Soudage TIG / MIG / MMA

Procédés et Sécurité du Soudage

Module 4 : EPI, captation et ergonomie

Module 4 : EPI & captation 22 min de lecture

4.1 EPI du soudeur : cagoule, masque ventilé, vêtements

L'article L4121-2 du Code du travail impose une hiérarchie stricte : on combat le risque à la source, on substitue, on protège collectivement, et seulement en dernier recours on protège individuellement. En soudage, cette dernière barrière reste cruciale — six familles d'EPI doivent coexister à chaque opération.

Les 6 familles d'EPI obligatoires du soudeur
1. Protection oculaire/faciale
Cagoule LCD DIN 8-14 — EN 379
2. Protection respiratoire
P3, EN 14594, EN 12942
3. Gants ignifugés
EN 12477 type A ou B
4. Vêtements ignifugés
EN ISO 11611 classe 1 ou 2
5. Chaussures S3+M
EN ISO 20345 + 20346
6. Protection auditive
Bouchons / casques > 85 dB(A)
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Hiérarchie de prévention : pourquoi les EPI viennent en dernier

L'article L4121-2 du Code du travail hiérarchise les neuf principes généraux de prévention. Les trois premiers concernent l'éviction du risque ; les suivants la protection collective ; le neuvième seulement parle des instructions et de la protection individuelle. Cette hiérarchie est opposable : un employeur qui distribue des cagoules à ses soudeurs sans avoir d'abord installé un bras aspirant engagera sa responsabilité plus lourdement en cas de pathologie respiratoire.

L'article L4321-4 complète : l'employeur fournit gratuitement les EPI nécessaires, en assure le bon fonctionnement et l'hygiène, organise leur entretien, leurs réparations et leur remplacement. Le coût ne peut jamais être imputé au salarié, même partiellement, même par compensation salariale.

Pour un soudeur, l'évaluation du besoin en EPI dépend de trois paramètres : le procédé (TIG, MIG/MAG, MMA, plasma), l'intensité (de 30 A à 600 A), et la matière soudée (acier carbone, inox, aluminium, alliages exotiques). À chaque combinaison correspond un jeu spécifique d'EPI — il n'existe pas d'EPI universel du soudeur. Un soudeur TIG inox à 80 A en atelier ventilé n'a pas les mêmes besoins qu'un soudeur MAG sur tôle galvanisée à 250 A en espace semi-confiné.

L'évaluation est documentée dans le DUERP (R4121-1) et tracée par fiche de poste. La fiche EPI nominative (date de remise, type, taille, signature du salarié) est devenue la pièce probante de premier rang en cas de contentieux : sans elle, l'employeur n'arrive plus à démontrer qu'il a satisfait à son obligation de sécurité de résultat (Cass. soc. 28 février 2002, arrêts amiante).

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Protection oculaire et faciale : cagoule et indice DIN

L'arc électrique émet un rayonnement UV-A, UV-B, UV-C et IR d'intensité considérable. Une exposition de quelques secondes à l'œil nu suffit à provoquer un coup d'arc (photokératite) qui apparaît 6 à 12 heures plus tard avec sensation de sable, larmoiement, photophobie intense. Sur la peau, les UV provoquent un érythème solaire sévère en 30 secondes à 1 mètre d'un arc MIG 300 A.

Deux familles de cagoules coexistent. La cagoule passive à verre fixe : indice DIN choisi avant l'amorçage, le soudeur ne voit rien tant qu'il n'a pas amorcé. Économique (50-150 €) mais inadaptée aux soudures de précision ou aux pointages courts. La cagoule auto-obscurcissante (LCD) EN 379 : le filtre passe d'un état clair (DIN 3-4) à un état sombre (DIN 8-13) en 0,1 à 0,5 milliseconde dès la détection de l'arc. Avantage majeur : le soudeur garde la vue du joint à amorcer, ce qui améliore la qualité du cordon et réduit la fatigue oculaire.

Le choix de l'indice DIN dépend de l'intensité de soudage et du procédé. La norme EN 169 (filtres passifs) et la norme EN 379 (filtres auto-obscurcissants à variation continue) fournissent les tables de correspondance. Au-dessus de 100 A en TIG, un DIN minimum de 11 est requis. En MIG/MAG, le DIN 11 démarre à 80 A et monte jusqu'à 13 au-delà de 300 A. En plasma forte intensité (> 400 A), DIN 13-14 obligatoire.

Procédé / intensitéDIN minimumNote
MMA < 100 A (faible intensité)DIN 8-9Pointage, petites réparations
MMA 100-200 A (standard)DIN 10-11Cas le plus fréquent en atelier
TIG < 100 ADIN 10Soudure fine inox, alu
TIG ≥ 100 ADIN 11 minimumTôles plus épaisses
MIG / MAG 80-300 ADIN 11-12Fil massif, production série
MIG / MAG > 300 ADIN 13Forte intensité, grosses sections
Plasma / forte intensitéDIN 13-14Découpe, soudure spéciale

La classe optique 1 (la plus exigeante) est recommandée pour les utilisations prolongées : elle garantit l'absence d'effet déformant, indispensable au-delà de 4 heures de port quotidien. Sous la cagoule, une sous-cagoule ignifuge en coton protège le cuir chevelu et la nuque des projections et absorbe la transpiration. Pour les opérations de meulage entre deux cordons, le soudeur garde la cagoule relevée et porte des lunettes de protection à coques latérales EN 166.

Échelle des indices DIN selon EN 379
DIN 8 MMA très faible intensité (< 40 A) — réparation domestique
DIN 9-10 MMA et TIG basse intensité — finition, pointage
DIN 11 MMA standard atelier, TIG ≥ 100 A, MIG/MAG bas
DIN 12 MIG/MAG 150-300 A — production série
DIN 13 MIG/MAG > 300 A, plasma jusqu'à 400 A
DIN 14 Plasma > 400 A, gougeage arc-air — intensité extrême
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Protection respiratoire : du P3 au masque à adduction d'air

Le choix de l'appareil de protection respiratoire (APR) dépend des résultats des mesurages de VLEP (Valeurs Limites d'Exposition Professionnelle) sur le poste : poussières alvéolaires, métaux lourds (Cr, Ni, Mn, Pb), gaz (ozone, oxydes d'azote, CO). Trois niveaux opérationnels :

  • Demi-masque P3 à filtre particulaire (EN 149 FFP3 jetable, ou EN 143 P3 sur demi-masque réutilisable EN 140) : protection 50× la VLEP, acceptable pour des expositions courtes et faibles. Inconfort thermique, accumulation de buée sous la cagoule, étanchéité dégradée par la barbe. À considérer comme solution de transition.
  • APR à ventilation assistée TH3 (EN 12942) couplée à cagoule : pile motorisée + ventilateur + filtre H3 + tuyau vers cagoule. Protection nominale 500× la VLEP. Confort très supérieur (air filtré soufflé en surpression), pas de buée. Solution standard pour expositions chroniques en atelier.
  • Masque à adduction d'air comprimé TM3 (EN 14594) : air respirable apporté par le réseau comprimé de l'atelier ou bouteille mobile, après détendeur et filtre. Protection nominale 2000× la VLEP. Solution obligatoire en espace confiné, sur matériaux CMR (chrome hexavalent en soudage inox, plomb sur peintures anciennes, manganèse à haute dose) et en cas d'oxygène atmosphérique < 19,5 %.

Le contrôle de l'étanchéité (fit-test) est obligatoire pour les demi-masques en environnement CMR (R4412-78) : test qualitatif (saccharine) ou quantitatif (compteur de particules). À renouveler annuellement et à chaque changement morphologique notable.

Côté maintenance, les filtres particulaires sont à changer dès que la respiration devient plus difficile (perte de charge), ou après 8 heures de port en environnement chargé. Les filtres anti-gaz ont une durée de vie qui dépend de la concentration et de l'humidité, jamais au-delà de 6 mois ouverts. La pile motorisée d'un TH3 fournit 8 à 10 heures d'autonomie selon le débit programmé (160 à 220 L/min).

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Gants de soudage : EN 12477 type A et type B

La norme EN 12477 distingue deux types de gants ignifugés selon le compromis recherché entre protection et dextérité :

  • Type A : gant lourd (cuir bovin pleine fleur ou croûte de vache, doublé coton), manchette longue ≥ 100 mm, haute résistance aux projections, à la chaleur de contact (250 °C / 15 s) et aux UV. Destiné aux procédés à forte production de projections : MMA, MIG/MAG, gougeage arc-air. Dextérité réduite, on tient l'électrode mais on ne fait pas une couture.
  • Type B : gant souple (cuir veau, dossier coton fin), dextérité supérieure, résistance aux projections moindre. Destiné au TIG, où le bain est calme et où le soudeur a besoin de sentir le métal d'apport et la torche. Inutile et même dangereux d'utiliser un type B sur du MAG forte intensité (perforation rapide par projections).

Tous les gants sont marqués CE catégorie III (risque mortel ou irréversible) avec quatre niveaux de performance EN 388 (abrasion, coupure, déchirure, perforation) et six niveaux EN 407 (inflammabilité, contact, convection, rayonnement, projections de métal, grosses projections). Examiner l'étiquette est non négociable à l'achat — un gant générique « cuir 35 cm » sans marquage 12477 est non conforme.

Maintenance : remplacer dès qu'apparaissent brûlures traversantes, déchirures à la paume ou perte de souplesse par carbonisation des fibres. Durée de vie réelle en atelier : 2 à 6 semaines pour le type A, 3 à 10 semaines pour le type B (usage TIG plus doux). Stocker à plat, à l'abri de l'humidité et des hydrocarbures (l'huile de coupe dégrade la résistance au feu).

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Vêtements ignifugés : EN ISO 11611 classes 1 et 2

La norme EN ISO 11611 spécifie les exigences pour les vêtements de protection utilisés en soudage et techniques connexes. Elle définit deux classes selon le niveau de projections attendu :

  • Classe 1 : techniques de soudage manuelles à faible production de projections — TIG bas ampérage, MMA basse intensité, brasage. Au moins 15 gouttes de métal fondu doivent être supportées sans transpercer le vêtement.
  • Classe 2 : techniques à forte production de projections — MMA, MIG/MAG, gougeage, soudure sur métal vertical. Au moins 25 gouttes supportées.

L'ensemble standard est composé d'une veste à col montant (protection de la base du cou et de la pomme d'Adam contre les projections déviées par la cagoule), pantalon couvrant complètement la chaussure, sans revers (les revers piègent les gouttes). Matériau : cuir croûte de bovin (résistance maximale) ou coton ignifugé Proban / Pyrovatex (plus léger, plus confortable, traitement chimique permanent qui rend la fibre auto-extinguible).

Interdiction formelle des fibres synthétiques en sous-vêtement : polyester, polyamide, nylon fondent au contact d'une projection (température de fusion 220-250 °C) et adhèrent à la peau, transformant une brûlure du 1er degré en brûlure du 3e degré. Sous le vêtement de soudage, le sous-vêtement doit être en coton 100 %. Cette règle est régulièrement rappelée dans les retours d'expérience CRAMIF, et constitue un point de contrôle systématique de l'inspection du travail dans les ateliers.

Pour les opérations sur grosses pièces ou au sol (soudures de cuves, structures métalliques), un tablier en cuir est superposé à la veste pour protéger l'abdomen et les cuisses. Des guêtres en cuir complètent l'ensemble en couvrant le coup-de-pied. Les manches en cuir indépendantes sont une alternative économique au plein cuir pour les ateliers où l'on soude par intermittence.

« Un soudeur qui porte un tee-shirt en polyester sous sa veste a annulé toute la protection EN ISO 11611. Le polyester fond sur la peau, c'est l'accident le plus stupide et le plus fréquent du métier. »

— INRS, fiche pratique fumées et brûlures de soudage 2024
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Chaussures, protection auditive et maintenance des EPI

Les chaussures de sécurité du soudeur doivent cumuler deux normes : EN ISO 20345 S3 (embout coqué 200 J, semelle anti-perforation, antistatique, absorption d'énergie au talon, résistance à la pénétration d'eau) + marquage M au titre de EN ISO 20346 (metatarsal protection, protection des métatarses contre la chute d'objets ou la projection de fer chaud). Une simple S3 sans M n'est pas suffisante : l'os du métatarse est exposé sur le coup-de-pied, et un cordon en fusion qui tombe brûle profondément à travers le cuir non protégé.

La tige montante est obligatoire (au-dessus de la cheville) pour éviter qu'une projection ne pénètre par le haut. Les lacets sont protégés par un rabat en cuir. Les semelles synthétiques en polyuréthane fondent à 130 °C — préférer une semelle nitrile ou caoutchouc (résistance jusqu'à 300 °C).

Protection auditive : dès que le poste de soudage est exposé à un environnement > 85 dB(A) sur 8h (R4434-7), des protections sont obligatoires. Sur poste de soudage isolé, les niveaux sonores sont modérés (75-82 dB), mais dès qu'on ajoute meulage, marteau-piqueur de calage, ventilation industrielle ou voisinage de presse, le seuil est atteint. Les bouchons moulés sur mesure ou bouchons en mousse à usage unique sont confortables sous la cagoule. Les casques anti-bruit classiques sont inutilisables sous cagoule de soudage — privilégier les casques compatibles avec serre-tête de cagoule, ou les cagoules avec coquilles intégrées.

Maintenance et contrôle : article L4321-4 impose à l'employeur de maintenir les EPI en bon état de fonctionnement et d'assurer leur hygiène. En pratique, cela se traduit par :

  • Nettoyage quotidien du verre de la cagoule (chiffon doux, pas de solvant), remplacement du verre de protection extérieur dès qu'il est piqueté de projections (visibilité dégradée).
  • Contrôle mensuel du tuyau d'adduction d'air, des raccords et du détendeur (fuite à la pulvérisation savonneuse).
  • Annuel : vérification des piles de TH3, remplacement des joints de masque, nettoyage des filtres réutilisables, test d'étanchéité fit-test.
  • À chaque rotation de salarié : remplacement des EPI nominatifs ou désinfection complète (alcool dénaturé sur surfaces non textiles).

La fiche EPI consigne pour chaque salarié les remises, contrôles, échanges et formations à l'usage. Sa tenue rigoureuse est la première preuve apportée par l'employeur en cas de contentieux pour faute inexcusable.

À retenir
  • Article L4121-2 : EPI = dernier recours après élimination, substitution, protection collective. L4321-4 : EPI fournis gratuitement et maintenus par l'employeur.
  • Cagoule auto-obscurcissante EN 379 : commutation 0,1-0,5 ms, classe optique 1. DIN minimum 11 en TIG ≥ 100 A, 11-13 en MIG/MAG, 13-14 en plasma forte intensité.
  • Respiratoire : P3 (50× VLEP, courte durée), TH3 EN 12942 (500×, atelier), TM3 EN 14594 (2000×, espaces confinés et CMR). Fit-test annuel en environnement CMR.
  • Gants EN 12477 : type A (cuir lourd, MMA/MIG), type B (souple, TIG). Vêtements EN ISO 11611 classe 1 ou 2 ; sous-vêtement coton 100 %, jamais synthétique.
  • Chaussures S3+M (EN ISO 20345 + EN ISO 20346) : protection métatarse obligatoire. Semelle nitrile/caoutchouc résistante à 300 °C.
  • Maintenance EPI tracée par fiche EPI nominative = pièce probante n°1 en cas de contentieux faute inexcusable.
Sommaire de la formation