Thermographie IR
Rapport, Normes et Organisation d'une Campagne IR

Module 5 / 5  · Sommaire complet

Module 5 : Rapport, Normes et Campagne IR 25 min de lecture

5.1 Normes Applicables (NF EN 16714, ISO 18434, NF C 18-510)

La thermographie infrarouge ne se pratique pas dans un vide juridique et technique. Trois familles de normes encadrent son usage industriel : la technique CND, la surveillance des machines et la sécurité électrique. Les connaître, c'est garantir la valeur de vos inspections.

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Panorama normatif de la thermographie industrielle

La thermographie infrarouge est encadrée par un corpus normatif structuré qui garantit la fiabilité des mesures, la compétence des opérateurs et la sécurité des interventions. Ce corpus s'organise autour de trois axes complémentaires :

Axe 1 : Technique CND

NF EN 16714 (parties 1 à 3)

Définit la méthode d'essai non destructif par thermographie IR, les exigences sur les équipements et la terminologie normalisée.

Axe 2 : Surveillance machines

ISO 18434 (parties 1 et 2)

Encadre la surveillance de l'état des machines par thermographie : procédures de contrôle, certification des opérateurs, niveaux de qualification.

Axe 3 : Sécurité électrique

NF C 18-510

Fixe les règles de sécurité pour les opérations sur ou à proximité des installations électriques, y compris les inspections IR sous tension.

Tableau de synthèse des normes applicables

Norme Titre Année Objet Application type
NF EN 16714-1 Essais non destructifs - Thermographie IR - Partie 1 : Généralités 2016 Méthode d'essai, classification passive/active CND composites, maintenance industrielle
NF EN 16714-2 Essais non destructifs - Thermographie IR - Partie 2 : Équipements 2016 Spécifications techniques des caméras IR Choix et vérification du matériel
NF EN 16714-3 Essais non destructifs - Thermographie IR - Partie 3 : Termes et définitions 2016 Vocabulaire normalisé Rapports, communication inter-équipes
ISO 18434-1 Surveillance et diagnostic des machines — Thermographie — Partie 1 : procédures générales 2008 Exigences générales de surveillance par IR Maintenance conditionnelle des machines tournantes
ISO 18434-2 Surveillance et diagnostic des machines — Thermographie — Partie 2 : interprétation des images et diagnostic 2019 Lecture des thermogrammes, critères d'évaluation Diagnostic et classement des anomalies
ISO 18436-7 Surveillance et diagnostic des machines — Qualification et évaluation du personnel — Partie 7 : thermographie 2014 Qualification des thermographes, catégories I, II et III Qualification des inspecteurs IR
NF C 18-510 Opérations sur les ouvrages et installations électriques 2012 Sécurité électrique, habilitations Inspection IR d'armoires et TGBT sous tension

Ces normes ne sont pas indépendantes les unes des autres. Un thermographe qui inspecte un TGBT doit maîtriser à la fois la technique IR (NF EN 16714), la méthodologie de surveillance (ISO 18434) et les règles de sécurité électrique (NF C 18-510). L'absence de l'une de ces briques rend l'inspection incomplète, voire dangereuse.

"Sans cadre normatif, un rapport de thermographie n'a aucune valeur -- ni pour l'assurance, ni pour la maintenance, ni devant un tribunal."

Normes vs recommandations

Les normes NF EN et ISO sont des documents de référence reconnus par les tribunaux et les assureurs. Ne pas les respecter ne constitue pas forcément une infraction pénale, mais en cas de sinistre, l'absence de conformité normative peut engager la responsabilité civile et pénale de l'exploitant et du prestataire. Les bonnes pratiques (guidelines ASNT, fiches AFNOR) complètent les normes sans les remplacer.

Chacune de ces normes sera détaillée dans les sections suivantes. Nous verrons leurs exigences concrètes, ce qu'elles imposent en termes de procédure, d'équipement et de qualification, et comment les appliquer au quotidien sur le terrain.

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NF EN 16714 -- Essais Non Destructifs par Thermographie

La norme NF EN 16714 est la référence européenne pour les essais non destructifs par thermographie infrarouge. Publiée en 2016, elle se compose de trois parties complémentaires qui couvrent l'ensemble du processus d'inspection, des principes généraux jusqu'à la terminologie normalisée.

Les trois parties de la norme

Partie 1 Généralités
  • Classification des méthodes (passive vs active)
  • Domaines d'application
  • Procédure d'inspection type
  • Contenu minimal du rapport d'essai
  • Qualification de l'opérateur
Partie 2 Équipements
  • Spécifications minimales des caméras IR
  • Résolution spatiale et thermique requise
  • Calibration et vérification périodique
  • Sources de stimulation thermique (active)
  • Conditions environnementales d'utilisation
Partie 3 Termes et définitions
  • Vocabulaire normalisé (120+ termes)
  • Définitions des grandeurs physiques
  • Terminologie des défauts et anomalies
  • Harmonisation avec les normes ISO
  • Glossaire bilingue FR/EN

Thermographie passive vs active : la distinction fondamentale

La norme NF EN 16714-1 distingue clairement deux approches de la thermographie infrarouge. Cette distinction est essentielle car elle détermine la méthodologie, le matériel et les compétences requises.

Thermographie PASSIVE

Principe : Observer les émissions thermiques naturelles d'un composant en fonctionnement normal.

  • Aucune stimulation externe
  • L'échauffement est produit par le fonctionnement même de l'équipement
  • Mesure des écarts de température (delta T) par rapport à une référence

Applications typiques : installations électriques, roulements, moteurs, échangeurs, fours, isolation de bâtiment.

C'est ce que fait la maintenance industrielle au quotidien.

Thermographie ACTIVE

Principe : Appliquer une stimulation thermique externe (flash, induction, air chaud) et observer la réponse transitoire du matériau.

  • Stimulation contrôlée : flash optique, induction électromagnétique, flux d'air
  • Analyse du régime transitoire (échauffement ou refroidissement)
  • Détection des défauts internes (délaminations, porosités, fissures)

Applications typiques : composites aéronautiques, soudures, revêtements, céramiques, contrôle qualité production.

Plutôt réservée aux laboratoires CND et à l'aéronautique.

Exigences clés par partie de la norme

Partie Exigence principale Impact pratique
Partie 1 Procédure d'inspection documentée, incluant objectif, périmètre, critères d'acceptation Chaque campagne doit avoir une fiche de procédure validée avant le terrain
Partie 1 Rapport d'essai incluant conditions d'inspection, réglages, résultats et classification Pas de rapport = pas d'inspection au sens normatif
Partie 1 Opérateur qualifié selon EN ISO 9712 (niveau 1, 2 ou 3) Certification obligatoire pour les inspections contractuelles
Partie 2 Caractéristiques de la caméra déclarées et vérifiées : NETD, résolution, plage, bande spectrale, étalonnage La norme ne fixe pas de NETD universelle : c'est la procédure d'inspection qui définit la sensibilité nécessaire pour le défaut recherché
Partie 2 Résolution spatiale adaptée à la taille du défaut recherché (IFOV) Calculer la distance maximale d'inspection en fonction de la cible
Partie 2 Étalonnage traçable (certificat COFRAC ou équivalent) Vérification annuelle recommandée, obligatoire pour les inspections réglementaires
Partie 3 Utilisation du vocabulaire normalisé dans les rapports Reprendre les termes de la partie 3 dans les rapports (thermogramme, exitance, émissivité, température réfléchie) plutôt que des synonymes approximatifs
Point clé pour le terrain

En maintenance industrielle, vous pratiquerez essentiellement la thermographie passive. La norme NF EN 16714-1 s'applique directement à vos inspections d'armoires électriques, de moteurs ou d'échangeurs. La partie "active" ne vous concernera que si vous travaillez dans le CND de matériaux composites ou de soudures.

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ISO 18434 -- Surveillance des Machines par Thermographie

La série ISO 18434 est la norme internationale de référence pour la surveillance de l'état des machines par thermographie infrarouge. Elle s'inscrit dans la famille plus large des normes ISO 18434-18436 qui couvrent toutes les techniques de maintenance conditionnelle (vibrations, ultrasons, huile, thermographie).

Structure de la norme

Partie 1 (2008) : procédures générales
  • Domaine d'application : surveillance de l'état des machines et de leurs auxiliaires par thermographie
  • Compétence du personnel et exigences sur les équipements de mesure
  • Préparation de l'inspection : conditions préalables, charge, environnement
  • Réalisation de la mesure : distance, angle, réglages, émissivité
  • Contenu du rapport et périodicité de surveillance
Partie 2 (2019) : interprétation des images et diagnostic
  • Lecture d'un thermogramme dans un contexte de maintenance conditionnelle
  • Distinction entre anomalie thermique réelle et artefact (réflexion, émissivité, angle)
  • Critères d'évaluation : ΔT par rapport à un composant similaire, à l'ambiante, tendance
  • Diagnostic par famille d'équipement (électrique, mécanique, procédés)
  • Formulation des conclusions et des recommandations

Qualification des thermographes : catégories I, II et III

La norme ISO 18436-7 (adossée à l'ISO 18434) définit trois catégories de qualification des techniciens pratiquant la thermographie de surveillance. Ce schéma de certification est propre à la maintenance conditionnelle : il est distinct de l'EN ISO 9712, qui certifie les agents CND (dont la thermographie d'essai non destructif au sens de la NF EN 16714). Un thermographe peut donc être certifié sous l'un, sous l'autre, ou sous les deux selon la nature de ses missions.

Niveau Compétences requises Responsabilités Formation
Catégorie I
  • Connaissance des principes de base de l'IR
  • Maîtrise des réglages caméra (émissivité, mise au point, gamme)
  • Capacité à suivre une procédure établie
  • Prise d'images selon un parcours défini
  • Collecte des données terrain
  • Application des procédures existantes
  • Signalement des anomalies évidentes
  • Ne rédige pas les rapports d'analyse
32 h de formation
+ 6 mois d'expérience
Catégorie II
  • Maîtrise avancée de la physique du rayonnement
  • Connaissance approfondie des mécanismes de défauts
  • Capacité à interpréter les thermogrammes
  • Connaissance des normes et réglementations
  • Analyse et interprétation des résultats
  • Rédaction des rapports d'inspection
  • Classification des anomalies par sévérité
  • Recommandations de maintenance
32 heures
(supplémentaires)
Catégorie III
  • Expertise en physique du rayonnement et transfert thermique
  • Maîtrise de toutes les techniques IR (passive et active)
  • Connaissance approfondie des normes internationales
  • Capacité à former et évaluer les niveaux 1 et 2
  • Développe les procédures d'inspection
  • Expertise technique et arbitrage
  • Audit des programmes de thermographie
  • Formation et certification du personnel
32 heures
(supplémentaires)
Parcours de certification typique

Un technicien qui débute suit 32 heures de formation pour la catégorie I, avec une expérience pratique minimale de 6 mois. Le passage en catégorie II demande 32 heures supplémentaires, au moins 12 mois d'expérience après la catégorie I et un volume d'heures de thermographie documenté. La catégorie III est réservée aux experts et responsables de programmes. La certification est délivrée par un organisme de certification accrédité et sa validité est de 5 ans (ISO 18436-1). Vérifiez toujours l'accréditation de l'organisme et le schéma visé avant de vous inscrire.

"Un thermographe de catégorie I collecte les données. Une catégorie II les interprète. Une catégorie III définit comment les collecter et les interpréter. Chacun a son rôle -- le dépasser est une faute professionnelle."

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NF C 18-510 et sécurité électrique

L'inspection thermographique des installations électriques sous tension est une opération à risque majeur. La norme NF C 18-510 fixe les règles de sécurité applicables. Tout thermographe intervenant sur des armoires, TGBT ou cellules HTA sous tension doit détenir une habilitation électrique adaptée.

Niveaux d'habilitation requis

L'habilitation électrique est délivrée par l'employeur après une formation spécifique. Elle est personnelle, limitée dans le temps et doit être renouvelée périodiquement (tous les 3 ans en général).

Habilitation Désignation Périmètre Usage pour la thermographie IR
B0 / H0 Exécutant ou chargé de chantier d'ordre non électrique Travaux non électriques dans l'environnement d'une installation électrique Insuffisant. Ne permet ni d'ouvrir une armoire ni de mesurer. Un B0 peut au mieux accompagner l'opération.
BE Mesurage Chargé d'opération spécifique en basse tension Mesurage, vérification, contrôle sur une installation BT, y compris sous tension C'est l'habilitation dédiée à la thermographie en BT. L'attribut V est nécessaire dès que l'opération a lieu au voisinage renforcé (armoire ouverte, pièces nues sous tension accessibles).
HE Mesurage Chargé d'opération spécifique en haute tension Mesurage et vérification sur ouvrage HTA/HTB Requis pour les inspections de cellules HTA et de postes de transformation.
B1V / B2V / BR Exécutant, chargé de travaux ou chargé d'intervention BT Travaux et interventions d'ordre électrique en BT Ces symboles couvrent des opérations plus larges et sont souvent détenus par les électriciens de maintenance ; ils englobent le mesurage, mais ce n'est pas leur objet premier.
BC Chargé de consignation Mise hors tension, consignation, vérification d'absence de tension Pas directement lié à la thermographie, mais une coordination est nécessaire si des parties sont consignées pendant l'inspection.

Zones et distances de sécurité

La NF C 18-510 découpe l'espace autour d'une pièce nue sous tension en zones d'environnement, bornées par quatre distances : la DLI (distance limite d'investigation, 50 m en champ libre autour d'un ouvrage HT), la DLVS (voisinage simple), la DLVR (voisinage renforcé) et la DMA (distance minimale d'approche). Franchir la DLVR impose l'attribut V de l'habilitation.

En basse tension

La DMA est confondue avec la DLVR : il n'y a pas de zone 3 en BT. Le voisinage renforcé (zone 4) s'étend de cette limite jusqu'à la pièce nue. Ouvrir une armoire BT sous tension pour la filmer, c'est y entrer.

Conséquence : habilitation avec attribut V (BE Mesurage V, B1V, B2V, BR) et EPI anti-arc obligatoires.

En haute tension

La DMA croît avec la tension : elle vaut une distance de tension (risque d'amorçage) plus une distance de garde. La franchir, c'est entrer en zone 3, celle des travaux sous tension — ce que la thermographie n'exige jamais.

Conséquence : en HTA, on inspecte au téléobjectif, depuis la zone de voisinage, sans jamais s'approcher de la DMA.

Où trouver les valeurs chiffrées

Les valeurs de DLVS, DLVR et DMA par niveau de tension figurent dans les tableaux de la NF C 18-510, norme éditée par l'AFNOR et non librement reproductible. Ce ne sont pas des valeurs à retenir de mémoire : elles sont fixées, pour chaque installation, par les instructions de sécurité et le carnet de prescriptions remis par l'employeur (article R. 4544-10 du Code du travail). Méfiez-vous des tableaux de valeurs qui circulent sur le web sans référence de tableau : ils sont souvent contradictoires entre eux. Le détail des zones 0 à 4 est traité dans notre chapitre sur les distances et zones d'environnement électrique.

EPI obligatoires pour l'inspection IR sous tension

Protection visage

Écran facial anti-UV et anti-arc

  • Classe de protection adaptée au niveau de court-circuit
  • Écran anti-projection compatible avec l'utilisation de la caméra
  • Attention : certains écrans filtrent l'IR et faussent la mesure à travers le hublot
Protection mains

Gants isolants classe 00 minimum

  • Classe 00 : jusqu'à 500 V AC
  • Classe 0 : jusqu'à 1 000 V AC
  • Vérification avant chaque utilisation (gonflage, inspection visuelle)
  • Sur-gants en cuir pour la protection mécanique
Vêtements ARC

Vêtements à protection anti-arc (ATPV)

  • ATPV adapté au niveau d'énergie d'arc du tableau
  • Couvre-chef, combinaison ou veste/pantalon
  • Pas de vêtements synthétiques en dessous (risque de fusion)
  • Chaussures de sécurité isolantes

Responsabilité de l'employeur

L'employeur a l'obligation de fournir une instruction de sécurité spécifique à la thermographie sous tension. Cette instruction doit couvrir :

  • L'identification des risques spécifiques à chaque installation (niveau de court-circuit, accessibilité, présence de pièces nues sous tension)
  • La désignation du chargé de surveillance si l'opérateur IR n'a pas l'habilitation suffisante
  • La procédure d'ouverture et de fermeture des armoires (ordre, vérifications, balisage)
  • Les conditions d'intervention : éclairage, espace de travail, issue de secours dégagée
  • La conduite à tenir en cas d'incident (arc électrique, brûlure, chute de la caméra dans l'armoire)

"La caméra thermique ne protège pas contre l'arc électrique. Seuls les EPI adaptés et l'habilitation électrique garantissent la sécurité du thermographe. Aucune image ne vaut une vie."

Checklist avant ouverture d'une armoire sous tension
  • Habilitation électrique en cours de validité
  • EPI complets et vérifiés (écran, gants, vêtements ARC)
  • Instruction de sécurité spécifique connue
  • Issue de secours dégagée et accessible
  • Tapis isolant en place si nécessaire
  • Chargé de surveillance présent si requis
  • Moyen d'alerte à portée (téléphone, radio)
  • Extincteur CO2 à proximité

Références normatives

  • NF EN 16714-1, -2 et -3 (2016) — Essais non destructifs, contrôle thermographique : principes généraux, équipements, termes et définitions. Catalogue AFNOR.
  • ISO 18434-1:2008 (procédures générales) et ISO 18434-2:2019 (interprétation des images et diagnostic) — catalogue ISO.
  • ISO 18436-7:2014 — qualification et évaluation du personnel, thermographie. Validité des certifications : ISO 18436-1.
  • NF C 18-510 (2012, amendée) — opérations sur les ouvrages et installations électriques. Les tableaux de distances ne sont pas librement reproductibles : référez-vous au carnet de prescriptions remis par votre employeur (article R. 4544-10).
  • Aucune de ces normes n'est en accès libre : les liens ci-dessus renvoient aux catalogues officiels, jamais à des copies non autorisées.
Sommaire Thermographie IR

Contenu relu par le Pôle Sectoriel & Industrie · Politique éditoriale