Thermographie IR
Thermographie Mécanique et Procédés Thermiques

Module 4 / 5  · Sommaire complet

Module 4 : Thermographie Mécanique et Procédés Thermiques 25 min de lecture

4.1 Diagnostic des Défauts Mécaniques (Roulements, Courroies, Moteurs)

Après l'électrique, la thermographie mécanique est le deuxième pilier de la maintenance prédictive par infrarouge. Roulements, moteurs, réducteurs, courroies, accouplements : tout organe mécanique en mouvement dissipe de l'énergie sous forme de chaleur. Un échauffement anormal est souvent le premier signe d'une défaillance imminente, bien avant le bruit ou les vibrations perceptibles.

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Principes de la thermographie mécanique

Dans un système mécanique en fonctionnement, l'énergie est dissipée sous forme de chaleur principalement par trois mécanismes :

Frottement

Contact entre surfaces en mouvement relatif. Cause principale d'échauffement dans les roulements, paliers, guides, courroies. Aggravé par le défaut de lubrification, le désalignement ou l'usure.

Déformation cyclique

Flexion répétée d'un matériau (courroie, accouplement élastique, ressort). L'hystérésis mécanique convertit une fraction de l'énergie de déformation en chaleur à chaque cycle.

Pertes électriques (moteurs)

Effet Joule dans le stator et le rotor, pertes fer (courants de Foucault, hystérésis magnétique). Un moteur en surchauffe peut indiquer une surcharge, un problème d'alimentation ou un défaut interne.

La méthode comparative : la clé du diagnostic mécanique

En thermographie mécanique, la température absolue est rarement significative à elle seule. Un roulement à 55 °C peut être normal dans un environnement à 40 °C ou pathologique dans un environnement à 20 °C. La méthode de référence est la comparaison :

Comparaison spatiale

Comparer des composants identiques fonctionnant dans les mêmes conditions :

  • Roulement côté accouplement vs côté libre du même moteur
  • Moteur 1 vs moteur 2 d'un groupe identique (pompes jumelles, ventilateurs)
  • Galet tendeur gauche vs droite d'un convoyeur symétrique
Comparaison temporelle

Comparer le même composant a différentes dates (suivi de tendance) :

  • Même charge, même heure, même position caméra
  • Suivre l'évolution du ΔT dans le temps
  • Un ΔT croissant d'une inspection à l'autre signale une dégradation progressive
Thermographie + vibrations : le duo gagnant

La thermographie détecte les défauts mécaniques par leur effet thermique (échauffement). L'analyse vibratoire les détecte par leur effet dynamique (vibrations). Les deux techniques sont complémentaires : la thermographie est excellente pour les défauts de lubrification et les surcharges, tandis que les vibrations excellent pour les défauts de roulement débutants, le désalignement et le balourd. Le diagnostic idéal combine les deux.

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Diagnostic thermique des roulements

Les roulements sont les composants mécaniques les plus fréquemment inspectés en thermographie. Un roulement sain dissipe très peu d'énergie thermique. Un échauffement anormal signale un problème qui, s'il n'est pas traité, évoluera vers la défaillance complète.

Causes d'échauffement des roulements

Cause Mécanisme Signature IR typique Gravite
Manque de lubrification Frottement métal-métal accru entre billes/rouleaux et chemins de roulement Échauffement progressif du palier, souvent uniforme autour du logement Moyen à grave
Excès de graisse Brassage excessif du lubrifiant, pertes par cisaillement Échauffement après regraissage, se stabilise en quelques heures si pas de défaut sous-jacent Mineur
Désalignement Charge radiale anormale sur les éléments roulants, frottement latéral Échauffement dissymétrique : un côté du palier plus chaud que l'autre Grave
Surcharge Force axiale ou radiale excessive, déformation des chemins Échauffement uniforme, plus important que les roulements de référence Grave
Usure avancée / écaillage Déformation des éléments roulants, micro-écaillage des chemins Échauffement fort et croissant, souvent accompagné de bruit audible Critique
Passage de courant Courant parasite (EDM) à travers le roulement, micro-cratères sur les chemins Échauffement modéré mais dégradation rapide. Souvent sur moteurs à variateur de fréquence. Grave

Critères de sévérité pour les roulements

Il n'existe pas de norme universelle pour les seuils de température des roulements (ils dépendent du type, de la vitesse, de la charge et du lubrifiant). Cependant, les règles suivantes sont largement acceptées en maintenance prédictive :

ΔT (vs roulement sain identique) Sévérité Action
< 10 °C Normal / Mineur Surveiller. Vérifier la lubrification au prochain arrêt.
10 - 25 °C Significatif Planifier une intervention. Vérifier alignement, lubrification, charge.
25 - 40 °C Grave Intervention rapide. Relubrifier en urgence ou remplacer le roulement.
> 40 °C Critique Arrêt de la machine dès que possible. Risque de grippage imminent.

"Un roulement dont la température dépasse 70 °C en fonctionnement normal est presque toujours en défaut, quel que soit le type de machine. Au-delà de 100 °C, le lubrifiant se dégrade exponentiellement et la ruine est imminente."

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Diagnostic thermique des moteurs électriques

Un moteur électrique est un système complexe où coexistent des sources de chaleur électriques (stator, rotor) et mécaniques (roulements, ventilation). La thermographie permet de distinguer ces différentes sources et d'identifier le type de défaut.

Cartographie thermique d'un moteur

Zone Source de chaleur normale Si échauffement anormal Défaut probable
Carcasse (centre) Pertes stator (effet Joule + pertes fer) Température uniforme trop élevée Surcharge, tension d'alimentation anormale, ventilation insuffisante
Palier côté accouplement (DE) Frottement roulement + charge axiale de l'accouplement Palier nettement plus chaud que le palier opposé Désalignement, défaut de roulement, surcharge axiale
Palier côté opposé (NDE) Frottement roulement (charge réduite) Échauffement anormal Défaut de roulement, défaut de lubrification
Boîte à bornes Pertes dans les connexions d'alimentation Point chaud localisé Connexion desserrée, borne oxydée (même logique que l'électrique)
Ventilateur (côté NDE) Air ambiant aspiré pour le refroidissement Ventilateur chaud ou moteur trop chaud malgré ventilation Ventilateur cassé/encrassé, grille obstruée, sens de rotation inverse
Profil axial (asymétrie) Distribution thermique symétrique Un côté du stator plus chaud que l'autre Court-circuit inter-spires, déséquilibre de phases, excentricité rotor
Classe d'isolation et température maximale

La température maximale admissible d'un moteur dépend de sa classe d'isolation (norme IEC 60034-1) :

Classe B F H
T max bobinage 130 °C 155 °C 180 °C
ΔT max / ambiante (40 °C) 80 °C 105 °C 125 °C
T carcasse typique max 90-100 °C 100-115 °C 115-130 °C

La température de carcasse est toujours inférieure à la température interne du bobinage (Δ de 10-30 °C selon la taille du moteur et la ventilation).

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Courroies, accouplements, réducteurs et convoyeurs

Organe Échauffement normal Défaut détectable Signature IR
Courroies Léger échauffement par flexion cyclique et frottement sur les poulies Surtension (courroie trop tendue), sous-tension (patinage), usure, désalignement des poulies Courroie uniformément chaude = tension excessive. Point chaud localisé sur la poulie = désalignement ou usure poulie.
Accouplements Très faible (accouplement rigide) à modéré (accouplement élastique) Désalignement angulaire ou radial, usure des éléments élastiques Échauffement anormal de l'accouplement, dissymétrie thermique, dents ou inserts plus chauds d'un côté.
Réducteurs à engrenages Échauffement modéré par frottement des dentures et brassage d'huile Manque d'huile, défaut de denture, surcharge, défaut de roulement interne Carter uniformément chaud = manque d'huile. Point chaud localisé = roulement interne. Température du carter croissante = dégradation progressive.
Convoyeurs à bande Roulements de galets, tambours d'entraînement Galet bloqué, roulement HS, bande qui frotte sur la structure, tambour désaligné Galet chaud isolé dans une ligne de galets froids = roulement bloqué. Bord de bande chaud = frottement latéral (déport de bande).
Pompes Paliers, garniture mécanique, corps de pompe Cavitation, garniture qui fuit (vapeur chaude), roulement, marche à sec Corps de pompe anormalement chaud = marche à sec ou cavitation. Garniture chaude = usure ou défaut d'étanchéité.
Compresseurs Clapets, cylindres, refroidisseur inter-étage Clapet qui fuit, segment usé, refroidisseur encrassé Cylindre trop chaud = clapet ou segment. Refroidisseur chaud en sortie = encrassement (échangeur thermique).
Conseil terrain : les convoyeurs à bande

Les convoyeurs industriels peuvent compter des dizaines voire des centaines de galets. La thermographie est la seule technique qui permette de scanner l'intégralité d'une ligne de galets en quelques minutes. Un galet dont le roulement est bloqué se repère instantanément : il est chaud au milieu d'une ligne de galets froids. C'est l'une des applications les plus rentables de la thermographie en industrie.

Le prochain chapitre aborde la thermographie des échangeurs thermiques, de l'isolation et des procédés haute température (fours, réfractaires).

Sources et compléments

  • Classes d'isolation et échauffements admissibles des machines électriques tournantes : IEC 60034-1.
  • Les seuils de ΔT sur roulements ne relèvent d'aucune norme : ce sont des règles de l'art de maintenance conditionnelle, à caler sur l'historique de vos machines.
  • La thermographie ne remplace pas l'analyse vibratoire pour les défauts de roulement débutants : voir notre sensibilisation à l'analyse vibratoire et la fiche métier mécanicien machines tournantes.
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