucléaire, 25 000 pour un méthanier, 8 000 pour une plate-forme offshore moyenne. C'est pourquoi l'industrie bascule depuis 2015 vers la traçabilité digitale du cordon.

Chaque cordon reçoit un identifiant unique (Weld ID) — par exemple P-302-WLD-1247 — apposé physiquement sur la pièce sous forme de QR code laser ou de plaque RFID. Un scan rapide en atelier (tablette ou smartphone industriel durci) remonte instantanément : WPS applicable, identifiant du soudeur affecté (matricule + certif EN ISO 9606 en cours), numéro de coulée des matériaux fondus, paramètres réels enregistrés par le générateur connecté (intensité, tension, énergie linéaire, vitesse) et historique des CND déjà réalisés.

Les principaux acteurs (HGG, Polysoude, Lincoln Electric, Fronius, EWM, Kemppi) proposent désormais des générateurs IoT qui transmettent en temps réel les paramètres à un serveur central. En cas de dérive (intensité hors fourchette WPS, durée d'arc anormale), le système alerte automatiquement le coordinateur soudage. Avantage : fin des contestations sur le « il a soudé hors paramètres » a posteriori, données objectives horodatées.

La conservation des dossiers est imposée par les normes produit. Compter au minimum : 10 ans pour les structures NF EN 1090 ; durée de vie de l'équipement + 10 ans pour les équipements DESP ; 50 ans pour les composants nucléaires de classes 1 et 2 ; 30 ans pour le ferroviaire CL1 EN 15085. La numérisation devient donc une obligation pragmatique : un classeur papier de 1995 est souvent illisible en 2025.

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Coût de la qualité soudage et ROI de la prévention

Le coût qualité du soudage en construction métallique critique représente, selon les estimations de la CARSAT et de l'Institut de Soudure, entre 5 et 15 % du coût total d'une opération de soudage. Pour un projet de tuyauterie chaudière classée DESP cat. IV à 2 M€, c'est jusqu'à 300 000 € de qualité (qualifications, CND, audits, archivage).

Cette dépense est largement compensée par les économies sur la non-qualité. Une étude TWI (UK) de 2019 démontre qu'une réparation de cordon en atelier coûte 5 à 10× le coût du cordon initial ; sur chantier, 30 à 50× ; sur ouvrage en service (offshore en exploitation, gazoduc enterré), jusqu'à 500×. La rupture en service d'un équipement DESP entraîne presque toujours un arrêt de production de plusieurs semaines à plusieurs mois, et expose le donneur d'ordre à une enquête de la DREAL.

Sur le plan juridique, les articles 1792 et suivants du Code civil (garantie décennale pour les ouvrages bâtiment) et la responsabilité produit (directive 85/374/CEE transposée aux articles 1245 et suivants du Code civil) imposent au fabricant de pouvoir justifier de la qualité de ses cordons jusqu'à 10 ans après livraison. Sans dossier de soudage complet (QMOS + certificats matière + CND + traçabilité soudeur), la défense est quasi impossible.

Le retour sur investissement de la qualité soudage est donc, pour reprendre la formule classique de l'Institut International de la Soudure (IIW) : « la qualité ne coûte pas, c'est la non-qualité qui coûte ». Investir 8 % dans un PQS rigoureux évite, statistiquement, des sinistres représentant 3 à 10× ce montant sur la durée de vie de l'ouvrage.

Workflow du Plan Qualité Soudage (PQS)
1. Cahier charges
Niveau ISO 5817 (B/C/D), normes produit (NF EN 1090, DESP)
2. DMOS
Rédaction par coord. IWS/IWT/IWE (NF EN ISO 15609)
3. QMOS / PQR
Essais NF EN ISO 15614-1, organisme notifié
4. Soudeurs qualifiés
EN ISO 9606-1, validité 2-3 ans
5. Fabrication + CND
Cordons + VT/PT/MT/RT/UT selon plan
6. Dossier final
Archivage 10-50 ans, livraison client
À retenir
  • La norme NF EN ISO 5817 définit 3 niveaux de qualité — B (élevée), C (moyenne), D (modérée) — avec, pour chaque défaut ISO 6520, un seuil numérique d'acceptation.
  • Choix du niveau imposé par la norme produit : B pour DESP III-IV, nucléaire, EXC4 NF EN 1090 ; C pour charpente EXC3 ; D pour ouvrages non critiques EXC1-EXC2.
  • L'aluminium relève de la norme jumelle EN ISO 10042 ; les procédés à faisceau d'énergie de l'ISO 13919.
  • Traçabilité matière selon NF EN 10204 : certificat 3.1 (rapport fabricant avec coulée) pour NF EN 1090 EXC2-EXC4 ; 3.2 (contre-signé par tierce partie type Bureau Veritas, TÜV) pour DESP III-IV et nucléaire.
  • Chaîne documentaire complète : DMOS → QMOS/PQR → WPS → Plan Qualité Soudage. Soudeurs qualifiés EN ISO 9606-1 obligatoires sur tout cordon critique.
  • Coût qualité = 5-15 % du coût opération. La non-qualité coûte 5-500× plus cher (réparation, sinistre en service). Conservation des dossiers : 10 ans minimum, 50 ans en nucléaire.
Sommaire de la formation