Formation Gratuite

Prévention des TMS en Milieu Industriel

Module 4 : TMS en logistique et agroalimentaire

Module 4 : TMS en logistique et agroalimentaire 25 min de lecture

4.1 TMS en logistique : picking et préparation de commandes

L'explosion du e-commerce a transformé l'entrepôt en usine à colis. Les préparateurs de commandes effectuent jusqu'à 20 000 gestes de saisie par jour, parcourent 15 à 20 km et manipulent plusieurs tonnes de marchandises. Ce chapitre décortique les risques TMS spécifiques à la logistique et les solutions éprouvées.

Le picking : anatomie du poste le plus à risque

Le picking (préparation de commandes par prélèvement unitaire) est le poste qui concentre le plus de facteurs de risque TMS dans un entrepôt. L'opérateur combine marche prolongée, gestes de saisie répétitifs, port de charges variées et postures contraignantes — le tout sous pression temporelle.

Chiffres typiques d'un préparateur de commandes

15-20 km

Distance parcourue par jour à pied

15 000

Gestes de saisie par jour (moyenne)

5 à 8 t

Tonnage manipulé par jour

150+

Lignes de commande préparées par heure

Les contraintes biomécaniques du picking

Zone de prélèvement Posture adoptée Contrainte principale TMS associés
Zone basse (< 30 cm) Flexion profonde du tronc ou accroupissement Pression discale > 300 %, compression des genoux Lombalgies, hernies discales, bursites du genou
Golden zone (75-125 cm) Debout droit, bras fléchis à 90° Contrainte minimale (zone optimale) Risque faible si fréquence raisonnable
Zone haute (> 150 cm) Bras au-dessus des épaules, extension cervicale Compression sous-acromiale, fatigue du deltoïde Tendinites de la coiffe des rotateurs, cervicalgies
Zone latérale (> 30° de l'axe) Rotation du tronc, allongement du bras Cisaillement discal, augmentation du bras de levier Lombalgies, tendinites de l'épaule
Règle ABC du slotting : Les articles les plus prélevés (classe A = 20 % des références = 80 % des prélèvements) doivent être placés dans la golden zone (75-125 cm). Les articles lourds descendent vers la zone mi-basse (50-75 cm) pour faciliter le "coller au corps". Les articles rares montent en zone haute. Ce repositionnement peut réduire les TMS de 30 à 40 % sans investissement matériel.
Publicité

Les autres postes à risque en entrepôt

Palettisation / Dépalettisation

La palettisation manuelle (mise sur palette des colis pour expédition) cumule les flexions du tronc (dernière couche de la palette au sol = flexion > 60°) et les élévations des bras (couche haute > 150 cm). Un palettiseur peut manipuler 8 à 12 tonnes par jour.

Solutions : Tables élévatrices à niveau constant, robots de palettisation collaborative, limitation du nombre de couches par palette.

Chargement / Déchargement de camions

L'espace confiné du camion limite les postures. Sol souvent en pente (hayon), éclairage insuffisant, chaleur en été. Les colis du fond exigent des allongements extrêmes du bras et des torsions du tronc.

Solutions : Convoyeurs télescopiques intégrés au quai, hauteur de quai ajustable, limitation du tonnage par opérateur/heure.

Contrôle et emballage

Postes souvent considérés comme "légers" mais caractérisés par une forte répétitivité des membres supérieurs (scan, retournement, ensachage, étiquetage). La monotonie réduit la vigilance posturale.

Solutions : Hauteur du plan de travail ajustable, tapis anti-fatigue, rotation avec postes de picking, scan automatique.

Conduite de chariot élévateur

Vibrations corps entier (rachis), rotation cervicale répétée (regard vers l'arrière), position assise prolongée avec rétroversion du bassin. Les caristes ont un taux de lombalgie 1,5 à 2 fois supérieur à la moyenne.

Solutions : Siège à suspension pneumatique, caméra de recul (supprime la rotation cervicale), alternance conduite/tâches au sol, sol d'entrepôt lisse.

L'impact du e-commerce sur les TMS en logistique

L'essor du e-commerce a profondément modifié la nature du travail logistique, avec des conséquences directes sur les TMS :

Plus de lignes, moins de poids par ligne

Le e-commerce génère des commandes à l'unité (1-3 articles), contre des palettes complètes en B2B. Le nombre de gestes de saisie explose : 200-300 lignes/heure en e-commerce contre 80-120 en B2B. La répétitivité est le facteur dominant.

Pression de la livraison J+1 / J+0

Les promesses de livraison rapide se traduisent par des pics d'activité intenses (Black Friday, soldes) et une pression temporelle permanente. Les opérateurs "raccourcissent" leurs gestes de sécurité pour tenir la cadence.

Turnover élevé et intérim

Le turnover annuel en logistique e-commerce peut dépasser 50 %. Les intérimaires, moins formés et moins expérimentés, sont surexposés aux TMS dans les premières semaines (méconnaissance du poste, pas d'adaptation gestuelle).

Automatisation partielle : le piège du "goods-to-man"

Les systèmes goods-to-man (robots AMR qui apportent les étagères à l'opérateur) suppriment la marche mais concentrent la répétitivité : l'opérateur enchaîne les prélèvements sans temps de déplacement entre deux — la récupération musculaire disparaît.

Auto-contrôle : Avez-vous compris ?

Question :

Un responsable logistique veut réduire les TMS de ses préparateurs sans investissement matériel. Quelle action a le meilleur rapport coût/efficacité ?

Sommaire de la formation