Module 2 : Zones HT, distances & acteurs · Sommaire complet
DMA, DLI, DLVS, DLVR : les distances et les zones d'environnement électrique
Quatre distances, cinq zones. Elles décident de l'habilitation exigée avant d'approcher une pièce nue sous tension. Voici ce que chacune délimite exactement, en basse comme en haute tension.
Réponse express
- DMA — distance minimale d'approche. Au-delà, en se rapprochant de la pièce nue sous tension, on entre en zone 3 : travaux sous tension en HT. Elle vaut une distance de tension (risque d'amorçage) plus une distance de garde (mouvements involontaires), donc elle croît avec la tension. En BT, la DMA est confondue avec la DLVR.
- DLI — distance limite d'investigation, 50 m. Elle borne la zone 0 (zone d'investigation) autour des ouvrages HT en champ libre. Au-delà : plus de zone d'environnement.
- DLVS — distance limite de voisinage simple. Limite extérieure de la zone 1, le voisinage simple.
- DLVR — distance limite de voisinage renforcé. La franchir fait entrer en voisinage renforcé : zone 2 en HT, zone 4 en BT. C'est là que l'attribut V de l'habilitation devient obligatoire.
Source : NF C 18-510 (janvier 2012, amendement A1 février 2020), citée par l'INRS dans la brochure L'habilitation électrique — Démarche de prévention (ED 6127), annexe 8.1.
Les 5 zones d'environnement de la NF C 18-510
BT + HT
BT + HT
HT seulement
HT seulement
BT seulement
Erreur très répandue : intervertir les zones 3 et 4. La zone 3 est celle des travaux sous tension en HT ; la zone 4 est le voisinage renforcé en BT. Il n'y a pas de zone 3 en basse tension.
Pourquoi ce zonage existe
Une pièce nue sous tension n'a pas le même niveau de danger selon la distance à laquelle on se trouve. Le zonage de la NF C 18-510 traduit cette réalité physique en règles opérationnelles : plus on se rapproche, plus l'habilitation exigée et les protections doivent être élevées.
Quatre distances structurent l'espace autour de la pièce nue sous tension, de la plus lointaine à la plus proche :
- DLI — distance limite d'investigation, 50 m. Elle borne la zone 0 autour d'un ouvrage HT en champ libre. Cette « zone des 50 m » est l'un des apports de la NF C 18-510 par rapport à l'ancien recueil UTE C 18-510 : elle impose de s'interroger sur la présence d'un ouvrage HT bien avant d'en être proche.
- DLVS — distance limite de voisinage simple. En la franchissant, on entre en zone 1, le voisinage simple. Tous les symboles d'habilitation y sont admis.
- DLVR — distance limite de voisinage renforcé. En la franchissant, on entre en voisinage renforcé : zone 2 en HT, zone 4 en BT. C'est le seuil qui exige l'attribut V.
- DMA — distance minimale d'approche. En la franchissant en HT, on entre en zone 3 : on est en travaux sous tension. En BT, la DLVR et la DMA sont confondues — il n'y a donc pas de zone 3 en basse tension, et la zone 4 s'étend de la DMA jusqu'à la pièce.
Comment la DMA est construite
La DMA n'est pas un nombre arbitraire : c'est la somme de deux composantes.
La distance en-dessous de laquelle un arc peut s'amorcer dans l'air compte tenu de la tension et des surtensions prévisibles. Elle est nulle en basse tension et croît avec le niveau de tension.
La marge qui couvre les mouvements involontaires de l'opérateur, de ses outils et des matériels qu'il manipule. Elle ne dépend pas de la tension mais de l'opération.
DMA = DT + DG. C'est pour cela que la DMA d'une ligne 400 kV se compte en mètres alors que celle d'un tableau 400 V se compte en centimètres : seule la composante DT change vraiment.
Quelle habilitation donne accès à quelle zone
C'est le tableau à connaître : il fait le lien entre le zonage et le symbole porté sur le titre d'habilitation. Il reprend l'annexe 8.1 de la brochure INRS ED 6127, qui reproduit le tableau de la NF C 18-510.
| Zone | Définition | Symboles d'habilitation autorisés |
|---|---|---|
| Zone 0 | Zone d'investigation (jusqu'à la DLI, 50 m, en champ libre) | Aucune habilitation nécessaire pour accéder à cette zone |
| Zone 1 | Zone de voisinage simple (de la DLVS à la DLVR) | Tous les symboles |
| Zone 2 | Zone de voisinage renforcé HT (de la DLVR à la DMA) | H0V, H1V, H2V, H2V Essai, H1N, H2N, H1T, H2T, HC, HE + attribut |
| Zone 3 | Zone des travaux sous tension HT (au-delà de la DMA) | H1T, H2T, H1N, H2N |
| Zone 4 | Zone de voisinage renforcé BT (au-delà de la DLVR, confondue avec la DMA) | B1V, B2V, B2V Essai, B1T, B2T, B1N, B2N, BR, BC, BE + attribut, BP (60 V max en courant continu) |
Trois lectures importantes de ce tableau :
- La zone 0 ne demande aucune habilitation. C'est une zone de vigilance et d'analyse, pas une zone réglementée d'accès.
- En zone 1, tous les symboles passent — y compris B0 et H0. C'est le voisinage renforcé qui filtre, pas le voisinage simple.
- Aucun symbole « 0 » n'apparaît en zone 4. Ce n'est pas un oubli : voir la section suivante.
Le B0V n'existe pas — et pourquoi
On voit encore circuler le symbole « B0V » dans des supports de formation et des tableaux d'habilitation. Il n'existe pas. Il a été supprimé au passage de l'ancien recueil UTE C 18-510 à la norme NF C 18-510.
La raison est une application directe des principes généraux de prévention : on ne fait pas travailler quelqu'un dans une situation dangereuse quand on peut supprimer la situation elle-même. L'INRS le formule ainsi dans sa présentation de la norme : « suppression du voisinage BT avec pose de nappe » et « pas de travail non électrique au voisinage en BT ».
Conséquences concrètes :
- Un peintre, un maçon, un mécanicien ne peut pas être habilité pour travailler au voisinage renforcé BT. Si son travail l'y amènerait, l'employeur doit supprimer le voisinage : consignation, mise hors tension, ou pose d'une protection isolante (nappe, écran) qui écarte la zone.
- Le H0V existe toujours et donne accès à la zone 2, le voisinage renforcé HT. La suppression ne concerne que la basse tension.
- Les symboles B0, H0 et H0V doivent en outre être suivis de la mention « Exécutant » ou « Chargé de chantier » selon le rôle du travailleur.
Autour de quoi le zonage s'applique : la pièce nue sous tension
Le zonage se construit autour d'une pièce nue sous tension : un élément conducteur d'une installation, sous tension, qui n'est pas protégé par une isolation. Exemples typiques en HT :
- Jeux de barres dans un tableau HT, dont la mise hors de portée n'est réalisée que par éloignement.
- Conducteurs aériens des lignes 20 kV, 63 kV, 90 kV, 225 kV, 400 kV.
- Bornes et pinces de l'appareillage : sectionneurs, disjoncteurs, transformateurs.
- Têtes de câbles à l'entrée d'un poste de transformation.
- Pièces protégées par un obstacle contournable par une personne ignorant le risque.
Cas particuliers utiles :
- Un câble isolé n'est pas une pièce nue, même sous tension. En cas de doute sur l'intégrité de l'isolant, le traiter comme nu.
- Une installation consignée n'a plus de zone de voisinage : les zones sont supprimées par la consignation ou par la pose d'une protection isolante. Elles réapparaissent à la déconsignation.
- Une armoire fermée dont l'enveloppe assure la protection contre les contacts directs ne crée pas de zone autour d'elle. La zone naît à l'ouverture.
C'est pour cette raison que la NF C 18-510 fait du repérage préalable des pièces nues sous tension et de la définition des zones associées une étape à part entière de la préparation du travail. Elle relève du chargé d'exploitation électrique.
Le cas du voisinage des lignes aériennes HT
C'est la situation la plus meurtrière du zonage électrique : un chantier à proximité d'une ligne aérienne HT. L'engin, la charge levée ou l'échafaudage franchissent une distance qu'aucun opérateur n'a mesurée, et l'arc s'amorce sans contact.
La NF C 18-510 prend en compte, dans son amendement A1, les distances applicables sur les chantiers du BTP. Les règles de prévention à retenir :
- Repérage préalable et déclaration. Tout projet de travaux à proximité de réseaux passe par le téléservice réseaux-et-canalisations : déclaration de projet de travaux (DT) puis déclaration d'intention de commencement de travaux (DICT).
- Éloignement. C'est la mesure de premier rang : implanter le chantier, les accès et les zones de manœuvre hors de la zone d'environnement de la ligne. La distance à respecter est fixée par l'exploitant du réseau dans sa réponse à la DICT.
- Si l'éloignement est impossible : demander la mise hors tension à l'exploitant du réseau, ou faire poser des protections isolantes sur les conducteurs par l'exploitant. Ces demandes se font en amont, avec un délai à anticiper au planning.
- Surveillance par une personne dédiée pendant les phases de travail à proximité, et balisage physique matérialisant la limite à ne pas franchir avec un engin.
- Habilitation. Les opérations d'ordre non électrique au voisinage renforcé d'une ligne HT relèvent du H0V, complété de la mention « Exécutant » ou « Chargé de chantier ».
S'y ajoute l'AIPR (autorisation d'intervention à proximité des réseaux), exigée pour les intervenants sur les chantiers concernés par la réglementation anti-endommagement des réseaux. AIPR et habilitation électrique répondent à deux logiques distinctes et ne se substituent pas l'une à l'autre.
Matérialiser les zones sur le terrain
Un zonage qui n'existe que sur le papier ne protège personne. Les moyens de matérialisation couramment mis en œuvre :
- Barriérage physique ou balisage rigide matérialisant la limite d'entrée en voisinage renforcé — de préférence un obstacle, pas un simple ruban.
- Panneaux de danger électrique conformes à la signalisation de sécurité normalisée, indiquant la nature du risque et le niveau de tension.
- Écrans et protections isolantes (nappes, capots) qui suppriment la zone plutôt que de la signaler — la seule mesure qui relève de la prévention collective.
- Verrouillage des accès aux locaux à risque spécifique électrique : l'accès sans surveillance y est réservé aux travailleurs habilités.
- Affichage du schéma électrique à l'entrée du local, avec repérage des pièces nues sous tension.
- Éclairage suffisant des zones de manœuvre : lire une étiquette de repérage à la lampe frontale est une cause classique d'erreur d'identification.
Cette matérialisation, comme les instructions de sécurité qui l'accompagnent, relève du chargé d'exploitation électrique. Elle se traduit dans le carnet de prescriptions remis à chaque travailleur habilité, complété si nécessaire d'instructions de sécurité particulières (article R. 4544-10 du Code du travail).
À retenir
- Quatre distances : DLI (50 m), DLVS, DLVR, DMA. Cinq zones : 0 investigation, 1 voisinage simple, 2 voisinage renforcé HT, 3 travaux sous tension HT, 4 voisinage renforcé BT.
- DMA = distance de tension + distance de garde. En BT, DLVR et DMA sont confondues, et il n'y a pas de zone 3.
- Zone 0 : aucune habilitation. Zone 1 : tous les symboles. C'est l'entrée en voisinage renforcé (zone 2 ou 4) qui exige l'attribut V.
- Le B0V n'existe pas. Pas de travail d'ordre non électrique au voisinage renforcé BT : le voisinage doit être supprimé. Le H0V, lui, existe et ouvre la zone 2.
- Dans un local à risque spécifique électrique, la zone 0 n'existe pas et la zone 1 commence à la face interne de la clôture.
- Les valeurs chiffrées sont dans les tableaux de la NF C 18-510 et, pour votre poste, dans le carnet de prescriptions remis par l'employeur.
De 50 m jusqu'au contact : l'enchaînement des zones
Ressources liées
Sommaire de la formation
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