Soudage TIG / MIG / MMA
Procédés et Sécurité du Soudage

Module 3 : Risques majeurs du soudage · Sommaire complet

Module 3 : Risques majeurs 25 min de lecture

Fumées de soudage, CMR et VLEP : ce que l'employeur doit mettre en place

Depuis avril 2017, le CIRC a reclassé toutes les fumées de soudage à l'arc en cancérogènes avérés pour l'homme (groupe 1), monographie 118. Plus aucune distinction inox vs acier. Ce chapitre détaille la composition des fumées, les tableaux de maladies professionnelles concernés, les VLEP réglementaires contraignantes (manganèse, chrome VI, nickel, ozone), et les obligations qui en découlent : DUERP, captation à la source, suivi individuel renforcé et conservation du dossier médical. La brochure INRS ED 6132 est le guide d'application de référence.

Les 5 atteintes à connaître et leur tableau de MP
1
Cancer broncho-pulmonaire (chrome VI) — RG 10 ter, exposition inox / chromé
RG 10
2
Manganisme — syndrome parkinsonien, RG 4
RG 4
3
Sidérose — fumées d'oxyde de fer, tous procédés à l'arc
RG 44
4
Dermites, asthme et cancers (nickel) — RG 37, soudage inox austénitique
RG 37
5
Silicose — travaux connexes de meulage et décapage, RG 25
RG 25
1

CIRC groupe 1 depuis avril 2017 : un tournant réglementaire

Réuni à Lyon en mars 2017, le groupe de travail du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, agence de l'OMS) a reclassé, dans la monographie n° 118 publiée à la suite, les fumées de soudage et les rayonnements ultraviolets de l'arc dans le groupe 1 « cancérogène avéré pour l'homme ». Les conclusions ont été rendues publiques en avril 2017. C'est un changement majeur : jusque-là, seul le soudage de l'inox (et donc l'exposition aux chromates) était classé groupe 1 ; le soudage de l'acier ordinaire passait pour groupe 2B (« peut-être cancérogène »).

Désormais, peu importe le métal de base (acier au carbone, acier inoxydable, aluminium, cuivre) ou le procédé (MMA, MIG, MAG, TIG, oxyacétylénique) : les fumées émises sont toutes considérées cancérogènes. Cette qualification s'appuie sur l'ensemble des études de cohortes de soudeurs, qui montrent un excès de cancers broncho-pulmonaires, et sur les données mécanistiques de génotoxicité des particules métalliques ultrafines.

Ce que dit la monographie 118, en substance : les fumées de soudage provoquent le cancer du poumon (preuves suffisantes chez l'homme) et une association a été observée avec le cancer du rein. La conclusion vaut quel que soit le métal travaillé.

Conséquence juridique immédiate en France : l'employeur doit traiter le soudage à l'arc comme un procédé exposant à un agent CMR de catégorie 1A au sens du règlement CLP, déclenchant les obligations propres aux agents CMR (articles R4412-59 et suivants du Code du travail) : substitution si possible, captation à la source, suivi médical renforcé SIR, fiche d'exposition individuelle conservée 50 ans, formation spécifique. La brochure de référence est INRS ED 6132, « Fumées de soudage et des techniques connexes ».

2

Composition des fumées : particules métalliques + gaz

Les fumées de soudage sont un aérosol complexe, formé à la fois de particules solides ultrafines issues de la vaporisation et de l'oxydation à très haute température, et de gaz formés par décomposition de l'arc dans l'air ambiant.

Particules métalliques (90 % de la masse mais 10 % du nombre de particules — celles-ci sont essentiellement ultrafines, < 0,1 µm, dépôt alvéolaire profond) :

  • Fer (Fe) et ses oxydes : fond systématique, sidérose pulmonaire (image radiologique sans fibrose)
  • Manganèse (Mn) : âme des électrodes rutiles et basiques, fils MAG ; cible neurotoxique majeure
  • Chrome (Cr), dont le redouté Cr(VI) hexavalent dans les fumées inox (chromates de plomb, de zinc, de baryum)
  • Nickel (Ni) : inox austénitiques 304L, 316L, alliages base Ni
  • Cuivre (Cu) : brasage, soudage cuivre/laiton, fils CuSi3 (brasage MIG)
  • Aluminium (Al), zinc (Zn) (galvanisé, peintures riches en Zn), cadmium (Cd) (peintures anciennes, brasures), plomb (Pb) (peintures, soudures spéciales)

Gaz (10 % de la masse, mais peuvent être létaux à concentration modérée) :

  • Monoxyde de carbone (CO) : combustion partielle, atmosphère MAG, oxycoupage ; VLEP 8 h = 20 ppm (23 mg/m³), VLCT 100 ppm
  • Dioxyde de carbone (CO2) : gaz de protection MAG, risque d'asphyxie en espace confiné
  • Oxydes d'azote (NOx) : NO et NO2, formés par décomposition de l'air ; VLEP 8 h NO2 = 0,5 ppm
  • Ozone (O3) : surtout TIG aluminium et inox, gaz oxydant violent ; VLEP 8 h = 0,1 ppm, VLCT 0,2 ppm
  • Phosgène (COCl2) : formé en présence de solvants chlorés (trichloréthylène, perchloréthylène) dans l'environnement — RISQUE LÉTHAL à quelques ppm. Toute pièce dégraissée doit avoir été parfaitement rincée et séchée avant soudage.

Ordres de grandeur d'émission selon le procédé (les valeurs mesurées au poste dépendent fortement de la captation en place) :

  • MMA à l'électrode enrobée : le procédé le plus émissif des trois, avec de très fortes concentrations au plus près de l'arc
  • MIG / MAG : émission intermédiaire, sensible au régime de transfert et au gaz utilisé
  • TIG : le procédé le plus propre côté particules, mais émission d'ozone significative sur aluminium et inox
  • Gougeage arc-air et coupage plasma : très émissifs, à traiter comme des opérations à part entière dans l'évaluation des risques
3

Maladies professionnelles : 6 tableaux à connaître

Le régime général comporte plusieurs tableaux de MP susceptibles de s'appliquer à un soudeur. La présomption d'origine professionnelle ne joue que si les trois critères du tableau sont réunis : désignation exacte de la maladie, respect du délai de prise en charge, et travaux figurant dans la liste du tableau. Ces critères se lisent tableau par tableau dans le texte en vigueur : les délais varient de quelques jours à quarante ans selon la pathologie. Une maladie hors tableau peut malgré tout être reconnue via le CRRMP (système complémentaire).

TableauAgent / pathologieExposition typique
RG 4Manganèse et ses composés — syndrome parkinsonien (manganisme), troubles neuropsychiquesMMA enrobé rutile / basique, MAG sur aciers au manganèse
RG 10 et ses déclinaisons (10 bis, 10 ter)Acide chromique et chromates, chrome hexavalent — ulcérations et dermites (10), asthme (10 bis), cancer broncho-pulmonaire (10 ter)Soudage inox 304L, 316L, électrodes inox MMA
RG 25Poussières renfermant de la silice cristalline — silicose, pneumoconioseMeulage, décapage, travaux connexes en environnement poussiéreux
RG 30Amiante — asbestose, plaques pleurales, mésothéliomePièces anciennes calorifugées, joints amiantés (avant l'interdiction de 1997)
RG 37 et ses déclinaisonsNickel et ses composés — dermites, asthme, cancers naso-sinusiens et broncho-pulmonairesSoudage inox austénitique, alliages base nickel
RG 44Poussières et fumées d'oxyde de fer — sidérose (image radiologique sans fibrose)Tous procédés à l'arc sur acier, exposition prolongée

La « fièvre des soudeurs » (ou fièvre des fondeurs) mérite un focus : syndrome pseudo-grippal aigu — fièvre, frissons, courbatures, toux sèche — survenant quelques heures après l'inhalation massive d'oxyde de zinc, typiquement en soudant de l'acier galvanisé. Elle régresse spontanément en 24 à 48 h. Elle ne correspond à aucun tableau de MP dédié au régime général (une reconnaissance reste possible hors tableau, via le CRRMP), mais elle signale une surexposition franche : décapage préalable du revêtement, captation à la source et protection respiratoire adaptée.

Le manganisme (RG 4) est le diagnostic différentiel le plus redoutable : tableau extrapyramidal pur (bradykinésie, rigidité, posture penchée, démarche du « coq »), apparaissant après 5-15 ans d'exposition. Sa particularité tragique : à la différence de la maladie de Parkinson idiopathique, il ne répond pas à la L-Dopa. La prévention repose sur le respect de la VLEP et donc, concrètement, sur la captation à la source.

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VLEP contraignantes : poussières, manganèse, chrome VI, nickel, ozone

L'employeur doit garantir que la concentration au poste reste sous la Valeur Limite d'Exposition Professionnelle (VLEP) contraignante. Le cadre général est posé par l'article R4222-10 du Code du travail pour les poussières sans effet spécifique, et par l'article R4412-149 pour la liste des VLEP contraignantes par substance.

AgentVLEP 8 hVLCT 15 minTexte
Poussières inhalables (sans effet spécifique)10 mg/m³R4222-10
Poussières alvéolaires (sans effet spécifique)5 mg/m³R4222-10
Manganèse et composés (fraction alvéolaire)0,05 mg/m³VLEP contraignante (R4412-149)
Manganèse et composés (fraction inhalable)0,2 mg/m³VLEP contraignante (R4412-149)
Chrome VI et composés0,001 mg/m³VLEP contraignante française (CMR 1A)
Nickel métal et composés insolubles1 mg/m³Valeurs européennes plus basses en cours de déploiement pour les composés
Ozone (O3)0,1 ppm (≈ 0,2 mg/m³)0,2 ppmValeur indicative — soudage TIG alu / inox
Monoxyde de carbone (CO)20 ppm100 ppmArr. 30 juin 2004

La VLEP manganèse de 0,05 mg/m³ sur la fraction alvéolaire est très basse au regard des émissions réelles d'un poste MMA ou MAG : en pratique, elle n'est pas tenable sans captation à la source. C'est ce qui rend nécessaires torche aspirante, bras articulé, table aspirante ou cabine ventilée — les mesures individuelles au poste le confirment chantier après chantier. Le manganèse est présent dans presque tous les consommables aciers : ce n'est pas un cas particulier, c'est le cas général.

Mesure préventive selon la hiérarchie imposée pour les agents CMR (articles R4412-66 et suivants) : substitution (si possible — passer en MIG/MAG pour réduire les fumées, choisir un fil bas-manganèse), captation à la source (torche aspirante, bras articulé, table aspirante), ventilation générale, EPI respiratoire en dernier recours (masque à ventilation assistée TH3 P SL ou ARI).

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Suivi médical SIR et fiche d'exposition 50 ans

L'exposition à un agent CMR de catégorie 1 (fumées de soudage depuis 2017) déclenche automatiquement le Suivi Individuel Renforcé (SIR) prévu aux articles R4624-22 à R4624-28 et précisé par l'arrêté du 28 décembre 2017. Étapes :

  • Examen médical d'aptitude avant l'embauche par le médecin du travail (et non l'infirmière), délivrant une attestation d'aptitude (et non un avis simple).
  • Visite intermédiaire à 2 ans minimum (infirmière en santé travail possible), nouvel examen médical d'aptitude à 4 ans maximum.
  • Examens complémentaires selon protocole : EFR (épreuves fonctionnelles respiratoires) annuelles, biométrologie (chrome urinaire, nickel sanguin, manganèse sanguin/urinaire), audiométrie, examen ophtalmologique avec recherche de cataracte précoce.
  • Visite de fin d'exposition avec mise en place du suivi post-exposition / post-professionnel (cancers à délai long : 30-40 ans pour chrome et nickel).

La réglementation CMR (articles R4412-59 et suivants) impose par ailleurs d'établir la liste des travailleurs exposés, de leur remettre une attestation d'exposition en fin de contrat et de faire conserver le dossier médical pendant 50 ans après la fin de l'exposition. C'est la pièce-clé pour faire reconnaître une maladie professionnelle qui se déclarera vingt ou trente ans après le départ du salarié : sans trace de l'exposition, la reconnaissance devient un parcours du combattant.

Inscription au DUERP obligatoire (R4121-1) : le risque fumées de soudage doit figurer dans le document unique, avec mise à jour à chaque modification de procédé, de matériau, d'organisation. Pour les entreprises de plus de 50 salariés, le DUERP doit être annexé d'un programme annuel de prévention (PAPRIPACT, articles L4121-3-1 et L2312-27).

La brochure INRS ED 6132 (édition 2022) constitue le guide d'application pratique de référence : elle détaille les mesures de captation par procédé, les types de tables et de bras aspirants, le choix des appareils de protection respiratoire, et fournit une trame d'évaluation des risques spécifique au soudage, à transposer dans le DUERP.

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Stratégie de prévention : hiérarchie CMR

La prévention du risque CMR « fumées de soudage » suit la hiérarchie réglementaire stricte des articles R4412-66 et suivants du Code du travail. Aucune étape ne peut être sautée sans justification documentée.

  • 1. Substitution : changer de procédé ou de consommable. Pistes concrètes : choisir un consommable à plus faible taux d'émission de fumées à qualité de cordon égale (la donnée figure sur la fiche technique du fabricant), abandonner le gougeage arc-air quand une autre technique de reprise est possible, mécaniser ou robotiser pour éloigner l'opérateur de la source.
  • 2. Mesures d'organisation et de protection collective : captation à la source en priorité. Torche aspirante, bras articulé positionné au plus près du joint, table aspirante à grille, cabine de soudage ventilée. L'efficacité d'un dispositif de captation dépend avant tout de sa distance au bain : elle s'effondre dès qu'on l'éloigne. Ventilation générale en complément, jamais en remplacement.
  • 3. Mesures de protection individuelle : cagoule à ventilation assistée de classe TH3 (NF EN 12941) ou appareil isolant en espace confiné. Un FFP3 jetable ne convient pas à une exposition régulière à un agent CMR.
  • 4. Mesures complémentaires : information et formation spécifiques au risque CMR, nettoyage humide ou aspiration centralisée (jamais à sec ni au compresseur), entretien des vêtements en circuit blanchisserie industrielle, vestiaires doubles (propre / sale).
Jamais de soufflette à air comprimé : nettoyer un vêtement ou un poste de soudage à la soufflette remet en suspension des particules CMR, expose les collègues et contamine tout l'atelier. C'est l'inverse de ce que demande la réglementation CMR. Aspiration avec filtration à très haute efficacité, ou nettoyage humide.

Dernier point, souvent décisif dans les petites structures : les caisses régionales (CARSAT / CRAMIF) proposent des aides financières à l'investissement en prévention pour les entreprises de moins de 50 salariés. Un projet de captation à la source y est éligible : se renseigner avant d'acheter, pas après.

Pyramide de prévention CMR — hiérarchie CMR
1. SUBSTITUTION — supprimer le procédé / métal exposant (MMA → MAG, fils bas-Mn, laser)
2. CAPTATION À LA SOURCE — torche aspirante, bras articulé, table aspirante
3. VENTILATION GÉNÉRALE — en complément, jamais en remplacement
4. EPI RESPIRATOIRE — masque TH3 P SL (EN 12941), ARI espaces confinés
5. SIR + dossier médical 50 ans
Sources et pour aller plus loin
À retenir
  • Fumées de soudage = CIRC groupe 1 depuis avril 2017, monographie 118 (tous procédés, tous métaux).
  • VLEP contraignantes : manganèse 0,05 mg/m³ (fraction alvéolaire) et 0,2 mg/m³ (inhalable), chrome VI 0,001 mg/m³, nickel 1 mg/m³ ; ozone 0,1 ppm sur 8 h.
  • Tableaux MP à connaître : RG 4 (manganèse), RG 10 / 10 ter (chrome hexavalent, cancer bronchique), RG 37 (nickel), RG 44 (oxyde de fer, sidérose), RG 25 (silice) et RG 30 (amiante sur pièces anciennes).
  • Suivi individuel renforcé SIR (R4624-22 et suivants), dossier médical conservé 50 ans après la fin de l'exposition, liste des travailleurs exposés, inscription au DUERP et au PAPRIPACT.
  • Hiérarchie CMR (R4412-66 et s.) : substitution → captation à la source → ventilation → EPI respiratoire (FFP3 insuffisant en CMR régulier).
  • Référence pratique : brochure INRS ED 6132 (2022) « Fumées de soudage et procédés connexes ».
Sommaire de la formation